750 espèces animales disparues, 2700 en voie d’extinction, 12500 menacées.

286  Un article de France Culture, par Camille Renard, le 08 février 2017.

Le bourdon à taches rousses entre aujourd’hui dans le cercle officiel des espèces protégées aux États-Unis. Comment se répartissent sur le globe les espèces en voie d’extinction et celles déjà disparues ? Combien sont en danger ? Qui le détermine et selon quels critères ? Le point en trois cartes.

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Ce vendredi 10 février, le bourdon à tache rousse est officiellement placé sur la liste des espèces en danger d’extinction aux États-Unis. Depuis 2000, la population de ces pollinisateurs a décliné de 88% suite à la perte et la dégradation de 87% de leur habitat. Les États-Unis concentrent à la fois le plus grand nombre d’espèces déjà disparues, d’espèces en danger critique d’extinction et d’espèces menacées, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Selon Florian Kirchner, scientifique contribuant à la liste de l’UICN, ce record serait d’abord dû à la richesse de la biodiversité américaine, elle-même due à l’immensité du territoire, qui inclue Hawaï, et à la variété des habitats qu’il propose aux espèces animales.

Une liste rouge mondiale prescriptrice.

Une liste scientifique mondiale, la liste rouge de l’UICN, énumère chaque année le nombre d’espèces menacées : « en danger critique », « en danger » et « vulnérable ». Cet inventaire permet d’orienter les politiques de protection des espèces en voie d’extinction. L’éventail des solutions dépend de la menace qui pèse sur l’espèce : de l’interdiction à détruire (le hérisson en France) à la réintroduction artificielle (le rhinocéros blanc en Afrique australe), de la délimitation d’aires protégées (la première, en 1872, est le parc national du Yellowstone aux Etats-Unis) aux accords de commerce international (petit rorqual ou thon rouge encore pêchés par le Japon). Un panel élaboré à partir de constats scientifiques, dont la carte ci-dessus dresse un état des lieux, celui des espèces animales en danger critique, réparties par territoire.

Les dix territoires les plus concernés par les espèces en voie d’extinction :

  1. États Unis : 213 espèces en danger critique
  2. Mexique : 193
  3. Tanzanie : 114
  4. Australie : 97
  5. Madagascar : 96
  6. Colombie : 95
  7. Équateur : 88
  8. Indonésie : 83
  9. Seychelles : 80
  10. Chine : 79

Plus de 12 000 espèces animales menacées.

Cette carte présente les données cumulées des trois catégories des espèces menacées selon la liste rouge de l’UICN : espèces en « danger critique », en « danger » et « vulnérables ». 42% des amphibiens, 13% des oiseaux et 25% des mammifères sont menacés. Par exemple, un oiseau, le Troglodyte de Serna est classé « en danger », car plus de la moitié de son habitat pourrait disparaître suite à la construction prévue d’un barrage. Quant à la girafe, elle vient en décembre 2016 de rejoindre la catégorie des espèces « vulnérables ». Son déclin rapide est causé par la destruction des habitats, les troubles civils et la chasse illégale.

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Les dix territoires les plus concernés par les espèces animales menacées :

  1. États-Unis : 1037 espèces menacées
  2. Indonésie : 855
  3. Australie : 837
  4. Mexique : 758
  5. Madagascar : 665
  6. Inde : 665
  7. Colombie : 576
  8. Malaisie : 551
  9. Philippines : 543
  10. Chine : 506

Plus de 700 espèces animales déjà disparues.

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La liste des dix territoires les plus touchés par la disparition d’espèces animales, depuis l’an 1500 :

  1. États Unis : 236 espèces disparues
  2. Polynésie française : 58
  3. Ile Maurice : 44
  4. Australie : 40
  5. Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha : 28
  6. Mexique : 25
  7. Nouvelle-Zélande : 22
  8. Seychelles : 21
  9. Sri Lanka : 20
  10. Ile de la Réunion : 18

Méthodologie.

La catégorie des espèces menacées est déterminée selon un agencement de plusieurs critères, parmi lesquels ces trois principaux :

  • un seuil d’effectif : moins de 50 individus en capacité de se reproduire pour les espèces en danger critique
  • une aire de répartition : la superficie d’habitat occupée, selon le type d’espèce : poisson, insecte, oiseau, mammifère, amphibien, corail.
  • le taux de déclin, une tendance évaluée sur dix ans ou trois générations selon les espèces.

En l’absence de connaissances du nombre d’espèces totales, ces trois cartes ne représentent pas les taux d’espèces menacées : seules 85 604 espèces – animales, végétales et champignon – sont évaluées à ce jour par la liste rouge de l’UICN, sur les 1,8 million d’espèces connues, elles-mêmes une goutte d’eau sur les 10 à 20 millions d’espèces potentiellement existantes.

Ces données cartographiées sont donc fonction de la richesse de la biodiversité de chaque territoire. La France par exemple, métropole et tous territoires d’outre-mer confondus, compte 1 143 espèces menacées dont 209 en danger critique. Ses territoires se trouvent dans cinq des 35 points chauds de la biodiversité mondiale, à savoir les zones à la fois les plus riches et les plus menacées. La Polynésie française constitue par exemple un point chaud à elle toute seule. Mais même la France métropolitaine se distingue en elle-même : elle est le seul territoire européen à se trouver au carrefour de quatre zones bio-géographiques (atlantique, continentale, alpine, méditerranéenne). L’hexagone se trouve ainsi faire partie des dix pays qui hébergent le plus d’espèces menacées. Il ne s’agit pas dans ces cartes de représenter les bons et les mauvais élèves de la protection des espèces, mais la responsabilité de chaque pays par rapport aux espèces qui se trouvent sur son territoire.

L’article est ici.

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