Et si les entreprises émettrices de carbone étaient tenues responsables des dérèglements climatiques ?

115  Un article d’Actu environnement, par Florence Roussel, le 14/11/2017.

Selon un procès en cours en Allemagne, les sociétés des énergies fossiles et du ciment devraient participer à la protection des populations exposées aux changements climatiques. Surtout qu’une étude a imputé à chacune sa part de responsabilité.

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C’est une décision qui apporte de l’eau au moulin de la justice climatique à l’heure où se tient la conférence climatique à Bonn en Allemagne. Le tribunal régional supérieur de la ville de Hamm (nord-ouest de l’Allemagne) – l’équivalent de la cour d’appel française – estime que les grands émetteurs de gaz à effet de serre sont en principe tenus de soutenir les victimes des dommages climatiques dans les pays pauvres. Cette décision intervient dans une affaire opposant l’énergéticien allemand RWE à Saúl Luciano Lliuya, un guide de montagne péruvien dont la ville (Huaraz) est menacée par la fonte des glaciers andins.

A la pêche aux preuves

Ce dernier a porté plainte contre RWE pour le rendre responsable et par conséquent le faire participer financièrement aux travaux visant à protéger les 100.000 habitants de sa ville d’une inondation. L’eau, issue de la fonte des glaciers, s’accumule dans les lacs de montagne qui menacent de céder. Après un premier jugement en décembre 2016 qui ne lui était pas favorable, la roue tourne pour Saúl Luciano Lliuya. La cour d’appel de Hamm a reconnu le principe de responsabilité et va désormais enclencher la seconde étape du procès en recueillant des preuves.

Ces preuves ne seront pas simples à apporter vu la multitude d’acteurs et de causes qui entrent en compte dans les changements climatiques. Il n’est donc pas dit que la procédure ira au bout, mais elle revêt une importance symbolique pour les acteurs : « Le tribunal régional a écrit l’histoire juridique aujourd’hui, et ce vote est clair« , a déclaré Roda Verheyen, avocat du guide péruvien. « Pour la première fois, un tribunal estime que les contributeurs au changement climatique devront payer pour la protection contre les risques généralement encourus par d’autres en raison des changements climatiques. Nous devons maintenant prouver en détail le fait que RWE soit conjointement responsable des dangers qui menacent Huaraz. Ce sera un long chemin. Mais nous sommes très confiants« .

Le président de l’organisation environnementale Germanwatch, qui soutient et conseille Luciano Lliuya, est lui aussi très enthousiaste : « Les remarques du tribunal régional supérieur indiquent clairement que même si beaucoup ont contribué [aux émissions de carbone], les conséquences sont graves, ce qui est une très bonne nouvelle pour la protection du climat mondial et les personnes menacées par les effets du changement climatique dans le monde entier« , a déclaré Klaus Milke. « La pression sur les grands émetteurs de gaz à effet de serre et sur les politiques a augmenté massivement aujourd’hui (…). Personne ne veut un flot de litiges, mais nous voulons que les personnes menacés par le changement climatique ne soient pas sans droits. »

90 sociétés pourraient être mises en cause

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Dans cette affaire, RWE est l’énergéticien mis en cause. Quels pourraient être les autres grands émetteurs de gaz à effet de serre concernés ? Des éléments de réponse ont été apportés récemment par une étude publiée dans la revue Climatic Change. Un groupe de scientifiques américains indépendants – l’Union of Concerned Scientists (UCS) – a enrichi début septembre 2017 une étude de 2014 établissant les responsabilités des grands émetteurs de carbone. Elle révèle que les émissions des principaux producteurs de combustibles fossiles sont responsables de près de la moitié de l’augmentation de la température de surface à l’échelle mondiale, soit environ 30% de l’élévation du niveau de la mer dans le monde. « Nous savons depuis longtemps que les combustibles fossiles sont le plus grand contributeur au changement climatique », a déclaré Brenda Ekwurzel, auteur principal et directeur de la science du climat à l’Union of Concerned Scientists (UCS). « Ce qui est nouveau ici, c’est que nous avons vérifié à quel point les produits de certaines entreprises ont causé le réchauffement de la Terre et la hausse des mers. »

L’étude s’appuie sur une étude historique de 2014 réalisée par Richard Heede du Climate Accountability Institute. L’étude de Heede a déterminé la quantité d’émissions de dioxyde de carbone et de méthane résultant de la combustion des produits vendus par les 90 plus grandes sociétés pétrolières et publiques et les producteurs de ciment. Leurs émissions cumulées représentent 63% du CO2 industriel mondial et du méthane émis entre 1751 et 2010. La moitié a été émise depuis 1984. « Jusqu’à il y a une décennie ou deux, aucune entreprise ne pouvait être tenue responsable des conséquences des émissions de ses produits parce que nous n’en savions pas assez sur leurs impacts, a déclaré Myles Allen, coauteur de l’étude et professeur à l’Université d’Oxford en Angleterre. Cette étude fournit un cadre pour lier les émissions liées aux produits des sociétés de combustibles fossiles à une gamme d’impacts, y compris l’augmentation de l’acidification des océans et les décès causés par les vagues de chaleur, les incendies de forêt et autres phénomènes météorologiques extrêmes. Nous espérons que les résultats de cette étude éclaireront les débats sur les politiques et la société civile sur la meilleure façon de tenir les grands producteurs de carbone responsables de leurs contributions au problème.« 

L’article d’Actu Environnement est ici.

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L’arbre et la forêt au cœur d’un festival à Fourmies.

Sur ce blog, beaucoup d’articles relatent au fil du temps les dégâts occasionnés par des « prélèvements » excessifs dans les forêts domaniales de Fourmies et de Mormal. En forêt de Fourmies, au lieu-dit le Trou Colette, l’Office National des Forêts (ONF) nous explique à grand frais de tract géant et plastifié que les frênes de la région sont victimes de la chalarose et qu’il faut les couper tous. C’est vrai et incontestable.

 

En fait, la moitié de la France est contaminée par ce champignon qui est arrivé dans notre pays en 2009 et à Fourmies depuis 2010. Ce qui fait que les arbres atteints par cette maladie auraient dû être coupés depuis plusieurs années si l’ONF avait fait son boulot, qui est, faut-il encore le rappeler, la gestion des forêts publiques dont nous sommes tous les propriétaires. Ce que ne dit pas le tract de l’ONF c’est qu’en France, le ministère de l’Agriculture recommande de n’exploiter que des arbres ayant plus de 50% du houppier dépérissant. En effet, un des buts importants de la gestion des frênaies atteintes de chalarose est de permettre la régénération des frênes résistants. Il est donc déconseillé d’exploiter de façon trop sévère les peuplements atteints.

Mais puisque tous les frênes ont été ou vont être coupé, les autres espèces devraient être visibles. Or, lorsqu’on marche en forêt, on constate que dans les parcelles exploitées sans interruption depuis deux ans, tous les arbres ayant plus de 40 cm de diamètre ont disparu. Et, du coup, pour les chênes, les hêtres et les charmes on dit quoi ?

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Sécoïa de Californie.

C’est bête mais la chalarose du frêne est une maladie qui ne concerne que le frêne. Alors, l’ONF a essayé de nous faire croire que c’est parce que la forêt de Fourmies va avoir 100 ans, qu’elle est donc vieille et qu’il est grand temps de la couper. Pourtant, les sécoïas de Californie ont plus de 3500 ans et de fait 100 ans, pour un arbre, c’est juste la fin de l’adolescence ! L’ONF pourrait aussi essayer de nous expliquer que les chênes pédonculés vont souffrir du changement climatique et qu’il faut préventivement les remplacer par des chênes sessiles qui sont moins sensibles à la hausse des températures (excuses entendue pour la forêt de Mormal). Alors comment expliquer que 10% de la forêt Landaise soit constitué de chênes pédonculés alors qu’il fait en moyenne cinq degrés de plus que chez nous ?

Après toutes ces excuses bidons, il semble qu’il soit grand temps que l’ONF arrête de nous prendre pour des imbéciles. Puisque la majorité des habitants du Sud-Avesnois s’en contrefiche, alors vendez et coupez ce que vous voulez, comme vous le voulez et quand vous le voulez. Mais dans ce cas assumez, et arrêtez d’investir dans des tracts et des flyers tronqués pour essayer de vous dédouaner maladroitement.

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Et pendant ce temps là, la ville de Fourmies organise du 18 au 26 novembre 2017 la deuxième édition du Festival de l’Arbre. Initié par la région des Hauts-de-France, l’arbre et la forêt sont au cœur de ce festival, sur tout le territoire régional. « L’objectif est de sensibiliser le public à la beauté et à la préservation des écosystèmes. » déclare Martine Roux, adjointe au développement durable et à l’urbanisme à la mairie de Fourmies, dans un article du Courrier de Fourmies. « Les forêts, bois et massifs sont un patrimoine naturel qu’il est indispensable de protéger » nous explique ce même article. L’ONF n’est donc plus seul à nous prendre pour des demeurés.

Voici l’article de la région des Hauts-de-France présentant le festival de l’arbre.

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Forêt de Fourmies, le 30/07/2017.

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La disparition des surfaces boisées mondiales a bondi de 51 % en 2016.

144  Un article du Monde, avec l’AFP, le 24 octobre 2017.

Cette déforestation s’explique par la forte augmentation des feux de forêt en 2015 et 2016. La responsabilité de l’agriculture et de l’activité minière est également soulignée.

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La forêt domaniale de Fourmies, le 28/10/2017. Photo AGM.

L’équivalent de la superficie de la Nouvelle-Zélande, en surfaces forestières, a disparu en 2016. Cette perte a ainsi atteint un niveau record de 29,7 millions d’hectares, selon des estimations publiées lundi 23 octobre par le Global Forest Watch (GFW). Ce bond de 51 % en un an s’explique surtout par les nombreux incendies ayant sévi dans le monde l’an dernier. Les récents brasiers en Californie et au Portugal devraient hisser 2017 vers un nouveau record de forêts détruites.

Outre les incendies, la déforestation liée à l’agriculture, la coupe de bois et l’activité minière ont également contribué à l’importante réduction des forêts en 2016. La forte augmentation des feux de forêt en 2015 et 2016 est l’une des conséquences du courant cyclique chaud du Pacifique El Niño, le second plus intense jamais enregistré, qui a créé des conditions très sèches dans les Tropiques. Il a aussi joué un rôle dans les forêts boréales et tempérées. Selon le GFW – un partenariat de surveillance des forêts lancé par l’organisme de recherche World Resources Institute –, le changement climatique accroît aussi l’intensité et le coût des feux de forêt.

Le Portugal a perdu 4 % de ses surfaces boisées

Le Brésil, l’Indonésie et le Portugal, notamment, ont subi des accroissements particulièrement importants de pertes de couverture forestière par le feu en 2016. Ainsi, elle a doublé au Brésil avec la région amazonienne qui a perdu 3,7 millions d’hectares, soit plus du triple de 2015. Le Portugal a perdu 4 % de ses surfaces boisées, la plus grande proportion tous pays confondus et près de la moitié des forêts calcinées dans toute l’Union européenne. Selon le rapport, la prévalence d’eucalyptus – qui brûlent facilement – combinée à une mauvaise gestion des sols et au manque de mesures de prévention comme des coupe-feu expliquent ce bilan.

L’article du Monde est ici.

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« Bientôt, il sera trop tard » : le cri d’alarme de plus de 15.000 scientifiques face à la dégradation de la planète.

521  Un article de la chaine LCI, par la rédaction, le 15/11/2017.

En pleine Cop23, plus de 15.000 scientifiques de 184 pays ont lancé, dans une déclaration publiée lundi 13 novembre, un avertissement face aux risques de déstabilisation de la planète. En cause : l’absence de mesures pour préserver l’environnement et les écosystèmes.

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Par milliers, ils tirent la sonnette d’alarme. Pas moins de 15.364 scientifiques, de 184 pays, poussent ce lundi un cri d’alarme sur l’état de la planète. Ils l’assurent sans détour : « Bientôt, il sera trop tard ».

« L’humanité ne fait pas ce qui devrait être entrepris de manière urgente pour sauvegarder la biosphère menacée« , jugent les auteurs de cette déclaration. Parmi eux : des physiciens, des chimistes, des astronomes ou des agronomes… Autant de spécialistes qui dressent un panorama inquiétant. Disponibilité de l’eau potable, déforestation, baisse du nombre de mammifères, émissions de gaz à effet de serre : tous ces voyants sont en effet dans le rouge et les réponses sont décevantes, à l’exception des mesures internationales prises pour stabiliser la couche d’ozone dans la stratosphère, estiment ces scientifiques dont l’appel paraît dans la revue BioScience.

La perte de près de 120,4 millions d’hectares de forêts

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Depuis 25 ans, la quantité d’eau potable disponible dans le monde par habitant a diminué de 26% et le nombre des zones mortes dans les océans a augmenté de 75%. L’appel cite également la perte de près de 120,4 millions d’hectares de forêts converties pour la plus grande partie en terres agricoles, un net accroissement des émissions de dioxyde de carbone (CO2) et des températures moyennes du globe. Ces scientifiques pointent aussi l’augmentation de 35% de la population mondiale et une réduction de 29% du nombre de mammifères, de reptiles, d’amphibiens, d’oiseaux et de poissons.

Pour ces scientifiques, la pilule est d’autant plus difficile à avaler qu’un avertissement a déjà été émis. C’était en 1992, quand l’ONG « Union of Concerned Scientists » avec plus de 1.700 cosignataires, avait émis « l’avertissement des scientifiques du monde à l’humanité ». Ils argumentaient que l’impact des activités de l’homme sur la nature allaient probablement aboutir « à de grandes souffrances humaines » et à « mutiler la planète de manière irrémédiable« .

L’article de LCI est ici.

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Usine à pellets torréfiés : une enquête publique lancée sur les rails de la contestation.

525  Un article du journal L-Echo.info, le 15 novembre 2017.

Plus de soixante personnes se sont déplacées ce mardi 14 novembre dès 8h30 à la mairie de Viam pour exprimer leur opposition au projet d’usine à pellets torréfiés de Bugeat-Viam, ainsi qu’aux modalités de l’enquête publique elle-même.

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Les opposants se sont d’abord installés devant la cour de la mairie avec tables pliantes, boissons chaudes et panneaux d’affichage présentant leurs arguments, sous l’œil de quelques gendarmes mobilisés pour l’occasion. Au bout de quelques temps, ils se sont rendus dans la salle de la mairie où ils ont échangé pendant plus d’une heure avec le commissaire enquêteur et une partie de l’équipe municipale dont le maire de Viam Michèle Guillou.

Les opposants ont dénoncé une fuite en avant inacceptable et ont longuement fait part de leurs critiques quant aux modalités de l’enquête publique elle-même : absence de débat contradictoire en amont, complexité des informations contenues dans le dossier, aspect uniquement consultatif de l’enquête sans garantie de prise en compte des oppositions, concentration de l’essentiel de l’enquête, notamment l’accès au dossier papier et les permanences du commissaire, sur la seule commune de Viam alors que le territoire impacté s’étend sur un rayon de 80 km autour du site.

Des zones d’ombres

Ils ont également pointé ce qu’ils considèrent comme de graves zones d’ombre dans le dossier soumis à l’enquête : absence de prise en compte du territoire impacté et des modalités d’approvisionnement, absence d’étude préalable de la pollution sur le site qui doit être dépollué, notamment. Michèle Guillou a évoqué un «beau projet» en soulignant aussi des interrogations quant à la circulation des poids-lourds. Les élus n’ont eu que quelques jours pour consulter le dossier de 700 pages concernant ce projet.

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Par ailleurs, de nombreuses critiques ont été émises par les opposants sur le fond du projet lui-même, relevant que plusieurs études récentes remettent clairement en doute la pertinence d’utiliser du bois vert en remplacement des combustibles fossiles. Ils ont également cité des études de l’INRA et de l’ADEME qui conseillent de ne pas prélever les souches et branchages issus des travaux forestiers, faute de provoquer une grave stérilisation des sols, ainsi qu’un document du Conseil Scientifique et Prospectif du PNR Millevaches dont les recommandations n’ont été aucunement prises en compte depuis sa rédaction au mois de septembre dernier.

Après plus d’une heure de débats parfois vifs, au cours desquels les arguments favorables au projet ont également été énoncés (bien que contestés un à un), les opposants ont inscrit sur le registre d’enquête un résumé de leurs arguments, signé par la plus grande partie d’entre eux. Ils ont terminé leur intervention par une conférence de presse avec le soutien d’autres associations (Sources et Rivières du Limousin, Réseau pour les Alternatives Forestières) au cours de laquelle a été répétée leur opposition à cette «fuite en avant». Ils sont finalement repartis en annonçant qu’ils reviendraient exposer leurs arguments à la population lors des futures visites du commissaire enquêteur. La prochaine permanence de celui-ci aura lieu le lundi 20 novembre, de 13h30 à 16h30, à la mairie de Viam.

Les documents de l’enquête publique sont consultables sur le site internet de la préfecture de la Corrèze à l’adresse suivante  :

www.correze.gouv.fr/Publications/Annonces-avis/Enquetes-publiques

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Usine à pellets d’Égletons en Corrèze.


Une pétition en soutien au projet

Une pétition a été lancée par des commerçants et des artisans de Bugeat en soutien au projet industriel. Dans leur communiqué, les pétitionnaires répondent aux craintes de «l’apocalypse» avancées par les opposants par une autre inquiétude «ne devenons pas un désert rural et permettez-nous de vivre et de travailler au pays de Bugeat». Dans leur texte, ils constatent le fait que le projet entraînera des nuisances mais qu’en contrepartie «il y a la création de 25 emplois directs, donc l’installation possible de plusieurs familles». Ils soulignent que l’usine à pellets pourrait être profitable à une meilleure gestion de la forêt limousine avec de nouvelles plantations grâce à la valorisation des  branches et des souches.

L’article de L-Echo.info est ici.

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Projet d’usine à pellets en Haute-Corrèze : l’enquête publique débute.

524  Un article de France Bleu Limousin, par Nicolas Blanzat, le 13/11/2017.

Commentaire : ce projet va s’installer sur le plateau de Millesvaches, à Bugeat-Viam, alors qu’une usine de pellets existe déjà à Egletons, distant de 20 km et dont les habitants se plaignent du bruit des broyeurs et du passages des camions. Sur le site internet du promoteur, on peut lire les (…) «  avantages du bois-énergie en termes de développement durable et de bilan carbone. » Outre le fait que le bois-énergie ne peut pas être classé dans le développement durable car il faut au moins 80 ans pour faire repousser une forêt (qui était un puits de carbone avant d’être coupée), plusieurs articles scientifiques, relayés sur ce blog, nous expliquent que brûler de la biomasse est plus polluant que brûler du charbon, sauf en ce qui concerne l’oxyde de soufre. Des données de centrale en activité indiquent que la biomasse émet 98% de la quantité d’oxyde d’azote d’un volume équivalent de charbon bitumineux, 51% de plus de CO2 et un niveau global comparable de particules, sauf que la biomasse émet davantage de particules fines (PM10) et encore beaucoup plus de particules plus fines et plus dangereuses (PM2.5). Les dioxines – particules chimiques les plus toxiques – sont émises en quantité 7 fois supérieures que par combustion du charbon.

Par ailleurs et conformément à la convention d’Aarhus, la charte de la concertation a pour objectif de promouvoir la participation des citoyens aux projets qui les concernent, par l’information la plus complète, l’écoute de leurs attentes ou de leurs craintes, l’échange et le débat. Et la charte de l’environnement proclame pour tous (art. 7) le droit à l’information et le droit de participer à l’élaboration des politiques publiques ayant une incidence sur l’environnement. La réunion publique proposée par le promoteur aurait dû avoir lieu avant l’enquête publique, puisque son but est d’informer la population avant qu’elle ne se prononce.


Le projet divise déjà la population près de Bugeat. Il y a d’un côté des opposants qui redoutent différentes nuisances et des conséquences sur l’environnement. Il y a de l’autre côté des partisans pour des raisons économiques dans un territoire fragile. Tous ont un mois pour s’exprimer.

01 - Usine Farges à Égletons en Corrèze,

Usine de pellets d’Égletons en Corrèze.

L’enquête publique d’un mois démarre ce mardi 14 novembre et jusqu’au vendredi 15 décembre en Haute-Corrèze. Elle va permettre aux uns et aux autres de dire par écrit ce qu’ils pensent d’un projet d’ampleur : celui de l’entreprise Somival qui veut racheter et investir 20 millions d’euros sur la zone bois de Viam-Bugeat, à l’abandon depuis dix ans, pour construire une usine de pellets torréfiés. A la clé, 20 à 25 emplois directs. Des riverains s’opposent à cette construction en évoquant des nuisances sonores, olfactives, la circulation des camions et l’impact sur la forêt limousine car l’objectif est de prélever 100.000 tonnes de souches d’arbres et de branchages issus des environs pour fabriquer 45.000 tonnes de pellets par an.

Le projet a aussi ses partisans

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De l’autre côté, des partisans à ce projet font également entendre leurs voix. « A ceux de chez nous qui promettent l’apocalypse, nous répondons simplement : ne devenons pas un désert rural et permettez-nous de travailler et vivre au pays de Bugeat ». Voilà ce qu’on peut lire sur le tract du comité de soutien qui s’est structuré autour des commerçants de Bugeat et des environs, mais aussi des artisans et des élus locaux. Tous défendent l’intérêt économique qui découle de ce projet pour l’avenir de ce territoire fragile.

Une réunion avec les porteurs de projet devrait avoir lieu, mais après l’enquête publique au cours de laquelle la population est invitée à se prononcer en mairie de Viam ou sur le site internet de la préfecture de la Corrèze.

L’article de France Bleu Limousin est ici.

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Grand tétras : l’État condamné pour six années de chasse illégale.

355  Un article de la FNE, le 07 novembre 2017.

Suite à une action de France Nature Environnement Midi-Pyrénées, le tribunal administratif de Pau vient de condamner l’État pour avoir autorisé en parfaite illégalité la chasse au grand tétras dans les Hautes-Pyrénées de 2008 à 2013.

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Grand tétras mâle en parade.

Alors que depuis des années France Nature Environnement Midi-Pyrénées agissait contre des autorisations injustifiées, il a fallu passer à l’étape supérieure pour que la responsabilité du préfet soit reconnue et sanctionnée. Le préjudice moral de l’association devra en conséquence être réparé à hauteur de 30 000 euros. France Nature Environnement soutient pleinement l’action de la fédération Midi-Pyrénées et partage ses inquiétudes. L’État va-t-il enfin respecter le droit au lieu de se soumettre au lobby de la chasse ?

Une chasse jugée illégale depuis des années sans aucune prise de responsabilité de l’État

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Le grand tétras est un oiseau emblématique protégé dans les Vosges et le Jura mais fait encore l’objet d’une chasse de loisir principalement dans deux départements de l’arc Pyrénéen, l’Ariège et les Hautes Pyrénées. Pourtant, l’oiseau ne cesse de régresser depuis cinquante ans.

En contradiction avec le programme de conservation au niveau national, mis en place en 2009 pour tenter d’enrayer le déclin du grand tétras, le Préfet des Hautes-Pyrénées a, chaque année depuis 2008, maintenu des quotas de chasse totalement incompatibles avec les effectifs et l’état de la reproduction de l’oiseau.

Nos associations ont été contraintes d’attaquer systématiquement tous les arrêtés de prélèvement, parfois en urgence. Bien que la juridiction administrative ait toujours donné raison aux associations, estimant que la chasse est « de nature à compromettre les efforts de conservation de l’espèce », en violation des obligations fixées par la directive européenne « Oiseaux », le Préfet a persévéré dans l’illégalité sous la pression du lobby chasse.

L’État doit réparer le préjudice de France Nature Environnement Midi-Pyrénées

Le tribunal reconnait que « l’association est d’autant plus atteinte dans son objet que les oiseaux détruits sont nombreux, alors que l’espèce protégée se raréfie et que cette raréfaction se trouve accentuée par les destructions volontaires » puis conclut que « l’État doit être condamné à verser à l’association France Nature Environnement Midi-Pyrénées une somme de 30 000 euros en réparation du préjudice moral causé par l’illégalité des cinq arrêtés précités du préfet des Hautes-Pyrénées »

Pour Thierry de Noblens, président de France Nature Environnement Midi-Pyrénées : « Il est absolument stupéfiant qu’année après année, le Préfet des Hautes-Pyrénées ait pris ces arrêtés en bafouant systématiquement les décisions de justice. Il est tout aussi scandaleux que les différents ministres de l’environnement aient systématiquement fait appel de ces décisions et ce, alors que l’État lui-même avait engagé une stratégie de conservation de l’espèce. Nous lançons un appel solennel à M. Nicolas Hulot pour qu’enfin l’État prenne la mesure des menaces qui pèsent sur cette espèce et cesse de cautionner des quotas de prélèvement scandaleux »

France Nature Environnement attend de l’État qu’il prenne enfin ses responsabilités en matière de protection du Grand tétras, espèce emblématique de la biodiversité, et qu’il fixe un moratoire national sur la chasse de cette espèce menacée.

L’article de la FNE est ici.

L’article de la FNE Midi-Pyrénées est ici.

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