Mettre un prix sur la nature pour la sauver ?

Novethic  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 31/05/2019.

Les humains semblent bien incapables de prendre soin des services qui leur sont rendus quand ceux-ci sont gratuits. C’est le cas de ceux rendus pas la biodiversité qui pollinise nos champs, purifie notre eau, capture le carbone… Pour les rendre plus tangible, d’aucuns cherchent à donner une valeur réelle de l’apport de la biodiversité sur nos économies.

Vers de terre

Les populations de vers de terre déclinent. Pourtant ils jouent un rôle essentiel dans la qualité des terres. @JohnShepard

La biodiversité mondiale est en train de s’effondrer. Plus d’un million d’espèces sont en danger dans la seule décennie à venir et les dégradations actuelles des écosystèmes ne laissent rien présager de bon. Outre la tristesse d’un monde sans guépard ou rhinocéros, c’est aussi un ensemble d’équilibre et de mécanismes naturels qui sont mis à mal comme la pollinisation par les insectes, la filtration de l’eau par des plantes, la qualité des sols grâce aux vers…

L’Humanité possède une maîtrise technologique suffisante pour se passer, en partie et de manière dégradée, de ces services rendus. Elle est d’ores et déjà capable de déployer des armées de mini-drones volants pour suppléer le travail des abeilles ou de filtrer quasiment n’importe quelle pollution… Mais cela revient à dépenser des sommes considérables pour compenser un service naturel. Le problème fondamental est que l’être humain semble incapable de prendre soin de ce qui est gratuit.

125 000 milliards de dollars par an

C’est pourquoi, depuis une trentaine d’années, des économistes calculent la valeur globale des services rendus par la nature. Un travail subjectif et complexe. En 2014, le chiffre colossal de 125 000 milliards de dollars a été proposé, soit une fois et demie le PIB mondial. Cette somme fait aujourd’hui référence. Elle sert l’idée de « Mettre un prix sur la nature permettrait de la sauver« . Pour aller plus loin, certains proposent d’introduire sur des marchés financiers la destruction de l’environnement.

Le mécanisme aurait une vraie puissance puisque le nombre de secteurs économiques concernés est considérable. L’effet pervers est que les mécanismes de compensation de la biodiversité ou de préservation des écosystèmes impliquent en général une destruction préalable de la nature. Nous ne sommes pas vraiment dans une logique de prévention.

Pour L’ONG Green Finance Observatory, « la biodiversité en tant que nouvelle classe d’investissement pourrait créer un aléa moral et des risques de crises financières« . L’alternative est donc que, moyennant une régulation adaptée, les civilisations modernes soient capables de prendre soin des services gratuits de la nature… et en cela l’Humanité a encore ses preuves à faire.

L’article et la vidéo de Novethic sont ici.

Publicités
Publié dans Biodiversité - Écologie, Environnement | Laisser un commentaire

Permaculture : Les Bourguignon, ardents défenseurs d’une agriculture sans engrais, labours ni pesticides

487

Un article de La Voix du Nord, par Yannick Boucher, le 03/06/2019.

La terre est leur métier, le sol une obsession. Trente ans de combat et d’alertes pour dénoncer l’agrobusiness prédateur de la petite paysannerie française et défendre une agriculture sans engrais, sans labours, sans pesticides. « Les Bourguignon » sont cash, sans concessions, vénérés dans les milieux agroécologiques, avec le vent désormais favorable d’une pression des consommateurs en faveur d’une alimentation plus saine [1].

0835

Lydia et Claude Bourguignon à Lille. Photo Pib – VDNPQR

– Vos prises de positions contredisent radicalement le discours agricole dominant et vos détracteurs dénonçent votre « catastrophisme ». Ont-ils raison  ?

L.B. « J’aimerais tellement avoir tort depuis toutes ces années mais oui, nous ne faisons qu’annoncer des catastrophes pour la nature, donc pour l’homme. Nous vivons à Marey-sur-Tille, un petit village situé près de Dijon. Même dans cette campagne, les gens restent dans le déni. Ils nous disent « ah mais si, regardez, on voit des oiseaux… » mais la pie grièche ou les verdiers ont disparu, comme tant d’autres espèces. Il y a 30 ans, après de fortes pluies on n’avait pas des rivières chocolat, emplies de boues ruisselées des champs voisins qui ne retiennent plus l’eau parce que leur sol n’est plus aussi vivant. »

C.B. « La France a perdu 90  % de sa faune du sol depuis l’après-guerre, tous ces micro-organismes et ces vers de terres indispensables à la vie. Nous avions travaillé dans la baie de Canche, elle perdait 10 tonnes de sol par an et par hectare, c’est considérable. Dans les années soixante, on recensait souvent deux tonnes de vers de terre à l’hectare, contre souvent moins d’une centaine de kilos aujourd’hui dans des parcelles agricoles traitées de manière conventionnelle. Et la situation s’aggrave. »

– Les sols meurent, dites-vous. De quelle manière ?

C.B. « Les sols se dégradent très vite avec les traitements chimiques à répétition. Le taux de matière organique diminue, la microfaune n’a plus rien à manger et meurt. Or c’est elle qui remonte la magnésie, la potasse ou le calcium, les éléments nutritifs du sol, donc des plantes. Le sol est composé par sa faune et par ses champignons, deux-tiers de sa microflore. Ils font l’humus (dont le taux est passé de 4 à 2  % en 30 ans) et attaquent la lignine, la molécule la plus synthétisée par les plantes. La chimie du sol se dégrade à son tour, les argiles ne sont plus attachées et c’est l’érosion, les sols partent dans les cours d’eau, puis vers la mer. C’est perdu

L.B.« Oui, la matière organique est la clé du problème. Il faut remettre du compost, du bois raméal fragmenté (BRF, paillage) ou du semis direct sous couvert pour rendre les sols plus vivants, donc plus fertiles. »

– Combien de temps faut-il pour restaurer la vie d’un sol  ?

0788

L.B. « Difficile à dire. Ce sera plus rapide dans un sol argilo-calcaire comme le vôtre plutôt que dans un sol plus acide. Il n’y a pas de recette miracle pour remettre un sol debout, aucune technique universelle. Et tout dépend des types de cultures, les sols des betteraves ou des pommes de terres sont plus ravagés que ceux des céréales par exemple. Dans le meilleur des cas, ce sera entre 3 et 5 ans, beaucoup plus pour les patates. »

C.B. « On doit encourager la reconversion des sols conventionnels en bio mais la plupart des agriculteurs bio n’ont pas reçu leurs subventions depuis 2016. Or, on sait que le passage au bio peut faire chuter les rendements au début, forcément. Les gouvernements doivent aider à maintenir les revenus pendant cette période de transition. C’est comme avec le glyphosate. On veut interdire cet herbicide dans trois ans mais les agriculteurs ne sont pas prêts. Nous avons, nous, une solution alternative, on sait qu’on peut parfaitement se passer du produit. Avec la révolution verte il y a 40 ans, l’Europe a dépensé des milliards pour accroître les rendements avec l’agro-industrie dans les grands pays, faisant crever l’agriculture paysanne, celle des terroirs et de la polyculture élevage. On a tué les chevaux pour s’endetter avec les tracteurs, arraché les haies, asséché les marais, les zones humides, bousillé les terres. Et il y a encore des gens pour acheter des sols pourris à 20 000€ l’hectare  ! Pourquoi n’utiliserait-on pas les grands moyens pour renaturer nos sols  ? »

– Qui est responsable de cette situation  ?

L.B. « Au lieu d’être en adéquation biologique avec leur terroir, la plupart des agriculteurs sont dépendants des multinationales de l’agroalimentaire. Il n’y a pas de liberté de l’agriculture, c’est stupéfiant de voir comment les agriculteurs sont maintenus dans l’ignorance des produits. La grande majorité ne connaît pas la biologie du sol qui n’est pas retenue dans l’évaluation de la valeur des terres. On regardera la pente, les cailloux, les surfaces, le NPK (azote-phosphore-potassium) mais pas ce qui fait un sol naturellement vivant. »

C.B. « La France a perdu 90  % de ses paysans depuis 75 ans, c’est dramatique. On préfère des millions de chômeurs, c’est un choix de société, ça. On importe 75 % de nos fruits et légumes, où sont nos maraîchers  ? Si on décidait d’assurer notre autonomie alimentaire, on remettrait massivement des demandeurs d’emploi à la terre. Pour cela il faut inverser les mentalités dominantes, et d’abord rendre le savoir aux agriculteurs parce qu’ils font l’un des métiers parmi les plus complexes du monde. On ne sait plus semer, ni greffer les arbres. En pépinières on a des arbres à la vente qui ont été replantés trois fois, avec jusqu’à 40 traitements pour un pommier. Que peux devenir un arbre avec seulement 25 cm de racines  ? Dans le midi, on doit attacher des fruitiers avec des câbles pour que le mistral ne les couche pas… Il faut semer pour des arbres plus robustes et durables. »

– Un changement de modèle agricole est-il possible  ?

29

Lydia et Claude Bourguignon.

C.B. « Pas tant qu’on ne réduira pas la dépendance des agriculteurs aux rendements. Qui sont d’ailleurs un mensonge car on gave les animaux et les légumes d’eau. On achète très cher de l’eau. Celle du pain plein d’eau, de la viande pleine d’eau, des fruits pleins d’eau. Sans fertilisation, on ne fait pas une tomate d’un kilo. On dispose en France de 2 000 m² de terre agricole par an et par habitant alors qu’on en consomme 6 000 m² en Europe, 8 000 m² aux États-Unis. La France n’est que le 3e producteur agricole européen derrière l’Allemagne et l’Italie qui ont deux fois moins de terres. Le modèle allemand est hyper intensif, ils produisent beaucoup. Celui de l’Italie privilégie les petites fermes avec 10 hectares en moyenne (70 en France) mais ce modèle est menacé par l’arrivée massive des grands distributeurs. En France c’est un modèle raté. On est mauvais en intensif et on a détruit notre paysannerie. Il nous reste quoi  ? Le blé est en général de mauvaise qualité biologique, même si cela va un peu mieux. On a du cochon et de la betterave, qui ne vaut plus rien. La moitié de notre blé va aux animaux, nos tomates sont aux Chinois et on produit deux fois moins de patates qu’en Hollande. En réalité, la seule filière rentable est celle du vin parce qu’elle a abandonné la notion de rendement. On fait du vin à présent sur 25 hectares au lieu de 100 mais ce modèle n’est pas considéré ailleurs, dans les autres filières, même si j’ai une petite lueur d’espoir : des gros viennent nous voir, ils commencent à nous appeler, c’est nouveau. La plupart sont au bord de la faillite, ils roulent encore des caisses mais c’est du bluff. 20 % des agriculteurs touchent 80 % des aides européennes mais les affaires ne sont plus si florissantes. »

L.B. « C’est vrai mais ils veulent quoi en venant nous voir ? Encore un truc, un produit miracle pour refaire de la marge. La betterave ne vaut plus rien mais on la ramasse avec des machines qui valent 500 000 €  ! On leur dit de se déconnecter du rendement. En faisant ça, ils rendraient peut-être de la vie dans leurs sols. Et vivraient mieux… ».

[1] Ils étaient les invités à guichets fermés de l’association environnementale régionale EDA jeudi 23 mai à l’université de Lille.


Biographie

Claude Bourguignon, ingénieur agronome, démissionne de l’INRA à Dijon pour fonder avec sa femme Lydia en 1989 le Laboratoire d’analyse microbiologique des sols (LAMS) pour vendre des conseils agronomiques, en commençant par les viticulteurs. Conférencier, formateur, il est membre de la Société d’écologie et de la Société américaine de microbiologie.

Un livre  : « Le sol, la terre et les champs  : pour retrouver une agriculture saine », éditions Sang de la Terre (2010).


Pionnier de la permaculture

Claude Bourguignon est l’un des pionniers de la permaculture en France, et sans doute le plus influent avec Pierre Rabhi. Cet ensemble de techniques définit une agriculture de conservation des sols pour régénérer le vivant dans les parcelles. Elle condamne le labour qui détruit la micro-faune et érode les sols, les engins trop lourds qui tassent trop le sol, les apports d’engrais non naturels ou de pesticides. Le sol doit être bien aéré, enrichi en compost, non gorgé d’eau, sans excès d’éléments minéraux. C’est le principe même du bio et de l’agroécologie : un bon sol fera pousser des plantes en bonne santé et plus résistantes aux ravageurs.


L’article de La Voix du Nord est ici.

Et vous pouvez regarder cette vidéo de Claude Bourguignon.

Capture2

 

Publié dans Agriculture biologique, Biodiversité - Écologie | Laisser un commentaire

Le glyphosate détrôné par l’eau chaude ? Une invention géniale.

302  Un article de POSITIVR, par Axel Leclercq, le 23/01/2018.

Comment peut-on remplacer un pesticide par de l’eau de pluie ? Réponse avec Oeliatec, une entreprise bretonne au destin extraordinaire. Et si les désherbants chimiques se faisaient détrôner par l’ingrédient le plus simple du monde, à savoir l’eau chaude ? On n’en est pas encore là, mais force est de le reconnaître : l’invention de ce Breton autorise les espoirs les plus fous. Lumière sur un outil qui pourrait changer notre rapport à la terre.

0829

Pendant des années, Jean-Pierre Barre a vendu des produits phytosanitaires. Mais, dès le début des années 2000, ce professionnel a senti que le vent allait tourner, que l’ère du tout chimique touchait à sa fin et que la transition écologique à venir serait une formidable opportunité.

Se rappelant que les anciens faisaient disparaître les mauvaises herbes à l’aide du jus de cuisson des pommes de terre, il enfile alors sa tenue d’inventeur et se met à plancher sur une machine qui permettrait d’optimiser le procédé pour le rendre pratique, fiable et efficace. Son idée ? Récupérer de l’eau de pluie, la porter à une température de 120° et la pulvériser par gouttelettes à basse pression sur les herbes invasives. Au départ, bien entendu, personne n’a cru à son projet. Ni les banques, ni les géants mondiaux de la chimie.

0830

En 2007, pourtant, la première machine est vendue. En 2011, le rythme de production atteint les six par an. Et aujourd’hui ? Eh bien aujourd’hui, Oeliatec, la société créée par Jean-Pierre Barre, fabrique une machine par jour, vendue entre 13 000 et 100 000€ aux collectivités et aux paysagistes de toute l’Europe ! L’entreprise emploie 30 personnes, embauche un salarié de plus chaque mois, détient une quinzaine de brevets industriels et fait 4 millions d’euros de chiffre d’affaires ! Ce n’est pas compliqué : Oeliatec est devenu le leader européen dans son domaine.

Et l’aventure n’est pas près de s’arrêter. Bientôt, le glyphosate sera totalement interdit en France et l’entreprise se prépare avec enthousiasme à conquérir le marché agricole. Des désherbeuses spécialement conçues pour les arboriculteurs, les viticulteurs et les maraîchers sont déjà à l’étude et un atelier de 2 000m2 va s’ajouter aux locaux existants.

La transition écologique n’est pas juste une contrainte environnementale. C’est aussi une opportunité économique pourvoyeuse d’emploi. La preuve.

L’article de POSITIVR est ici.

Publié dans Environnement, Pesticides | Laisser un commentaire

Le changement climatique menace la symbiose vitale entre les arbres et les champignons

389  Un article de Reporterre, par Lorène Lavocat, le 31/05/2019.

Les racines des arbres vivent en symbiose avec un réseau complexe de champignons et de bactérie. Un groupe de chercheurs vient de publier la première cartographie mondiale de ce réseau indispensable à la vie des arbres mais mis en danger par le changement climatique.

0827

Sous chaque forêt se trouve un réseau souterrain complexe de racines, de champignons et de bactéries qui relient les plantes. Cet internet souterrain, vieux de près de 500 millions d’années, est connu sous le nom de « wood wide web ». Essentielles à la communication des végétaux entre eux, ces interconnexions microbiennes sont surtout vitales pour les arbres. « Sans ces symbioses, les arbres ne peuvent pas bien se nourrir, explique Bruno Hérault, écologue au Centre international de recherche agronomique pour le développement (Cirad). Car les champignons et les bactéries présentes sous terre permettent à l’arbre d’accéder à une plus grande réserve d’éléments minéraux et d’eau. »

La majorité des symbioses impliquent des champignons, mais attention ! ceux que l’on cueille ne représentent que la partie émergée, la « fructification », où se déroule la reproduction sexuée. La partie immergée est constituée de fins filaments, capables d’explorer un très grand volume de sol… et de se lier aux arbres. C’est ce qu’on appelle des mycorhizes. « Il existe des ectomycorhizes, quand un mycélium de champignons va entourer les racines, et des endomycorhizes, quand la symbiose se fait à l’intérieur même des racines », précise M. Hérault.

Bien que l’existence de ce « wood wide web » soit établie de longue date, « on connaît mieux la surface de Mars que ce qu’il y a sous nos pieds », note le chercheur. C’est dire l’importance de la « cartographie mondiale des symbioses microbiennes des arbres », publiée en « une » de la revue Nature le 16 mai par l’Initiative pour la biodiversité des forêts mondiales (Global Forest Biodiversity Initiative, GFBI).

« C’est la première fois que nous comprenons le monde sous nos pieds, mais à une échelle mondiale » 

Pour parvenir à ce résultat, plus de 200 chercheurs ont patiemment exploré plus d’un million de parcelles boisées d’un hectare, répertoriant les espèces végétales présentes. 28.000 espèces, et au total 31 millions d’arbres — de forêts, savanes, zones humides — de 70 pays de tous les continents (sauf Antarctique) ont fait l’objet d’une collecte. « Comme chaque arbre est associé à une symbiose particulière, on peut savoir quelles sont les mycorhizes présentes sous terre dès lors qu’on sait quels sont les arbres présents sur terre », résume M. Hérault, qui a participé à cette étude depuis la Côte d’Ivoire. L’if, l’érable ou l’acacia s’associent avec des endomycorhizes, tandis que le chêne, le hêtre ou le châtaigner sont liés aux ectomycorhizes. Une fois les données rassemblées, il ne restait plus aux chercheurs qu’à mouliner le tout afin d’établir une cartographie planétaire.

« C’est la première fois que nous comprenons le monde sous nos pieds, mais à une échelle mondiale, a déclaré Thomas Crowther, l’un des auteurs du rapport, à la BBC. Tout comme l’IRM du cerveau nous aide à comprendre le fonctionnement du cerveau, cette carte mondiale des champignons sous le sol nous aide à comprendre le fonctionnement des écosystèmes mondiaux. »

Les chercheurs ont ainsi découvert que les ectomycorhizes dominent dans les forêts tempérées, fraîches et boréales, tandis que les endomycorhizes se trouvent majoritaires dans les zones humides et chaudes. Un autre type de symbiose, impliquant non pas des champignons mais des bactéries fixatrices d’azote, prédomine dans les régions plus arides.

Le changement climatique, en réchauffant l’atmosphère des régions tempérées, pourrait donc venir bouleverser cet équilibre essentiel 

0828

Manchons mycorhiziens d’amanite gainant un réseau de radicelles.

« Les ectomycorhizes sont très performantes pour aller récupérer les nutriments dans les feuilles et bois morts qui se décomposent lentement, explique M. Hérault. Or, les végétaux se désagrègent plus lentement quand il fait frais. » D’autant plus que les arbres qui leur sont associés, en bons copains, produisent des feuilles à pourrissement plus long. A l’inverse, les endomycorhizes sont à l’aise dans des milieux où la litière forestière se décompose rapidement, là où la température et l’humidité sont plus élevées.

Le changement climatique, en réchauffant l’atmosphère des régions tempérées, pourrait donc venir bouleverser cet équilibre essentiel. « Peu à peu, dans les forêts d’Europe, d’Amérique du Nord, de Russie, on pourrait voir des arbres à endomycorhizes supplanter les arbres à ectomycorhizes », dit l’écologue. Les chercheurs ont ainsi simulé l’évolution des symbioses microbiennes d’ici 2070, compte tenu des dérèglements en cours. Leurs résultats montrent une perte globale de 10 % de ces champignons ectomycorhiziens… et des arbres qui leur sont associés.

Problème, cette disparition possible de millions d’arbres et de leurs alliés mycéliens entraînera une libération de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Car une forêt dominée par les ectomycorhizes stocke beaucoup de carbone, sous forme de matière organique :

« Quand vous vous promenez dans une hêtraie ou une châtaigneraie, le sol est jonché de feuilles mortes, qui peuvent s’accumuler pendant plusieurs années, illustre M. Hérault. Les forêts à endomycorhizes produisent des litières beaucoup moins épaisses, c’est autant de carbone stocké en moins ! »

Un effet boule de neige inquiétant, selon le chercheur : « Les changements massifs dans l’état et la composition des forêts du monde pourraient affecter, encore plus que nous ne l’imaginions, les changements climatiques en cours. »

L’article de Reporterre est ici.

 

Publié dans Biodiversité - Écologie, Dérèglement climatique | Laisser un commentaire

La mystérieuse et inquiétante flambée des émissions de méthane

424  Un article du journal Le Monde, par Audrey Garric, le 30/05/2019.

La forte hausse de ce gaz à effet de serre, qui pourrait provenir des zones humides tropicales, risque d’accélérer le dérèglement climatique.

417

Le méthane est émis par la production de gaz, l’agriculture, la gestion des déchets ou encore les zones humides

On l’a un temps qualifié de « bombe climatique ». A défaut d’en constituer réellement une – l’expression est aujourd’hui remise en cause par la communauté scientifique –, le méthane risque malgré tout de provoquer une accélération du dérèglement climatique.

La quantité de ce gaz à effet de serre, le deuxième en importance après le dioxyde de carbone (CO2), augmente en effet de manière très rapide dans l’atmosphère, bien plus qu’anticipé par les climatologues. Des données récemment publiées par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) montrent que les concentrations de méthane (CH4) ont atteint un record en 2018, de quoi miner l’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement climatique bien en deçà de 2 °C.

Selon les chiffres de la NOAA, l’augmentation des taux de CH4 dans l’atmosphère s’est accélérée ces cinq dernières années, enregistrant une croissance deux fois plus élevée que sur la période 2007-2013.

Après une stagnation entre 2000 et 2007, la concentration de ce gaz a crû chaque année de 6 parties par milliard (ppb) entre 2007 et 2013, puis de 9 ppb/an entre 2013 et 2018. Elle a bondi à 10,8 parties par milliard en 2018, la seconde plus forte hausse depuis vingt ans.

0826

L’article du journal Le Monde est ici.

Publié dans Dérèglement climatique, Environnement | Laisser un commentaire

Le gouvernement s’apprête à autoriser le piégeage de dizaines de milliers d’animaux, dont certaines espèces menacées

356  Un article de Humanité et Biodiversité, le 11/06/2019.

Tous les 3 ans, le Ministère dresse la liste des espèces «nuisibles» désormais appelées «susceptibles d’occasionner des dégâts» … Cette nuance représente des portes ouvertes à toutes les dérives.

Ces listes varient en fonction des départements et sont basées sur des données fournies par des organismes et institutions dans lesquels les chasseurs sont toujours majoritaires. Sont concernés : la Belette, la Fouine, la Martre, le Putois, le Renard, le Corbeau freux, la Corneille noire, la Pie bavarde, le Geai des chênes et l’Étourneau sansonnet.

EXPRIMEZ-VOUS JUSQU’AU 27 JUIN

Une consultation publique est ouverte dans laquelle nous vous invitons à modifier la liste des mammifères et des oiseaux qui pourront être tirés et piégés dans de terribles conditions : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-ministeriel-pris-pour-l-a1986.html?id_rubrique=2

Vous avez jusqu’au 27 juin pour donner votre avis. Nous vous invitons à remettre en question la liste proposée. En commentaire de cette consultation, vous pouvez exprimer votre opposition et donnez quelques arguments ou bien même un seul en vous inspirant de notre communiqué de presse que nous vous proposons et, surtout, ne faites pas de copier/coller qui ne serait comptabilisé qu’une seule fois.

Le monde cynégétique est inquiet, il bat le rappel pour que cette consultation leur soit favorable.

Nous n’aurons pas d’autre occasion avant 3 ans de leur faire barrage aussi il faut nous MOBILISER et mobiliser tous nos contacts pour répondre à cette consultation et faire cesser, en cette période d’effondrement de la Biodiversité, ces absurdités d’un autre âge.

Retrouvez ci-dessous (à télécharger) le communiqué de presse d’Humanité et Biodiversité et d’autres associations de protection de l’environnement.

Nous avons besoin de chacun d’entre vous, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons faire bouger les lignes !

L’article de Humanité et Biodiversité est ici.

Le communiqué de presse du 11 juin 2019 est ici.

0836

Publié dans Biodiversité - Écologie, Chasse - Braconnage | Laisser un commentaire

En Belgique, une énorme usine à frites menace la santé et l’environnement

389  Un article de Reporterre, par Laurence Grun, le 05/06/2019.

  • Bruxelles (Belgique), reportage

 

Retombées graisseuses, utilisation d’herbicides, nuisances sonores et olfactives… À Frameries, en Belgique, des habitants se battent contre l’implantation, près de leurs habitations, d’une gigantesque usine de production de 2.300 tonnes de frites par jour.

0831.jpg

Début janvier, les habitants de Frameries ont découvert par la presse qu’une usine de production (maximale) de 2.300 tonnes de frites surgelées par jour allait s’installer à quelques mètres de chez eux. Déclaré comme un parc d’activités économiques à caractère industriel devant pourtant être isolé, la zone industrielle de Frameries, dans la province du Hainaut, prévoit d’abriter l’une des plus grosses industries belges, Clarebout, à seulement 20 mètres de la première habitation. Le projet s’inscrit dans la « ré-industrialisation » de Mons, « promesse d’emplois » : l’usine à frites disposée sur 16 hectares, doit « re-dynamiser » la région. Mais pour Fransesco, ancien travailleur de chez Lutosa, « il s’agira surtout d’une zone sinistrée ».

Sa maison fait face au champ qui doit accueillir la future usine. Auparavant il s’agissait d’une zone verte. Mais depuis, elle a été transformée en zone industrielle gérée par l’Intercommunale de développement économique et d’aménagement du cœur du Hainaut (IDEA) en charge de la « valorisation du territoire ». En Belgique, le Code de l’environnement et le Code du développement territorial (CoDT) ne prévoient pas de délimitation spécifique entre les industries et les habitations.

L’entreprise dispose déjà de quatre hangars de stockage de pommes de terre de 18.000 m² sur la commune

C’est ainsi que le 19 septembre 2018, l’Intercommunale a accordé un droit de préférence à l’entreprise Clarebout pour la construction d’une usine de production de frites surgelées. L’entreprise dispose déjà de quatre hangars de stockage de pommes de terre de 18.000 m² sur la commune – les terrains lui ont été accordés en 2015. Depuis quelques mois, elle a entrepris la construction d’un congélateur géant de 30 mètres de haut avec un dépôt de 8.000 litres d’ammoniac – désormais en suspens grâce à la mobilisation des riverains.

0832

Des lotissements sont en cours de construction en face de la future usine.

L’implantation de l’usine était donc considérée comme un potentiel économique au regard du caractère précaire de la zone. « Ils disaient qu’une usine à frites allait s’implanter à Frameries et créer 300 emplois. On a alors voulu en savoir plus », raconte Florence, membre du comité des riverains. En quelques clics sur Internet, elle, comme d’autres riverains, a découvert que Clarebout dispose déjà de deux entreprises à Warneton et Neuve-Eglise. C’est un acteur mondial dans le domaine de la frite industrielle. En l’espace de quelques semaines, les riverains se sont rencontrés, réunis et organisés autour de la page Facebook « La nature sans friture » puis constitués en comité des riverains. Afin d’anticiper la séance d’information annoncée le 29 janvier, lancement de l’étude d’incidences du projet, les membres du comité sont allés à Warneton pour constater par eux-mêmes les nuisances. « C’est là qu’on a découvert ce qu’était vraiment Clarebout », dit, sidérée, Florence.

À 90 kilomètres de Frameries, la commune de Comines-Warneton subit depuis douze ans les impacts environnementaux et sociaux de l’entreprise. Située à la frontière française, l’industrie touche tant les habitants de Deûlémont, en France, que ceux de Warneton, en Belgique. Élisabeth habite à 700 mètres de l’usine du côté français, et depuis, les classeurs n’ont cessé de s’additionner. Tout y est recensé : les courriels, les rapports, les articles de presse et autres documents faisant état des nuisances occasionnées par l’entreprise. « Notre force de mobilisation a été de pouvoir nous appuyer sur ce qui se passait à Warneton. Alors quand on est arrivé à la réunion d’information, on avait pu avancer et se préparer », dit Nathalie, du comité des riverains de Frameries.

« Ça détruit tout le paysage de la région »

Rejet des eaux usées dans la Lys – bien que du côté français elle soit déclarée « réserve protégée » – dépôts d’huile de friture, nuisances sonores et olfactives, retombées graisseuses, accidents industriels et conditions de travail déplorables sont autant de dérives dénoncées par des habitants de Deûlémont et de Warneton. Ils ne sont pourtant pas parvenus à empêcher son installation en 2007.

« Clarebout était déjà installé à Neuve-Eglise donc les gens ont anticipé en s’opposant au projet parce qu’ils sentaient le vent arriver. Ça a rendu fou le Bourgmestre qui ne considérait que l’angle économique. Il n’avait pas une fibre écologique ou environnementale. C’était l’économie, l’emploi. Aujourd’hui, c’est devenu un monstre. Les bâtiments sont hyper hauts, hyper massifs. Ça détruit tout le paysage de la région », témoigne Patrick.

Il s’est battu pendant plusieurs années, mais aujourd’hui, fatigué, isolé du côté belge, il a mis fin aux activités de son association les Amis de Warneton. « On m’accusait de vouloir faire perdre aux gens leur emploi, pourtant je ne voulais que faire respecter les normes environnementales, sanitaires et de travail. » En 2017, il a mis en relation l’un des travailleurs qui souhaitait témoigner des conditions sanitaires au sein de l’usine avec France 3 Hauts de France. «Ils (Clarebout) l’ont reconnu et déposé plainte contre lui pour espionnage industriel. Il a été licencié. Nous aussi, Élisabeth de Deûlémont et moi, avons été attaqués. On a été convoqué par la police judiciaire. Ils ont déposé plainte contre X suite aux photos prises par ce monsieur et qu’il m’avait communiquées.» Autant d’informations qui inquiètent les habitants de Frameries, sans compter qu’à Warneton, l’usine ne fait officiellement que la moitié de la capacité de production prévue à Frameries.

0833

Des habitants de Deûlémont et de Warneton ont pris plusieurs photos de rejet moussant dans la Lys, en septembre 2018, qu’ils imputent à l’installation de l’usine.

Depuis la séance d’information du 29 janvier, marches et rassemblements sont régulièrement organisés. « Ils n’ont répondu à aucune de nos questions. Ils nous disaient toujours « c’est à l’étude » ! », déplore Nathalie. Pour Jean-François, habitant à 500 mètres de la future usine, « en plein dans les vents dominants », pas question d’attendre l’étude d’incidence :

« Au départ, Inter-Environnement Wallonie avait refusé la première usine à Warneton. C’est pour ça qu’on se bat dès maintenant. La ville de Mons nous demande pourquoi on n’attend pas l’étude d’incidence mais nous on n’en veut pas. Quoi que dise l’étude d’incidences, ils feront ce qu’ils veulent. »

Chargé de remettre un avis (non contraignant) sur les projets, Inter-environnement Wallonie a demandé en 2007 « le refus du permis en l’état actuel du dossier ». Mais la région wallonne l’a tout de même octroyé. Ainsi qu’un second pour l’extension de l’usine.

Pour Patrick, de Warneton, « toutes ces étapes, la réunion d’information, l’enquête publique, ne sont qu’un simulacre de démocratie. On t’autorise à donner ton avis, consulter les dossiers, mais tout est fait pour que cela soit dissuasif, et surtout, finalement, on ne prend pas les avis en compte. Ils n’ont même pas fait d’enquête publique en France alors que la convention d’Espoo [ qui évalue l’impact de projets sur l’environnement] l’impose. »

Un herbicide utilisé dans les hangars de stockage de pommes de terre contaminerait les sols

Après un premier voyage à Warneton, un deuxième a été organisé avec certains élus et responsables politiques pour faire prendre conscience de ce qui sera construit, avant de les inviter à se rendre sur le site de Frameries. « On est allé voir des administrateurs. Or, certains ne savaient même pas où se trouvait le site à Frameries. Ils prennent une décision pour un projet monstrueux sans savoir où ça se trouve. C’est magnifique ! », s’exclame Florence.

0834

Le chlorprophame, un herbicide utilisé comme anti-germinatif dans les hangars de stockage de pommes de terre, pourrait être responsable de la disparition d’abeilles.

En se penchant sur le dossier, les riverains se sont intéressés au chlorprophame. Utilisé comme anti-germinatif dans les hangars de stockage de pommes de terre, il contamine les sols et les eaux. Un fils d’apiculteur de Frameries a soulevé sur Facebook la question de la disparition des abeilles des ruches de son père, liée à l’utilisation de ce produit chimique. D’autres se sont questionnés sur la disparition de la biodiversité, sur le modèle agricole centralisé conduisant de nombreux agriculteurs à dépendre de ce type d’industrie pour revendre leur production. Le sentiment d’une « législation à deux vitesses » est également évoqué : celle d’une législation pénalisant les mauvais comportements environnementaux des citoyens et fermant les yeux sur ceux des entreprises.

Au début, ni l’Intercommunale de développement économique et d’aménagement du cœur du Hainaut, ni le bourgmestre ne semblaient voir un inconvénient au projet en dehors des riverains. « Je reconnais que mon élan naturel m’a conduit à ne voir que l’aspect économique et l’emploi. Je n’ai peut-être pas été assez attentif au process industriel », dit Jean-Marc Dupont, bourgmestre de Frameries. Certains n’ont pas apprécié les affiches contre Clarebout, sachant qu’il s’agissait d’un projet initié par leur parti. L’un des conseillers communaux se serait même rendu chez les habitants pour les intimider. « Certains sont venus nous voir en nous disant qu’ils avaient été menacés », explique une membre du comité. Depuis, le PS, comme de nombreux autres partis, s’est rangé et soutient officiellement les riverains. Du moins en partie, sachant que ces derniers souhaiteraient l’arrêt total de ce type d’implantations industrielles, de modèle économique et politique, qu’ils ne souhaitent pas « envoyer dans le jardin de quelqu’un d’autre ». Tandis que les représentants politiques parlent de mauvais aménagement du territoire et de trouver un lieu plus adéquat, « plus respectueux de l’environnement ». Un autre site est ainsi évoqué quarante kilomètres plus loin, à cheval sur les communes de Seneffe et Ecaussine, où d’autres industries chimiques et pétrochimiques côtoient déjà les habitations, à quelques centaines de mètres.

L’article de Reporterre est ici.

Publié dans Bocage Avesnois, Environnement | Laisser un commentaire