Du lisier déversé sur les locaux de France Nature Environnement Haute-Savoie

Un article de Reporterre, le 23/05/2022.

Une quantité importante de lisier a été déversée, dans la nuit du 22 au 23 mai, devant les locaux de FNE 74 (France Nature Environnement 74), la fédération des associations environnementales de Haute-Savoie, situés à Pringy.

Du lisier a été déversé sur les locaux de France Nature Environnement Haute-Savoie. – Twitter/FNE

Les déjections d’animaux ont été épandues sur les façades des bâtiments, sur le parking et sur des véhicules présents. « Il n’y a pas eu d’intrusion dans les locaux », a précisé sur Twitter Arnaud Schwartz, président de FNE. Selon un salarié de la fédération interrogé par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, cette action ferait suite à l’affaire d’abattage préventif de bouquetins.

Le 17 mars, un arrêté préfectoral a autorisé la mise à mort de 170 bouquetins dans le massif du Bargy, car ils étaient suspectés d’avoir transmis la brucellose à un bovin en novembre 2021 — ce qui avait entraîné l’abattage de l’ensemble d’un troupeau de vaches (224 en tout) à Saint-Laurent.

Des éleveurs de la région ont donc réclamé l’abattage total des bouquetins, mais FNE a déposé un recours en justice contre l’arrêté préfectoral du 17 mars. Les associations environnementales ont eu gain de cause : le tribunal administratif de Grenoble a annulé la décision de la préfecture le 18 mai. Les locaux de FNE 74 pourraient donc avoir été dégradés en représailles à cette affaire. « Certains éleveurs ne respectent pas les décisions de justice et les études scientifiques », a affirmé un salarié de la fédération à France 3.

Selon Arnaud Schwartz, les gendarmes auraient identifié au moins l’un des auteurs, qui serait agriculteur. Une plainte a été déposée, et une enquête a été ouverte. « Nous agissons pour préserver les bouquetins sains sur le massif du Bargy en respectant strictement l’état de droit et en suivant les préconisations des scientifiques et services sanitaires : tirer sur les bouquetins augmente le risque de propager la brucellose à d’autres massifs », a-t-il conclu sur Twitter.

L’article de Reporterre est ici.

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Il y a 50% de risque que la planète se réchauffe de 1,5°C d’ici 2026

Un article de Reporterre, par la rédaction, le 10/05/2022.

Il y a une chance sur deux pour que la température mondiale annuelle moyenne dépasse temporairement 1,5 °C [1] au cours des cinq prochaines années. Telle est la conclusion du nouveau bulletin sur le climat publié le 9 mai par l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

Rivière asséchée, Éthiopie (Afrique) Istock / @piyaset

« Une seule année de dépassement du seuil de 1,5 °C ne signifie pas que nous aurons franchi le seuil emblématique de l’Accord de Paris, a précisé Leon Hermanson, membre du service national britannique de météorologie, dans un communiqué de presse. C’est toutefois le signe que nous nous rapprochons d’un cas de figure où le seuil de 1,5 °C pourrait être dépassé pendant une période prolongée. »

La probabilité d’un dépassement temporaire du seuil de 1,5 °C n’a cessé d’augmenter depuis 2015, année où elle était proche de zéro. De 2017 à 2021, la probabilité de dépassement de ce seuil était de 10 %. Elle est désormais de 48 % pour la période 2022-2026.

Limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C plutôt qu’à 2 °C permettrait de sauver des récifs coralliens, limiter l’augmentation du niveau des mers et préserver plusieurs centaines de millions de personnes des évènements climatiques extrêmes et de la pauvreté. Pour éviter de franchir ce seuil des 2 °C, il faudrait que l’ensemble des engagements climatiques pris par les États soit mis en œuvre sans tarder.

En tout cas, les températures ne vont cesser de grimper : la probabilité qu’au moins une année entre 2022 et 2026 soit encore plus chaude que l’année la plus chaude jamais enregistrée (à savoir l’année 2016) est désormais de 93 %.

L’article de Reporterre est ici.

[1] Par rapport aux valeurs préindustrielles, la moyenne des années 1850-1900.

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Le réchauffement climatique, une fabrique à pandémies

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 04/05/2022.

« Les décennies à venir seront non seulement plus chaudes mais plus malades ». Dans une nouvelle étude, des chercheurs affirment que le réchauffement climatique va entraîner la propagation de milliers de nouveaux virus entre espèces d’ici 2070 et créer ainsi des pandémies. L’Afrique et l’Asie sont particulièrement concernées mais à mesure que la planète se réchauffe, les zones à risque se multiplient, notamment en Europe. 

Les chauves-souris sont particulièrement redoutées en raison « de leur rôle central dans l’émergence virale ». Istock

C’est une étude pour le moins alarmante qui vient d’être publiée dans la prestigieuse revue Nature. Des chercheurs de l’Université de Georgetown ont réalisé une évaluation complète de la manière dont le changement climatique impacte la transmission de virus entre espèces animales. Et la conclusion est claire : le changement climatique deviendra dans les années à venir le plus grand facteur de risque de l’émergence de maladies, devant la déforestation, le commerce d’espèces sauvages ou l’agriculture industrielle. Les scientifiques estiment que d’ici 2070, au moins 15 000 transmissions inter-espèces devraient se produire si la planète se réchauffe de +2 °C. Or cette trajectoire est déjà optimiste puisque, selon une nouvelle étude, nous avons une chance sur deux de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement d’ici 2100 si les engagements pris par les gouvernements du monde entier sont tenus.

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé le déplacement potentiel des mammifères en fonction du changement climatique. Ces derniers vont en effet migrer à la recherche d’un habitat vivable et de nourriture dans des zones où ils ne seraient pas allés jusqu’ici. En migrant, ces mammifères transportent des maladies et croisent d’autres animaux hôtes qui peuvent eux-mêmes transmettre ces maladies à des humains, ce que les spécialistes appellent des zoonoses. « Alors que le monde change, le visage de la maladie changera aussi », explique Gregory Albery, écologiste des maladies à l’Université de Georgetown et co-auteur de l’étude. « Ce travail fournit des preuves irréfutables que les décennies à venir seront non seulement plus chaudes mais plus malades ».

Des « hotspots » partout dans le monde

Les scientifiques ont identifié des « hotspots », des zones particulièrement à risque qui pourraient conduire à l’émergence de zoonoses. La région du Sahel en Afrique du Nord, les hauts plateaux éthiopiens, l’est de la Chine ou encore les Philippines sont des points chauds pointés par les chercheurs. Mais certaines régions d’Europe sont également impactées. Plus la Terre se réchauffe, plus les « hotspots » se multiplient. Un processus déjà en cours avec un réchauffement aujourd’hui limité à +1,2 °C.

« Nous ne surveillons pas les hotspots et cela fait du risque pandémique le problème de tout le monde. Le changement climatique crée d’innombrables points chauds pour le risque zoonotique directement dans notre arrière-cour. Nous devons construire des systèmes de santé qui sont prêts pour cela », avance Gregory Albery dans The Guardian. Pour les auteurs de l’étude, la solution est de coupler la surveillance des maladies de la faune avec des études en temps réel des changements environnementaux.

La chauve-souris dans le viseur 

« Lorsqu’une chauve-souris brésilienne à queue libre se rend dans les Appalaches, nous devrions nous efforcer de savoir quels virus l’accompagnent », explique Colin Carlson, Professeur de recherche adjoint au Center for Global Health Science and Security du Georgetown University Medical Center. « Essayer de repérer ces « sauts d’hôtes » en temps réel est la seule façon d’empêcher ce processus de conduire à davantage de débordements (le passage d’un virus depuis un animal sauvage vers la population humaine, NDR) et à davantage de pandémies. » L’exemple des chauves-souris n’est pas anodin puisque ces dernières, en raison « de leur rôle centrale dans l’émergence virale », de leur capacité à voler de grandes distances, sont particulièrement redoutées.

Après deux ans de recherche, l’Institut Pasteur affirme d’ailleurs avoir trouvé des coronavirus proches du Covid-19, virus qui a déclenché une pandémie et tué plus de 6 millions de personnes dans le monde, chez la chauve-souris du Laos. L’année dernière, l’IPBES, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, l’équivalent du Giec pour la biodiversité, avait calculé que sur le 1,7 million de virus non découverts actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, 827 000 pourrait avoir la capacité d’infecter les êtres humains.

L’article de Novethic est ici.

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Jancovici, Cyrulnik, Meda, Dion,… 17 personnalités appellent le futur gouvernement à se former sur l’écologie

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 09/05/2022.

Une vingtaine de personnalités parmi lesquelles le réalisateur Cyril Dion, le psychologue Boris Cyrulnik, l’activiste Camille Étienne, ou encore la sociologue Dominique Meda, appelle le futur gouvernement à suivre une formation de 20 heures sur les enjeux écologiques afin que leurs décisions ne puissent plus ignorer les faits scientifiques concernant le changement climatique et la perte de biodiversité. L’idée est de reproduire ce qui avait fonctionné pour la Convention citoyenne pour le climat.

World Global Ecology International Meeting Unity Learning Concep

Les 17 personnalités appellent le futur gouvernement à suivre une formation de 20 heures sur les enjeux écologiques. iStock / Rawpixel

Ce que nous attendons, c’est que vous soyez prêts à vous former, vous ainsi que l’ensemble de l’équipe gouvernementale, car la formation est le préalable de l’action. Nous attendons de vous que vous participiez à une formation exigeante, en 20 heures, en présence, sans délégation et en suivant la méthodologie des institutions compétentes abordant la question climatique sous tous ses angles, ne se limitant pas aux enjeux énergétiques. La formation est l’essence de la transformation. Savoir, c’est pouvoir » écrivent plusieurs personnalités publiques dans une tribune publiée le 8 mai dans le Journal du Dimanche.

À l’initiative de Flora Ghebali, entrepreneure et auteure de « Ma génération va changer le monde », 17 figures de la société civile à l’instar du psychologue Boris Cyrulnik, l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, la sociologue Dominique Meda ou encore la militante pour le climat Camille Etienne, appellent Emmanuel Macron et les membres du futur gouvernement à suivre une formation sur les enjeux écologiques. Ils souhaitent ainsi reproduire ce qui avait fonctionné pour la Convention citoyenne pour le climat. Les 150 Français tirés au sort avaient eux-mêmes suivi une telle formation et s’étaient finalement accordés sur des mesures écologiques particulièrement ambitieuses.

Un manque de formation ou un choix politique assumé ? 

À l’origine de cette tribune, il y a le refus de croire que « l’insuffisance écologique du précédent quinquennat relevait d’un manque de courage, ou pire d’un manque de convictions ». Une position qui ne convint pas tout le monde. L’économiste Maximes Combes, membre d’Attac, interroge de façon faussement naïve : « Si Président et ministres mènent une politique anti-écologique depuis des années, est-ce réellement en raison d’un manque de formation ? N’est-ce pas plutôt un choix politique clairement assumé de ne pas chambouler notre modèle économique ? »

Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et auteur de plusieurs essais sur le capitalisme (Que crève le capitalisme, édition du Seuil, 2020), estime qu’il s’agit là d’une vision dépolitisée du débat. « Quelle niaiserie de croire que M. Macron et ses sbires ne mènent pas une politique écologique parce qu’ils sont mal formés ! Non. Ils ne mènent pas une politique écologique parce qu’une politique écologique desservirait les intérêts des dominants dont ils sont les factotums » fustige-t-il sur Twitter.

Des fonctionnaires mobilisés sur le terrain

Sur le terrain, la mobilisation, elle, n’a pas attendu. Le Lierre, fondé fin 2019, est un réseau de fonctionnaires engagés pour la transformation de l’action publique afin de répondre aux urgences écologique et sociale. Il réunit plus de 700 professionnels qui travaillent pour l’État, les collectivités territoriales, les hôpitaux, les universités, des grandes ONG ou apportent leurs conseils et expertises au service des politiques publiques. L’objectif est de partager des pratiques, des idées et organiser des temps de réflexions et de formation pour avancer sur le sujet écologique. Fin mars, le réseau a soutenu l’Appel des agents publics pour décarboner les services publics, lancé par le Shift Project.

« Nous voulons faire notre part dans la transition bas carbone de notre pays. Et cette part est importante. Parce que l’administration publique représente 20% de l’emploi en France. (…) Parce que nous (…) ne voulons pas que nos missions soient mises en péril par les conséquences inévitables du dérèglement climatique. (…) Parce que l’administration est au cœur de la vie quotidienne de chaque citoyen et doit, dès lors, être exemplaire. (…) Enfin, parce que nous pensons que la puissance publique aura un rôle majeur à jouer dans la transition bas-carbone de l’économie et de la société française. Aujourd’hui, c’est un changement de braquet qui doit être opéré ».

Emmanuel Macron, qui ne devrait pas annoncer le nom de son futur Premier ministre avant le 13 mai, a promis que celui-ci aurait en charge la planification écologique, afin de placer le sujet au cœur de toutes les politiques. Le nouveau chef du gouvernement serait accompagné de deux ministres, l’un chargé de la planification énergétique et l’autre de la planification territoriale. Mais il n’a encore rien annoncé sur une éventuelle formation du gouvernement. En Suisse, les parlementaires viennent de suivre un cours magistral sur le changement climatique et la biodiversité. Cela fait suite à une grève de la faim qui aura tout de même duré 39 jours d’un père de famille « terrorisé » pour l’avenir de ses enfants.

L’article de Novethic est ici.

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Victoire pour les bouquetins du Bargy

Un courriel de FNE Haute-Savoie, le 18/05/2022.

Suite à l’audience du 11 mai, le juge vient de rendre son verdict. Il suspend l’arrêté, et donc les abattages indiscriminés. Grâce au recours des associations et à la mobilisation des citoyens, les 170 bouquetins non marqués du massif du Bargy vont être épargnés.

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Les tirs indiscriminés étaient fermement déconseillés par la communauté scientifique et risquaient de disséminer la brucellose sur les massifs alentours. Pour endiguer la maladie, les agents de l’Office Français de la Biodiversité continueront les opérations de captures/contrôles avec euthanasie des séropositifs. Une mesure qui a prouvé son efficacité par le passé, et qui est acceptée par les associations.

Merci à toutes et tous pour votre mobilisation et votre soutien. C’est une belle victoire collective. Bravo aussi à toutes les associations qui ont participé avec nous à cet heureux dénouement : l’ASPAS, la LPO, Animal Cross, One Voice, FNE AURA et AVES.

Et si vous souhaitez donner du poids à nos actions tout en soutenant notre indépendance financière, adhérez à FNE Haute-Savoie.

Merci pour votre soutien !

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Loups en Haute-Savoie : les chasseurs vont en compter plus pour en tuer plus

Un article de Reporterre, par Gaspard d’Allens, le 16/05/2022.

Les pouvoirs publics subventionnent massivement un recomptage des loups en Haute-Savoie par les agriculteurs et les chasseurs. Ces derniers veulent faire mentir à coups de drones et pièges photographiques les estimations de l’Office français de la biodiversité. Leur but : justifier la mise à mort de plus de loups.

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Photo d’illustration.

Sous les cimes enneigées, une bataille de chiffres fait rage. En Haute-Savoie, chasseurs, agriculteurs et écologistes se brouillent sur le nombre de loups et de meutes présentes dans les alpages. Selon le dernier comptage de l’Office français de la biodiversité (OFB), en 2021, 74 loups circulaient dans les montagnes du département. Chaque année, l’État autorise l’abattage de 19 % de la population au niveau national.

Une situation qui ne satisfait pas le monde de la chasse et la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA). Pour eux, la vie pastorale tout entière est mise en péril. Depuis l’arrivée du loup en 2009 sur le massif de Glières, « ce prédateur ne cesse de semer le trouble au cœur des territoires ruraux, dit à Reporterre le président de la fédération de chasse, André Mugnier. Le loup n’est plus une espèce protégée. Si rien n’est fait, cette situation déjà dramatique va s’aggraver. »

Main dans la main, chasseurs et exploitants agricoles contestent les estimations de l’OFB. Ils avancent un décalage de 30 % à 40 % entre les chiffres donnés et « la réalité de terrain » : « En 2021, on a abattu sept loups dans le département mais on devrait en prélever au moins 25 par an si on veut maintenir un effectif gérable et réguler l’espèce », affirme André Mugnier.

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Photo d’illustration.

Dans la presse, la FNSEA et la fédération de chasse multiplient les attaques pour discréditer l’OFB. Un bras de fer est engagé et les chasseurs semblent avoir obtenu une première victoire, au grand dam des écologistes.

270 000 euros de subventions pour les chasseurs

Car le département de Haute-Savoie, présidé par un membre du parti Les Républicains et proche de Laurent Wauquiez, Martial Saddier, a attribué 270 000 euros de subventions à la fédération de chasse pour mettre en œuvre une campagne de comptage de loups, « contradictoire à celle de l’OFB ». Cette aide publique s’ajoute au 650 000 euros sur cinq ans alloués par le conseil départemental à la fédération ainsi qu’aux 304 100 euros sur trois ans de la région Auvergne Rhône-Alpes — région dont les accointances avec les chasseurs ne sont plus à prouver.

Plus étonnant, l’État a aussi concouru à hauteur de 20 000 euros à ce nouveau projet alors même que celui-ci remet en cause le travail de ses propres fonctionnaires. Cédant aux sirènes des exploitants agricoles et à la présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, qui affirmait que « l’OFB ment », Julien Denormandie, alors ministre de l’Agriculture, s’était déjà dit favorable à un recomptage du nombre de loups.

Compter plus pour tuer plus

Ce recomptage sera désormais effectué par les chasseurs et les agriculteurs eux-mêmes, accompagnés par des louvetiers. Les subventions des pouvoirs publics permettront l’achat d’une profusion de moyens techniques, pièges photographiques, caméras thermiques, drones et enregistreurs sonores, ainsi que des véhicules.

Pour les chasseurs, l’objectif de ce comptage est clair et pleinement assumé : il s’agit de chiffrer plus pour tirer plus. « Je qualifie cette opération de vérité, dit à Reporterre André Mugnier. On verra qui se trompe mais je pense qu’il y a beaucoup plus de loups que ce que l’on nous raconte. Ce nouveau comptage nous permettra de prélever davantage de loups. Cela remettra aussi en cause l’estimation de l’OFB au niveau national. »

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Des chasseurs. Pixabay/CC/Jackmac34

Dans un communiqué, France Nature Environnement Auvergne-Rhône-Alpes crie au scandale : « L’argent coule à flots pour les opposants au loup », écrit-elle. « Avec cette subvention, l’État et le département humilient le travail de l’OFB, regrette son porte-parole, Roger Mathieu. Ils remettent en cause le travail mené par 4 000 personnes en France et leur méthode soutenue par les scientifiques et le CNRS (Centre national de la recherche scientifique). C’est une honte. »

Au cœur de la polémique, plusieurs enjeux sont soulevés : comment les chasseurs vont-ils évaluer le nombre de loups et selon quelle méthodologie ? Ne risquent-ils pas non plus d’être juges et parties ?

« Il faut qu’on arrête avec cette approche scientifique »

« Cette débauche de moyens techniques disparates, avec des drones, etc., contraste avec l’absence de méthodologie permettant d’évaluer la pertinence de l’opération, sa cohérence et sa robustesse en matière scientifique, souligne Roger Mathieu. Dans aucun pays on n’utilise des caméras thermiques ou des enregistreurs pour compter des loups, cela permet simplement d’étudier leur comportement. »

Selon ce spécialiste, qui suit depuis des années une vingtaine de meutes dans le massif alpin, les risques d’erreurs avec ces outils techniques sont nombreux : « Il est très difficile sur une vidéo ou une photographie de distinguer un loup d’un autre. On ne compte pas les loups comme des moutons dans un enclos. C’est pour cela que l’on ne fait pas de comptage mais une estimation. Elle se fait à travers des prélèvements biologiques que l’on retrouve sur des poils ou des crottes et des analyses génétiques et statistiques. »

Mais pour les chasseurs, cette méthodologie ne semble pas avoir d’importance. « Je m’en fiche de la génétique, s’emporte André Mugnier. Cette question ne m’intéresse absolument pas. La présence des loups est insurmontable et il faut les réguler. Il faut qu’on arrête avec cette approche scientifique qui permet de différer progressivement le nombre de prélèvements de loups alors qu’aujourd’hui, il y a urgence. »

France Nature Environnement a d’ores et déjà annoncé qu’elle récusera les chiffres des chasseurs.

L’article de Reporterre est ici.

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Stop au massacre des bouquetins du Bargy

Un article de la LPO, le 25/04/2022.

Contre l’avis des scientifiques et des citoyens, les pouvoirs publics ont autorisé l’abattage à partir du 15 mai d’un grand nombre de bouquetins en Haute-Savoie au prétexte de lutter contre la brucellose, alors que plus de 9 individus sur 10 sont sains.

Bouquetin mâle adulte douzième année - Jérémy Calvo

Bouquetin des Alpes, mâle adulte, douzième année © Jérémy Calvo

Suite à l’apparition d’un nouveau cas de contamination d’un bovin diagnostiqué en novembre 2021, et sous la pression des producteurs locaux de reblochon, la préfecture de Haute-Savoie a signé le 17 mars 2022 un arrêté préfectoral pour autoriser l’abattage indiscriminé d’un maximum de 170 bouquetins dans le massif du Bargy au cours de l’année 2022 (à partir du 15 mai). Jusque 2030, 20 bouquetins pourront ensuite être tués annuellement comme c’est déjà le cas depuis plusieurs années en dépit des contestations de la LPO et d’autres associations de protection de la nature.

Une consultation publique réglementaire de 21 jours ouverte jusqu’au 7 mars a recueilli 2335 avis citoyens. En dépit de 84% d’opinions défavorables au projet d’arrêté, le rapport d’analyse de la consultation a conclu laconiquement que « les avis n’apportent pas d’éléments susceptibles de remettre en cause la stratégie élaborée par l’État dans le but de maîtriser l’enzootie de brucellose dans le massif du Bargy pour la période 2022-2030 ».

Avec d’autres associations (Animal Cross, ASPAS, One Voice, AVES, FNE Auvergne-Rhône-Alpes, FNE Haute-Savoie), la LPO a déposé le 22 avril un double recours juridique auprès du tribunal administratif de Grenoble, un recours suspensif et un recours sur le fond. Une première audience aura lieu le 11 mai 2022 pour demander la suspension immédiate de l’arrêté. Une pétition a également été lancée pour faire annuler la décision des pouvoirs publics, et empêcher le massacre !

Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) est une espèce protégée au niveau international, dont moins de 400 individus vivent dans le massif du Bargy. S’il est concevable que l’euthanasie d’animaux séropositifs avérés contribue de manière dérogatoire à réduire un foyer infectieux pour des impératifs sanitaires, la destruction d’individus sains n’est pas acceptable. Le statut d’espèce protégée impose en outre une exigence de garantie sur l’efficacité des actions permises par la dérogation.

Contre l’avis des scientifiques

Les scientifiques du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN), instance consultative du Ministère de la Transition Écologique, avaient pourtant également rendu le 27 janvier 2022 un avis défavorable à l’unanimité, ce qui est rare. Selon ces experts :

  • Le cas révélé en 2021 ne semble pas du à une transmission directe entre bouquetin et bovin et il apparaît indispensable et prioritaire d’élucider le mode de contamination qui a prévalu.
  • Le taux de prévalence de la brucellose est désormais évalué à environ 4% de la population des bouquetins dans le cœur du massif, après avoir été divisé par 10 en 5 ans. Il est même considéré comme nul en zones périphériques. L’infection devrait s’éteindre naturellement, à conditions de respecter un certain nombre de mesures de prudence au cours des années à venir.
  • L’abattage indiscriminé, de plus ciblé sur les femelles en âge de procréer, désorganise la hiérarchie sociale dans les hardes et contribue à la contamination de davantage d’individus, comme cela a déjà été constaté à la suite des abattages massifs de 2013 et 2015.

Ils soutenaient également la mise en œuvre de mesures alternatives recommandées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) sur la base d’études réalisées entre 2015 et 2021. Des captures assorties de contrôles avec euthanasie des bouquetins séropositifs, effectuées par les agents de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), alliées à des mesures de biosécurité (séparation stricte des zones de pâturage, parcages de qualité, élimination des pierres à sel et réduction de la divagation des chiens) doivent permettre d’éradiquer le foyer épidémique.

Le fromage qui dessert..

L’inquiétude des éleveurs et des producteurs de reblochon exposés est compréhensible mais comme sur la question du loup ou de l’ours des Pyrénées, la cohabitation en montagne entre les activités humaines et la faune sauvage ne peut en aucun cas se régler à coups de fusils.

L’article de la LPO est ici.

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L’Europe va interdire des milliers de substances toxiques pour réduire la pollution chimique

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 26/04/2022.

L’Union Européenne fait le ménage dans les produits toxiques. La Commission vient de publier sa feuille de route des substances qui pourraient être interdites car trop nocives pour la santé et la planète. Une liste noire qui donne des sueurs froides aux industriels. Ces derniers estiment que 12 000 substances pourraient être ciblées, faisant perdre un quart de son chiffre d’affaires au secteur.

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Selon le Bureau européen de l’environnement, un produit chimique est créé toutes les 1,4 secondes. Istock / Worradirek

C’est une petite révolution fustigée par de nombreux industriels. L’Union Européenne pourrait bientôt interdire des milliers de produits chimiques potentiellement toxiques. Composés perfluorés dans les cartons de pizza, PVC dans les chaussures… la Commission européenne a publié le 25 avril sa feuille de route visant à interdire les substances toxiques chimiques « les plus nocives pour la santé humaine et l’environnement ». Six familles de substances examinées par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont été ciblées.

On y trouve le groupe des PVC, polychlorures de vinyle, plastiques très peu recyclables utilisés dans une vaste gamme de produits comme les jouets, emballages alimentaires, textiles, chaussures, meubles, etc., ainsi que leurs additifs (phtalates, PFAS, métaux lourds, etc.), accusés d’être liés à des cancers ou à l’obésité. Beaucoup, comme les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), présents dans les emballages de nourriture (boîtes à pizzas…), peintures, vernis ou enduits, s’accumulent dans l’organisme.

Autres groupes visés : tous les retardateurs de flamme (agents ignifuges dans les matelas, vêtements, sièges de voiture, etc.) et toutes les substances classées comme cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR) dans les articles pour enfants, notamment les couches. Sont également concernés tous les bisphénols, utilisés dans la fabrication de plastiques et contenants alimentaires, et considérés comme perturbateurs endocriniens.

Un lobbying intense

« Si elle est mise en œuvre, l’action sera la plus grande suppression réglementaire jamais réalisée de produits chimiques autorisés », a réagi le Bureau européen de l’environnement (EEB). Et de fait, selon le Conseil européen de l’industrie chimique (Cefic), qui réunit les plus grands noms du secteur, jusqu’à 12 000 substances pourraient être concernées par la liste noire de la Commission européenne. Pire pour les industriels, 28 % de leur chiffre d’affaires pourrait être impacté. Une situation qui explique le lobbying intense qu’a exercé le secteur et le retard pris par Bruxelles. « Il existe une grande incertitude quant à la manière dont les entreprises de la chaîne de valeur pourraient parvenir à ces objectifs. L’industrie a besoin d’un cadre de croissance prévisible pour les investissements économiques au cours des deux prochaines décennies », a souligné le président du Cefic, Martin Burdermueller.

Si la pilule a dû mal à passer, c’est que la Commission cible désormais des familles entières de composants et non plus des substances au cas par cas. Un processus très long et surtout peu adapté au développement industriel puisque selon l’EEB, un nouveau produit chimique est créé toutes les 1,4 secondes. « La feuille de route renforcera une approche de groupe pour réglementer les produits chimiques, où le membre le plus nocif d’une famille chimique définit les restrictions légales pour toute la famille. Cela devrait mettre fin à une pratique industrielle consistant à modifier légèrement les formulations chimiques pour échapper aux interdictions », insiste le Bureau européen de l’environnement.

La pollution chimique a franchi une cinquième limite planétaire

La Commission s’attaque ici à un enjeu majeur. Alors que la production de produits chimiques a été multipliée par 50 depuis 1950, une étude publiée début janvier par 14 scientifiques de renom révélait que l’humanité venait de franchir une cinquième limite planétaire, celle des polluants environnementaux dont le plastique. Le concept de limite planétaire, créé en 2009, définit neuf variables qui régulent la stabilité de la planète et qu’il ne faut surtout pas dépasser pour un développement « sûr et juste » de l’humanité.

Au total, les chercheurs estiment que plus de 350 000 types différents de produits chimiques manufacturés étaient présents sur le marché mondial, prenant en compte les plastiques, les pesticides, les produits chimiques industriels, les antibiotiques, les produits pharmaceutiques et les produits chimiques présents dans les produits de consommation. Face à l’urgence, ils appelaient à une « action urgente » parmi laquelle une meilleure gestion des produits chimiques.

L’article de Novethic est ici.

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Pollution de l’air : les voitures électriques émettent beaucoup de particules fines

Un article de Reporterre, par Hortense Chauvin, le 04/05/2022.

Contrairement à une idée reçue, les véhicules électriques participent à la pollution de l’air en émettant des particules nocives, selon l’Ademe. En revanche, leur utilisation ne génère pas de gaz à effet de serre.

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Une voiture électrique en train de recharger sa batterie. – Unsplash / Michael Fousert

Les voitures électriques ne sont pas la panacée contre la pollution de l’air. Tel est le résultat d’une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) publiée fin avril. Contrairement aux véhicules thermiques, les voitures électriques n’émettent ni oxydes d’azote, ni dioxyde de carbone, ni composés organiques volatiles lorsqu’elles roulent. Elles émettent en revanche une quantité importante de particules fines. La cause : le poids important de leurs batteries, qui contraint les constructeurs à utiliser des pneus plus larges. En frottant sur la chaussée, ces derniers émettent des PM10 (des particules d’une taille inférieure à 10 micromètres) et des PM2,5 (d’une taille inférieure à 2,5 micromètres), qui finissent leur course dans les poumons des riverains au péril de leur santé.

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Les différentes sources d’émission de particules. Rapport de l’Ademe

Grâce à leur système de « freinage régénératif » (qui transforme en électricité l’énergie dissipée lors des freinages), les véhicules électriques émettent cependant moins de particules de frein que les véhicules thermiques, précise l’Ademe. Les oxydes d’azote et les composés organiques volatiles émis par les voitures thermiques peuvent également, en fonction de la météo, contribuer à la formation de particules secondaires (qui sont produites par réactions chimiques ou agglomération de particules plus fines, explique Airparif). Ce n’est pas le cas pour les véhicules électriques.

Selon l’Ademe, il n’existerait malgré tout pas un « un écart significatif » entre les émissions de particules des véhicules électriques les plus autonomes (et donc les plus lourds) et les véhicules thermiques récents dotés de filtres à particules. Les particules émises par l’abrasion des pneus, le contact des roues sur la chaussée ou encore les systèmes de freinage sont devenues « largement prépondérantes » par rapport à celles émises par les gaz d’échappement, note l’Ademe. Elles correspondraient aujourd’hui à plus de la moitié des particules générées par le trafic routier en Europe, selon le Joint Research Centre (JRC) de la Commission européenne. La tendance devrait « s’accentuer » si aucune nouvelle réglementation n’est mise en place, prévient l’Ademe.

Il est donc vain, selon l’organisme public, de parier uniquement sur l’électrification du parc automobile pour réduire la pollution de l’air. Des démarches de sobriété sont également nécessaires : allégement des véhicules, développement de l’écoconduite, des transports en commun, de la marche, du vélo et du covoituragePour respirer un air sain, mieux vaut miser sur les mobilités douces plutôt que sur les SUV électriques.

L’article de Reporterre est ici.

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« L’Inde brûle » : l’Asie du Sud subit une vague de chaleur extrême, signe du changement climatique

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 25/04/2022.

+44°C en Inde, +50°C au Pakistan… l’Asie du Sud connait une vague de chaleur extrême alors que l’Inde a enregistré son mois de mars le plus chaud depuis 122 ans. Ces températures sont un signe manifeste des impacts du changement climatique. Selon la NASA, cette zone pourrait devenir inhabitable dès 2050 en raison de la chaleur mêlée à l’humidité qui empêche au corps de suer et donc de se refroidir. Un risque que les experts du climat, le GIEC, avaient déjà identifié dans l’un de leurs rapports, et qui commence à se matérialiser.

Les météorologistes prévoient des températures record en Inde et au Pakistan cette semaine après une brève accalmie la semaine dernière. Scott Duncan

« L’Inde brûle ». Voilà les premiers mots de la chronique de Chandra Bhushan, un des plus grands experts de l’environnement et du changement climatique en Inde, diffusé dans Times of India. Depuis le mois de mars, le pays connaît des vagues de chaleur extrêmes. Selon le Département météorologique indien (IMD), le mois de mars 2022 est même le plus chaud depuis 122 ans, soit la date du début des enregistrements réalisés par l’IMD. La température moyenne nationale a été de 33,1°C avec des pics de chaleur dépassant les 40°C.

« Les températures et les vagues de chaleur ont augmenté de façon perceptible depuis les années 1980. Chacune des quatre dernières décennies a été progressivement plus chaude que la décennie qui l’a précédée. La dernière décennie (2011-2020) a été la plus chaude depuis le début des relevés en 1901 et 11 des 15 années les plus chaudes ont été enregistrées entre 2007 et 2021 », explique dans sa chronique Chandra Bhushan.

« Tempêtes de poussières chaudes »

Alors qu’au début du mois d’avril, certaines régions ont bénéficié des pluies de pré-mousson, les conditions caniculaires se poursuivent dans d’autres États indiens. Selon l’IMD, des « hots dust storms », des « tempêtes de poussières chaudes » devraient affecter le Punjab, l’Haryana, ou encore Dehli dans les prochaines 24 heures. Alors que la capitale indienne n’a connu qu’une journée en dessous de 40°C la semaine dernière, le 21 avril précisément, le thermomètre devrait dépasser les 44°C cette semaine.

Un phénomène inquiète particulièrement les experts, celui du taux d’humidité. Comme l’explique sur Twitter le climatologue Christophe Cassou, directeur de recherche au CNRS, alors que « la mousson n’a pas commencé, l’humidité augmente déjà », cela rendant la « tolérance corporelle difficile ». Un des rapports du GIEC, le groupe intergouvernemental des experts sur le climat, avait justement mis en évidence l’intensification des vagues de chaleur et du stress thermique lié à l’humidité dans l’Asie du Sud en raison du changement climatique.

La NASA a d’ailleurs publié une étude prenant en compte le traditionnel indice de chaleur, « heat index », qui combine la température de l’air ambiant et l’humidité relative dans les zones ombragées et l’indice de température du « thermomètre mouillé » (wet bulbe). Ce dernier calcule la « température la plus basse à laquelle un objet peut se refroidir lorsque l’humidité s’en évapore ».

Cet indice est crucial : si l’air ambiant est trop humide, le corps humain ne pourra pas évacuer l’humidité en transpirant et ne pourra donc pas se refroidir. Or l’Asie du Sud a été identifié par la NASA comme potentiel zone inhabitable d’ici 2050 en raison notamment de ce wet bulbe. D’autant qu’une récente étude a abaissé le seuil de tolérance. Jusqu’ici, il était admis que le maximum qu’un humain puisse supporter était 35°C au « thermomètre mouillé ». Le seuil serait en réalité de 31°C, même pour des personnes en bonne santé.

« La canicule est un inconfort théorique pour certains d’entre nous qui passent d’une maison climatisée à une voiture climatisée, puis à un bureau climatisé. Mais c’est une question de vie ou de mort pour une personne pauvre dépendant du travail manuel et vivant dans une maison dans un bidonville urbain ou un village », rappelle Chandra Bhushan qui poursuit : « L’Inde a donc besoin d’un plan d’action contre la chaleur qui permette de sauver la majorité des gens des extrêmes de chaleur ».

« Les chances que les pluies apportent un peu de répit à la chaleur accablante sont également extrêmement faibles car la plupart des régions devraient rester sèches au cours des prochains jours », note The Weather Channel. Selon le météorologiste Scott Duncan, le mercure devrait même dépasser les 50°C dans le pays voisin, au Pakistan. « Plus d’un milliard de personnes connaîtront des températures supérieures à 38°C pendant des jours », précise le compte spécialisé US Storm Watch.

L’article de Novethic est ici.

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Jour de dépassement : la France a consommé en quatre mois son budget nature de l’année

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 05/05/2022.

Ce 5 mai 2022, la France a déjà consommé tout ce que la nature est en capacité de régénérer en une année. Une date baptisée « jour du dépassement » par les associations environnementales qui marque une aggravation de la dette écologique du pays. Pour inverser la courbe, le WWF a développé un scénario baptisé « Planification écologique », qui permettrait de retarder de 25 jours cette date. Un appel du pied à Emmanuel Macron, qui a évoqué cette planification lors de l’entre-deux tours de la présidentielle.

En 1961, le « Jour du dépassement » pour la France était fixé au 26 septembre. CC0

C’est une ritournelle que l’on commence à bien connaître. Chaque année, le WWF publie le jour de l’année à partir duquel l’humanité a déjà consommé toutes les ressources que la Terre est capable de produire en un an. L’année dernière, la date était tombée le 29 juillet pour l’ensemble des pays. Cette fois, l’association s’est concentrée sur la France pour calculer le « Jour de dépassement » de la France. « Le 5 mai 2022 marque la date à laquelle notre pays aura émis plus de gaz à effet de serre, pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres, cultivé et bétonné plus de terres que ce que les écosystèmes sont capables de lui fournir ou d’absorber », note Isabelle Autissier, présidente d’honneur du WWF France.

Or notre dette écologique s’aggrave de décennie en décennie. En 1961, le jour du dépassement était fixé au 26 septembre pour la France, soit quasiment cinq mois plus tard qu’en 2022. « Cela signifie que depuis maintenant plus d’un demi-siècle, la France creuse son déficit dans un ou plusieurs composantes de son empreinte écologique », note le WWF. Pour inverser la courbe et faire reculer le jour du dépassement, l’ONG a modélisé plusieurs scénarios sur lequel pourrait s’appuyer le président fraîchement réélu Emmanuel Macron. « Il est encore possible de sortir de l’impasse écologique », croit le WWF.

« Ce n’est pas un retour à la bougie »

Ainsi, dans le premier scénario dit « laisser-aller », le jour du dépassement avancerait au 3 mai d’ici la fin du quinquennat en 2027 poursuivant un creusement de la dette écologique. Si le Président applique ses propres objectifs climatiques, déjà fixés auparavant, la France gagnerait trois jours. Dans le scénario 3 dit de la « Planification écologique », qui suit les recommandations du WWF, la France pourrait faire reculer le Jour du dépassement de 25 jours. « C’est plus que ce qu’aucun président n’est parvenu à faire au cours d’un mandat présidentiel », indique l’association. Mais cette trajectoire nécessite des changements drastiques.

Il s’agit de diviser par deux le rythme d’artificialisation des sols d’ici 2030 par rapport au rythme de ces 10 dernières années, de réduire de moitié le gaspillage alimentaire, de réaliser 700 000 rénovations complètes chaque année, de développer les énergies renouvelables ou encore de recourir massivement aux mobilités décarbonées en ligne avec une trajectoire de neutralité carbone à l’horizon 2050. « Ce n’est pas un retour à la bougie », plaide Isabelle Autissier. « On aurait pu viser un abandon des voitures thermiques d’ici 2027 ou la fin de la viande mais ce n’est pas crédible. Nous avons développé des mesures ambitieuses et réalistes », explique le directeur des campagnes du WWF, Pierre Cannet.

Une telle ambition aurait des effets quantifiables sur la santé humaine. Selon les calculs de l’ONG, elle permettrait d’épargner d’ici 2027 au moins 28 000 vies humaines, victimes de la pollution de l’air aux particules fines. « Nous pouvons faire beaucoup mieux et aller beaucoup plus vite que tout ce qui a pu être réalisé depuis 60 ans », défend la navigatrice. Reste à savoir si les propositions du WWF seront retenues. Durant l’entre-deux tour de la présidentielle, le candidat Emmanuel Macron avait évoqué l’idée d’une planification écologique qui serait confiée à sa ou son futur Premier ministre. L’objectif étant d’aller « deux fois plus vite » dans le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Le nom du chef du gouvernement n’a toujours pas été dévoilé par l’Élysée, qui souhaite maintenir celui de Jean Castex au moins jusqu’au 13 mai.

L’article de Novethic est ici.

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Don’t look up : quand le ministre de l’agriculture enterre un rapport dérangeant sur les pesticides

Un article de France Nature Environnement, le 23/03/2022.

France Nature Environnement a eu accès à un rapport encore confidentiel remis au ministre de l’Agriculture. Ce rapport dresse un diagnostic complet et un bilan très décevant des 14 dernières années d’actions politiques en matière de réduction de l’usage des pesticides. Il n’a jamais été rendu public et pourtant les auteurs font état de solutions réalistes et rapidement applicables.

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Photo d’illustration. Sébastien Jarry / MAXPPP

Trois scénarios sont proposés pour rendre enfin crédible l’action publique en matière de pesticides. A l’occasion de la Semaine pour les alternatives aux pesticides, nous rendons public ce rapport afin que les candidats à la présidentielle puissent se saisir du sujet et que le prochain quinquennat démarre sur de meilleures bases.

Un rapport dissimulé par le ministre de l’Agriculture pour masquer ses échecs

En juillet 2020, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie missionne des experts du ministère de l’Agriculture, du ministère de l’Écologie et d’Inspection Générale des Finances sur l’efficience des fonds publics dédiés à la réduction de l’usage des pesticides. En mars 2021, le rapport est remis mais non rendu public, alors que des recommandations pouvaient être appliquées dès 2021, en particulier celles visant la réorientation des subventions de la politique agricole européenne (9 Milliards d’euros pour l’agriculture française chaque année), politique qui se négociait alors. Après plusieurs demandes et saisine de la Commission d’accès aux documents administratifs, France Nature Environnement a pu se procurer ledit rapport.

“La machine Ecophyto est grippée, il faut davantage accompagner l’agriculture biologique”  

Les recommandations du rapport sont à mettre en parallèle avec les résultats de ces cinq dernières années. Il est clair qu’après les grandes ambitions et actions intéressantes au début du quinquennat avec les États Généraux de l’Alimentation, la loi Alimentation, la mise à jour du plan Ecophyto, les efforts se sont rapidement essoufflés et les renoncements ont été nombreux avec la poursuite de l’utilisation des néonicotinoïdes et du glyphosate et l’échec de la diminution d’usage global des pesticides censée tendre vers le –50% à 2025”, analyse Thibault Leroux, chargé de mission Agriculture à France Nature Environnement.

Pour Claudine Joly, qui suit le dossier Pesticides à France Nature Environnement : “Le réseau des fermes DEPHY et le développement de l’agriculture biologique démontrent qu’une réduction forte est possible. Il faut aujourd’hui massifier les pratiques économes en les soutenant réglementairement là où cela est nécessaire et financièrement de façon générale tout en pénalisant les mauvaises pratiques. Le rapport mentionne que si 25% de la surface agricole française passait du conventionnel à l’agriculture biologique, près de la moitié de l’objectif de réduction de 50% de l’usage des pesticides serait atteinte. Qu’attend le gouvernement pour conforter cette agriculture alors que l’on voit au contraire disparaître l’aide au maintien de l’agriculture biologique dans la nouvelle PAC ? ”  

Pesticides

Le rapport fait ainsi état des 643 millions d’euros mobilisés chaque année par la France (chiffre pour 2019) pour atteindre les objectifs de –50%, alors que l’État affiche jusqu’ici un montant annuel de 71 millions d’euros. Malgré ces fortes dépenses, l’usage des pesticides a augmenté de 13% en 10 ans. Il est encore temps que la France réoriente l’ensemble des fonds publics, y compris ceux de la politique agricole européenne qui sont souvent contre-productifs, vers une agriculture vertueuse et économe en pesticides de synthèse.

Nous demandons que les candidats se saisissent de l’enjeu d’une réorientation cohérente de l’action publique vers une agriculture plus économe en pesticides. C’est un enjeu fort pour l’alimentation, la biodiversité et la santé publique. Nous sommes encore trop dépendants du modèle productiviste et d’intrants issus de la pétrochimie : nous attendons des candidats des propositions concrètes pour une transition écologique de notre agriculture mais aussi des solutions réelles pour aider les agriculteurs à se tourner vers une production biologique et respectueuse de notre environnement et de notre santé.

L’article de FNE est ici.

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Cycle de l’eau : une sixième limite planétaire vient d’être franchie, c’est la deuxième cette année

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 28/04/2022.

Une sixième limite planétaire vient d’être franchie selon plusieurs scientifiques. Elle concerne le cycle de l’eau et plus particulièrement l’eau verte, celle qui est absorbée par les végétaux. En Amazonie, mais partout ailleurs, l’humidité des sols change et les forêts se transforment en savanes en raison du changement climatique et de la déforestation. Le monde compte neuf limites planétaires, seules trois n’ont donc pas encore été franchies.

La forêt amazonienne dépend de l’humidité du sol pour sa survie, mais il est prouvé que certaines parties de l’Amazonie s’assèchent. iStock

Six sur neuf. Le monde vient de franchir une nouvelle limite planétaire, et ce pour la deuxième fois de l’année. Cette sixième limite planétaire concerne le cycle de l’eau, et plus particulièrement l’eau verte, celle qui est absorbée par les végétaux. Elle comprend les précipitations mais aussi l’humidité du sol et l’évaporation. Jusqu’ici elle n’était pas suffisamment étudiée. Or, selon une nouvelle évaluation réalisée par des chercheurs du Stockholm Resilience Center, en collaboration avec d’autres scientifiques du monde entier, il apparaît que l’eau verte est en dehors de la zone de sécurité.

Jusqu’à présent, la limite de l’eau était considérée comme étant à l’intérieur de la zone de sécurité. Cependant, la limite originale de l’eau douce se concentrait uniquement sur l’extraction de l’eau dans les rivières, les lacs et les eaux souterraines – connue sous le nom d’eau bleue. Les chercheurs estiment que les évaluations précédentes n’ont pas suffisamment saisi le rôle de l’eau verte et en particulier de l’humidité du sol pour assurer la résilience de la biosphère, pour sécuriser les puits de carbone terrestres et pour réguler la circulation atmosphérique. Ils proposent que l’humidité du sol dans la zone racinaire des plantes soit une variable de contrôle pour l’eau verte.

La forêt perd de l’humidité du sol en raison du changement climatique et de la déforestation

« La forêt amazonienne dépend de l’humidité du sol pour sa survie. Mais il est prouvé que certaines parties de l’Amazonie s’assèchent. La forêt perd de l’humidité du sol en raison du changement climatique et de la déforestation », explique Arne Tobian, deuxième auteur de l’étude. « Ces changements rapprochent potentiellement l’Amazonie d’un point de basculement où de grandes parties pourraient passer de la forêt tropicale à des états de type savane », ajoute-t-il. Et ce n’est pas seulement en Amazonie. Ce phénomène est mondial. Partout, des forêts boréales aux tropiques, des terres agricoles aux forêts, l’humidité des sols change. Les sols anormalement humides et secs sont de plus en plus courants.

L’eau est l’un des neuf régulateurs de l’état du système terrestre et la sixième limite que les scientifiques ont évaluée comme étant transgressée. « L’eau est le sang de la biosphère. Mais nous modifions profondément le cycle de l’eau. Cela affecte maintenant la santé de la planète entière », a commenté Lan Wang-Erlandsson, auteur principal. Les autres frontières transgressées sont : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, les cycles biogéochimiques, le changement du système terrestre et, en janvier 2022, la pollution chimique.

« Cette nouvelle analyse scientifique montre comment nous, les humains, poussons l’eau verte bien au-delà de la variabilité que la Terre a connue pendant plusieurs milliers d’années au cours de la période Holocène », ajoute le co-auteur Johan Rockström, directeur du Potsdam Institute for Climate Impact Research et professeur au Stockholm Resilience Centre. « La réduction des risques de changement de l’eau verte sur le système terrestre nécessite désormais des actions immédiates en matière d’eau pour lutter contre le changement climatique, la déforestation et la dégradation des sols », déclare Ingo Fetzer, co-auteur de l’étude et chercheur au Stockholm Resilience Centre.

L’article de Novethic est ici.

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Union Européenne : se passer du gaz russe et atteindre les objectifs climatiques, c’est possible

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 21/04/2022.

Si un embargo sur le pétrole russe est dans les tuyaux de Bruxelles, des sanctions sur le gaz sont pour l’instant écartées. Pourtant, de nombreux spécialistes estiment qu’il serait possible pour l’Union européenne de réduire fortement ses importations dans un premier temps puis de se passer complètement du gaz russe d’ici 2025. Cela passe par le déploiement rapide et massif d’énergies propres, par des mesures d’efficacité énergétique et l’électrification des usages. De quoi atteindre les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris.

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Chantier de construction d’une station de comptage de gaz, en Bulgarie. Le pays est critiqué pour sa dépendance presque totale vis-à-vis de la Russie pour sa consommation de gaz. Nikolay Doychinov / AFP

Pour l’instant, c’est niet. Si l’Union européenne est parvenue à se mettre d’accord sur un embargo sur le charbon russe, et devrait prochainement annoncer des sanctions sur le pétrole russe, elle ne va pas bannir le gaz russe de si tôt. Pourtant, de nombreux chercheurs estiment qu’il serait possible de s’en passer à court et moyen-terme, et, dans le même temps, d’atteindre les objectifs climatiques fixés par l’Accord de Paris. Un coup double qui devrait inciter les 27 à se pencher sérieusement sur le sujet car plus que jamais sécurité énergétique et sécurité climatique sont liées.

Selon un rapport publié fin mars par plusieurs think-tanks européens, l’UE pourrait en effet se passer du gaz russe d’ici 2025. Les importations européennes pourraient être réduites des deux-tiers grâce aux énergies propres et à l’efficacité énergétique. Cela suppose de mettre en œuvre le plan « Fit for 55 » de la Commission européenne visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, et d’aller un peu plus loin encore sur le renouvelable, l’efficacité énergétique et l’électrification. Pour le tiers restant, il s’agit d’importer du gaz d’ailleurs via les infrastructures existantes.

Pas besoin de nouvelles infrastructures gazières

Alors que de nombreux États européens s’interrogent sur la prolongation de la durée de vie de leurs centrales à charbon et se tournent vers le gaz naturel liquéfié, les experts sont formels. Dans leur scénario, nulle remise en cause de l’élimination du charbon, et les nouvelles infrastructures gazières seraient inutiles car à partir de 2025, la demande en gaz devrait fortement baisser. « Cela signifie qu’il n’y a aucune justification pour l’UE à conclure des contrats de gaz fossile à prix élevé au-delà de cet horizon au risque sinon d’alourdir la facture pour les consommateurs et de remplacer une dépendance par une autre » soulignent les auteurs.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a également publié une liste de dix recommandations pour se passer du gaz russe. Parmi elles, on retrouve le déploiement de l’énergie solaire et éolienne, le remplacement des chaudières à gaz par des pompes à chaleur, l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les bâtiments et l’industrie ou encore la baisse de la température de 1° C. « Prises ensemble, ces mesures pourraient réduire les importations de gaz russe de l’Union européenne de plus de 50 milliards de mètres cubes, soit plus d’un tiers, en l’espace d’un an », a quantifié l’AIE.

Enfin, une étude de Cambridge Econometrics estime aussi que l’électrification et la rénovation des bâtiments européens pourraient contribuer à réduire les importations de gaz russe d’environ 25 % d’ici 2030. « La bonne nouvelle est que de telles solutions sont à portée de main ! Elles peuvent être déployées à très court terme, avec un impact immédiat et un retour sur investissement ultra-court«  explique Andrea Voigt, responsable des affaires publiques mondiales pour Danfoss Climate Solutions.

« Gérable » d’un point de vue économique

Surtout, ces mesures permettraient à l’Union européenne de réduire sa dépendance aux énergies fossiles et d’être en phase avec ses objectifs climatiques. Ce sevrage du gaz russe serait en outre « gérable » d’un point de vue économique selon le Conseil d’analyse économique. Il a calculé que la perte potentielle de revenu serait comprise entre 0,2 et 0,3% en moyenne à l’échelle du continent, soit un coût de 100 euros en moyenne par adulte et par an, 54 euros pour un Français. Mais d’autres pays, très dépendants du gaz russe, comme la Lituanie, la Slovénie, la Finlande, et dans une moindre mesure l’Allemagne, seraient plus impactés.

Pour l’instant, seuls onze pays européens – la France n’en fait pas partie – ont signé une déclaration commune pour appeler à accélérer le développement des énergies renouvelables et des mesures d’efficacité énergétique en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Depuis le 24 février, l’Union européenne a déjà versé près de 39 milliards d’euros à Moscou pour ses hydrocarbures, et a ainsi indirectement contribué à financer la guerre.

L’article de Novethic est ici

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EDF veut devenir un « leader de l’hydrogène »

Un article de Reporterre, par la rédaction, le 14/04/2022.

Quand EDF aime, il ne compte pas. Mercredi 13 avril, le groupe a déclaré vouloir investir 2 à 3 milliards d’euros afin de devenir «l’un des leaders de la production d’hydrogène 100% bas carbone», relate Les Échos. L’entreprise vise une capacité de production d’hydrogène par électrolyse de l’eau de 3 gigawatts (GW) — l’équivalent de deux réacteurs nucléaires les plus récents [1] — d’ici à 2030, soit 450 000 tonnes de gaz par an.

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Un taxi fonctionnant à l’hydrogène. – Wikimedia commons / CC BY-SA 4.0 / NBKF

EDF espère ainsi éviter l’émission de 3 millions de tonnes de CO2. Le projet serait dans les cartons « depuis vingt ans », selon Alexandre Perra, chargé de la direction innovation au sein du groupe, cité par Les Échos.

Souvent présenté comme un vecteur d’énergie miracle, l’hydrogène peut être utilisé en remplacement des énergies fossiles dans la mobilité lourde et l’industrie. Dans le monde, l’immense majorité de la production est pourtant issue de gaz fossile. L’hydrogène dit « vert » — c’est-à-dire produit grâce à des énergies renouvelables — dans lequel souhaite investir EDF ne représente aujourd’hui que 0,1 % de la production européenne. Et même si la combustion de l’hydrogène rejette essentiellement de l’eau, sa production — qu’il soit « vert » ou non — est extrêmement énergivore, comme l’a montré l’enquête de Reporterre.

L’article de Reporterre est ici.

Notes

[1] Les réacteurs nucléaires français les plus récents des centrales de Chooz (Ardennes) et Civaux (Vienne) ont une puissance de 1 450 mégawatts (MW).

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Les Français ont acheté en 2021 plus de vélos que de voitures

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 17/04/2022.

Le vélo est désormais le moyen de locomotion le plus vendu en France. En 2021, plus de 2,7 millions de vélos ont été achetés contre 1,65 million de voitures. Une dynamique très forte portée par la crise sanitaire malgré des problèmes d’approvisionnement pour la filière. L’enjeu est désormais de maintenir cette tendance en misant sur la production française et le développement d’infrastructures adaptées dans toute la France.

La crise sanitaire a dopé la vente de vélos et le développement de « coronapistes » dans l’Hexagone. Thomas Coex / AFP

C’est un symbole de taille. Selon les derniers chiffres de l’Union Sport & Cycle, les Français ont acheté plus de 2,7 millions de vélos en 2021. Des ventes exceptionnelles pour le pays. En seulement deux années, le marché de la petite reine a ainsi bondi de 43 % en valeur. Une dynamique telle qu’elle dépasse les ventes de voitures neuves. « C’est au-delà de nos espérances. On sentait une effervescence mais pas à ce point », réagit Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport & Cycle qui suit depuis plus de 20 ans l’évolution des ventes de cycles en France.

Avec la crise des Gilets jaunes et la multiplication des grèves, de nombreux Français se sont tournés vers le vélo comme moyen de locomotion. Mais c’est le Covid-19 et les confinements à répétition qui ont marqué un vrai tournant en France. Dès le premier déconfinement, Joseph d’Halluin secrétaire générale de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) évoquait une « hausse vertigineuse » du vélo. Sur Twitter, la « team » rassemblée sous le hashtag #vélotaf s’en donne à cœur joie. Les internautes se filment à vélo sur des pistes cyclables dépassant les voitures coincées dans des embou

Boom de la production made in France

En prenant en compte les pièces détachées, type casques, cadenas, pneus… le marché du cycle français pèse désormais 3,4 milliards d’euros. Une tendance d’autant plus importante que ces chiffres ne prennent pas en compte la vente des vélos d’occasion. « Il y a une véritable euphorie », constate Virgile Caillet. Le soufflé aurait pu retomber étant donné les fortes tensions qui sont apparues avec la crise sanitaire tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Entre l’explosion de la demande et l’arrêt de certaines usines, la filière a été mise à rude épreuve prolongeant de plusieurs semaines voire plusieurs mois la livraison de certaines pièces.

Ces retards ont notamment permis de renforcer une production tricolore. En 2021, 800 000 vélos ont ainsi été produits dans l’Hexagone contre 600 000 en 2020. L’Union Sport & Cycle prévoit la production en France d’environ 980 000 vélos dont plus de 50 % à assistance électrique d’ici la fin de l’année. Si les spécialistes estiment que le pays est désormais un des marchés les plus porteurs en Europe, c’est que la France est particulièrement en retard par rapport à ses voisins.

Pas encore un pays du vélo

« Il y a un phénomène de société mais il serait prématuré de dire que la France est redevenue un pays du vélo », relativise Virgile Caillet. « Quand les Français achètent 2,8 millions de vélos, les Allemands montent à 4 millions ». D’où l’importance d’accompagner cette transition. Deux facteurs essentiels sont à prendre en compte. D’abord la sécurité et le développement de pistes cyclables. En septembre dernier, lors de la présentation du « plan vélo » de la France, lancé en 2018, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili et celui des Transports, Jean-Baptiste Djebbari évaluaient une hausse de 30 % des pistes cyclables en trois ans. 53 000 km d’infrastructures sont ainsi déployées en France.

« Il faut un portage politique fort pour maintenir la dynamique », croit Virgile Caillet qui rappelle que le deuxième facteur de réussite de cette transition est la lutte contre les vols et dégradation de vélo. Une situation qui nécessite là aussi une adaptation des infrastructures. Dans ce cadre, en février, le gouvernement a rendu obligatoire le marquage de vélos vendus par les professionnels. Le vélo est alors enregistré dans le Fichier national unique des cycles identifiés (Fnuci), ce qui permettra aux autorités de restituer à son propriétaire son vélo en cas de vol.

L’article de Novethic est ici

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A Sciences Po, les étudiants bousculent l’institution sur l’écologie

Un article de Novethic, par Fanny Breuneval, le 15/04/2022.

Des étudiants se mobilisent dans plusieurs écoles et universités pour manifester leur déception face aux résultats des élections. Ils revendiquent de mettre plus en avant la question climatique. À Sciences Po, des étudiants rêvent d’un sursaut écologique de l’établissement. La fin du partenariat avec TotalEnergies est une avancée, mais ils demandent un véritable engagement contre les énergies fossiles.

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Les manifestations dans les universités s’enchaînent ces derniers jours suite aux résultats des élections. À la Sorbonne, Normale Sup ou encore Sciences Po, des étudiants ont occupé les locaux pour exprimer leur colère. Ils revendiquent notamment un sursaut écologique de la part des candidats. Ces manifestions s’inscrivent dans un contexte déjà tendu dans certaines écoles. Les étudiants de Sciences Po s’inquiètent depuis plusieurs années du faible engagement de leur établissement dans la transition écologique.

Récemment, ils estimaient pourtant avoir emporté une « victoire historique », selon l’Unef, le syndicat étudiant. Le partenariat entre Sciences Po et TotalEnergies a en effet pris fin, après plus de 15 ans de renouvellements successifs. La fondation Total versait un montant de 200 000 euros par an en moyenne, finançant des programmes d’égalité des chances. L’établissement rue Saint-Guillaume annonce développer de nouveaux partenariats avec de grandes entreprises et fondations, ce qui représente en moyenne 15 millions d’euros par an.

« La fin normale d’un partenariat »

Pour l’établissement comme pour TotalEnergies, il s’agit simplement de la « fin normale d’un partenariat », décidée en janvier. Cette annonce ne suffit pourtant pas à rassurer les étudiants qui demandent plus de transparence et de dialogue avec les instances décisionnaires. Certes, un comité des dons a été mis en place pour choisir les partenariats, mais les critères des décisions ne sont pas communiqués. Ils reprochent en outre toujours à leur école de ne pas avoir pris d’engagement ferme contre les énergies fossiles.

Les étudiants veulent donc maintenir la pression. L’UNEF demande le « réinvestissement massif de l’État dans l’université et la fin des financements privés ». L’association Sciences Po Zéro Fossiles a choisi de concentrer sa lutte contre TotalEnergies, malgré la présence d’autres partenariats contestés, notamment des banques investissant fortement dans les énergies fossiles ou l’industrie aéronautique. Elle reproche à la multinationale son puissant « soft power »,  avec par exemple la communication de nombreuses offres d’emploi et de stage et, jusqu’en 2020, la présence de deux professeurs associés à TotalEnergies dans le master « Énergie, ressources et développement durable ». Ils ont été remplacés après une enquête du magazine Reporterre sur les biais dans leurs discours sur les énergies et la géopolitique mondiale.

Un mouvement mondial de désinvestissement des énergies fossiles

Les revendications des étudiants de Sciences Po s’inscrivent dans un mouvement global. Aux États-Unis, l’ONG Climate Defense Project regroupant des étudiants de Yale et Stanford, a déposé plainte contre les universités refusant de se désengager du fossile. Harvard a de son côté annoncé qu’elle renonçait à investir dans les énergies fossiles. En fil rouge, l’association 350.org aide les étudiants de Sciences Po et d’autres universités autour du monde à militer pour le soutien aux énergies renouvelables, apportant des formations et aidant à faire le lien entre les promotions.

Sciences Po commence pourtant à bouger. En 2019, le programme « Climate action, make it work » a lancé de nombreuses initiatives comme une consultation « Campus durable » et un état des lieux sur la place de la transition écologique au sein des cours. La même année, le Shift Project publiait un rapport sur l’enseignement supérieur français, aboutissant à une mobilisation des directeurs et députés. Il montre que seulement 24 % des formations abordent les enjeux climat-énergie.

Sciences Po a de son côté annoncé que 24 heures de cours obligatoires sur la transition écologique seront ajoutées à ses formations à la prochaine rentrée. Le comité des dons contiendra également un siège supplémentaire occupé par un représentant étudiant. Une initiative du nouveau directeur Mathias Vicherat qui devrait engager de nouvelles discussions sur les critères d’acceptation des dons.

L’article de Novethic est ici.

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Le renoncement, nouveau dogme des entreprises engagées

Un article de Novethic, par Mathilde Golla, le 05/04/2022.

Aux côtés des pionniers comme Patagonia ou Lush, de plus en plus de sociétés comme Camif ou Lamazuna choisissent délibérément de se priver d’une partie de leur chiffre d’affaires pour des raisons environnementales. Encore exceptionnels, ces parcours d’entreprises ont vocation à se multiplier, avancent des experts.

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Les entreprises qui acceptent de réduire leur activité pour des raisons écologiques sont de plus en plus nombreuses. iStock

« Des entreprises renoncent à faire du chiffre d’affaires pour ne pas polluer, elles sont entrées dans un monde de post-croissance », souligne Geneviève Férone Creuzet, co-fondatrice de l’agence Prophil qui a publié l’étude Entreprise et Post-Croissance. « Il faut les encourager et faire évoluer les modèles », ajoute l’ancienne directrice du développement durable d’Eiffage et de Veolia. Même posture de Quantis qui recommande désormais aux entreprises d’aligner leurs stratégies sur les limites planétaires. « Nous les accompagnons pour faire évoluer leur modèle, quitte à faire preuve de renoncement« , reconnaît ainsi Dimitri Caudrelier, directeur général du cabinet de conseil.

L’idée d’un monde en « post croissance », plus sobre en ressources, où les entreprises acceptent de réduire leur activité pour préserver des matières premières fait son chemin. À l’image de Lamazuna, une marque de cosmétiques solides et bio, qui renonce au lancement de produit tant que l’intégralité des ingrédients qui le compose ne donnent pas entière satisfaction. Chez Expanscience, qui commercialise la marque Mustela, Sophie Robert-Velut, directrice générale des opérations dermo-cosmétique, confie que le spécialiste des produits pour bébé réfléchit à se retirer du marché des lingettes. En effet, même si le produit représente une indéniable source de croissance pour le groupe, il n’est pas écologique.

Faire une croix sur des produits rentables

De même, Mustela pourrait faire une croix sur des produits rentables mais dont les contenants ne sont pas recyclables, au risque de se priver de clients. Autre initiative récente : la marque mondiale de cosmétiques frais et faits main Lush a fait le choix de suspendre ses comptes sur les réseaux sociaux pour protéger ses clients des « effets graves de ces médias sociaux sur la santé mentale », explique Mark Constantine, Co-fondateur de Lush.

De son côté, Camif a décidé de ne plus proposer de produits non européens à la vente. C’est le cas des fours micro-onde dont le distributeur n’a pas trouvé de fabrication en Europe. Pionnier en la matière, Patagonia faisait paraître, dès 2011, dans les journaux une publicité qui disait « N’achetez pas cette veste ! ». Depuis, la marque de vêtements de sports a fait des émules. Les choix de ces entreprises prouvent que des stratégies de renoncement peuvent aussi être synonymes de réussite. « Demain, il y aura une forme de croissance respectueuse des limites planétaires », veut croire Geneviève Férone Creuzet.

« Les travaux de recherches sur ces thèmes sont de plus en plus nombreux mais ils restent encore minoritaires », nuance toutefois Dominique Méda, directrice de l’Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (Iris). Un Observatoire de la Post-Croissance et de la Décroissance (OPCD) vient d’être créé ce 1er avril. L’initiative collective d’acteurs de la recherche, du monde associatif et de citoyens vise à produire et diffuser des connaissances relatives à ces idées.

Former aux protocoles de renoncement

À Clermont-Ferrand, une école traduit ces recherches dans l’enseignement pour former les futurs managers. Le master of science (MSc) baptisé « Strategy & Design for the Anthropocene », conçu par l’école de commerce de Clermont-Ferrand et l’école de design Strate, enseigne un nouveau courant de pensée, celui de l’écologie de fermeture. Les directeurs du master, Alexandre Monnin, Emmanuel Bonnet et Diego Landivar, sont également co-auteurs du livre « Héritage et Fermeture. Une écologie du démantèlement » (Divergence 2021) qui propose d’élaborer des protocoles de renoncement à destination des entreprises.

Le renoncement des entreprises à des activités rentables pour des raisons environnementales ou sociales est néanmoins encore loin d’être la norme. À plus ou moins long terme, les pénuries de ressources naturelles ou les nouvelles réglementations pourraient toutefois imposer ces changements. Autant prendre les devants, répondent ainsi les avocats du renoncement.

L’article de Novethic est ici.

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Rapport du GIEC : pour réduire nos émissions il faut allier technologies propres et transformation de nos modes de vie

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 04/04/2022.

Très attendu, le dernier rapport du Giec a été approuvé dans la soirée du dimanche 3 avril, avec deux jours de retard. Portant sur les solutions, il met à la fois l’accent sur les technologies propres et sur la baisse de la demande, autrement dit sur la sobriété, en y consacrant pour la première fois tout un chapitre. Les émissions peuvent encore être réduites de moitié d’ici 2030, mais cela nécessite la mise en place d’actions au plus tard d’ici 2025.

Photo d’illustration. iStock

Avec 48 heures de retard, et au terme d’un final qui aura duré 40 heures, le dernier volet de la sixième évaluation du Giec, le groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, a finalement été approuvé tard dans la soirée de dimanche 3 avril. Signe que les négociations entre les 195 États membres ont été tendues jusqu’au bout, notamment au sujet de la sortie des énergies fossiles, sur fond de guerre en Ukraine, et de dépendance extrême aux hydrocarbures russes.

Après deux premiers volets consacrés à l’état des lieux et aux impacts du changement climatique, ce troisième rapport dresse les solutions pour diviser par deux nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, avec un pic des émissions et une accélération des politiques climatiques avant 2025, soit d’ici trois ans. Un objectif encore réalisable, indiquent les scientifiques du GIEC dans leur résumé aux décideurs, mais qui implique d’accélérer immédiatement, au risquer de refermer une fois pour toute la fenêtre de tir.

« Maintenir l’industrie des combustibles fossiles en vie »

Le résumé aux décideurs dresse ainsi l’inventaire des solutions qui doivent être mises en place, dans un contexte de chute continue des prix des technologies bas-carbone depuis 2010. Elles passent par « la transition des combustibles fossiles sans CSC (capture et stockage de CO2) vers des sources d’énergie à très faible ou zéro carbone, telles que les énergies renouvelables ou les combustibles fossiles avec CSC, les mesures axées sur la demande et l’amélioration de l’efficacité, la réduction des autres gaz à effet de serre et le déploiement de méthodes d’élimination du dioxyde de carbone (Carbon Dioxyde Removal, CDR) pour contrebalancer les émissions résiduelles de gaz à effet de serre. » 

Si le GIEC appelle clairement à une sortie des énergies fossiles, au prix d’un sérieux bras de fer, la mise en avant de technologies controversées d’émissions négatives, comme la capture et le stockage du CO2 ou la capture du carbone directement dans l’atmosphère, interroge. « La stratégie centrale d’atténuation du climat – éliminer progressivement tous les combustibles fossiles, dès aujourd’hui – est souvent diluée par des références au CDR et à la capture et au stockage du carbone, qui sont destinées à maintenir l’industrie des combustibles fossiles en vie », regrette ainsi Linda Schneider de la Fondation Heinrich Boell.

« Il ne s’agit pas de substituer ces technologies à la réduction des émissions, précise toutefois Céline Guivarch, directrice de la recherche au sein du Cired (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement). Ce que dit bien le rapport c’est qu’il faut réduire nos émissions jusqu’au niveau le plus faible possible. Mais pour atteindre l’objectif zéro émissions nettes en 2050, on a besoin d’un peu d’émissions négatives permises par ces technologies pour contrebalancer les émissions résiduelles. »

Un chapitre consacré à la baisse de la demande

D’un autre côté, et pour la première fois, le Giec consacre tout un chapitre à la maîtrise de la demande, et sans l’indiquer explicitement, à la sobriété. La marche à pied et le vélo sont plébiscités, de même que les transports électrifiés, la réduction des voyages en avion, la baisse de la consommation de viande ou la rénovation énergétique des bâtiments. Les experts estiment ainsi que « l’atténuation du côté de la demande peut réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici 2050 », tout en étant « compatibles avec l’amélioration du bien-être de base pour tous ». « Cela passe par des changements de comportement à titre individuel, mais il incombe aussi au collectif de créer les conditions de ces choix », ajoute Franck Lecocq, directeur du Cired.

« Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour limiter le changement climatique à 1,5°C mais nous avons les moyens de corriger le tir, c’est ce que nous dit ce nouveau rapport du Giec », conclut Raphael Jachnik, spécialiste de la finance climat à l’OCDE. « Les trois prochaines années sont cruciales car les investissements d’aujourd’hui vont avoir des conséquences pour les décennies à venir. » « Nous sommes à la croisée des chemins pour garantir un avenir vivable », a également déclaré le président du Giec, Hoesung Lee. Sans changement majeur, le réchauffement pourrait atteindre +3,2°C d’ici la fin du siècle.

L’article de Novethic est ici.

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L’avenir en fumée : quand l’UE brûle des arbres au nom des énergies renouvelables

Une nouvelle enquête de WeMoveEurope (Bougeons l’Europe), par Forest Defenders Alliance (Alliance de défense de la forêt), le 05/04/2022.

Tout bois a un jour appartenu à un arbre et constitué l’habitat d’écosystèmes entiers stockant des gaz à effet de serre. L’Union européenne finance actuellement l’industrie de la biomasse qui brûle du bois pour produire de l’énergie. Selon les dires de l’industrie, il s’agit de restes de bois ou de bois mort, c’est-à-dire le bois qui tombe des arbres, ou encore l’écorce, la sciure et les résidus de bois. Pas d’arbres vivants entiers.

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Principales conclusions du rapport

La combustion du bois émet plus de CO2 par unité d’énergie que celle des fossiles.

La réabsorption de ces émissions via la repousse des forêts prend des décennies, voire des siècles. C’est beaucoup trop pour réagir à la catastrophe climatique. Nous devons agir maintenant. Les arbres coupés directement dans les forêts constituent a minima la moitié du bois brûlé à des fins de production d’énergie dans l’UE, et cette proportion devrait encore augmenter. 

Les chercheur·euse·s ont utilisé des satellites, des drones et des photos des rues afin de voir à l’intérieur des centrales électriques fonctionnant au bois. Sur leurs sites, les entreprises qui les exploitent indiquent souvent brûler de la sciure et d’autres « déchets » du bois. Le rapport révèle qu’elles brûlent aussi des troncs d’arbres entiers. La taille et les creux de certains troncs indiquent qu’ils proviennent de vieilles forêts naturelles.

Même si ces usines brûlent des pellets ou des copeaux de bois, ces derniers sont issus des forêts. Des enquêtes menées dans les usines qui fabriquent les granulés de bois ont également démontré qu’elles broyaient des arbres entiers. Au sein de l’UE, la biomasse génère une empreinte carbone quasiment aussi élevée que l’ensemble des émissions de la Pologne ou de l’Italie.

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Pourquoi devons-nous nous en inquiéter ?

La Commission européenne a largement ignoré les recommandations de ses propres scientifiques de ne pas abattre et brûler les arbres. L’UE considère la biomasse comme étant une « énergie renouvelable ». Grâce à l’argent des contribuables, l’UE verse des subventions colossales afin de contribuer à atteindre les objectifs relatifs aux énergies renouvelables. Cet argent finance l’exploitation forestière pour la biomasse.

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L’exploitation forestière pour la biomasse est globalement plus dangereuse que l’exploitation forestière traditionnelle, car du fait des subventions juteuses accordées aux énergies renouvelables, même des arbres auparavant considérés comme ayant une « faible valeur » sont à présent rentables lorsqu’ils sont coupés. La déforestation détruit les habitats des animaux ; réduit la diversité des plantes, des animaux et des champignons ; amoindrit la fertilité des sols et le carbone ; et altère la capacité de repousse des forêts. 

Nos forêts doivent rester intactes. Il est plus que jamais évident que la biomasse n’est pas une source durable d’énergie. Les déchets de bois sont insuffisants pour satisfaire les attentes en matière d’« énergie renouvelable » qui pèsent sur la biomasse. Le rapport démontre que la voracité de l’UE pour l’énergie issue de la biomasse décime les forêts, tant dans l’UE que dans le monde entier.

L’article de WeMoveEurope est ici.

Le rapport complet en anglais de Forest Defenders Alliance est ici.

Et vous pouvez signer la pétition ici.

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Antarctique : l’effondrement des barrières de glace fait craindre une élévation subite du niveau des mers

Un article de National Geographic, par Alejandra Borunda, le 30/03/2022.

Après l’effondrement d’une barrière de glace sous l’effet de températures supérieures à la normale de 40°C en Antarctique oriental, les regards se tournent vers l’ouest où un glacier pourrait à lui seul faire monter le niveau de la mer de plusieurs mètres.

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La barrière de glace de Thwaites, en Antarctique occidental, constitue l’extrémité flottante du glacier de Thwaites, qui s’avance inexorablement dans la mer. Cette barrière de glace s’est déjà disloquée aux deux tiers. En décembre 2021, des chercheurs ont remarqué d’inquiétants signes de désagrégation dans le morceau subsistant. Ces barrières ralentissent l’avancée de la glace vers la mer et jugulent l’élévation du niveau des mers. Photo de Jim Yungel/NASA Earth Observatory

Une chose a sauté aux yeux d’Erin Pettit sur les relevés satellites de la barrière de glace de Thwaites, dans l’ouest de l’Antarctique : une fissure géante scindait l’image qu’elle avait devant les yeux. Il y a deux ans, la chercheuse et ses collègues cherchaient un endroit où installer leur station de recherche en Antarctique. Cette barrière de glace flottante (une langue de glace qui dépasse d’un énorme glacier) était alors solide. Il était tout à fait envisageable de s’y implanter en toute sécurité, pensaient-ils. Mais en décembre dernier, alors qu’ils se préparaient à rejoindre leur camp de base, les images ont révélé de gigantesques fissures dans la glace. Celles-ci se dirigeaient droit vers la station.

De toute évidence, ces fissures n’auraient pas eu le temps de s’allonger assez pour mettre les chercheurs en danger. Mais pour Erin Pettit, c’était un signal terrifiant : la barrière de glace avait commencé à se désagréger, première étape avant la désintégration plus large du glacier lui-même.

En mars, l’Antarctique oriental (l’autre partie du continent, plus froide) a connu son tout premier effondrement de barrière de glace. Lors d’une vague de chaleur survenue à la fin de l’été austral, la région a subi des températures extraordinaires et des vents violents, et la barrière de glace de Conger n’a mis que quelques jours à se désagréger. Cet effondrement qu’on n’avait pas vu venir a souligné l’importance des barrières de glace du continent (ainsi que l’incertitude qui les entoure). En effet, celles-ci jouent en quelque sorte le rôle de bouchon servant à contrôler le flux glaciaire qui avance vers la mer. Les scientifiques craignent que ce déclin naissant ne fasse que marquer le début d’une disparition glaciaire plus générale et d’une élévation conséquente du niveau des océans qui affecterait des pays du monde entier.

Malgré l’effondrement survenu à Conger, les principales préoccupations demeurent malgré tout autour des barrières de glace longeant l’Antarctique occidental, où travaille Erin Pettit. Ce qu’elle a découvert en 2021 laisse penser que la barrière de glace de Thwaites pourrait se désagréger au cours de la décennie et laisser le glacier immense et anormalement fragile qu’elle entoure sans aucune protection.

Le glacier de Thwaites contient assez de glace pour faire monter le niveau des mers d’une soixantaine de centimètres dans le monde entier. Celui-ci fait également office de goulot, car il protège le reste de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, qui ferait s’élever de trois mètres le niveau des mers si elle venait à fondre complètement. De plus, à cause de certaines bizarreries géologiques déterminantes et effroyables, Thwaites pourrait un jour devenir un des principaux moteurs de l’élévation du niveau des mers. « C’est le glacier le plus important du monde », déclare Julia Wellner, spécialiste en géologie marine de l’Université de Houston.

La trajectoire sur laquelle semble être le glacier est « alarmante », selon Ted Scambos, glaciologue de l’Université du Colorado et co-directeur d’un programme de recherche pluriannuel à Thwaites. « À lui seul, il pourrait changer l’histoire. Il pourrait changer les règles selon lesquelles nous devons jouer [pour nous adapter à l’élévation du niveau des mers] d’ici à la fin du siècle [et au-delà] », affirme-t-il ; qu’il s’agisse de la construction de protections « en dur » telles que des digues ou des levées ou bien de se retirer purement et simplement des littoraux.

LES MERS MONTENT DÉJÀ

Bien que toute prédiction précise soit impossible, on sait dans quelle direction va l’élévation du niveau des mers : vers le haut, peut-être très haut et peut-être sous peu. La majorité des communautés côtières ont du mal à ne serait-ce qu’admettre cette réalité, indique A.R. Siders, sociologue de l’Université du Delaware. « La question n’est pas de savoir si les mers vont s’élever de soixante centimètres, c’est de savoir quand. Nous devons simplement prendre la décision de [nous adapter], même si l’incertitude demeure. »

À travers le globe, les mers ont monté d’un peu plus de 20 centimètres depuis 1900, mais cette élévation s’accélère : un quart de cette augmentation est survenue ces 16 dernières années. Dans son dernier rapport publié en 2021, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) annonçait que le niveau des mers s’élevait désormais d’environ 3,7 millimètres par an. Le GIEC prédit avec un degré de confiance « moyen » que cette élévation atteindra 40 à 80 centimètres en 2100 et que cela continuera pendant des siècles.

Dans certaines régions, cette élévation dépasse la moyenne mondiale. La côte est des États-Unis est par exemple plus durement touchée, en partie parce que le Gulf Stream est en train de ralentir et qu’il brasse moins d’eau vers le large. Selon des projections de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) réalisées en début d’année, les côtes américaines verront vraisemblablement le niveau de leurs eaux monter d’une trentaine de centimètres en moyenne d’ici à 2050 et d’une soixantaine d’ici à 2100.

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La barrière de glace de Conger, en Antarctique oriental, s’est récemment disloquée lors d’une vague de chaleur inhabituelle à la fin de l’été austral. Elle se désagrégeait déjà depuis des années mais a fini par s’effondrer brutalement alors que les vents se levaient et que les températures dépassaient de 40°C la normale saisonnière et atteignaient -12°C. Photographie de NASA via AP

Quelque 110 millions de personnes dans le monde vivent déjà dans des zones en proie à des inondations à marée haute. À 30 centimètres de plus, des centaines de milliers de maisons de la côte est et du Golfe du Mexique, mais aussi du reste des littoraux américains, pourraient être inondées chaque semaine. À 60 centimètres, les Maldives ainsi que d’autres petites nations insulaires seraient en grande partie submergées. Toutefois, il est possible qu’arrivé en 2100 le niveau des mers ait déjà augmenté de plus de soixante centimètres. Selon le rapport de la NOAA, si nous ne maîtrisons pas nos émissions et que la planète se réchauffe de 5°C, alors il y a 50 % de chances que l’élévation du niveau des mers dépasse 90 centimètres en 2100, et 10 % de chances que celle-ci soit supérieure à 180 centimètres.

La plus grande source d’incertitude, hormis la rapidité avec laquelle nous choisirons de rogner sur nos émissions, est la vitesse à laquelle les calottes glaciaires surchauffées peuvent fondre et s’effondrer, et plus particulièrement celles de l’Antarctique, qui piègent assez d’eau pour faire monter le niveau des mers de près de 60 mètres. La glace antarctique tombe déjà par milliards de tonnes dans l’océan chaque année. Mais cela ne contribue qu’à environ 10 % de l’élévation totale du niveau des mers. L’essentiel de cette élévation est dû au fait que le volume de l’eau de mer augmente en se réchauffant, mais aussi à la fonte des glaciers de montagne et à la fonte des glaces du Groenland, autant de phénomènes qui vont s’accélérer vers la fin du siècle.

À un moment ou à un autre, l’Antarctique va également se mettre à déverser bien plus d’eau de fonte encore dans les océans. La question est de savoir si ce bouleversement va mettre des siècles à se produire, ce qui modifierait les littoraux assez lentement pour pouvoir s’adapter, ou si cela se produira plus rapidement. Mais la dynamique des barrières de glace et des glaciers est rudement difficile à prédire, notamment parce qu’un réchauffement de cette vitesse et de cette ampleur n’a jamais été observé. « Nous allons probablement découvrir les tenants et les aboutissants de tout cela au cours des prochaines décennies », affirme Bob Kopp, spécialiste de l’élévation du niveau des mers de l’Université Rutgers. Lui et d’autres scientifiques craignent qu’en attendant, l’Antarctique occidental franchisse un point critique au-delà duquel un recul glaciaire massif et toujours plus rapide deviendrait inévitable.

La suite de l’article de NATIONAL GEOGRAPHIC est ici.

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

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Solaire : la France délaisse les panneaux sur les toits

Un article de Reporterre, par Grégoire Souchay, le 16/03/2022.

Pourquoi ne pas couvrir massivement toits, parkings ou zones polluées de panneaux solaires ? Le gouvernement, avide d’économies, soutient plutôt le photovoltaïque au sol — qui grignote les terres.

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© Marianne Tricot/Reporterre

Cela devrait tomber sous le sens. Il faut mettre en priorité les panneaux solaires sur les zones déjà artificialisées : parkings, zones polluées et surtout, toitures. Coup de chance, selon une étude européenne parue en 2019 dans la revue Nature, l’Europe de l’Ouest est une zone à fort potentiel photovoltaïque (notamment autour de la Méditerranée) et dotée d’une solide capacité d’investissement. « Si tous les toits de l’Union européenne adaptés étaient équipés de systèmes photovoltaïques, 680 térawattheures (TWh) d’énergie solaire pourraient être produits. Cela représenterait 24,4 % de la consommation actuelle d’électricité des États membres de l’Union européenne », lit-on. Il faudrait amorcer la pompe : comme le montre une autre étude parue dans Energy policy, les panneaux photovoltaïques sur les toits des particuliers créent un effet de contagion spatiale (« spatial spillover ») auprès des voisins, en rendant la technologie plus familière.

Alors, pourquoi ne pas couvrir massivement nos toits de panneaux ? Si aujourd’hui les puissances installées en solaire se répartissent à cinquante-cinquante au sol et sur du bâti, la dynamique est clairement en faveur des installations à terre. D’abord parce qu’installer sur une construction existante coûte paradoxalement encore trop cher [1], ou dégage une rentabilité moindre qu’au sol. Dans une étude publiée en 2020 sur les « coûts des énergies renouvelables et de récupération », l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime que le coût d’une installation résidentielle intégrée au bâti se situe entre 154 et 184 euros par mégawattheure (MWh) dans la zone sud la plus ensoleillée, tout juste au niveau du tarif d’achat actuel. Elle ne devient intéressante économiquement que sur des toitures moyennes ou grandes.

Dans le même temps, le coût d’une centrale au sol de plus de 10 mégawatts (MW) de puissance est passé sous la barre des 50 euros par mégawattheure, une baisse spectaculaire en dix ans qui se poursuit, bien qu’à un rythme moindre. Alors que les discours assurent privilégier les zones « déjà artificialisées » ou les toitures, dans les faits, les politiques mises en œuvre favorisent nettement le solaire au sol.

Après 2010, la France a généralisé le système des appels d’offres. Le principe : la commission de régulation de l’énergie ouvre un volume donné de puissance et des candidats proposent leurs projets. La porte est ouverte à la libre concurrence du mieux-disant, mais surtout du moins coûteux. Les critères du cahier des charges pour 2021 ne laissent à ce titre aucun doute : c’est le prix qui est déterminant. Jusqu’en 2016, c’était même le seul critère existant, au détriment des préoccupations de biodiversité et de lutte contre l’artificialisation des terres. En effet, une centrale au sol d’1 mégawatt requiert une superficie de 1 à 1,5 hectare.

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© Stéphane Jungers/Reporterre

Selon l’analyse publiée le 18 novembre 2021 par la société de conseil financier en renouvelables Finergreen, sur les treize tranches d’appels d’offres en toitures de plus de 100 kilowatts-crête (la puissance délivrable dans des conditions optimales), dix sociétés se partagent les trois quarts des puissances attribuées. Pour les appels d’offres au sol, le marché est encore plus concentré : cinq acteurs (TotalÉnergies Renouvelables, EDF Renouvelables, Engie, Urbasolar et Neoen) se partagent 62 % des 5,4 gigawatts de puissance attribuée.

Par ailleurs, alors que 5 416 MW ont été proposés en appels d’offres pour les centrales au sol, une capacité trois fois moindre, 1 650 MW, a été ouverte pour les grandes toitures. Et pour cause, la loi elle-même induit ce décalage. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) 2019-2028 fixe en effet des objectifs ciblés pour le photovoltaïque : 20 à 25 GW au sol contre 14 à 19 GW en toitures [2].

Une réglementation des bâtiments neufs toujours aussi mal charpentée

Au-delà des appels d’offres, même dans la construction, le photovoltaïque peine à avancer. Car bien que la technologie s’améliore, les panneaux solaires monocristallins (les moins chers actuellement) impliquent un poids supplémentaire pour les charpentes, qu’il faut anticiper. La pose de panneaux pourrait être allégée en prévoyant dès le départ cette possibilité sur une couverture neuve, avec des crochets et des trous pour les câbles. Mais cela représente une dépense supplémentaire. Combien ? Elle est rarement chiffrée mais souvent présentée comme dissuasive par les promoteurs. Une étude d’Enerplan, menée avec le cabinet Cardonnel, a pourtant montré que le surcoût est dérisoire : 0,4 % pour une maison individuelle et 0,3 % pour un petit immeuble collectif.

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Installer des panneaux sur une construction existante coûte paradoxalement encore trop cher. Flickr / CC BY-ND 2.0 / David Trebosc

Il aurait été dès lors cohérent de rendre la « solarisation » obligatoire au moment de changer les exigences environnementales des bâtiments neufs. À nouveau, l’occasion a été manquée. Car les débats sur la nouvelle règlementation environnementale (RE 2020) se sont enlisés et transformés en un affrontement entre deux grands lobbies de l’énergie : comment chauffer les maisons, grâce à l’électricité (et donc au nucléaire) ou grâce au gaz ? L’électricité est certes sortie gagnante mais le photovoltaïque est resté au second plan. Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, syndicat du solaire en France, déplore qu’on « construise encore des bâtiments déjà périmés pour des installations futures de panneaux » en ne prévoyant toujours pas la possibilité future d’intégrer des panneaux. La nouvelle règlementation, entrée en vigueur le 1er janvier 2022 avec deux ans de retard, abandonne également en chemin la promesse de construire des bâtiments à énergie positive (Bepos) capables de produire plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Et ce n’est pas mieux pour les bureaux, puisque le « décret tertiaire » qui vient de paraître pour la réglementation environnementale des bureaux et locaux commerciaux ne va pas beaucoup plus loin.

La seule obligation concerne finalement certaines grandes toitures. C’est une des rares propositions de la Convention citoyenne pour le climat qui a été suivie d’effet. La loi Climat de 2021 obligera à partir du 1er janvier 2023 « toute nouvelle construction de plus de 1 000 m2 d’emprise au sol » à prévoir soit une production d’énergie renouvelable, soit une végétalisation, et ce sur au moins 30 % des surfaces de toitures. Cette loi vient aussi avec ses exceptions : l’obligation tombe « si cela vient aggraver un risque », « en cas de difficulté technique insurmontable à prix raisonnable » ou encore pour « des installations classées ». En parallèle, le plafond de la puissance soutenue par le tarif de rachat a été rehaussé de 100 kilowatts-crête (kWc) à 500 kWc pour les projets sur bâtiment. Pour le reste, rien n’est prévu pour rendre obligatoire l’installation de panneaux sur les constructions existantes.

Délaissés d’autoroute, anciennes usines, zones polluées…

Outre les toits, on pourrait – toujours pour ne pas artificialiser des terres – installer le solaire sur les délaissés d’autoroute, les anciennes usines, les zones polluées, c’est-à-dire des espaces… déjà artificialisés. En 2018, l’Ademe a estimé leur potentiel à 53 GW, dont 4 GW sur des parkings et 49 GW sur les autres « zones délaissées ». Soit la moitié des objectifs de photovoltaïque annoncés pour 2050. Ces surfaces sont constituées majoritairement « de dépôts de carburants des sites liés au commerce, à l’artisanat ou à l’industrie mécanique et des sites de stockage de déchets » et leur surface est comprise entre 0,5 et 2,5 hectares.

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Pour ne pas artificialiser des terres, mieux vaut installer le solaire sur des zones déjà artificialisées, comme sur ce parking belge. Wikimedia / CC BY-SA 3.0 / Jérémy-Günther-Heinz Jähnick

De son côté, le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), qui dépend aussi du ministère de la Transition écologique, a travaillé à l’échelle des régions du sud de la France. Si l’on s’attarde uniquement sur les zones où les enjeux de biodiversité sont moindres ou non identifiés, et ce, seulement dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), on découvre déjà un potentiel de 11 GW de puissance — soit quasiment de quoi doubler la puissance totale installée en France. Certes, précise Myriam Lorcet, responsable d’études et d’activité Énergies renouvelables au Cerema Méditerranée, cette étude « ne permet pas d’identifier localement une zone à couvrir, cela doit se faire à l’échelle d’une communauté de commune au minimum ». Mais l’ordre de grandeur signifie qu’il y a matière à solariser sans abîmer de nouveau la nature.

Ce potentiel sur les zones déjà artificialisées a attiré l’attention du gouvernement. Ce dernier vient de rendre une étude ciblant des surfaces réellement propices au photovoltaïque, avec comme critère de dépasser 1,5 hectare d’emprise et de pouvoir y installer 1 mégawatt de puissance. Une liste de 859 sites représentant plus de 7 gigawatts de puissance qui a été publiée fin février 2022 par le ministère de la Transition écologique. Mais il faudra attendre les études d’impacts des potentiels projets sur ces zones pour mesurer leur incidence réelle sur l’environnement.

L’article de Reporterre est ici.

[1] Car pour installer sur du bâti, il faut faire appel à un professionnel, couvreur ou installateur, composer avec la fragilité de la charpente ou encore prévoir des coûts de raccordements.

[2] Voir p. 125 de la PPE.

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La centrale à charbon de Saint-Avold pourrait finalement ne pas fermer au 31 mars

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 29/03/2022.

À Saint-Avold, en Moselle, c’est l’incompréhension la plus totale. La centrale à charbon, l’une des deux dernières encore en fonctionnement en France, doit officiellement s’arrêter au 31 mars, soit dans deux jours. Mais la pénurie d’électricité nucléaire, et la guerre en Ukraine qui menace l’approvisionnement en gaz, change la donne. Le ministère a demandé plusieurs études à EDF et à RTE pour réévaluer la situation. Sur place, l’ambiance n’est pas à la poursuite.

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L’une des deux dernières centrales à charbon doit fermer le 31 mars prochain, mais le report de cette fermeture est sérieusement envisagé par le gouvernement. @Uniper

Dans deux jours, le 31 mars, la centrale à charbon de Saint-Avold, en Moselle, doit officiellement s’arrêter. Avec celle de Cordemais, en Loire-Atlantique, ce sont les deux dernières à fonctionner encore dans l’Hexagone. Emmanuel Macron avait promis de tourner la page du charbon d’ici la fin de son quinquennat. Mais dans le contexte actuel de baisse de la production d’énergie nucléaire et de guerre en Ukraine, cette promesse risque de ne pas être tenue, et le report de la fermeture de Saint-Avold est sérieusement envisagé au sein du gouvernement.

« Le bruit court depuis trois semaines, mais nous n’avons aucune information officielle« , se désole Jean-Pierre Damm, secrétaire général Force ouvrière, 48 ans d’ancienneté au compteur. « C’est totalement surréaliste ! C’est unique dans les annales du monde industriel. Je ne comprends pas l’attentisme de l’État. Ici, l’ambiance n’est pas bonne. Nous ne sommes pas dans une bonne dynamique pour repartir si jamais on nous dit que la centrale ne ferme finalement pas. Certains salariés disent qu’ils ne reviendront pas« , ajoute-t-il.

Invité de France Info le 28 mars, Jean-Michel Mazalerat, président de GazelEnergie, qui exploite la centrale de Saint-Avold, explique que « le sujet est sur la table. Visiblement, le gouvernement y réfléchit. » « C’est clair que la centrale va s’arrêter. Est-ce qu’elle redémarrera cet hiver? C’est une décision du gouvernement. Si on doit contribuer à la sécurité du système électrique, évidemment on va se mobiliser », a-t-il déclaré. « Nous sommes d’accord pour redémarrer l’hiver prochain mais nous attendons une décision ferme de l’Etat, nous avons besoin d’un décret« , a précisé dans la soirée la directrice de la communication de GazelEnergie, Camille Jaffrelo, jointe par l’AFP.

Pas de réponse tranchée du côté du ministère

Du côté du ministère de la Transition écologique, contacté par Novethic, pas de réponse tranchée. « La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a demandé un audit indépendant à EDF pour identifier les leviers pour maximiser la disponibilité du parc nucléaire. Une nouvelle contrainte s’ajoute avec la guerre en Ukraine, nous devons anticiper des scénarios de moindre disponibilité du gaz naturel, utilisé aussi pour la production électrique. Dans ce nouveau contexte, le ministère a demandé à RTE d’actualiser ses scénarios pour l’hiver prochain. Nous évaluerons la situation en fonction », explique le service de presse.

Au cœur de l’hiver, le gouvernement avait déjà dû se résoudre à relancer le charbon face à la baisse historique de la disponibilité du parc nucléaire. Un décret avait été publié en février pour autoriser une augmentation temporaire des plafonds de production des centrales à charbon pour les mois de janvier et février. Entre-temps, la guerre en Ukraine a éclaté, malmenant encore un peu plus notre système de production électrique avec des risques d’approvisionnement en gaz et une explosion des coûts. Dès lors, fermer la centrale à charbon de Saint-Avold au 31 mars comme cela est prévu pourrait avoir des conséquences pour l’hiver prochain.

« Nous tournons à plein régime »

« Nous tournons à plein régime depuis le 1er janvier et quasiment sans arrêt, sauf pour la maintenance des machines. Je ne comprendrai pas qu’on nous dise d’arrêter vu la situation« , confirme Jean-Pierre Damm. « Il y a une opacité totale au niveau de la direction alors qu’on aurait dû anticiper et engager des négociations pour envisager cette hypothèse. Si la décision est de continuer, on risque d’avoir des problèmes pour recruter, il faut aussi prévoir l’approvisionnement en charbon…(le charbon utilisé actuellement provient de Russie, NDR).« 

Sur les 87 salariés de la centrale, une cinquantaine doivent partir en retraite ou pré-retraite, une dizaine ont été embauchés ailleurs, trois salariés vont bénéficier d’un congé formation de longue durée, et huit salariés ont reçu une promesse d’embauche pour travailler dans la future chaudière à biomasse, qui va brûler du bois à la place du charbon. Un projet que l’État entend soutenir à hauteur de 12,7 millions d’euros, avait indiqué en décembre la ministre de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher.

L’article de Novethic est ici.

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Villages de la Fagne : un projet d’éoliennes à la frontière belge fait polémique

Un article du Courrier de Fourmies, par Antoine Pisano, le 31/03/2022.

Belges ou Français, élus ou simples habitants, tous refusent le projet d’installation de quatre éoliennes à Momignies (B), à quelques mètres de la frontière.

De gauche à droite : Jean-Luc Pérat, Thierry Reghem, Jean-Michel Hancart, Claude Gary et au second plan Sylvain Oxoby, lors de la réunion publique en Belgique.

Ce seront des Tour Eiffel en plein milieu des champs. Le promoteur belge Windvision veut installer 4 éoliennes de 200 m de haut (en bout de pale) et de 150 m de diamètre chacune, sur le territoire de la commune de Momignies. Les machines seraient implantées entre la route belge de La Marlière et la carrière CCM de Wallers-en-Fagne (F). Elles se trouveraient à seulement 75 m de la frontière franco-belge et seraient visibles depuis la plupart des villages alentour. Le promoteur fait valoir les bénéfices écologiques de son projet. En effet, ces éoliennes produiraient ensemble 50 000 MWh d’électricité par an, l’équivalent de la consommation de 13 500 ménages environ. D’après Windvision, cela représente 24 000 tonnes de CO² en moins rejeté dans l’atmosphère. Mais comme on pouvait s’en douter, l’argumentaire est loin de convaincre les habitants et les élus et ce, des deux côtés de la frontière.

Une réunion publique et des débats houleux

Pour s’en rendre compte, il suffisait de se rendre mardi 29 mars à la salle du Kursaal de Momignies, où se tenait une réunion préalable d’information ouverte au public. Ce type de réunion a une véritable valeur juridique en Belgique : les débats entre le promoteur et les habitants sont consignés sur un procès verbal et servent à alimenter l’étude d’impact.

Les élus français ont débarqué en force. Dans les rangs, les maires d’Ohain, de Trélon, de Baives, de Wallers-en-Fagne, de Moustier-en-Fagne et d’Anor, parfois accompagnés d’adjoints et d’habitants de leurs communes. C’est dire si le sujet préoccupe.

L’exposé le plus complet concernant l’impact négatif que pourrait avoir ce projet sur l’environnement, a été fourni par Bernard Navarre, le maire de Wallers-en-Fagne. L’élu a rappelé la multitude de zones classées ou protégées à proximité du futur parc éolien : la réserve naturelle des Monts de Baives, les zones spéciales de conservation, les 5 ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique) côté français et les 2 ZNIEFF côté belge, etc.

Le principal problème de l’éolien, c’est son impact sur les oiseaux et chauve-souris, qui se font faucher en vol par les pales. Sur ce point aussi, l’édile français avait de nombreux arguments dans sa besace. Il a énuméré les espèces remarquables nichant près de la carrière telles que le hibou grand-duc, la cigogne noire et divers passereaux. Le site d’implantation se trouverait également sur le couloir de migration des oies rieuses, des oies cendrées et des bernaches du Canada.

Enfin, Bernard Navarre a exprimé ses inquiétudes quant à la proximité d’un tel projet avec la carrière. Quand il y a des tirs de mine, on ressent les vibrations à plus de 150 mètres. Je tiens à le souligner : la dernière fois qu’une faille karstique s’est ouverte, il a fallu 3 fois 150 tonnes de déchets de carrière pour la remplir, met-il en garde. Pour le dire simplement, l’élu craint qu’une éolienne ne s’effondre.

Jean-Michel Hancart, le maire de Moustier-en-Fagne, renchérit : « Nous sommes en zone sismique. Chez nous en France, on est obligé de prendre en compte ce paramètre à chaque fois qu’on réalise des travaux sur nos bâtiments publics. »

Plus tard au cours des débats, Sylvain Oxoby, le maire d’Ohain, prend la parole. Sa commune sera surtout impactée sur le plan visuel. Il rappelle d’ailleurs en préambule qu’un projet d’éoliennes avait déjà été retoqué pour cette raison il y a une dizaine d’années. « Notre territoire a beaucoup souffert économiquement de la disparition de ses industries. Depuis quelques années, on a la chance de voir se développer le tourisme vert. Ce projet va mettre un coup de frein » prédit-il.

Le promoteur lui répond que les éoliennes sont aussi des lieux de visites touristiques. Un homme dans l’assemblée crie « foutaises ». Un Ohainais complète les propos du maire de sa commune : « J’ai acheté ma maison pour la qualité de vie qu’il y a ici, pour le paysage. En installant des éoliennes, on va me voler quelque chose. » Puis il soulève le problème de la dévaluation des biens immobiliers à proximité du futur parc éolien.

Thierry Reghem, le maire de Trélon, fait remarquer qu’il n’y a pas d’éoliennes dans l’Avesnois, grâce notamment à un schéma d’aménagement régional qui interdit la construction de tels équipements au niveau local. Il est rejoint par Jean-Luc Pérat, le maire d’Anor, qui rappelle le rôle du Parc naturel régional de l’Avesnois en la matière. Et il conclu sur cette sentence : « Votre projet est situé à 75 m de la frontière. En gros, c’est la distance réglementaire. Vous vous foutez de nous. »

De ce débat, on retiendra également les interventions des élus belges. Dont celle du bourgmestre de Momignies, Eddy Bayard, qui a interpellé les techniciens de Windvision : « A ce stade, la commune de Momignies n’a pas d’avis concernant ce projet car le collège communal doit tenir compte de l’avis des citoyens. Il n’empêche que vous nous aviez déjà présenté un projet éolien en 2013. Les citoyens étaient contre, le collège était contre, il y avait eu un référendum local… Vous étiez passé outre notre avis et c’est le Conseil d’État qui avait fini par invalider votre projet. Aujourd’hui, vous revenez avec un projet sur le même site, sur la même bande problématique pour la survie des oiseaux. Forcement, vous obtiendrez le mêmes avis négatifs. »

Un habitant s’agace :  » Combien de fois allez-vous adapter vos plans pour nous forcer à accepter ? » Un autre citoyen belge s’emporte : « La région wallone est soumise à une quantité invraisemblable de projets éoliens. Il faut prendre en compte ce contexte. » La 1ére échevine Véronique Riez saisit l’occasion pour dénoncer la « spéculation » financière autour des éoliennes. « Dans vos préoccupations, l’environnement est loin derrière. » Son intervention soulève une salve d’applaudissements. En colère, un Momignien résume la teneur du débat : « Qu’on se le dise, la population est parfaitement contre ! »

L’article du courrier de Fourmies est ici.

Commentaire

Anor Environnement est bien entendu contre ce projet d’éoliennes géantes car, comme l’a dit le maire de Wallers-en-Fagne, ce projet menacera plusieurs espèces d’oiseaux et de chauve-souris rares et protégées. Par ailleurs, la distance entre les éoliennes et les premières habitations est ici de 400 m alors que la réglementation française prévoit 500 m et l’allemande 1000 m.

C’est ici l’occasion de faire quelques rappels historiques aux élus à courte mémoire. Un projet similaire a été présenté dans l’Avesnois en 2003 et les élus de l’époque, dont certains sont encore en fonction, l’ont tous défendu. Les associations (dont Aubépines) qui se sont manifestées contre ce projet ont été qualifié de talibans verts ou d’ayatollahs de l’écologie par ces élus. Plus proche de nous, en 2013, Windvision a présenté son premier projet éolien à Momignies. Des associations écologistes françaises se sont joints au belges pour lutter contre ce projet, mais les élus de l’Avesnois ont gardé le silence.

Enfin, depuis 2014, avec le projet d’usine à pellets d’Anor qui nous menace toujours, seul le maire d’Ohain et son conseil municipal ont voté une motion contre ce projet et l’ont fait savoir. En revanche, le maire d’Anor s’est fait le promoteur du porteur de projet. Pourtant l’usine devait être « implantée » à 2 km de la frontière belge, avec des vents dominants du sud-ouest vers le nord-est qui auraient envoyé les rejets polluants directement vers Momignies. Monsieur Pérat, vous vous foutez d’eux !

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Ukraine : la destruction de l’environnement, victime collatérale des guerres

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 21/03/2022.

Au fil de l’histoire, l’environnement a toujours été une arme de guerre. Si sa destruction volontaire est aujourd’hui interdite, elle est malgré tout une victime collatérale des conflits. Et la guerre en Ukraine n’y échappe pas. Derrière un lourd bilan humain, se cache des pipelines, des mines désaffectées, des industries lourdes dont la dégradation pourrait provoquer une crise environnementale majeure.

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L’Ukraine « regorge de sites dangereux ». Aris Messinis / AFP

Trois semaines après le début de l’offensive russe en Ukraine, le bilan humain reste encore incertain tant les chiffres sont devenus une arme de guerre. Le président Volodymyr Zelensky affirmait le 15 mars qu’une centaine d’enfants avaient déjà été tués dans des bombardements d’écoles, d’hôpitaux ou d’habitations, ce que le président américain Joe Biden a qualifié de « crimes de guerre ». Si des pourparlers sont toujours en cours pour notamment permettre aux civils d’être évacués, au second plan, c’est aussi un scandale environnemental qui pourrait avoir lieu.

« La destruction de l’environnement en temps de guerre n’est généralement abordée qu’après coup, voire pas du tout », explique à Novethic, le responsable de l’environnement à Amnesty International, Richard Pearshouse. « Mais la guerre en Ukraine se distingue par le fait que le pays regorge de sites dangereux pour l’environnement, tels que des industries lourdes, des raffineries, des pipelines, des mines désaffectées et des centrales nucléaires. Le risque qu’une crise environnementale vienne s’ajouter aux niveaux horribles de la souffrance humaine est extrême ». En 2015, la Banque mondiale estimait ainsi que la région du Donbass abritait environ 900 grandes installations industrielles. Centrales à charbon, opérations utilisant des matériaux radioactifs, pipelines de pétrole, de gaz… les sites dangereux sont nombreux.

Le 4 mars dernier, lorsqu’un incendie s’est déclaré dans un bâtiment de la plus grande centrale d’Europe, celle de Zaporijia, dans le sud-est de l’Ukraine, l’ensemble du continent a craint pour la sûreté et la sécurité nucléaires. Et de fait, c’est la première fois qu’un pays aussi nucléarisé est au cœur d’un conflit aussi important. « Il y a déjà eu des conflits dans des pays possédants des réacteurs nucléaires mais jamais de cette ampleur et ayant autant de réacteurs en fonctionnement », explique Michaël Mangeon, spécialiste de l’histoire du nucléaire et chercheur associé au laboratoire Environnement, ville et société (EVS) de l’Université de Lyon.

Agent orange, zones irradiées… 

De l’empoisonnement de l’eau des puits à la politique de la terre brûlée, la destruction de l’environnement en période de guerre n’est pas nouvelle mais elle s’est amplifiée au fil du temps. « Un conflit peut durablement transformer les écosystèmes, jusqu’à polluer irrémédiablement les sols, à la façon dont les tranchées de 14-18 ont définitivement modifié les 120 000 hectares de champs de bataille désignés comme ‘zone rouge' », décrypte sur Linkedin Edouard Jolly, chercheur en théorie des conflits armés et philosophie de la guerre. « Les conséquences écologiques de la guerre peuvent provoquer des désastres très variés, allant de la pollution à l’agent orange dans les forêts vietnamiennes jusqu’aux zones irradiées dans la durée en raison de la multiplication d’essais nucléaires sur les mêmes sites, comme à Semipalatinsk (Kazakhstan), essais qui nous rappellent que par le passé des centaines de bombes nucléaires ont déjà explosé. »

Aujourd’hui, selon le Comité international de la Croix-Rouge (ICRC), il est interdit de porter délibérément atteinte à l’environnement naturel tel que la destruction des ressources naturelles ou l’épandage massif d’herbicides, qui pourrait bouleverser l’équilibre écologique d’une région. « Cependant, la plupart des atteintes portées par les conflits à l’environnement sont des dommages collatéraux », souligne l’ICRC. « Il est difficile de l’imaginer maintenant, mais lorsque les armes se tairont, nous aurons besoin d’une aide pour reconstruire l’Ukraine, et cela passe notamment par une évaluation détaillée des impacts environnementaux de cette guerre et par le nettoyage des sites fortement contaminés », conclut Richard Pearshouse.

L’article de Novethic est ici.

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Le point de non-retour de la fonte du permafrost est « imminent »

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 17/03/2022.

Quelques semaines après la publication d’un nouveau rapport du GIEC, une autre étude vient un peu plus assombrir les prévisions climatiques. Des chercheurs assurent que la fonte du permafrost pourrait bientôt franchir un point de non-retour, beaucoup plus tôt que ce que les scientifiques prédisaient jusqu’ici. Or le permafrost, en fondant, pourrait libérer des millions de tonnes de CO2, de méthane et même de mercure, réchauffant encore plus l’atmosphère.

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Le permafrost capture 39 milliards de tonnes de carbone. @Adrian Wojcik

C’est un écosystème particulièrement vulnérable et clé dans la lutte contre le changement climatique. Les tourbières de pergélisol d’Europe et de Sibérie occidentale sont de véritables puits de carbone. Elles permettent, grâce à un sol recouvert de glace tout au long de l’année, de séquestrer près de 40 milliards de tonnes de carbone, soit le double de la quantité stockée dans l’ensemble des forêts européennes. Or une nouvelle étude dirigée par l’Université de Leeds et publiée dans la revue Nature Climate Change, estime que le point de basculement climatique, le « tipping point », pourrait être atteint plus tôt que ce que les experts ne le pensaient.

« Les projections indiquent que, même en déployant les plus grands efforts pour réduire les émissions mondiales de carbone, et donc limiter le réchauffement de la planète, d’ici 2040, les climats de l’Europe du Nord ne seront plus suffisamment froids et secs pour entretenir le permafrost tourbeux », soulignent les chercheurs. Une conclusion particulièrement effrayante puisque la matière organique va commencer à se décompenser à mesure que le pergélisol fond et va ainsi libérer des gaz à effet de serre tels que le dioxyde de carbone et le méthane.

Méthane, CO2 et mercure

Moins connu que le CO2, le méthane est pourtant un des pires ennemis de la lutte contre le changement climatique. Ce gaz à effet de serre a un pouvoir de réchauffement 82 fois plus important que le CO2 sur vingt ans. Il est aujourd’hui responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre mondiale, même si sa durée de vie dans l’atmosphère est beaucoup moins importante que le CO2. Une autre étude publiée dans la revue National Snow and Ice Data Center avait par ailleurs révélé en 2018 que le permafrost cachait des stocks deux fois plus importants de mercure que sur le reste de la Terre. Or avec le dégel, ce métal pourrait finir en partie dans les océans et contaminer toute la chaîne alimentaire.

« Notre modélisation montre que ces écosystèmes fragiles sont au bord du précipice et que même une atténuation modérée conduit à la perte généralisée de climats adaptés au pergélisol tourbeux d’ici la fin du siècle », affirme Richard Fewster, auteur principal de l’étude et Docteur à l’école de géographie de Leeds. « Mais cela ne signifie pas que nous devons jeter l’éponge. Le rythme et l’ampleur de la perte de climats appropriés pourraient être limités, voire partiellement inversés, par des politiques d’atténuation du changement climatique rigoureuses ». Le dernier volet du sixième rapport d’évaluation du Giec, prévu le 4 avril prochain, portera justement sur l’atténuation, c’est-à-dire la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Un rapport très attendu. Car ces tourbières gelées ne sont pas le seul écosystème en danger. Une autre étude publiée là aussi dans la revue Nature Climate Change début mars a révélé que la forêt amazonienne, un des poumons de la Terre, pourrait elle aussi atteindre plus rapidement que prévu son point de non-retour. Avec le changement climatique, les épisodes de sécheresse, les incendies, la pression de l’agriculture intensive… elle pourrait ne plus être en capacité de se régénérer et ainsi se transformer en savane. « Nous constatons que plus des trois quarts de la forêt amazonienne perdent leur résilience depuis le début des années 2000, ce qui correspond à l’approche d’une transition critique. La perte de résilience est plus rapide dans les régions moins pluvieuses et dans les parties de la forêt tropicale qui sont plus proches de l’activité humaine », écrivent les chercheurs.

L’article de Novethic est ici.

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Transition énergétique : Avec la guerre en Ukraine, l’heure du choix pour les occidentaux

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 09/03/2022.

La crise énergétique, en cours depuis plusieurs mois et exacerbée par la guerre en Ukraine, peut-elle constituer le déclic pour enfin sortir des énergies fossiles ? C’est en tout cas la nouvelle stratégie défendue par le Président Emmanuel Macron, officiellement candidat à sa réélection. Si le gouvernement va déployer des mesures pour aider les ménages les plus pénalisés, il affirme surtout vouloir investir dans la transition énergétique dès aujourd’hui.

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Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, a annoncé que l’intégralité des recettes fiscales issues des énergies fossiles iraient au développement des énergies vertes. iStock

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’indépendance énergétique – en particulier à l’égard du belligérant russe – est devenue le nouveau mot d’ordre mondial. Les États-Unis ont officialisé mardi 8 mars l’embargo sur les importations américaines de pétrole et de gaz russes. De ce côté-ci de l’Atlantique, le Royaume-Uni a également annoncé qu’il allait cesser ses importations de pétrole russe d’ici la fin de l’année. Et la Commission européenne, qui écarte l’option d’un embargo, vient de présenter son plan pour réduire de deux tiers les importations de gaz russe de l’UE dès 2022, avant un Congrès qui réunira les États-membres jeudi 10 et vendredi 11 mars à Versailles.

La France justement, à travers la voix de son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a rappelé ce mercredi 9 mars que la seule réponse face à la crise énergétique était « l’indépendance énergétique totale dans les dix prochaines années ». Cette fois, il n’y aura pas de « quoi qu’il en coûte » a-t-il prévenu, alors que le gouvernement a déjà mis sur la table au moins 20 milliards d’euros depuis le début de la crise à travers les chèques énergie, l’indemnité inflation, le gel des prix du gaz ou le plafonnement des hausses du prix de l’électricité. « Soyons lucides, l’État seul ne pourra pas compenser tout le choc énergétique que nous subissons car il doit être le premier investisseur dans la transition énergétique et l’accompagnement des ménages » a expliqué Bruno Le Maire.

« L’intégralité des recettes fiscales issues des énergies fossiles iront au développement des énergies vertes »

Le ministre a joint la parole aux actes avec cette annonce majeure, rompant avec le principe de non-affectation des recettes fiscales érigé par Bercy (qui avait résisté aux Gilets Jaunes). « Je m’engage à ce que l’intégralité des recettes fiscales issues des énergies fossiles aillent au développement des énergies vertes. Chaque euro ira vers les énergies renouvelables et décarbonées, vers la transition énergétique et donc vers notre indépendance énergétique » a déclaré Bruno Le Maire en ouverture d’une réunion consacrée au sujet.

Ce changement de stratégie et de ton face à la crise énergétique avait déjà été amorcé en début de semaine par le Président lui-même, lors de son premier déplacement de campagne à Poissy, dans les Yvelines. « L’objectif qu’on doit se fixer c’est de ne plus dépendre de ces énergies fossiles que nous ne produisons pas pour nous déplacer, pour nous chauffer et autres, qui pèsent sur notre pouvoir d’achat quand il y a une crise ou de la spéculation et qui en plus polluent. Il y a une synchronisation des agendas sur le pouvoir d’achat et la réduction des émissions de CO2 » a affirmé Emmanuel Macron.

À court-terme, l’abandon des énergies fossiles semble compromis

L’Allemagne, qui a interrompu la certification du gazoduc Nord Stream 2, a elle aussi promis d’accélérer sur les énergies renouvelables. Elle se fixe l’objectif d’atteindre 100 % d’énergie propre d’ici 2035, en avance de quinze ans. Mais à court terme, le pays, opposé à un embargo, n’a d’autres choix que de continuer à acheter du gaz et du pétrole à la Russie. En outre, si le gouvernement allemand a renoncé à relancer le nucléaire, il renonce aussi à son objectif d’éliminer progressivement le charbon d’ici 2030.

« Au vu de la situation extraordinaire dans laquelle nous nous trouvons, il est possible de penser que les États membres ne voudront pas utiliser le gaz au même niveau pendant la transition. Nous resterons alors coincés un peu plus longtemps avec le charbon », a affirmé Frans Timmermans, le vice-président de la Commission européenne.

Pour diversifier leur approvisionnement, les Européens se tournent également vers le gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis ou du Qatar, malgré une empreinte carbone jusqu’à deux fois plus importante que le gaz livré par gazoduc, et donc sur la construction de nouvelles infrastructures gazières. Du côté des États-Unis, les experts s’attendent à une relance de la production de pétrole et de gaz. La ministre américaine de l’Énergie a en effet demandé aux compagnies pétrolières du pays de produire davantage de pétrole pour soulager le marché. Alors que les émissions de CO2 liées aux énergies fossiles ont encore battu un record en 2021, la tendance risque de se poursuivre encore un moment.

L’article de Novethic est ici.

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Arrêter la viande, une solution efficace pour sauver le climat

Un article de Reporterre, par Philippe Ciais et Élodie Vieille Blanchard, le 14/03/2022.

Philippe Ciais est directeur de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement ; Élodie Vieille Blanchard est docteure en sciences sociales et présidente de l’Association végétarienne de France.


Limiter fortement l’élevage, au profit d’une alimentation végétale, permettrait de stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre pendant trente ans. De quoi atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, expliquent les auteurs de cette tribune.

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Photo d’illustration @CC0

Pour éviter un dérèglement climatique catastrophique, les pays signataires de l’Accord de Paris se sont engagés à des réductions significatives de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. La Stratégie nationale bas carbone de la France s’inscrit dans ce fil, en promettant des progrès dans le secteur de l’industrie et de l’habitat résidentiel. Mais elle reste peu ambitieuse pour le secteur agricole, qui recèle pourtant lui aussi un potentiel considérable de réduction d’émissions.

S’il faut améliorer les rendements pour occuper moins de territoires, limiter la surconsommation et les gaspillages ou encore réduire les émanations issues des élevages, c’est en engageant une transition alimentaire mondiale vers le végétal que nous pourrions obtenir les résultats les plus conséquents, révélait le 1er février une étude parue dans la revue scientifique Plos Climate [1].

Un délai essentiel face à l’urgence climatique

L’élevage a des effets négatifs bien connus sur notre climat. La déforestation et, plus largement, la transformation d’écosystèmes destinés à la pâture du bétail et aux cultures approvisionnant les élevages seraient à l’origine de près d’un tiers des émissions mondiales humaines de gaz à effet de serre émises jusqu’à aujourd’hui. L’élevage et l’agriculture végétale qui nourrit les animaux contribuent aussi amplement aux émissions de méthane d’origine humaine (à hauteur de 34 %) et de protoxyde d’azote (66 %), deux gaz au très fort pouvoir de réchauffement global.

Il serait donc important d’évaluer précisément l’impact que pourrait avoir une transition vers des régimes alimentaires à dominante végétale dans les stratégies globales d’atténuation du changement climatique. Mais aujourd’hui, cette solution reste minorée, car la majorité des estimations ne tiennent pas compte des conséquences substantielles qu’aurait la libération des terres agricoles.

« Les émissions de gaz à effet de serre s’en trouveraient stabilisées pendant trente ans »

En 2013, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) chiffrait les émissions de l’agriculture animale à l’équivalent de 7,1 milliards de tonnes de CO2 par an. Mais des évaluations récentes suggèrent que l’équivalent de 800 milliards de tonnes de CO2 serait fixé par la photosynthèse si la biomasse naturelle pouvait se reconstituer sur les 30 % de la surface terrestre qui sont actuellement consacrés à l’élevage.

Au cours de ce siècle, en tenant compte des émissions évitées et du restockage du CO2 atmosphérique, on pourrait soustraire entre 330 et 550 milliards de tonnes de CO2 du remplacement des productions animales par de l’agriculture végétale.

Pour mettre ce chiffre en perspective, les émissions anthropiques totales de CO2 depuis le début de l’ère industrielle sont estimées à environ 1 650 milliards de tonnes. Les effets de la disparition partielle du méthane dans l’atmosphère et de la reconstitution de la biomasse entreraient rapidement en synergie, si bien que les émissions de gaz à effet de serre s’en trouveraient stabilisées pendant trente ans suite à l’arrêt de l’élevage.

En réalisant la moitié des réductions d’émissions nécessaires pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, la transition vers une alimentation végétale nous donnerait ainsi le temps de repenser notre système énergétique basé actuellement sur l’utilisation de combustibles fossiles.

Des contraintes préférables à celles de l’inaction climatique

Cette transition se heurtera nécessairement à des obstacles culturels et économiques : la viande, les produits laitiers et les œufs constituent encore une composante importante de l’alimentation humaine mondiale, et l’élevage fait partie intégrante des économies rurales du monde entier — plus d’un milliard de personnes tirant tout ou partie de leur subsistance de l’agriculture animale.

Bien que les produits animaux fournissent actuellement 18 % des calories et 40 % des protéines de l’alimentation humaine, la forte réduction de l’agriculture animale devrait entraîner une augmentation mondiale des denrées alimentaires disponibles. Celles-ci remplaceraient ainsi les nutriments d’origine animale, réduisant fortement l’impact sur les terres, l’eau, les gaz à effet de serre et la biodiversité, et ne nécessiteraient que des ajustements mineurs pour optimiser la nutrition.

Des investissements seront cependant requis pour prévenir, d’une part, l’insécurité alimentaire dans les régions où l’accès à grande échelle à un régime végétal sain fait défaut et, d’autre part, pour s’assurer que les personnes qui dépendent de la fertilisation animale pour leurs cultures ou qui vivent de l’élevage ne souffrent pas de son remplacement.

Soulignons aussi que l’impact majeur de la forte réduction de l’élevage sur le climat ne suffirait pas à lui seul à empêcher un réchauffement climatique catastrophique. De même, le remplacement complet des combustibles fossiles dans la production d’énergie et les transports ne suffirait plus à empêcher un réchauffement de 1,5 °C. Le défi auquel nous sommes confrontés n’est donc pas de choisir l’un de ces deux leviers, mais plutôt de déterminer la meilleure façon de surmonter les défis sociaux, économiques et politiques qu’implique leur mise en œuvre conjointe, même partielle.

L’article de Reporterre est ici.

[1]  Les chiffres et sources cités se trouvent dans l’article de la revue Plos Climate.

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La production de granulés de bois nuit à l’environnement, selon un rapport

Un article de Radio Canada, le 09 avril 2021.

Des groupes demandent à la Colombie-Britannique de suspendre l’approbation de nouvelles usines de granulés de bois.

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Des groupes environnementaux critiquent le fait que des entreprises utilisent des arbres entiers plutôt que des déchets de bois pour produire les granulés qui sont vendus comme biocarburant. Photo offerte par Stand.earth

En Colombie-Britannique, la transformation d’arbres en matière granuleuse, exportée pour produire du biocarburant, nuit à l’environnement et génère peu d’emplois, affirme un rapport du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA).« Je ne pense pas que ce soit quelque chose que nous souhaitons du point de vue du climat, du point de vue de l’emploi ou du point de vue écologique », indique l’auteur du rapport et analyste au CCPA, Ben Parfitt.

Ses recherches démontrent qu’environ 12 % de tout ce qui est coupé en Colombie-Britannique devient des granulés de bois, alors que les granulés sont normalement fabriqués à partir de déchets de bois produits par les usines de pâte à papier et de sciage. Dans un article publié en 2020 dans le magazine Canadian Biomass, l’Association des granulés de bois du Canada soutient que la Colombie-Britannique est le plus grand producteur de granulés de bois du monde et qu’elle a exporté 99 % de ses 2,5 millions de tonnes cette année-là.

Peu d’emplois générés

Le rapport note que l’industrie des granulés génère peu d’emplois, soit seulement un peu plus de 300, ce qui représente 0,5 % de la main-d’œuvre de l’industrie forestière de la Colombie-Britannique. C’est particulièrement préoccupant pour le syndicat des Travailleurs publics et privés du Canada, qui représente les travailleurs de l’industrie de la transformation du bois. « Nous avons désespérément besoin de générer beaucoup plus d’emplois », dit le président du syndicat, Gary Fiege. « Il y a une place pour les usines de granulés en Colombie-Britannique, mais au bout de la chaîne, pas au début » , ajoute-t-il.

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Pinnacle a été le principal transformateur de bois en granulés depuis 2010, indique le rapport. Photo offerte par Stand.earth

Le groupe environnemental Stand.earth se joint au syndicat pour demander à la province de suspendre l’approbation de nouvelles usines de granulés de bois et de mener un examen indépendant des activités de l’industrie. « Nous avons besoin d’un moratoire dès maintenant », soutient Tegan Hansen, un militant du groupe.

La Colombie-Britannique, chef de file

Selon les calculs de Ben Parfitt, les entreprises de granulés de bois ont retiré au moins 1,3 million de mètres cubes de billes de bois des forêts de la Colombie-Britannique depuis 2010. Les activités ont principalement été menées dans la région de Quesnel, notamment dans la forêt pluviale tempérée intérieure exploitée par Pinnacle Renewable Energy.

Le ministère des Forêts note dans un courriel qu’environ 1,2 % de la récolte de bois de la province est allée directement dans une usine de granulés en 2020 et affirme que la province surveille les installations de transformation du bois. « Nous tentons de nous assurer que les billes de bois se rendent à l’endroit approprié, et que les billes de qualité et de valeur inférieures, ainsi que les matières résiduelles, sont utilisées dans les usines de granulés », écrit le Ministère.

L’article de Radio Canada est ici.

Commentaire

Cet article interpelle à plusieurs titres. Tout d’abord, nous avons le même problème en France puisque des usines à pellets utilisent des arbres entiers comme matière première. Comme, par exemple, l’usine de Cosne-sur-Loire dont les arbres sont issu de forêts privées.

Ensuite, pour ce qui concerne Anor, le promoteur affirme qu’il n’utilisera que les branches laissées sur le terrain par ceux qui exploitent la forêt. Avec tout de même un besoin annoncé de 128 500 tonnes par an, soit environ 5 000 hectares de forêt ! Il affirme par ailleurs qu’un calibreur détectera en début de chaine  tout bois vert d’un diamètre inférieur à 14 centimètres pour le diriger vers la chaudière et que seul les bois d’un diamètre supérieur seront transformés en granulé de bois. Qui peut croire que du bois vert de plus de 14 cm de diamètre se ramasse en forêt ?

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Mise à jour de la liste des incendies et explosions dans l’industrie Européenne du granulé de bois

Un article d’Anor Environnement, par JazzMan, le 21/03/2018.

Mise à jour du 28/03/2022.

Réalisé par notre association, voici un inventaire chronologique des incendies et des explosions dans les usines de pellets et les centrales biomasse Européennes, en France, au Royaume-Uni, en Belgique, Irlande, Espagne, Danemark et Pays-Bas, de 2011 à aujourd’hui. Il peut évidemment y avoir des oublis, alors n’hésitez pas à nous contacter afin de compléter cette liste. Il manque aussi des données sur l’Allemagne, l’Italie, le Portugal, l’Europe du nord et l’Europe centrale.

Cette mise à jour porte à 50, dont 28 en France, le nombre d’explosions et d’incendies dans les usines de pellets en Europe de l’ouest depuis 2011.

  • Le 20 janvier 2022, incendie dans l’unité de production de pellets de la scierie industrielle SIAT, à Urmatt en Alsace (France). Le feu a pris sur un filtre avec un fort dégagement de fumée.

A Levier, dans le Haut-Doubs, l’intervention sur le silo s’est faite au moyen de la grande échelle. Photo ER /Bertrand JOLIOT

  • Le 25 août 2021, nouvel incendie après celui du 22 octobre 2011, dans l’enceinte de l’usine Haut-Doubs Pellets à Levier dans le Haut-Doubs (France). Un départ de feu dans un silo contenant 70 tonnes de pellets s’est déclaré en début de soirée.
  • Le 16 mars 2021, explosion suivie d’un incendie dans une scierie à la Roche-des-Arnauds, dans les Hautes-Alpes (France). « C’est la sciure qui sert à faire les granulés, elle a dû chauffer et d’un seul coup il y a eu une explosion », explique le maire de la ville.
  • Le 17 février 2021, après celui du 12 mai 2017, un violent incendie a éclaté dans l’entreprise Europellets à Arc-sous-Cicon, dans le Doubs (France). Les flammes ont dévoré l’un des silos contenant de la sciure de bois. Un important dispositif de pompiers a été engagé sur les lieux pour contenir le sinistre.

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Les pompiers sont intervenus à Arc-sous-Cicon, aux alentours de 19 h. Photo ER /Capucine CARDOT

  • Le 07 décembre 2020, après ceux du 18 janvier 2014 et du 23 mars 2020, c’est un troisième incendie qui s’est déclaré dans l’usine IBV (Industrie Bois Vielsalm) sur le zoning de Burtonville (Belgique), spécialisée dans la fabrication de pellets. Les moyens déployés ont été nombreux et les pompiers sont restés plus de deux heures sur place.
  • Le 06 décembre 2020, un incendie a éclaté dans l’usine à pellets de Montévraz, canton de Fribourg (Suisse). Un pompier a été légèrement blessé pendant l’intervention. Les éléments recueillis sur place ont permis d’établir que suite à un défaut technique du tamis de la presse à pellet, cette dernière avait surchauffé.
  • Le 24 avril 2020, après celle du 26 février 2018, une nouvelle explosion suivie d’un incendie a éclaté dans l’usine Bretagne Pellets de Mauron en Bretagne (France). C’est encore une fois un filtre d’aspiration qui a explosé, nécessitant l’intervention de nombreux moyens de secours.
  • Le 23 mars 2020, après celui du 18 janvier 2014, un  nouvel incendie s’est déclaré dans l’usine IBV (Industrie Bois Vielsalm) sur le zoning de Burtonville (Belgique), au sein du département pellets. Le feu s’est déclaré dans un silo de stockage.
  • Le 23 novembre 2019, un incendie s’est déclaré dans un silo de l’entreprise de fabrication de pellets Biosylva à Cosne-sur-Loire (France). Aux alentours de 23h30, les employés de nuit de l’entreprise ont aperçu de la fumée sortant de l’un des silos de stockage contenant soixante mètres cubes de sciure et de copeaux de bois.
  • Le 22 novembre 2018, un incendie s’est déclaré sur  le site de l’usine Valpellets à Uvrier (Suisse). Le feu a pris dans un silo vers 11 heures et l’intervention a mobilisé pompiers, policiers et une ambulance en raison d’un risque d’explosion due à la présence de gaz s’accumulant au sommet du silo.

Usine à pellets en Valais : incendie maîtrisé.
Source: Police cantonale valaisanne

  • Le 26 février 2018, explosion de trois filtres d’aspiration, suivie d’un incendie à l’usine Bretagne Pellets, de Mauron en Bretagne (France). « L’opération est délicate car l’accumulation de poussière de bois peut constituer un nuage qui peut s’embraser à tout moment et provoquer une énorme déflagration », explique le capitaine des pompiers.
  • Le 04 février 2018, un incendie éclate dans l’enceinte de l’entreprise MG Granulés, à Argenteuil-sur-Armançon, dans l’Yonne (France). C’est un séchoir à granule de bois qui a pris feu. Les sapeurs-pompiers parviennent à circonscrire l’incendie et à protéger le stock.
  • Le 18 janvier 2018, un incendie se déclare sur le site de la centrale co-génération biomasse, située dans la zone industrielle des communes de Nesle et de Mesnil-Saint-Nicaise, dans la Somme (France). Plus de 60 pompiers sont sur place pour circonscrire l’incendie.
  • Le 10 octobre 2017, une explosion suivie d’un incendie se produit dans un séchoir à sciure de l’usine de pellets Piveteau bois à Sainte-Florence, en Vendée (France).
  • Le 07 aout 2017, un incendie éclate dans une usine de pellets à Liouc, dans le Gard (France). Deux stocks de déchets entreposés à l’extérieur de l’entreprise brulent. Une cinquantaine de pompiers se rendent sur place. La fumée est visible à des kilomètres à la ronde.

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Liouc (Gard) – 7 août 2017 © SDIS 30

  • Le 12 mai 2017, incendie vers 16 heures dans la salle des machines de l’usine Europellets à Arc-sous-Cicon, dans le Haut-Doubs (France). Les sapeurs-pompiers agissent très rapidement, aidés par leurs homologues de Gilley.
  • Le 12 janvier 2017, incendie de huit chaudières à biomasse et un hangar contenant des copeaux de bois dans l’usine de pellets Corby Biomass Systems Limited, à Fermanagh  (Irlande).
  • Le 29 août 2016, incendie sur le site de l’usine à pellets de la société Bioval, à Lapte en Haute-Loire (France). Le feu a été pris à temps, avant qu’il ne gagne totalement les vastes locaux de 5.000 m2 de cette entreprise spécialisée dans la production de granulés de bois.
  • Le 27 août 2016, incendie dans une installation commerciale de stockage de copeaux de bois, à Ballachulish Bridge (Royaume-Uni).
  • Le 04 août 2016, un important incendie de machine éclate dans une usine de bois à Goncelin, en Isère (France).
  • Le 17 mai 2016, incendie sur la commune du Cheylas, en Isère (France), dans un silo de sciure de la société de pellets Alpes Énergie Bois. Une cinquantaine de sapeurs-pompiers sont mobilisés et utilisent une lance à eau pour éviter la propagation du feu aux silos voisins.

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  • Le 16 mai 2016, incendie d’un stock de bois « souillés de classe B » à recycler en combustible biomasse à la ferme de l’arbre de Noël près de Totnes, Devon (Royaume-Uni).
  • Le 22 mars 2016, un incendie se déclare vers 19h50 dans un pré-sécheur horizontal de sciure d’une unité de production de granulés de bois de l’usine BC48, sur le causse d’Auge de Mende, en Lozère (France). L’intervention des pompiers se termine vers 23h30. Six employés, incommodés par les fumées, sont transportés à l’hôpital.
  • Le 05 décembre 2015, un incendie de 20 000 tonnes de copeaux de bois  à Alexandra Docks (Royaume-Uni), un chantier naval  au sud du Pays de Galles. D’après les pompiers, le feu a éclaté dans une scierie et 30 pompiers étaient sur les lieux. Il a été conseillé aux habitants de rester à l’intérieur et de garder les fenêtres et les portes fermées.
  • Le 16 novembre 2015, les pompiers s’attaquent à un incendie de 40 000 tonnes de copeaux de bois à Newport Docks au Pays de Galle (Royaume-Uni).
  • Le 05 novembre 2015, 100 tonnes de granulés de bois brûlés ont été déchargés d’un navire cargo dans le Port de Tyne (Royaume Uni).
  • Le 30 octobre 2015, un incendie détruit les locaux de l’entreprise Franche-Comté Pellets à Fuans (France). Alors que la chaîne de fabrication est encore en réglage, le feu part dans le séchoir à proximité de la génératrice.

Avant l'arrivee des pompiers

A Fuans, avant l’arrivée des pompiers.

  • Le 23 septembre 2015, deux explosions blessent quatre personnes dont deux gravement, dans une centrale électrique à biomasse à Borselle (Pays-Bas).
  • Le 07 juillet 2015, un incendie se déclare au sein de l’usine de déshydratation de la Haute Seine, situé à Baigneux-les-Juifs, en Côte d’Or (France). Cette coopérative produit des aliments pour bétail et des granulés de bois pour le chauffage.
  • Le 13 mai 2015, incendie dans l’usine «déchets recyclés» de Lancaster Fuels 4U, une entreprise de biomasse dans le nord du Pays de Galles (Royaume-Uni).
  • Le 15 avril 2015, incendie dans l’usine de granulés de bois de la société Vert Deshy, à Meximieux, dans l’Ain (France). Le bâtiment est entièrement détruit.

Usine de Meximieux en feu

Usine de la société Vert Deshy à Meximieux.

  • Le 30 janvier 2015, un «incendie majeur» éclate dans un silo de stockage de biomasse à Motril (Espagne).
  • Le 04 juin 2014, une explosion suivie d’un incendie éclate dans un silo de 50 m³ de sciure dans une usine de pellets à Ivry-en-Montagne, en Côte-d’Or (France).
  • Le 02 juin 2014, un incendie se déclare dans un stockage de copeaux de bois pour les centrales électriques à biomasse à Crow Edge dans le sud du Yorkshire (Royaume-Uni), six semaines après avoir subi un premier incendie dans les installations de R Plevin and Sons.
  • Le 10 mars 2014, suite à une explosion, un incendie est détecté vers 19 h dans un refroidisseur de l’usine de pellets d’Egletons, en Corrèze (France). Les flammes se propagent au circuit d’aspiration et au filtre cyclonique. Le personnel puis les pompiers interviennent. C’est le deuxième incendie dans cette usine après celui du 15 juillet 2012.
  • Le 04 février 2014, un incendie éclate dans l’une des principales turbines de l’usine de production de pellets d’E.On à Ironbridge, au Shropshire (Royaume-Uni). L’installation a déjà subi un incendie dans sa zone de stockage de pellets le 03 octobre 2013.
  • Le 18 janvier 2014, un incendie se déclare à l’usine IBV (Industrie Bois Vielsalm) sur le zoning de Burtonville, dans la commune de Vielsalm (Belgique). Le feu a pris dans une cuve de pellets.

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Incendie chez IBV à Vielsalm

  • Le 07 décembre 2013, Un incendie s’est déclaré vers 15h30 dans l’usine de pellets GBR Energie à Oradour-sur-Vayres., en Haute-Vienne (France). Le feu s’est déclenché dans les combles et a ravagé la toiture qui s’est en partie effondrée.
  • Le 13 octobre 2013, un incendie se déclare dans l’entreprise Les granulés de Provence située au bord de la RN7 à Flassans dans le Var (France). Cette usine de pellets devait être officiellement inaugurée ce 24 octobre. Les stocks ont été détruits, tout comme les machines (séchoir, broyeur, presse…) et la structure même du bâtiment dont la toiture a ployé.
  • Le 12 octobre 2013, un incendie «difficile et dangereux» éclate dans la tour de transfert d’un convoyeur d’une installation de stockage de pellets dans le port de Tyne à South Shields, (Royaume-Uni). Environ 50 pompiers sont impliqués dans la lutte contre l’incendie.
  • Le 03 octobre 2013, un incendie éclate à Ironbridge, au Shropshire (Royaume-Uni), dans l’usine de production de pellets d’E.On.
  • Le 10 septembre 2013, gros incendie chez Valorbois, qui produit des pellets, au zoning des Plenesses (Belgique). Les flammes proviennent d’une cheminée d’évacuation de la vapeur connectée à un séchoir à pellets.

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Incendie chez Valorbois, en Belgique.

  • Le 02 juin 2013, une installation de biomasse de bois appartenant à Hexham’s Egger UK a subit un incendie à Hexham (Royaume-Uni).
  • Le 21 décembre 2012, un incendie se déclare à Vattenfall, près de Copenhague (Danemark), dans une centrale électrique fournissant chaleur et électricité. Les pompiers restent sur place pour travailler sur l’élimination des pellets.
  • Le 09 août 2012, une explosion suivie d’un incendie a éclaté dans une centrale électrique charbon-biomasse de 600 MW aux dans la ville de Nimègue (Pays-Bas). La centrale est évacué et la zone sécurisée.
  • Le 15 juillet 2012, un incendie éclate dans l’usine de pellets Piveteau-Farges à Egletons, en Corrèze (France). Une quarantaine de pompiers interviennent pour venir à bout du sinistre.
  • Le 03 juillet 2012, un incendie se déclare sur le site de l’entreprise Piveteau Bois à Sainte-Florence, en Vendée, (France). Les sapeurs-pompiers font face à un bâtiment de stockage de matériels et de produits finis (pellets), d’une superficie de 1900 m², totalement embrasé et dont la structure métallique s’est effondrée.

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  • Le 22 octobre 2011, un incendie éclate dans l’usine de pellets Haut-Doubs Pellet de Levier (France). Les flammes ont pris dans une chaudière à granulés bois. Deux salariés sont transportés à l’hôpital de Pontarlier après avoir été intoxiqués par des fumées.
  • Le 16 mars 2011, nouvel incendie dans l’usine de pellets Valboval, à Artres près de Valenciennes (France). Le foyer est localisé dans un silo de 150 m³ contenant de la sciure de bois.

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Explosion d’un broyeur, puis incendie à l’usine Valboval de Artres, près de Valenciennes.

  • Le 11 mars 2011, peu après midi, l’explosion d’un broyeur suivie d’un incendie se produit dans l’usine de pellets de 5000 m² Valboval, à Artres près de Valenciennes (France). Le sinistre se propage au reste du bâtiment, par les tapis roulants en caoutchouc, ainsi qu’à la charpente. Les pompiers créent des exutoires en toiture, démontent les compacteurs et bouchent les canalisations de poussières avec de la mousse. Ils utilisent 6 lances à eau et 1 à mousse et rencontrent des difficultés d’alimentation en eau. L’intervention dure 8 h. Les machines de l’entreprise sont hors d’usage.
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Départ de feu dans l’usine à pellets de la scierie industrielle Siat, à Urmatt en Alsace

Un article des DNA (Dernières Nouvelles d’Alsace), par JSA, le 20/01/2022.

Un départ de feu, très rapidement maîtrisé sur place, a eu lieu ce jeudi soir, peu après 19 h, sur le site de la scierie industrielle Siat, à Urmatt, dans la vallée de la Bruche.

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L’unité de production de pellets, lors de sa construction, en 2012. C’est dans cet ensemble que le feu a démarré. Archives – DR

L’entreprise étant classée comme sensible, de nombreux moyens de sapeurs-pompiers ont été déclenchés. En tout, 17 véhicules provenant notamment d’Urmatt, Schirmeck, Molsheim, Mutzig, Obernai, Sélestat ont été dépêchés sur les lieux, avec 39 sapeurs-pompiers à leur bord.

Le feu a pris sur un filtre de l’unité de production de pellets, avec un fort dégagement de fumée. Deux personnes ont été incommodées par celle-ci et ont été transportées au centre hospitalier de Hautepierre, à Strasbourg, par les pompiers.

Le début d’incendie a été contenu dans le bâtiment concerné et n’a pas donné lieu à propagation dans l’usine.

L’article des DNA est ici.

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Pourquoi le changement climatique et la guerre en Ukraine sont liés

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 05/03/2022.

« Le changement climatique et les conflits ont les mêmes racines : les combustibles fossiles ». C’est ce qu’a déclaré la météorologue et membre du GIEC ukrainienne Svitlana Romanko en pleine invasion russe. Plusieurs ONG dénoncent en effet une « machine de guerre » alimentée par les industries fossiles alors que 36 % des recettes de l’État russe proviennent des exportations de gaz et de pétrole.

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L’Union européenne dépend à 40 % de Moscou pour son approvisionnement en gaz. Viktor Antonyuk / Sputnik via AFP

C’est un rapport majeur pour la compréhension des impacts du changement climatique et l’urgence de l’adaptation. Et pourtant, malgré la vague de réactions qu’elles ont suscitées dans le monde entier, les conclusions du nouveau rapport du Giec, ce groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique, n’ont pas fait la Une des journaux télévisés. Le compte Twitter Climat Medias a comptabilisé le temps dédié à la sortie du rapport dans les principaux JT. Depuis le lundi 28 février, seulement trois minutes de temps d’antenne ont été consacrés au rapport dans les JT de TF1, France 2, France 3 et M6 cumulé.

En pleine guerre en Ukraine, il semble difficile pour les médias de faire de la place à l’actualité climatique. Elles sont pourtant liées. C’est en tout cas ce que soutient Svitlana Krakoska, météorologue ukrainienne et membre du Giec. Dans une réunion vidéo du groupe d’experts internationaux, la spécialiste a déclaré : « L’argent qui finance cette agression (russe en Ukraine, NDR) est directement lié au changement climatique puisque cet argent vient des énergies fossiles, pétrole et gaz. Si nous ne dépendions pas de ces énergies, la Russie n’aurait pas les moyens d’entreprendre cette guerre« , a-t-elle ajouté.

Construire un « avenir résilient »

Et la chercheuse n’est pas la seule à dénoncer ces liens entre énergies fossiles et guerre. Dans une lettre publiée le 3 mars, plusieurs ONG dont 350.org pointent le rôle central que jouent les combustibles fossiles dans les conflits. La militante et stratège climatique basée en Ukraine Svitlana Romanko écrit d’ailleurs : « Le changement climatique et les conflits ont les mêmes racines -les combustibles fossiles- et notre dépendance à leur égard. Nous ne capitulerons pas en Ukraine, et nous espérons que le monde ne capitulera pas dans la construction d’un avenir résilient au changement climatique ».

Aujourd’hui, la Russie est le deuxième exportateur de gaz au monde et le troisième exportateur de pétrole. Ce commerce représente 36 % des recettes de l’État russe et contribue à la richesse personnelle de Vladimir Poutine. Or, aujourd’hui, l’Union européenne dépend à 40 % de Moscou pour son approvisionnement en gaz. « La machine de guerre a été financée, nourrie et alimentée par les industries du charbon, du pétrole et du gaz qui encouragent à la fois l’invasion qui menace l’Ukraine et la crise climatique qui menace l’avenir de l’humanité », écrivent les ONG.

Baisser le thermostat 

D’où la demande de l’ONG Reclaim Finance, adressée à plusieurs banques, de ne plus financer les entreprises qui exploitent les énergies fossiles en Russie. « Le fonds souverain norvégien a déjà fait savoir qu’il désinvestira des entreprises russes présentes dans son portefeuille, nous vous appelons à en faire de même, en commençant par vous retirer des entreprises du secteur des énergies fossiles », écrit l’ONG dans une lettre ouverte adressée à Philippe Brassac, PDG du groupe Crédit Agricole.

Un tel désinvestissement implique également un sevrage des sociétés occidentales aux énergies fossiles. En attendant, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, recommande très sérieusement de baisser notre thermostat pour consommer moins d’énergie et par conséquent moins de gaz. « La Russie utilise ses ressources en gaz naturel comme une arme économique et politique. C’est clair pour tout le monde dans le monde », a-t-il souligné.

L’article de Novethic est ici.

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Levier : un feu de silo contenant 70 tonnes de pellets circonscrit chez Haut-Doubs Pellets

Un article de L’Est Républicain, par B.J, le 25/08/2021.

Plus de peur que de mal, mardi soir (le 24 août 2021), à Levier, dans l’enceinte de l’usine Haut-Doubs Pellets , où un départ de feu de silo contenant 70 tonnes de pellets de bois s’était déclaré en début de soirée. Le feu avait démarré entre le bardage et le silo de l’entrée du site, dû à la poussière de bois s’agglomérant sur le silo.

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L’intervention sur le silo s’est faite au moyen de la grande échelle. Photo ER /Bertrand JOLIOT

Les pompiers de Levier et de Pontarlier (21 en tout) se sont attachés à gratter et faire tomber cette poussière de bois afin qu’il n’y ait pas de source de chaleur supplémentaire sur l’enveloppe métallique de celui-ci. Les fluides, moyens d’aération et d’extraction avaient été coupés dans l’usine afin que le feu soit cantonné au silo. Il a fallu ensuite empêcher le feu de se propager à l’intérieur du silo, où le risque d’explosion aurait été plus important. Par principe de sécurité, 40 des 70 tonnes de produit fini ont été évacuées par des camions de la société.

L’article et la vidéo de L’Est Républicain sont ici.

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L’usine de granulés de bois Biosylva à Cosne-sur-Loire touchée par un incendie

Un article du Journal du Centre, par Marlène Martin, le 24/11/2019.

Un incendie s’est déclaré samedi 23 novembre, aux alentours de 23 h 30, dans un silo de l’entreprise Biosylva contenant soixante mètres cubes de sciure et de copeaux de bois.

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L’incendie a pris dans un silo de stockage.

L’usine Biosylva, à Cosne-sur-Loire, spécialisée dans la fabrication de granulés de bois, a été touchée par un incendie, samedi 23 novembre. Aux alentours de 23 h 30, les employés de nuit de l’entreprise ont aperçu de la fumée sortant de l’un des silos de stockage contenant soixante mètres cubes de sciure et de copeaux de bois.

Vingt pompiers de Cosne, Pouilly et Nevers ont été mobilisés, ainsi que sept engins, dont une grande échelle de Cosne et un gros porteur d’eau de La Charité, et deux lances en manœuvre sous la direction du chef de colonne Christophe Loyau.

En milieu de matinée, dimanche 24 novembre, les pompiers étaient toujours sur place. L’activité de l’entreprise a été stoppée. Le responsable du site attribue l’incendie a une défaillance technique.

L’article du Journal du Centre est ici.

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Un collectif veut stopper les nuisances sonores de l’usine de pellets JRS, en Côte d’Or

Un article du journal Le Bien Public, par Étienne Tauveron, le 01/03/2022.

Depuis janvier, une vingtaine d’habitants de Saint-Germain-de-Modéon et des alentours se sont réunis en collectif afin de faire cesser les nuisances sonores provenant de l’usine JRS Fiber Brenil, située à La Roche-en-Brenil. Ils veulent que des mesures soient prises rapidement. Du côté de l’usine, consciente du problème, un plan d’action est prévu pour cette année.

Baudouin Jouffroy, Emmanuel Mignot et Jean-Pierre Borruel, membres du collectif, devant l’usine JRS Fiber Brenil, située à La Roche-en-Brenil. Photo LBP /É. T.

Ils ont décidé de se regrouper pour mieux peser. Une vingtaine d’habitants de Saint-Germain-de-Modéon et des alentours ont créé un collectif en janvier, Action Morvan Écologie, et souhaitent que les nuisances sonores qui proviennent de l’usine JRS Fiber Brenil, installée à La Roche-en-Brenil, cessent.

« À ce stade, c’est une démarche amiable »

Pour eux, c’est déjà la situation du site qui pose problème, alors qu’il se trouve à 5 km : « L’usine est en hauteur sur son promontoire. À La Roche-en-Brenil, on n’entend pas, car on est dans le creux, les bruits passent au-dessus. Mais quand on est dans ces différents endroits autour de chez nous, là on récupère de plein fouet, jusqu’à 60 dB. Ça peut varier selon le sens du vent. Des fois, on a quelques jours de répit », explique Emmanuel Mignot, membre du collectif. Selon lui, il y aurait un non-respect de l’arrêté préfectoral. « Il est écrit que l’usine ne devait produire ni nuisance sonore ni vibration. C’est raté », lance-t-il.

Le collectif regrette aussi la façon dont sont faites les mesures de « bruit ambiant » autour de l’usine JRS Fiber Brenil qui prennent en compte les bruit de l’usine Fruytier qui se trouve dans la zone. « C’est ce que je veux contester en faisant un recours. Pour dire qu’il n’y a aucune raison d’intégrer dans un bruit ambiant l’usine qui se trouve à coté », annonce Emmanuel Mignot. Les membres d’Action Morvan Ecologie estiment comprendre « qu’il y a une pression économique », mais ne trouvent pas normal de « laisser un blanc-seing à l’entreprise ».

Ils reconnaissent que « les choses se sont accélérées (pour améliorer la situation, ndlr) depuis la fin d’année, mais il a fallu mettre un peu de pression ». « A ce stade, c’est une démarche purement amiable. On veut juste que l’on nous dise comment ils comptent corriger le tir. Mais on ne restera pas éternellement dans une démarche amiable », préviennent-ils.

« On est conscients des nuisances »

Du coté de JRS Fiber Brenil, on est « conscients des nuisances ». « On a une véritable volonté de les réduire », assure Sylvain Gully, directeur de l’usine. Il reconnait être « parti un peu à l’aveugle » dans les premiers investissements réalisés, aux alentours de 30 000 €, pour réduire le bruit. « Ça n’a pas été à la hauteur de ce que l’on attendait. » Afin de partir dans la bonne direction, un plan d’action est mis en place. « On a mandaté une société qui va faire une modélisation acoustique en 3D de notre site. Elle va aussi regarder sur différents points de Saint-Germain-de-Modéon afin de recaler le modèle et bien comprendre quelles sont les sources du bruit que l’on retrouve à l’extérieur de notre site », explique-t-il.

Pour ce qui est de la question du bruit ambiant, contesté par le collectif, Sylvain Gully donne plus de détails : « La DREAL (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, ndlr) nous impose des niveaux de bruit. C’est par rapport à l’existant. Donc Fruytier en fait partie. {…} Le bruit de la route est intégré dans le résiduel, comme Fruytier. C’est le seul moyen de savoir d’où viennent les sources de bruit. Pour nous aussi, ça permet de nous protéger pour savoir si les bruits que l’on retrouve à Saint-Germain sont bien les nôtres ».

Les mesures seront réalisées les 8,9 et 10 mars. « On présentera les résultats de la modélisation et les recommandations de la société pour mi-avril à la Dreal. L’objectif est d’avoir identifié et traité les sources qui posent problème pour 2022« , précise Sylvain Gully.


La préfecture a « connaissance d’émergences supérieures à la limite réglementaire »

Contactée, la préfecture souligne qu’elle « a connaissance d’émergences supérieures à la limite réglementaire ». Elle explique que les « dispositions applicables en limite de site ont été modifiées, mais {qu’} elles ne l’ont pas été au niveau des habitations, pour lesquelles des points de mesures complémentaires ont été ajoutés ».

Les nuisances sonores sont bien prises en compte, avec des échanges qui « ont lieu sous la présidence de la sous-préfète de Montbard (Isabelle Bourion, ndlr) entre l’exploitant et la Dreal pour que l’exploitant définisse un plan d’action pour réduire les émergences en dessous du seuil réglementaire ». « La réalisation de nouvelles mesures sera nécessaire pour en vérifier l’efficacité. »

La préfecture rappelle que « ces actions correctives ont pour but de diminuer progressivement les émergences au niveau des habitations » et que « le rendu du plan d’action est prévu pour courant avril ». « Le préfet fixera ensuite, sur cette base,l’échéancier de mise en œuvre en vue de revenir à la conformité des installations en matière de bruit », conclut-elle.

L’article du Bien Public est ici (réservé aux abonnés).

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« Terreur nucléaire » en Ukraine après le contrôle par l’armée russe de la plus puissante centrale Européenne

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 04/03/2022.

C’est inédit. Jamais un pays aussi nucléarisé que l’Ukraine n’avait été au cœur d’un conflit aussi important. Après avoir bombardé la plus grande centrale nucléaire d’Europe, à l’origine d’un incendie sur un bâtiment mais sans fuite radioactive, l’armée russe a pris le contrôle du site. Après cette attaque, le président français se dit « extrêmement préoccupé » par la sécurité nucléaire. L’Élysée va faire des propositions pour assurer la sécurité des cinq sites nucléaires ukrainiens.

La centrale nucléaire de Zaporijia – Ralf1969, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Emmanuel Macron s’est dit « extrêmement préoccupé des risques pour la sûreté, la sécurité nucléaires », après l’attaque de la centrale nucléaire de Zaporijia, à Enerhodar, dans le sud-est de l’Ukraine. Cette centrale, la plus grande d’Europe, est désormais occupée par l’armée russe. Le président français « condamne fermement toute atteinte à l’intégrité des installations nucléaires civiles ukrainiennes », indique l’Elysée. La France proposera des « mesures concrètes » pour garantir la sécurité des 5 sites nucléaires ukrainiens.

En effet cette nuit, « à la suite d’un bombardement des forces russes sur la centrale nucléaire de Zaporijia, un incendie s’est déclaré », a fait savoir le porte-parole de la centrale, Andreï Touz, dans une vidéo publiée sur Telegram. « La sécurité nucléaire est maintenant garantie. Selon les responsables de la centrale, un bâtiment pour les formations et un laboratoire ont été touchés par un incendie », a déclaré sur Facebook, Oleksandre Staroukh, chef de l’administration militaire de la région de Zaporijia.

L’Agence internationale de l’énergie atomique, dont le directeur général, Rafael Mariano Grossi, se dit prêt à se rendre sur place, affirme qu’aucune fuite radioactive n’a été constatée et qu’aucune installation « essentielle » de la centrale n’a été touchée. Des informations confirmées sur France Info par Barbara Pompili, ministre française de la Transition écologique : « Nous disposons dans tout le territoire européen de balises qui permettent de repérer la radioactivité. Les balises nous disent qu’il n’y a pas d’augmentation de la radioactivité autour, ce qui est rassurant, a priori rien n’a été touché dans la centrale qui pourrait être problématique ».

Un site stratégique

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé Moscou d’avoir recours à la « terreur nucléaire » et de vouloir « répéter » la catastrophe de Tchernobyl, la plus grave de l’Histoire en 1986. « Nous alertons tout le monde sur le fait qu’aucun autre pays hormis la Russie n’a jamais tiré sur des centrales nucléaires. C’est la première fois dans notre histoire, la première fois dans l’histoire de l’humanité. Cet État terroriste a maintenant recours à la terreur nucléaire », a-t-il affirmé. Si pour l’instant, la sécurité nucléaire ne semble pas avoir été affectée, le contrôle de cette centrale d’ampleur par l’armée russe marque un tournant.

« Stratégiquement, contrôler cette centrale, c’est exercer un moyen de pression supplémentaire. Les 6 réacteurs de Zaporizhzhia fournissent un cinquième de l’électricité produite en Ukraine. C’est la centrale nucléaire la plus puissante du continent européen. C’est donc un site stratégique de première importance et une infrastructure essentielle pour l’Ukraine et son approvisionnement en électricité », explique Michaël Mangeon, spécialiste de l’histoire du nucléaire et chercheur associé au laboratoire Environnement, ville et société (EVS) de l’Université de Lyon.

« Réflexion profonde sur les dangers de l’atome »

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU « dans les prochaines heures ». « Les actions irresponsables du président Poutine peuvent maintenant menacer directement la sécurité de toute l’Europe », a-t-il déploré dans un communiqué. « Il y a déjà eu des conflits dans des pays possédants des réacteurs nucléaires mais jamais de cette ampleur et ayant autant de réacteurs en fonctionnement », avance Michaël Mangeon. À court terme, les experts affirment que pour assurer la maintenance des équipements, la Russie va devoir se reposer sur le personnel ukrainien qualifié. En attendant, alors que le Président Emmanuel Macron a annoncé une « renaissance du nucléaire français » dans sa stratégie énergétique, la question des dangers liés à l’atome ressurgit.

« Les risques nucléaires très sérieux que fait peser sur l’Europe l’invasion de l’Ukraine par les troupes de Vladimir Poutine devraient susciter une réflexion profonde sur les dangers de l’atome dans un contexte géopolitique instable », indique Pauline Boyer, chargée de campagne Transition énergétique à Greenpeace France. « Cette guerre démontre la dangerosité du nucléaire et de notre dépendance au pétrole et au gaz fossiles dont nous devons sortir de toute urgence en accélérant le développement des économies d’énergie et des énergies renouvelables ».

L’article de Novethic est ici.

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Changement climatique : découvrez les villes et biens immobiliers les plus menacés par la montée des eaux

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 04/03/2022.

C’est un risque qui est actuellement sous-évalué. La montée du niveau de la mer à cause du changement climatique menace l’immobilier en France. Le cabinet Callendar estime que 15 000 biens récemment vendus seront inondés d’ici 2050. Le spécialiste a mis en place une application qui permet aux particuliers d’évaluer les propriétés les plus menacées, la zone du Havre apparaît particulièrement à risque.

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Le Havre. Pixabay

Dans quelle mesure les Français achètent-ils des biens immobiliers qui deviendront submersibles au cours des prochaines décennies ? C’est la question que s’est posée le cabinet Callendar. Il a passé au crible plus de 16 millions de transactions immobilières conclues entre mi-2016 et mi 2021. Et les conclusions sont pour le moins édifiantes : environ 15 000 transactions conclues au cours de cette période seront inondables avant 2050. « La valeur de ces propriétés au moment de l’achat était de près de 5 milliards d’euros », précise le spécialiste de l’analyse des conséquences du changement climatique.

D’ici 2100, les prévisions sont bien plus pessimistes. Près d’une propriété côtière sur 10 pourrait devenir inondable. Par conséquent, « les propriétaires actuels surévaluent probablement la valeur qu’ils pourront tirer de leur bien en milieu de siècle quand les risques seront mieux connus et les acheteurs mieux informés », notent les experts. Pour évaluer ces risques, Callendar s’est appuyé sur le cinquième rapport du GIEC, le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat qui estime que le niveau moyen de la mer pourrait atteindre un mètre dans la cadre du pire scénario. De 1901 à 2018, la hausse du niveau global s’est élevée à 20 centimètres. Une élévation plus rapide que tout ce qui a été déjà observé depuis au moins 3 000 ans.

Des risques pas encore matérialisés

« Les zones les plus touchées par ce phénomène sont l’embouchure de la Seine, la côte Atlantique et, dans une moins mesure, la côte méditerranéenne », indique le rapport. C’est au Havre que la valeur des futurs biens inondables impactés est la plus lourde avec plus d’un milliard d’euros. Suivi de près par Caen, Bordeaux ou Deauville« L’élévation du niveau de la mer va progressivement rendre submersibles ou inondables des zones qui ne l’étaient pas. Comme ils ne sont pas encore matérialisés, ces risques peuvent facilement être ignorés lorsque vous achetez la villa de vos rêves avec vue sur la mer », note Thibault Laconde, ingénieur spécialiste des risques climat et fondateur de Callendar.

Le cabinet a mis gratuitement en ligne un outil qui permet de mesurer l’éventuelle submersion de son bien immobilier en France. Si vous habitez Trouville-sur-mer par exemple, le risque de submersion est évalué entre 2100 et 2200. « L’altitude de ce point est d’environ 8.89 mètres. Dans un scénario d’émissions pessimiste tenant compte du risque d’érosion rapide de l’Antarctique, l’élévation du niveau de la mer sur la côte la plus proche atteindrait 8,9 mètres en 2180 et jusqu’à 14,42 mètres en 2300 », précise l’application.

Objectif : adaptation

Pour Paris par exemple, l’application indique que l’endroit n’est pas directement exposé à un risque de submersion. Mais les experts stipulent : « Même en l’absence de submersion, l’élévation du niveau de la mer va créer de nouveaux risques à cet endroit : aggravation des inondations lors de tempêtes, dégradation des infrastructures locales (routes, réseaux…), intrusion de sel dans les nappes phréatiques… « .

Face à la montée des eaux, les experts du Giec prônent l’adaptation dans un nouveau rapport publié le 28 février. « En investissant dans l’adaptation maintenant, le monde évitera des investissements plus importants à l’avenir », écrivent-ils. Mais le temps presse. « S’adapter au changement climatique est possible si le réchauffement est limité à 1,5°C ou 2°C. Tout délai supplémentaire dans l’atténuation ou l’adaptation compromet l’avenir ». Or les réponses ne sont pour l’instant pas à la hauteur de l’enjeu.

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La mort d’une jeune femme tuée par une chasseuse suscite l’indignation

Un article de Reporterre, le 21/02/2022.

Une femme de 25 ans a été tuée par des chasseurs samedi 19 février dans le Cantal, à Cassaniouze. Elle se promenait sur un sentier de randonnée balisé avec son compagnon lorsqu’elle a été atteinte par une balle. Selon France Bleu, elle n’a pas pu être ranimée par les secours et est morte sur place.

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Pixabay/CC/Jackmac34

L’adolescente de 17 ans responsable du coup de feu a été placée en garde à vue pour homicide involontaire. Elle participait à une battue aux sangliers qui avait débuté dans le département de l’Aveyron et qui se poursuivait dans le département du Cantal, selon La Montagne. Elle a été prise en charge médicalement.

De son côté, le compagnon de la jeune randonneuse tuée aurait été laissé sans assistance dans la forêt, selon les informations d’Un jour un chasseur, collectif créé après la mort de Morgan Keane en décembre 2020. Ce jeune homme de 25 ans avait été tué par un chasseur à 100 mètres de sa maison. Onze accidents mortels ont eu lieu durant la saison de chasse 2019-2020 selon les chiffres de l’Office français de la biodiversité (OFB).

Lundi 21 février au matin, les politiques de droite comme de gauche se sont emparés du sujet. Yannick Jadot (Verts) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) ont rappelé qu’ils souhaitaient interdire la chasse les week-ends et pendant les vacances scolaires.

Pour Marine Le Pen (Le Rassemblement national) « la chasse est une tradition ancestrale, elle doit être protégée, mais il faut réussir à ce que les promeneurs et les chasseurs puissent en toute sécurité bénéficier de notre domaine forestier extraordinaire ».

Willy Schraen, le président de la Fédération nationale des chasseurs, a demandé à ses adhérents d’exclure « toute personne qui n’aurait pas une conduite sécuritaire parfaite lors de la pratique de notre passion. Il en va de notre avenir collectif ».

Bérangère Abba, la secrétaire d’État à la Biodiversité, a déclaré sur France Info que les promeneurs devraient mieux s’informer sur les battues. « La première chose quand on veut profiter sereinement de la nature, c’est de connaître les endroits chassés. » Elle plaide pour un renforcement de la formation et de l’encadrement, ainsi que de la signalisation des battues.

L’article de Reporterre est ici.

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Neutralité carbone : TotalEnergies accusé de « greenwashing » et de « pratiques commerciales trompeuses »

Un article e Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 03/03/2022.

Trois ONG assignent TotalEnergies en justice. Les Amis de la Terre, Greenpeace et Notre Affaire à tous ont déposé un recours contre le pétrolier pour pratiques commerciales trompeuses. Elles jugent que la multinationale induit les consommateurs en erreur concernant son engagement de neutralité carbone. Des accusations de greenwashing que le groupe réfute.

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Contactée par Novethic, TotalEnergies affirme qu’il est « faux de prétendre que notre stratégie serait du « greenwashing ». Istock / HJBC

C’est une action inédite en Europe. Greenpeace, les Amis de la Terre France et Notre Affaire à tous ont assigné le 3 mars TotalEnergies en justice pour « pratiques commerciales trompeuses ». Leur recours, déposé devant le tribunal judiciaire de Paris, vise essentiellement la campagne publicitaire d’ampleur du pétrolier en mai 2021 à la suite de son changement de nom de Total en TotalEnergies. Le groupe avait voulu marquer sa « volonté de se transformer en une compagnie multi-énergies pour répondre au double défi de la transition énergétique : plus d’énergie, moins d’émissions », expliquait alors le PDG de la major, Patrick Pouyanné.

Un symbole que le groupe a diffusé le plus largement possible en s’appuyant sur un plan de communication reposant sur des spots TV, des panneaux d’affichage ou un site web dédié. Lors de la COP26, le groupe a d’ailleurs diffusé des publicités avec le hashtag #PlusdEnergiesMoinsdEmissions. Le but : faire comprendre que TotalEnergies est désormais un « acteur majeur de la transition énergétique ».

« Cette vaste opération de communication est un écran de fumée »

« Cette vaste opération de communication est un écran de fumée derrière lequel TotalEnergies tente de cacher la réalité : les énergies fossiles représentent encore 90% de son activité et 80% de ses investissements », réagit Clara Gonzales, juriste chez Greenpeace France. « Ce ne sont pas les slogans publicitaires qui empêcheront le réchauffement climatique, mais bien les réductions d’émissions. Le droit de la consommation impose une communication honnête et fiable en matière climatique et environnementale pour protéger les consommateurs », ajoute-t-elle.

TotalEnergies a porté deux messages-clés à travers cette campagne publicitaire : « son engagement neutralité carbone d’ici 2050 » et le fait que « le gaz fossile est la moins polluante et la moins émettrice de gaz à effet de serre des énergies fossiles, tout en la présentant comme complémentaire aux énergies renouvelables et bon marché », détaille Greenpeace. « Ce sont ces allégations que l’assignation qualifie de pratiques commerciales trompeuses », ajoute l’ONG qui s’appuie sur une directive européenne interdisant les pratiques déloyales et trompeuses à l’égard des consommateurs.

« Il est « faux de prétendre que notre stratégie serait du « greenwashing »

Contactée par Novethic, TotalEnergies affirme qu’il est « faux de prétendre que notre stratégie serait du « greenwashing ». Le groupe « met sa stratégie en œuvre de manière concrète (investissements, nouveaux métiers, baisse significative des émissions de gaz à effet de serre…) et est en ligne avec les objectifs que la compagnie s’est fixée pour atteindre la neutralité carbone en 2050, ensemble avec la société ». Elle ajoute par ailleurs que ses émissions en Europe ont baissé de 23 % entre 2015 et 2021 « ce qui nous positionne dans la trajectoire du Green Deal européen ». 

Si une décision n’est pas attendue avant l’année prochaine dans cette affaire, ce type de recours risque en tout cas de se multiplier contre les entreprises. Car elles sont de plus en plus nombreuses à abuser de la mention « neutre en carbone ». Une note publiée récemment par l’Agence de la Transition écologique (Ademe) indique que « l’utilisation systématique de l’argument de « neutralité » expose les organisations à des risques de controverses en particulier sur les réseaux sociaux, et bientôt, à des risques juridiques, et contribue à la fragilisation de la relation de confiance déjà particulièrement émoussée entre les publics et les organisations ». L’Ademe recommande de bannir cette formulation.

L’article de Novethic est ici.

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Rapport du GIEC : voici comment la France pourrait être impactée par le changement climatique

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 21/02/2022.

En amont de la publication d’un nouveau rapport du Giec sur les impacts du changement climatique et la question de l’adaptation, Novethic vous propose un focus sur la France. Inondation, sécheresse sévère, grêle… Selon les nouvelles prévisions du groupe d’assureurs Covéa, le pays pourrait être fortement touché d’ici 2050 par des événements extrêmes de plus en plus fréquents.

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Tende, vallée de la Roya. Tempête Alex, le 02 octobre 2020. Florent Adamo

À la veille de la publication du second volet du 6ème rapport du GIEC, le groupe d’assurance Covéa (MAAF, MMA et GMF) publie un livre blanc consacré au changement climatique. Il s’intéresse plus particulièrement à la sinistralité, c’est-à-dire aux pertes liées aux événements extrêmes. Et les chiffres sont impressionnants. D’ici à 2050, les inondations seront le principal risque qui pèsera sur les Français.

Inondations : hausse de + 110 % à l’horizon 2050

Les experts tablent sur une hausse de leur fréquence sur l’ensemble du territoire français en raison d’une évolution du régime des précipitations : plus élevées sur les deux tiers nord du territoire en moyenne annuelle, et plus rares mais plus intenses sur un grand quart Sud-Est. Ainsi, les pertes liées aux risques d’inondations de plaine (dites lentes) devraient augmenter de +110 %. Quant aux crues éclairs, la hausse de la sinistralité attendue est de l’ordre de +130 %.

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Risque inondation : Évolution des dommages futurs (moyenne multi-modèles) dus aux inondations par débordement. Les évolutions de sinistralité ont été calculées entre la période future à horizon 2050 sous scénario RCP 8.5 et la période de référence (2008-2018). Source : Covéa

En moyenne, les précipitations aujourd’hui décennales se produiront tous les 4,5 ans, alors que les précipitations vicennales (tous les vingt ans) se produiront tous les 7 ans et les précipitations cinquanteniers (tous les cinquante ans), tous les 11 ans. Le risque inondation représente aujourd’hui le 1er pôle d’indemnisation au titre du régime des Catastrophes Naturelles, avec 21,6 milliards d’euros d’indemnisation cumulée entre 1982 et 2020.

Sécheresses : hausse de + 60 % à l’horizon 2050

Viennent ensuite les sécheresses qui devraient également se renforcer et conduire à une hausse de la sinistralité de l’ordre de + 60 % à l’horizon 2050. Entre 1989 et 2020, le coût cumulé de la sécheresse s’élève à près de 15,2 milliards d’euros pour le marché de l’assurance. Puis enfin, les orages de grêle qui devraient connaître une augmentation importante sur l’ensemble du territoire (+40 %) et toucher des secteurs actuellement épargnés. La moitié Nord de la France connaîtra la plus forte augmentation du nombre de chutes de grêle.

La seule bonne nouvelle dépend à priori des tempêtes puisqu’aucune évolution significative n’est attendue dans les prochaines décennies concernant aussi bien la fréquence des jours tempétueux que l’intensité des rafales. Au global, selon les conclusions de Covéa, le changement climatique devrait contribuer à une augmentation de la sinistralité de + 60 % à l’horizon 2050, en lien avec une hausse de la fréquence et de la sévérité des événements en inondation, sécheresse et grêle.

Il est à noter que pour réaliser ces modélisations, l’assureur s’est appuyé sur le scénario le plus pessimiste du Giec (RCP 8.5) qui décrit un monde sans régulation des émissions de GES menant à une hausse globale de la température planétaire de +5°C d’ici 2100. « Il paraît raisonnable de se fixer sur ce scénario du pire afin d’évaluer et d’anticiper les changements les plus radicaux dans les probabilités de différents risques climatiques et ainsi d’alerter la communauté des assureurs sur l’ampleur possible des conséquences sectorielles du réchauffement climatique dans un avenir finalement pas si éloigné… » explique Vincent Moron, chercheur au Cerege.

+3,9°C en France en 2050

Il y a un an, Météo France avait réalisé des projections pour la France à partir de modélisations effectuées pour l’Onu. Au niveau national, le réchauffement est contenu, dans les trois scénarios étudiés, autour de 1 degré jusqu’en 2040. Les trajectoires divergent ensuite fortement avec une hausse stabilisée autour de +1° dans un scénario d’émissions maîtrisées, +2,2° en moyenne dans le scénario intermédiaire et +3,9° en moyenne (et +4,5° au pire) dans le scénario de fortes émissions.

Le 2e volet du sixième rapport d’évaluation du Giec, dont la dernière édition remonte à 2013-2014, sera publié le 28 février et portera sur la vulnérabilité des sociétés humaines, des écosystèmes et des systèmes socio-économiques face à la dérive climatique, les conséquences du changement climatique, et les options d’adaptation. Le rapport du groupe 3 sera rendu public en mars et étudiera quant à lui l’atténuation (la réduction des émissions) du changement climatique.

L’article de Novethic est ici.

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Pesticides : un collectif demande à l’Europe des études de toxicité à long terme

Un article de Reporterre, par Laury-Anne Cholez, le 08/02/2022.

Faire respecter la réglementation européenne sur les pesticides. Voici le combat du collectif Secrets Toxiques qui réunit 25 associations de défense de l’environnement.

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Photo d’illustration

Lors d’une audition devant la commission des pétitions (PETI) du parlement européen le 7 février, Secrets Toxiques a demandé la réalisation d’études expérimentales de toxicité à long terme des pesticides dans leur formulation complète. Aujourd’hui, seules les matières actives sont analysées, laissant de côté les effets cumulant avec d’autres produits. Le fameux «  effet cocktail  » qui fait aujourd’hui consensus chez les scientifiques. Un arrêt de la cour de justice européenne datant de 2019 demande pourtant à ce que les homologations de pesticides prennent en compte les substances actives et leurs effets cumulés. Ce qui n’est pas le cas.

Rats de laboratoire

« Même l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) confirme qu’il y a des failles dans la procédure d’homologation », assure Benoît Biteau, eurodéputé, Verts/ALE lors d’une conférence de presse le mardi 8 février. Les carences d’évaluations de ces pesticides étaient déjà pointées dans un rapport en juin 2021. Lors de l’audition devant la PETI, Benoît Biteau s’est étonné de la réaction des députés du parti populaire européen (PPE). « Ils nous parlent de la protection des animaux de laboratoire. Quel cynisme. Bien sûr, il faut utiliser ces animaux de laboratoire avec parcimonie. Mais sinon, ce sera nous les rats de laboratoire. »

Grâce à cette audition, le collectif Secrets Toxiques espère sensibiliser les députés sur ces questions complexes. Elle arrive au moment où la commission européenne va proposer des objectifs de réduction des pesticides contraignants.

« L’agence se cache derrière son manque de moyens pour croire les fabricants sur parole »

En France, le collectif a demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire et alimentaire (Anses) comment étaient évaluées les valeurs toxicologiques de référence à partir de dose journalière admissible. Loïc Prud’homme, député français (LFI) s’est étonné de leur réponse. « On nous a répondu que c’était par un modèle mathématique. Soit une évaluation au doigt mouillé. Pour combler cette faille il faudrait que l’Anses fasse des études expérimentales à long terme portant sur l’ensemble des formulations. Mais l’agence se cache derrière son manque de moyens pour croire les fabricants sur parole » . Si les choses ne bougent pas malgré leurs interpellations, les membres du collectif Secrets Toxiques envisagent de porter l’affaire devant la cour de justice de l’union européenne.

L’article de Reporterre est ici.

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Canicule, sécheresse, faible enneigement… le changement climatique à l’œuvre cet hiver

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 14/02/2022.

Depuis ce lundi 14 février et pendant deux semaines, les 195 États membres du Giec sont réunis pour adopter un nouveau rapport de référence sur les impacts dévastateurs du changement climatique. « Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés », estime son président. Sur presque tous les continents, le monde voit déjà de ses propres yeux les catastrophes à l’œuvre, que ce soit en Californie où sévit une « canicule hivernale » ou en Europe où la sécheresse actuelle est exceptionnelle et inquiétante.

Wildfire Threatens Homes In Laguna Beach

Des centaines d’habitants ont été évacués au petit matin la semaine dernière à Laguna Beach, une ville balnéaire au sud de Los Angeles ravagée par les flammes, en plein cœur de l’hiver. @Apu Gomes / Getty Images North America / Getty Images via AFP

Des centaines d’habitants ont été évacués au petit matin la semaine dernière à Laguna Beach, une ville balnéaire au sud de Los Angeles, ravagée par les flammes en plein cœur de l’hiver. Du jamais vu en cette période de l’année. La Californie est en proie à une « canicule hivernale » selon les propres termes des météorologues. Dans le Sud, les températures dépassent les 32°C, battant le record de 1973 pour un mois de février. La nuit dernière, c’est donc sous une chaleur exceptionnelle que s’est tenue la finale du Super Bowl de football américain. Dans la région de San Francisco, plusieurs records ont également été battus et les dernières précipitations datent de début janvier.

« Nous n’avons plus de saison des incendies. Mais une année d’incendies » alerte le Los Angeles Times. La vague précoce de sécheresse s’explique en grande partie par l’obstruction du courant-jet en provenance du golfe d’Alaska, qui charrie des précipitations. « En ce moment, vous avez ce système de hautes pressions et des conditions plus sèches à la surface […] Et aussi nous vivons sur une planète dont nous avons réchauffé le climat, donc rien que d’un point de vue purement statistique, nous allons assister à une augmentation des records », explique Justin Mankin, spécialiste du climat à l’université américaine de Dartmouth, à l’AFP.

Sécheresse exceptionnelle en Espagne, au Portugal et dans le sud de la France

En Europe, l’Espagne et le Portugal vivent également une situation assez inhabituelle en cette saison. Les deux pays sont frappés par une aridité précoce et extrême en raison de la faible pluviométrie enregistrée en janvier, le deuxième mois le plus sec depuis l’an 2000 dans la péninsule ibérique. Cette sécheresse est exceptionnelle par « son intensité, son ampleur et sa durée », et en Espagne, « en janvier, il n’a plu que le quart de ce qu’il aurait dû pleuvoir à cette période », indiquent les agences météorologiques locales. Si bien qu’en Galice, dans le nord-ouest du pays, un village englouti sous un barrage dans les années 90 est réapparu en raison de la sécheresse.

« On observe un pourcentage d’années pluvieuses en baisse dernièrement », souligne Filipe Duarte Santos, spécialiste de l’environnement. Ces sécheresses sont « l’une des conséquences les plus graves du changement climatique », explique-t-il. Cette situation inhabituelle a déjà amené le gouvernement portugais à prendre des mesures d’urgence. Dans un pays où près de 30 % de l’énergie consommée est d’origine hydraulique, les autorités ont été contraintes d’annoncer la suspension de la production hydroélectrique de cinq barrages. De l’autre côté de la frontière, les niveaux des réservoirs d’eau se situent à moins de 45 % de leur capacité. Les régions les plus touchées étant l’Andalousie (sud) et la Catalogne (nord-est).

En France, un hiver peu pluvieux et peu enneigé

En France, le manque de pluie continue également de s’accentuer, en particulier au sud-est. « Cette sécheresse hivernale pourrait conduire à une situation hydrique tendue pour les prochaines semaines en l’absence de pluie », prévient Météo France. Le quart sud-est de la France enregistre déjà un déficit de -35 à -60% par rapport à une pluviométrie normale, ce qui explique aussi pourquoi les Alpes du Sud ont manqué de neige dès le début de l’hiver. Ainsi, la station d’Auron (Alpes-Maritimes) n’enregistrait, à ce jour, que 14 cm de neige naturelle depuis le 10 décembre, soit la valeur la plus faible depuis 28 ans. Pour le département des Bouches-du-Rhône par exemple, le mois de janvier a été le 3ème le plus sec depuis 1959. Dans ce contexte tendu, un printemps sec et chaud accentuerait le risque de sécheresse importante pour l’été.

Pendant deux semaines, à partir du 14 février, les 195 États membres du Giec sont réunis virtuellement pour adopter le « résumé pour décideurs » du nouveau rapport du Giec. Celui-ci sera publié le 28 février et portera cette fois sur les impacts du changement climatique et les politiques d’adaptation. « Les besoins (pour ce rapport) n’ont jamais été plus importants, parce que les enjeux n’ont jamais été aussi élevés », a déclaré le président du Giec, Hoesung Lee.

L’article de Novethic est ici.

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Face aux super-profits des grandes entreprises, l’urgence du partage de la valeur

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 10/02/2022.

Les résultats financiers mirobolants des entreprises du CAC40 dont ceux de TotalEnergies, qui a enregistré un bénéfice net record de 14 milliards d’euros en 2021, font gonfler les poches de leurs actionnaires. Mais dans un contexte inflationniste où les prix de l’énergie s’envolent, la question de la redistribution n’a jamais été autant d’actualité. La pression sociale et environnementale monte sur les grands groupes qui sont appelés à davantage partager ou financer la transition écologique.

La grogne sociale monte alors que les derniers chiffres du CAC40 creusent un peu plus le fossé. Istock / a-poselenov

« Le patron de TotalEnergies fait la tournée des médias pour distribuer des miettes ». Attac ne mâche pas ses mots après la déclaration de Patrick Pouyanné le 9 février sur RTL. Le patron du géant pétrolier a annoncé la mise en place d’un chèque de 100 euros pour les abonnés au gaz en situation de précarité énergétique. La mesure concernerait 200 000 personnes. « Et pour les carburants, dans les zones rurales, le groupe va offrir des remises en caisse, 10 centimes par litre« , a-t-il ajouté. Des mesures qui interviennent dans un contexte de flambée des prix de l’énergie mais qui ont été mal accueillies par la société civile.

Le patron de Total fait la tournée des médias pour distribuer les miettes. Pour rappel, l’entreprise épinglée dans de nombreuses affaires d’évasion fiscale annoncera ses profits records demain ! #SocialWashing #TaxonsLes #ProfiteurDeLaCrise #Total https://t.co/KOM75vxYmy

— Attac France (@attac_fr) February 9, 2022

Car, hasard du calendrier, le groupe présente le 10 février ses résultats de 2021. Et ces derniers sont pour le moins excellents. Avec un bénéfice de 14 milliards d’euros en 2021, il s’agit du montant le plus important depuis au moins 15 ans. TotalEnergies est ainsi l’entreprise qui a généré le plus de profits en 2021. Et ce petit geste fait envers les consommateurs ne suffit pas à faire avaler la pilule. La grogne sociale monte alors que les derniers chiffres du CAC40 creusent un peu plus le fossé. Avec des profits atteignant des sommets -137 milliards d’euros- la question de la répartition de la valeur est plus que jamais d’actualité.

Justice sociale

« Refusant d’augmenter les salaires mais redoutant une explosion de colère, patrons et gouvernement nous roulent avec des primes et le prétendu blocage du prix de l’énergie. Mais les travailleurs ne demandent pas l’aumône. Ils réclament leur dû », a réagi la candidate de Lutte Ouvrière à la présidentielle, Nathalie Arthaud. La question est au cœur des négociations annuelles obligatoires (NAO) et les entreprises font face à des mouvements de grève parfois inédits notamment chez Sanofi, qui enregistre un résultat net de 1,73 milliard.   Même chez Louis Vuitton, des débrayages viennent de commencer, un phénomène rare pour le groupe LVMH qui enregistre des bénéfices records. Les employés réclament une revalorisation salariale.

Entre la pandémie, qui a mis au premier plan ces métiers de deuxième ligne sous-considérés comme les caissières, agents d’entretien, aides à domicile, et ces super-profits des grosses entreprises… en pleine campagne présidentielle, le sujet est brûlant. Il remet au cœur des débats la question de la justice sociale mais également celui du financement de la transition écologique. « Faut-il se réjouir de cette capacité à investir dans la transition vers un modèle plus durable… ou le mettre en regard des 70 milliards d’euros distribués aux actionnaires en 2021 et s’interroger sur le partage de la valeur ? », s’interroge sur Twitter le directeur général du groupe Maif, Pascal Demurger.

Taxation écologique des dividendes

Une question d’autant plus pertinente qu’aujourd’hui 85 % des investissements de Total sont consacrés aux énergies fossiles, calcule Oxfam. « Les versements aux actionnaires en 2021 – 69 milliards d’euros – ont dépassé de 9 milliards ceux de 2019. C’est plus que le retour du monde d’avant : c’est une fuite en avant et une amplification du court-termisme économique », renchérit l’ONG. Des arguments réfutés par Patrick Pouyanné qui a, pour l’occasion, dégainé un tweet sur le partage de la valeur chez TotalEnergies.

Partage de la création de valeur de @TotalEnergies :
30% pour les #États, là où opère l’entreprise
30% pour nos #investissements, l’avenir de l’entreprise
20% pour nos #salariés, qui font l’entreprise
20% pour nos #actionnaires, qui investissent dans l’entreprise
— Patrick Pouyanné (@PPouyanne) February 10, 2022

La Convention citoyenne pour le climat voulait justement mettre en place une taxation écologique des dividendes pour les sociétés versant plus de 10 millions d’euros, afin de participer à la transition. Une mesure qui n’a pas été reprise par Emmanuel Macron estimant qu’elle pénaliserait trop l’investissement dans les sociétés françaises.

Le sujet est porté par plusieurs candidats à l’élection présidentielle dont Yannick Jadot. L’écologiste a déclaré que le sujet n’était pas la « charité » de Total mais son changement de modèle. Il a invité TotalEnergies à concentrer « toute son intelligence, tous ses investissements » sur les énergies renouvelables et une baisse de la consommation.

L’article de Novethic est ici.

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Vélo : l’engouement des Français douché par des routes inadaptées

Un article de Reporterre, par Justine Guitton-Boussion, le 11/02/2022.

La Fédération des usagers de la bicyclette a publié son nouveau « baromètre des villes cyclables ». L’enquête montre un engouement des Français pour le vélo, mais des difficultés à en faire de manière sécurisée et confortable.

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C’est une étude qui révèle une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne : il y a de plus en plus de Français intéressés par la pratique du vélo. La mauvaise : les routes du pays ne sont pas adaptées. La Fédération des usagers de la bicyclette (FUB) a publié, jeudi 10 février, les résultats de son baromètre des villes cyclables. Pour cette troisième édition, plus de 277 000 contributions ont été recensées – elles n’étaient « que » 113 000 en 2017 et 175 000 en 2019.

Alors que seulement 300 villes avaient été classées par le baromètre en 2017, puis 750 en 2019, ce sont cette fois plus de 1 600 villes qui ont été notées. Le but : juger leur niveau de sécurité et de confort à vélo. « Ça veut dire que de plus en plus de gens s’intéressent à la mobilité à vélo, se réjouit Olivier Schneider, le président de la FUB contacté par Reporterre. Et pas seulement au cœur des métropoles, où il y a déjà des accès aux transports en commun, et où tout peut se faire à pied. » Les petites et moyennes communes ont été particulièrement représentées dans les résultats du baromètre, notamment en zone rurale.

De plus en plus de cyclistes non « militants »

Autre évolution depuis 2019 : le profil des répondants. Davantage de femmes ont contribué à l’enquête : 46 %, contre 42 % précédemment. « Parmi les répondants, de plus en plus de gens ne se décrivent pas comme experts du vélo, ajoute Olivier Schneider. Ce sont des personnes moins « militantes », donc plus exigeantes : elles ne veulent faire du vélo que si c’est possible dans de bonnes conditions. »  C’est là que le bât blesse. À l’échelle nationale, 64 % des répondants estiment que « les conditions pour l’usage du vélo sont mauvaises ». En cause : la proximité avec le trafic motorisé, le manque d’aménagements cyclables, de stationnements sécurisés… Des obstacles qui peuvent rebuter de potentiels futurs cyclistes à passer le cap.

La FUB souligne tout de même « des progrès dans toutes les villes, mais de manière très inégale ». Les municipalités qui avaient déjà travaillé sur ce sujet, et qui avaient élaboré un plan vélo avant les élections municipales de juin 2020 s’en sortent bien : elles ont eu le temps de livrer des améliorations concrètes dans l’espace public. « Dans les villes où il y a eu une nouvelle majorité politique, dans le regard de nos concitoyens, rien n’a encore changé, dit Olivier Schneider. Mais cela ne veut pas dire que rien n’est préparé. »

Grenoble en tête, Paris à la traîne

Dans la catégorie « grandes villes » (plus de 100 000 habitants), Grenoble (Isère) garde encore et toujours la première place. Elle est suivie de Strasbourg (Bas-Rhin) et de Rennes (Ille-et-Vilaine), deux villes déjà bien placées lors de la précédente édition. La chute est rude, en revanche, pour Paris : la capitale n’est que 12e sur 38.

« Dans un contexte de hausse inédite des déplacements à vélo dans la capitale (+ 67 % en 2020), permis notamment par le déploiement de cinquante kilomètres de « coronapistes » suite à la crise sanitaire, l’analyse des réponses du baromètre montre que les usagers du vélo réclament une politique vélo plus ambitieuse, en commençant par un réseau cyclable complet et sans coupure », a réagi l’association Paris en selle dans un communiqué.

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Baromètre des villes cyclables.

Les villes de Saint-Aubin-de-Médoc (Gironde), Le Teich (Gironde) et Séné (Morbihan) sont sur le podium de la catégorie « Communes de banlieues » (plus de 3 000 habitants, appartenant à une métropole ou une communauté d’agglomération). Pour les villes moyennes (entre 15 000 et 100 000 habitants), La Rochelle (Charente-Maritime) arrive en tête, suivie de Bourg-en-Bresse (Ain) et Chambéry (Savoie).

Dans la catégorie « petites villes » (entre 5 000 et 15 000 habitants), Saint-Jean-de-Monts (Vendée) tire son épingle du lot et devance Val-de-Reuil (Eure) et Marseillan (Hérault). Pour les bourgs et villages (moins de 5 000 habitants), La-Tranche-sur-Mer (Vendée) est le leader, devant Vieux-Boucau-les-Bains (Landes) et Brétignolles-sur-Mer (Vendée).

« Il ne faut pas se limiter aux villes, il faut créer des liaisons intercommunales »

« Donner l’accès au vélo, ce n’est pas juste rajouter une piste cyclable à Paris, poursuit Olivier Schneider. Il ne faut pas se limiter aux villes, il faut créer des liaisons intercommunales, changer l’organisation du territoire qui part du principe que tout le monde doit se déplacer en voiture. » Avec des mesures comme l’aménagement de vraies pistes en zones rurales – « pas juste un coup de peinture » –, d’intersections plus sécurisées, et l’abaissement de la vitesse.

La FUB propose également des mesures plus globales, à l’échelle locale comme nationale : multiplier par dix le financement du fonds vélo, mettre en place un système fiscal plus avantageux pour les cyclistes, l’obligation du forfait mobilité durable, le stationnement sécurisé dans les gares, ou encore l’apprentissage systématique de la bicyclette à l’école.

L’article de Reporterre est ici.

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Pourquoi brule-t-on des forêts en Europe

WeMove.EU est un mouvement ouvert à toutes celles et ceux militant pour une meilleure Union Européenne, attachée à la justice sociale et économique, à la gestion durable de l’environnement, et à l’implication des citoyens dans les processus démocratiques. Pour illustrer leur pétition, ils publient une vidéo qui est retranscrite ici.

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Nos forêts disparaissent à une vitesse inquiétante. De vastes zones sont détruites dans toute l’Europe. Tel cette majestueuse forêt ancienne dans les Carpates Roumaine, abattue en moins de 6 ans. C’est le modèle juteux de l’industrie de l’abattage et de la combustion d’arbres à grande échelle pour produire des énergies soit disant renouvelables.

Mais sont-elles vraiment renouvelables ? Ces activités peuvent-elles être bénéfiques au climat ? Vous pensez peut être : les arbres repousseront. Mais on ne peut pas abattre un arbre centenaire et le remplacer par un autre arbre centenaire. Nous n’avons pas le temps de replanter les arbres que nous brulons dans la période qu’il nous reste pour réduire nos émissions. Nous devons protéger nos forêts.

 » C’est difficile d’imaginer une politique plus destructrice pour la nature et le climat que de bruler des forêts pour de l’énergie. Non seulement brûler de la biomasse émet plus de CO² que les énergies fossiles, mais les scientifiques n’ont cessé d’alerter les décideurs politiques que l’exploitation des forêts a un impact négatif sur les animaux, les oiseaux, les poissons et leurs habitats. L’Union Européenne doit mettre fin à cette politique destructrice qui consiste à payer des gens pour abattre des forêts au nom des énergies renouvelables », Dr Mary Booth, directrice du partenariat pour l’intégrité politique.

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De nombreux leaders dont Ursula Von der Leyen, la présidente de la commission européenne, ont promis de planter des arbres. Mais ce sont ces mêmes dirigeants qui autorisent la combustion des forêts. Ils financent même ces activités (16 milliards d’Euros par an) avec l’argent de nos impôt plutôt que de le consacrer à des solutions réellement écologiques comme le solaire et l’éolien. L’Union Européenne affirme être à la pointe mondiale en matière d’énergie renouvelable. Pourtant, en réalité, un tiers de notre énergie renouvelable est directement produite par la combustion de bois, dont une grande partie provient des forêts. Même dans les zones protégées.

Les acteurs de cette industrie affirment ne bruler que du bois mort, mais c’est un mensonge. Les enquêtes montrent que des arbres entier, parfois anciens, sont brulés. Et certaines de ces entreprises ne s’en cache même pas. Des forêts entières sont en train d’être abattues partout en Europe, pendant que vous visionnez cette vidéo. De l’Allemagne à la France, en passant par l’Estonie, et plus particulièrement la Finlande et la Suède, deux pays soutenant l’expansion de ce secteur d’activité. Pourtant, nous avons plus que jamais besoin de nos précieuses forêts et de toute leur biodiversité pour nous protéger du dérèglement climatique. Nous en sommes convaincus et nous devons tout faire pour empêcher le réchauffement. Les feuilles et le bois des arbres constituent des puits de carbone. Pourtant, dans certains endroits comme le Danemark, les forêts commencent à émettre du CO² plutôt que d’en stocker. C’est également le cas en Estonie, en Lettonie et en Slovaquie.

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Les experts demandent à l’unisson que cesse la combustion à grande échelle de nos forêts. « En brulant des arbres plutôt que des énergies fossiles pour produire de l’énergie, l’UE va saper ses propres objectifs tant climatiques que ceux relatifs à la biodiversité. Nous devons juste arrêter de bruler des arbres. Nous pouvons planter des arbres mais pas des forêts », déclare le Professeur Wolfgang Cramer, scientifique du climat et de la biodiversité à l’IMBE Institute.

La combustion du bois est encore plus polluante que celle du charbon et constitue une source majeure de pollution de l’air, qui cause 1000 décès par jour au sein de l’Union Européenne. En outre, 500 scientifiques alertent les dirigeants du monde entier afin de mettre un terme à la combustion du bois. Mais les responsables politiques continuent de les ignorer. Il est temps que tout cela cesse, le temps presse. Nos forêts nous protègent du changement climatique. Elles abritent d’innombrables animaux et nous fournissent de l’eau et de l’air pur. Nous sommes dépendant des forêts. Nous devons cesser de les bruler.

Plus de 280 000 personnes ont déjà exigé la fin de cette destruction financée par l’Union Européenne. Rejoigniez-nous. Signez la pétition et partagez cette vidéo afin que l’Union Européenne cesse de bruler des arbres au nom de l’énergie renouvelable. Merci pour votre attention.

La vidéo est ici.

Pour signer la pétition c’est là.

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Ikea, Amazon, Carrefour… les promesses de neutralité carbone des grandes entreprises sont un véritable échec

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 08/02/2022.

Le NewClimate Institute a passé au crible les engagements de neutralité carbone de 25 grandes entreprises comme Carrefour, Apple ou encore Unilever. Il conclut que leurs engagements ne permettent de réduire que de 40 % leurs émissions au lieu de 100 %. Un décalage de taille entre leurs promesses et l’impact réel de leurs efforts. Les chercheurs appellent les gouvernements à encadrer ces engagements climatiques.

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C’est une étude qui remet en cause les objectifs de neutralité carbone des grandes entreprises. Selon un nouveau rapport, publié par NewClimate Institute avec le soutien de l’ONG Carbon Market Watch, 25 des plus grandes entreprises du monde ayant pris des engagements de neutralité carbone n’atteindront qu’une réduction moyenne de 40 % de leurs émissions par rapport à 2019. Parmi elles, les grandes promesses climatiques de Nestlé, Saint Gobain, Carrefour ou encore Unilever ont été classées comme ayant une très faible intégrité.

« Nous avons cherché à découvrir autant de bonnes pratiques reproductibles que possible, mais nous avons été franchement surpris et déçus de l’intégrité globale des affirmations des entreprises », a déclaré Thomas Day du NewClimate Institute, auteur principal de l’étude. « Alors que la pression sur les entreprises pour qu’elles agissent contre le changement climatique augmente, leurs affirmations ambitieuses manquent trop souvent de substance réelle, ce qui peut induire en erreur à la fois les consommateurs et les régulateurs qui sont essentiels pour guider leur orientation stratégique. Même les entreprises qui s’en sortent relativement bien exagèrent leurs actions », note-t-il.

Compensation carbone et flou

Ainsi, très peu d’entreprises comptabilisent réellement les émissions générées lors de la consommation de leurs produits, ce que les experts qualifient de Scope 3. En moyenne, pour ces 25 entreprises, 87 % de leur empreinte carbone provient justement de ce scope 3. De même, la compensation carbone, pratique très controversée qui consiste à financer des projets de plantation d’arbres par exemple pour compenser ses propres émissions, est également pointée du doigt. De manière générale, sur ces 25 grands groupes, qui représentent 5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiale et un chiffre d’affaires annuel combiné de 3200 milliards de dollars, seules trois entreprises se démarquent : Maersk, Vodafone et Deutsche Telekom qui ont réellement pris le chemin d’une décarbonation de plus de 90 % de leurs émissions sur l’ensemble de leur chaîne de valeur.

Les conclusions de ce rapport sont loin d’être une surprise. Fin octobre, juste avant la tenue de la COP26 à Glasgow, le cabinet BCG Gamma avait calculé que si une entreprise cotée sur cinq à travers le monde s’était engagée à atteindre la neutralité carbone, seulement 9 % mesuraient de façon précise ses émissions. L’autrice principale du rapport, Charlotte Degot, pointait le problème des outils de mesure des émissions et de la complexité de la collecte des données et de leur traitement. « Ce n’est pas de la mauvaise volonté de leur part ou du greenwashing, mais c’est tout simplement très compliqué sans outils adaptés », remarquait-elle.

Les lacunes de l’initiative Science-Based Targets 

Pourtant, plusieurs initiatives, dont celle de Science Based Targets (SBT) permettent aux entreprises d’avoir une référence commune afin d’atteindre la neutralité carbone en restant sur une trajectoire de réchauffement climatique limitée à 1,5°C. Mais même cette initiative comporte des lacunes, prévient NewClimate Institute qui révèle que 16 des 25 entreprises analysées ont reçu une certification de SBTi selon laquelle leurs plans climatiques sont compatibles avec une trajectoire 1,5°C.

« Nous considérons cette note comme litigieuse ou inexacte, en raison de divers détails et lacunes qui compromettent considérablement les plans des entreprises », indiquent les auteurs du rapport. « Les initiatives de normalisation sont confrontées à une tâche difficile et à un potentiel conflit d’intérêt, s’ils doivent à la fois définir la norme et évaluer les entreprises en fonction de leurs propres critères et directives. »

Les experts appellent les gouvernements à réguler plus strictement les engagements climatiques des groupes. « Les entreprises véritablement ambitieuses peuvent être soutenues par l’introduction d’une réglementation plus stricte qui uniformise les règles du jeu en veillant à ce que ces acteurs ambitieux ne soient pas économiquement désavantagés par rapport à leurs pairs moins ambitieux », recommande Silke Mooldijk, co-autrice de l’étude.

L’article de Novethic est ici.

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Le ministère de l’intérieur va devoir réduire les activités de la cellule Déméter

Un article de Reporterre, par Marie Astier, le 02/02/2022.

Une victoire de courte durée pour les associations demandant la dissolution de Déméter. La cellule de gendarmerie, dénoncée pour réprimer les militants s’opposant au système agricole industriel, pourra poursuivre certaines activités.

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Un gendarme, en 2018. – © AFP/Pascal Pavani

« Une erreur de droit. » C’est finalement ce que reproche assez platement le tribunal administratif de Paris au ministère de l’Intérieur. Dans un jugement rendu mardi 1er février, il s’est prononcé concernant les recours déposés par les associations L214, Pollinis et Générations futures contre la cellule de gendarmerie Déméter. Il a refusé la dissolution demandée par les associations : elles dénonçaient une cellule visant à réprimer les militants s’opposant au système agricole industriel. Il a en revanche estimé que cette cellule luttant contre « les atteintes au monde agricole » doit cesser de viser les activités militantes, et s’en tenir aux missions habituelles de la gendarmerie. Le ministère de l’Intérieur a deux mois pour appliquer la décision, sans quoi il devra payer une astreinte de 10 000 euros par jour de retard.

Les trois associations ont d’abord salué une « victoire pour la liberté d’expression ». « On est très contents de cette décision symbolique, se réjouit auprès de Reporterre Brigitte Gothière, porte-parole de L214. Cela vide la cellule Déméter de son objet principal, qui se focalisait sur ce qu’ils appellent ‘l’agribashing’ Le terme prétend désigner le dénigrement du monde agricole, c’est-à-dire les critiques des conséquences environnementales et éthiques de l’agriculture et l’élevage intensifs. « C’est une victoire pour la démocratie […]. La lettre de mission de Déméter visait explicitement à verrouiller le débat sur les pratiques agricoles conventionnelles et l’usage des pesticides, et menaçait directement la liberté d’expression », a déclaré dans un communiqué Nicolas Laarman, délégué général de Pollinis.

Mais ce sentiment de victoire a été de courte durée. Après analyse, maître Corinne Lepage, avocate des associations Pollinis et Générations futures, constate un jugement « décevant ». Lors de l’audience qui s’est tenue le 18 janvier, la rapporteuse publique (la magistrate chargée de conseiller les juges) avait demandé la dissolution de la cellule Déméter. La décision du tribunal est donc « très en retrait », regrette l’avocate. Le jugement est pour elle difficilement applicable. La cellule n’étant pas dissoute, « comment va-t-on pouvoir vérifier qu’elle ne mène effectivement plus d’actions de police idéologique », s’interroge-t-elle.

« Il n’a pas examiné les grands problèmes que nous soulevions »

Par ailleurs, le tribunal s’est contenté d’un jugement de forme. Il a simplement estimé que la surveillance des « “actions de nature idéologique” consistant en “de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole” ne relèvent pas des compétences de la gendarmerie », définies dans la loi. « Il a répondu de la manière la moins politique et la plus juridique », déplore Julie Pêcheur, directrice du plaidoyer chez Pollinis. Le tribunal n’a pas relevé l’argumentaire des associations, qui estimaient notamment que la cellule Déméter constitue une entrave à la liberté d’expression. Il n’évoque même pas le concept dans sa décision. « Il n’a pas examiné les grands problèmes que nous soulevions concernant la liberté d’expression, d’association, de secret de l’instruction, etc. Le tribunal ne se prononce pas, car il se focalise sur une erreur de droit », poursuit Julie Pecheur.

Enfin, seul le recours de L214, qui demandait la dissolution, a été jugé recevable. Celui de Pollinis et Générations futures demandait aussi l’annulation de la convention de partenariat entre le ministère de l’Intérieur et les deux syndicats agricoles majoritaires, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs, défenseurs de l’agriculture conventionnelle. Il a été rejeté. Le tribunal a estimé que cette convention était un « contrat administratif », et donc que les associations n’étaient pas concernées par ce type de contrat et ne pouvaient pas le contester en justice.

« Que la délégation de pouvoirs régaliens de police à des intérêts privés soit considérée comme un simple contrat administratif est inquiétant, estime Julie Pêcheur. L’article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme précise bien que la police doit servir des intérêts publics, c’est l’un des piliers de l’État de droit. » Résultat : « Ce jugement ne gêne pas le ministère de l’Intérieur, estime Me Lepage. Pour preuve, il n’a pas fait appel. »

D’autres missions vont poursuivre

Dans un communiqué publié mercredi 2 février au matin, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et celui de l’Agriculture, Julien Denormandie, ont « pris acte de la décision du tribunal administratif de Paris ». « La mission de Déméter sera […] précisée et cadrée dans un nouveau texte d’organisation interne qui prendra en compte les termes de la décision », ont-ils précisé. Ils ont aussi vanté les résultats de la cellule : « Les vols de véhicules dans les exploitations agricoles en 2021 ont ainsi reculé de 8 % et les dégradations de 7 % par rapport à 2020 », précise le texte.

« Sur le fond rien n’est remis en cause, se félicite Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA. Le jugement ne change rien à la lutte contre les gens qui font des infractions, pénètrent dans les élevages, transgressent la loi. »

La cellule va pouvoir poursuivre le reste de ses missions, c’est-à-dire la lutte contre tout ce qui relève d’« infractions pénales (vols, dégradations, cambriolages, violations de domiciles, occupations illégales de terrains) », précise bien le jugement. Autrement dit, toutes les actions militantes pouvant correspondre à des infractions pourraient rester dans le périmètre de Déméter. Comme par exemple les intrusions dans les élevages permettant à L214 d’obtenir ses vidéos. Ou les dégradations légères que sont les tags de militants animalistes, qui étaient jugés au Mans vendredi 28 janvier, après une lourde enquête de la cellule Déméter.

« Le contexte est de plus en plus compliqué, reconnaît Brigitte Gothière. Mais symboliquement, ce jugement reste fort. Il y avait une volonté de criminaliser le mouvement pour les animaux et les militants écologistes. Là, on a une indication donnée aux magistrats qui est de traiter ces affaires “normalement”. » Pollinis et Générations futures ne se déclarent pas vaincues non plus. Elles réfléchissent à des suites juridiques.

L’article de Reporterre est ici.

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Condamnation exemplaire des méthaniseurs de Salers : 200 000 € d’amende pour pollution

Un communiqué de presse de FNE, le 24/01/2022.

Le tribunal judiciaire d’Aurillac a donné le ton : pas de complaisance avec les pollueurs. Il a condamné ce 20 janvier la société de méthanisation implantée dans le Cantal SALERS BIOGAZ à 200 000 € d’amende et ses dirigeants à plusieurs mois de prison avec sursis pour les multiples pollutions et dysfonctionnements d’exploitation de ces usines. Une décision forte saluée par FNE Cantal, FNE AURA et FNE qui se sont constituées parties civiles pour dénoncer un projet de méthanisation à la gestion désastreuse et aux impacts environnementaux catastrophiques.

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Cela durait depuis 2017. Deux sites de méthanisation gérés par la SAS SALERS BIOGAZ responsables de pollutions à répétition des eaux des ruisseaux et rivières environnants. En cause, des fuites récurrentes de plusieurs centaines de mètres cubes de purin dues à de sévères négligences dans l’exploitation des usines : défauts des aires de stockage, sous-dimensionnement des bassins de rétention, perméabilité des systèmes de sécurité, etc. L’Administration avait pourtant largement alerté l’exploitant sur ces graves dysfonctionnements, prononçant même la suspension d’exploitation de l’un des sites en 2020. Mais qu’importe, l’exploitant a fait fi des injonctions de l’État et a continué à exploiter… et à polluer.

C’était donc un procès largement attendu par les associations de protection de l’environnement, mais également par un très grand nombre d’agriculteurs et de riverains impactés directement par ces pollutions depuis si longtemps. Après plus de neuf heures d’audience en novembre dernier, le procureur de la République avait requis la plus grande sévérité contre ces délinquants environnementaux et leur sentiment d’impunité. Le juge a entendu et prononcé une condamnation exemplaire : 200 000 € d’amende pour les délits commis pour la SAS SALERS BIOGAZ et plusieurs mois de prison avec sursis pour ses dirigeants. Des peines qui, espérons-le, mettront les prévenus au pas pour une exploitation enfin sérieuse de ces installations dangereuses pour l’environnement.

Car l’interdiction d’exploiter l’usine souhaitée par les associations environnementales n’a pas été prononcée. Une dernière chance laissée par le juge à l’exploitant de se racheter une conduite. Mais pas de paix pour les délinquants environnementaux qui dévoient des projets d’énergie supposément verte. Nos associations seront particulièrement vigilantes aux activités de l’usine et ne laisseront pas passer le moindre écart. Pour nos cours d’eaux, pour sa biodiversité et pour la crédibilité d’une filière de la méthanisation qui doit encore faire ses preuves.

Le communiqué de France Nature Environnement est ici.

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Une partie du glacier « de l’Apocalypse » en antarctique pourrait se désintégrer d’ici cinq ans

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 30/01/2022.

C’est l’un des glaciers les plus surveillés car sa fonte aurait des conséquences irréversibles. Situé dans l’ouest de l’Antarctique, le glacier Twaites surnommé le glacier de l’Apocalypse, de la taille d’un quart de la France, est en train de se fissurer. Un tiers de ce géant des glaces pourrait se détacher d’ici cinq ans, avec des effets domino en cascade qui pourraient faire dangereusement grimper le niveau des océans.

Thwaites contribue déjà à 4 % de l’augmentation du niveau de la mer. @Nasa

Le glacier Thwaites, surnommé le glacier de l’Apocalypse, un mastodonte de 120 km de large, 600 km de long et 3 km de profondeur, soit à peu près un quart de la France, situé à l’ouest de l’Antarctique, est de plus en plus menacé par le changement climatique. De récentes observations satellites, révélées en décembre dernier, montrent de nouvelles fissures. Celles-ci progressent de plus en plus vite, si bien que « l’effondrement final de la dernière plateforme glaciaire du glacier Thwaites [qui représente un tiers du glacier] pourrait débuter dans un délai aussi rapide que cinq ans », écrivent les glaciologues.

« La plate-forme glaciaire est un peu comme un pare-brise, avec une série de fissures qui s’ouvrent lentement. Vous vous dites : ‘Il faudrait que je change mon pare-brise’ et un jour, bang, il y a des millions d’autres fissures », explique la glaciologue Erin Pettit à la revue Science. Le glacier se creuse aussi par en-dessous, en raison de l’eau de mer plus chaude qui s’y infiltre, et se décroche peu à peu de la roche. Un véritable cercle vicieux qui s’accélère avec des conséquences dramatiques. Car si le glacier cède, c’est l’ensemble des glaciers de la zone qui pourraient s’effondrer à leur tour, dans un effet domino.

« Comme un bouchon qu’on retire »

« Ce sont des informations inquiétantes, analyse pour franceinfo Catherine Ritz, glaciologue à l’Institut des géosciences de l’environnement. Ce glacier est vraiment le talon d’Achille de l’Antarctique de l’Ouest (…) et ce qui l’empêche de tomber est cette partie flottante fragilisée. » Thwaites contribue déjà à 4 % de l’augmentation du niveau de la mer et ce taux pourrait atteindre 25 % si la plateforme se détachait.

Si le glacier disparaissait, le niveau de la mer monterait alors de 65 cm mettant en péril les habitants des zones côtières partout dans le monde, y compris en France. Mais ça ne s’arrêterait pas là. Cela entraînerait l’effondrement des glaciers voisins, avec pour conséquence une élévation du niveau de la mer de trois mètres, sans doute d’ici plusieurs siècles. « C’est un peu comme un bouchon qu’on retire », illustre Catherine Ritz. Si la fonte des glaciers inéluctable, il est indispensable de la ralentir. Le seul moyen pour y arriver reste la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre.

L’article de Novethic est ici.

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Barrage illégal de Caussade : la chambre d’agriculture condamnée

Un communiqué de presse de FNE, le 13/01/2022.

La décision est tombée ce jeudi 13 janvier 2022 en début d’après-midi, les protagonistes responsables de la construction du barrage illégal du lac de Caussade, dans le Lot-et-Garonne ont été condamnés par la cour d’appel d’Agen à dix mois de prison avec sursis et à 7000 euros d’amende. La Chambre d’Agriculture a été quant à elle condamnée à 40 000 euros d’amende, dont 20 000 avec sursis. À quelques jours des conclusions du Varenne agricole qui menace de déstabiliser la politique de l’eau en France, France Nature Environnement et ses associations membres saluent cette décision qui confirme les infractions pour de graves atteintes à l’environnement. 

Barrage illégal de Caussade. Photo Morad Cherchari

Les délinquants environnementaux condamnés par la justice

C’est une première et France Nature Environnement s’en félicite : enfin des délinquants environnementaux, élus dirigeants de la Chambre d’agriculture ont été condamnés par la justice française, tout comme la Chambre consulaire elle-même. À l’issue d’une saga politique et judiciaire qui dure depuis l’été 2018, Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken, président et vice-président de la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, ont été condamnés en appel pour avoir construit un barrage illégal. Toutefois nous observons avec regret que la justice réduit les peines sous la pression du monde agricole et des élus locaux, ce qui témoigne du fait qu’elle n’est pas à la hauteur de l’urgence écologique. Il est vraiment temps que la France se dote de véritables juridictions spécialisées dans l’environnement.

Cette décision rappelle que la loi est la même pour tous et que la destruction de l’environnement mérite des sanctions. Des sanctions qui étaient particulièrement attendues, dès lors que les instigateurs et chefs d’orchestres de cette opération illégale ont déjà été condamnés par le passé pour des faits de violence sur gendarmes et des faits de destruction lors de manifestations agricoles. N’hésitant pas à utiliser leurs mandats électifs et leurs soutiens politiques parmi les élus locaux, ils ont détourné l’argent public de la chambre consulaire (plus d’1,5 million d’euros) aux fins de servir les intérêts de quelques utilisateurs et leurs intérêts propres.  Aujourd’hui, le barrage est construit et il est exploité aux mépris de l’environnement (en travers d’un cours d’eau au sein d’une masse d’eau identifiée en déséquilibre quantitatif) et de la sécurité du public, alors que des études montrent des risques de rupture.

Cette décision de justice ne peut être que la première étape d’un nécessaire rétablissement de l’ordre public. C’est pourquoi, France Nature Environnement demande d’une part à Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation d’exercer avec diligence la tutelle de l’État afin que l’établissement public agricole retrouve un fonctionnement normal, et d’autre part, que le Préfet use de ses pouvoirs les plus coercitifs pour que le site de Caussade soit remis en état dans les meilleurs délais. Ce n’est qu’au prix de ces décisions politiques que l’État de droit pourra être rétabli dans ce département. Les règles édictées pour le partage équitable de l’eau bien commun et le respect des milieux aquatiques doivent être respectées partout, par tous.

Le cadre politique du partage de l’eau doit être respecté et stabilisé, y compris par les pratiquants de l’irrigation intensive

Ce jugement pénal intervient alors que le Varenne agricole va rendre ses conclusions fin janvier. France Nature Environnement n’y a volontairement pas participé, considérant dangereux de remettre en cause les consensus collectivement obtenus lors les Assises de l’Eau 2019 pour le seul bénéfice de l’irrigation intensive. Elle a fait valoir son point de vue au sein de l’instance légitime, le Comité National de l’Eau, qui a rendu un avis également très critique le 17 décembre dernier.

La SEPANLOG, la SEPANSO et FNE Nouvelle Aquitaine, associations membres de France Nature Environnement, redisent également leur adhésion à une réflexion territorialisée sur la juste place de l’irrigation dans le contexte d’une ressource très fragilisée par le changement climatique. Celle-ci doit se faire au sein des Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) et des Projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), qui sont le cadre normal du dialogue nécessaire entre l’ensemble des acteurs de l’eau. Elle suppose en premier lieu que tous respectent les règles communes.

« Le cas de Caussade montre que dans certains départements, les règles de droit et le dispositif de concertation validé au plan national peuvent être écartées, en brutalisant les milieux aquatiques et en multipliant les menaces vis-à-vis des associations environnementales. C’est inacceptable, comme il est inacceptable de vouloir faire régresser la politique publique de gestion quantitative comme le demandent une partie des acteurs agricoles lors du Varenne. À l’heure du bouleversement climatique du cycle de l’eau, le partage équilibré de la ressource entre tous les usagers doit pouvoir bénéficier d’une stabilité des politiques publiques, sinon les conflits ne cesseront de s’aggraver sur les territoires », souligne Florence Denier-Pasquier, administratrice France Nature Environnement en charge de la gestion quantitative.

Le communiqué de presse de France Nature Environnement est ici.

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Transition agricole : encore sept années perdues

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 26/01/2022.

C’est de l’avis de nombreux spécialistes, le secteur le plus difficile à transformer. La preuve avec la réforme de la Politique agricole commune qui priorise le fait d’aider un maximum d’agriculteurs plutôt que de récompenser les plus vertueux en matière environnementale et inciter les autres à suivre cette voie. En France, la feuille de route déclinée de la Pac fait l’objet de nombreuses critiques, avec le sentiment d’une occasion ratée. Une fois de plus.

Environ 80 % des agriculteurs seraient éligibles aux éco-régimes sans rien changer. @pixabay / jplenio

Le choix, totalement assumé de la part du ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, était d’embarquer un maximum d’agriculteurs dans la nouvelle Politique agricole commune (Pac), qui s’appliquera de 2023 à 2027. Et c’est bien ce qui ressort du plan stratégique national (PSN), déclinaison française de la Pac, transmis à Bruxelles en fin d’année dernière. Chaque État-membre est tenu d’envoyer ce document à la Commission européenne qui donnera ensuite son feu vert avant son application. Ces plans doivent être conçus pour répondre aux objectifs européens d’une baisse de 55% des émissions de CO2 à l’horizon 2030 et d’une diminution par deux de l’usage des pesticides d’ici 2030, avec 25% des surfaces agricoles dédiées au bio (contre moins de 9% aujourd’hui).

Mais dans l’Hexagone, le plan stratégique national fait l’objet de nombreuses critiques face à ce que certains considèrent comme une « véritable occasion manquée ». Dans une tribune adressée au président de la République le 20 décembre, une quarantaine d’étudiants en agronomie et sciences politiques de six écoles, dont AgroParisTech et Sciences-Po Lille et Paris, jugent ainsi qu’il « incarne davantage l’immobilisme qu’une volonté de changement ». « Au moment d’accéder à la présidence du Conseil de l’UE, la France (…) aurait dû se positionner en tant que leader de la transition agroécologique européenne » regrettent-ils.

« L’objectif n’est pas de soutenir les agriculteurs les plus vertueux »

Le principal reproche qui est adressé à cette feuille de route censée verdir l’agriculture est son manque d’ambition sur les éco-régimes, venus remplacer le paiement vert. Ainsi, 79 % des grandes cultures y sont déjà éligibles sans rien changer, et 13 % pourront le devenir en modifiant une petite partie de leur choix de cultures. Investir dans la transition agroécologique et l’agriculture de demain « n’est possible que si vos revenus le permettent », s’est justifié le ministre. « L’objectif est donc de soutenir l’ensemble des agriculteurs et non pas les plus vertueux en matière d’environnement » tranche Mathieu Courgeau, paysan en Vendée et président de la plateforme ‘Pour une autre Pac’.

Une autre critique porte sur le fait que pour toucher certaines aides, le label ‘Agriculture biologique’ est placé au même niveau que le label ‘Haute valeur environnementale’ (HVE), actuellement moins-disant mais largement mis en avant par le ministère. Ce-dernier fait valoir qu’une réforme de son cahier des charges est en cours mais elle n’a pas encore été rendue publique. « Une inconnue subsiste donc sur le gain environnemental attendu » alerte l’Autorité environnementale tout en ajoutant « que la trajectoire tracée par le futur PSN ne rejoindra pas d’ici 2030 celle de la stratégie nationale bas carbone, ni celle du plan biodiversité ». « La prise en compte de la certification HVE pour les écorégimes de la PAC doit être conditionnée à une révision profonde de son cahier des charges faute de quoi, c’est l’ensemble du dispositif d’écorégime français qui se trouvera décrédibilisé » indiquait aussi l’Iddri dans une note de mars 2021.

L’agriculture biologique risque d’être freinée

« Les agriculteurs français ont toujours eu accès à des aides sans conditions, il est donc très compliqué d’introduire des critères de conditionnalité » explique Jean-Christophe Bureau, Professeur à AgroParisTech, spécialiste des politiques agricoles. « Alors que nous avions déjà perdu sept ans, nous allons en reperdre sept de plus car je ne vois pas de voie possible pour une amélioration à mi-parcours », ajoute-t-il. « Il faudrait que la Commission découvre le pot-aux-roses autour de ce label HVE, c’est en tout cas le lobbying que nous allons mener ces prochains mois » annonce Loïc Madeline, secrétaire national en charge de la réforme de la PAC à la FNAB (Fédération nationale de l’agriculture biologique).

L’éleveur polyculteur installé en bio en Normandie s’inquiète pour l’avenir de l’agriculture biologique alors que les aides au maintien à l’installation vont être supprimées. « Il y a un risque de mettre un coup de frein à l’agriculture biologique qui traverse une période de sur-régime. C’est un pari extrêmement dangereux pour l’avenir. Plus le temps passe et plus les fermes sont grandes et difficiles à transmettre et plus la Pac ne se déverse que sur un petit nombre d’agriculteurs » résume Loïc Madeline. À contre-courant, le Royaume-Uni, qui est sorti de l’Union européenne, entend remplacer la Pac par un système de subventions entièrement dédié au verdissement de l’agriculture.

L’article de Novethic est ici.

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Pourquoi la France devient le nouvel eldorado de l’économie circulaire

Un article de Novethic, par Mathilde Golla, le 21/01/2022.

L’économie circulaire est la star des investissements étrangers en France. Eastman, Ikea, Loop… ces géants vont engager des milliards dans l’Hexagone pour développer des projets d’économie circulaire dont « la plus grande usine de recyclage moléculaire de plastiques du monde ». Une opportunité pour la France de faire basculer les modèles industriels vers plus de durabilité, tout en réduisant sa dépendance aux matières premières. 

La France accélère dans l’économie circulaire. @Pixabay / Hans

L’Hexagone a été choisi par les investisseurs étrangers pour y déployer leurs activités d’économie circulaire. L’américain Eastman mobilise en effet 850 millions d’euros pour construire « la plus grande usine de recyclage moléculaire de plastiques du monde » afin de « développer l’économie circulaire ». L’objectif est de recycler 160 000 tonnes par an de déchets, y compris du textile. Quant au québécois Loop, il s’associe à Suez pour développer des projets de recyclage du plastique à hauteur de 250 millions d’euros. Ikea a de son côté fait part d’un investissement de plus de 650 millions d’euros pour des projets d’économie circulaire en France.

« Ces investissements sont une très bonne nouvelle, ils vont permettre à la France de passer d’élève moyen à bon élève », indique Eric Berger, chef de projet industrie au Shift Project. Le pays affiche aujourd’hui un taux de recyclage du plastique inférieur à 30% alors que la France veut devenir exemplaire dans ce domaine avec l’ambition de recycler 100% du plastique en 2025. Ces nouvelles capacités vont aussi réduire les exportations françaises de déchets plastiques, qui s’élevaient à 750 000 tonnes en 2020 selon l’Ademe, alors que de plus en plus de pays refusent de les traiter. Les pouvoirs publics déroulent donc le tapis rouge à ces projets d’économie circulaire : dans le cadre de Choose France, les aides publiques consenties sont comprises entre 5% et 10% du montant des investissements.

La demande des industriels explose

La demande des industriels français, tirée par les nouvelles réglementations, est forte. Avant même d’être sortie de terre, l’usine de Loop a déjà vendu son plastique recyclé à Danone, L’Oréal et L’Occitane qui visent 100% d’emballages d’origine recyclée ou bio-sourcée à horizon 2025 ou 2030. Même succès pour Eastman qui a reçu des lettres d’intentions de LVMH, Estée Lauder ou Procter & Gamble. « Les industriels veulent aussi améliorer leur bilan carbone et leur étiquetage environnemental, y compris sur le scope 3, ce qui passe par la prise en compte de l’impact de tous les matériaux utilisés », indique Sébastien Delpont, porte-parole de Greenflex, une société qui accompagne les entreprises dans leur transition écologique. Dans un contexte de pénuries, les matières recyclées locales permettent également de sécuriser les approvisionnements.

Résultat, la demande en matière recyclée est plus forte que l’offre et les cours du plastique recyclé augmentent. Il devient donc rentable de produire du plastique recyclé et l’économie circulaire se dote d’un modèle économique attractif. « Un changement de modèles industriels vers plus de circularité s’opère avec, à la clé, la création d’emplois non délocalisables », note ainsi Emmanuelle Ledoux, directrice générale de l’Institut National de l’Économie Circulaire (Inec). Ce déploiement est aussi facilité par l’existence « d’un écosystème installé en France avec la présence de champions, comme Veolia ou Suez, mais aussi d’entreprises innovantes », ajoute la spécialiste. Par exemple, le Français Carbios, qui a inventé le recyclage à l’infini des déchets plastiques grâce à un nouveau procédé biologique, est implanté à Clermont-Ferrand.

Toutefois, pour que l’économie circulaire prenne son envol, « la France doit encore améliorer la collecte qui reste un problème », souligne Alexis Lemeillet, expert en prévention et gestion des déchets. L’enjeu est de taille pour la France qui, avec le développement de telles filières, cherche à « retrouver une autonomie sur les matières premières, au même titre que l’État recherche une indépendance énergétique », indique Sébastien Delpont.

L’article de Novethic est ici.

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Glyphosate : « Tous les Français sont contaminés »

Un article de Reporterre, par Julie Lallouët-Geffroy, le 17/01/2022.

Le glyphosate est présent dans l’urine de 99,8 % des Français, révèle une récente étude. En particulier chez les consommateurs d’eau du robinet, d’eau de source et de jus de fruits.

Les Pisseurs involontaires de glyphosate affichant la concentration de l’herbicide présente dans leurs urines, en 2018.
© Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

Le glyphosate est présent dans l’urine de l’ensemble de la population française, montre une étude publiée le 12 janvier dans la revue Environmental Science and Pollution Research. Près de 7 000 Français ont participé à ces analyses d’urines entre 2018 et 2020. Les taux de glyphosate sont plus élevés chez les hommes, les enfants, les fumeurs et les agriculteurs, mais aussi durant le printemps et l’été. Daniel Grau est l’un des auteurs de l’étude. Statisticien, il coordonne le groupement scientifique de l’association Campagne Glyphosate qui a organisé les collectes d’urines.


Reporterre — Votre étude montre que 99,8% des presque 7 000 Français qui se sont fait tester avaient du glyphosate dans leurs urines. Avec un taux moyen de 1,19 nanogramme par millilitre (ng/ml), soit douze fois la norme qui s’applique pour l’eau potable.

Daniel Grau — Tout à fait, l’ensemble des participants ont du glyphosate dans leurs urines. Lors des collectes, qui ont eu lieu dans 84 départements français, nous avons distribué des questionnaires aux participants concernant leur mode de vie. L’échantillon n’est pas représentatif ; par rapport à la population française, nous avons beaucoup de consommateurs de produits biologiques, peu de fumeurs, beaucoup de femmes, de retraités et d’agriculteurs. Malgré cela, ces personnes ont des taux élevés. Il est fort probable qu’un échantillon plus représentatif de la population renverrait un taux moyen plus élevé.

Nos résultats confirment ce que d’autres publications scientifiques avaient déjà souligné : des taux de glyphosate plus élevés chez les hommes et les moins de 15 ans. Sans surprise, les taux sont plus élevés chez les agriculteurs et notamment chez les viticulteurs, car ces professions travaillent avec cet herbicide. Mais aussi chez les fumeurs, car le glyphosate est utilisé comme dessicant en prérécolte dans la culture du tabac pour l’assécher. À l’inverse, on observe des taux en baisse lorsque l’on mange essentiellement bio, à plus de 85 %.

Vous apportez également des éléments nouveaux, en particulier en ce qui concerne les saisons et l’eau du robinet.

Nous avons observé que les taux de glyphosate dans les urines sont plus élevés au printemps et en été : 1,4 ng/ml entre mai et septembre, contre 1,05 ng/ml entre octobre et avril. Ces résultats se vérifient sur l’ensemble des participants et sont confirmés par une série de 1 800 échantillons provenant de quelques départements où plusieurs prélèvements ont eu lieu à quatre périodes différentes de l’année. Ces résultats interrogent : les épandages sont-ils responsables de ces taux élevés ? Si oui, on peut se demander quel est l’apport de la contamination par voie aérienne qui toucherait les voies respiratoires. Ce sujet est un angle mort, car d’après la fiche toxicologique de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) de septembre 2019, l’absorption après exposition par inhalation n’a pas été déterminée. C’est une hypothèse qui mérite d’être approfondie.

En ce qui concerne l’eau, nous constatons des taux de contamination plus élevés chez les consommateurs d’eau du robinet et d’eau de source, et plus faibles chez les personnes consommant de l’eau filtrée. En revanche, aucun élément significatif n’est ressorti concernant l’eau en bouteille.

Le cas des jus de fruits vous a aussi interpellé.

Oui, on observe des taux plus élevés chez les consommateurs de jus de fruits, cela pose plusieurs hypothèses à creuser. Ces taux s’expliquent-ils par la consommation ou par le produit ? Les jus de fruits, en particulier les oranges, contiennent du glyphosate, et ce sont surtout les enfants qui en consomment. Quelle est la cause des taux élevés chez les consommateurs, le métabolisme de l’enfant ou le jus de fruits ?

Cette étude est le fruit d’une campagne de collecte qui s’est étalée de 2018 à 2020, suivie de deux ans de travail d’analyse des données. Les citoyens sont venus se faire tester et ont payé eux-mêmes leurs frais d’analyses. Peut-on parler de « science citoyenne » ?

C’est en effet une forme de science citoyenne ou participative, dans la mesure où des citoyens, amateurs ou non, contribuent au recueil de données pour permettre aux scientifiques d’avancer sur la connaissance d’un sujet. Dans le cas présent, c’est encore plus fort, puisque ce sont les citoyens qui financent la recherche des scientifiques. Cela peut pousser l’État à financer des travaux de recherche.

J’aimerais que d’autres scientifiques se saisissent de ce travail et entament leurs propres études. Nous avons présenté des résultats significatifs qui ouvrent de nouvelles hypothèses que ce soit sur l’épandage, l’eau du robinet, les habitudes alimentaires ou encore les jus de fruits. Aux professionnels de poursuivre ce travail.

L’article de Reporterre est ici.

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Pollution chimique : une cinquième limite planétaire vient d’être franchie

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 19/01/2022.

Destruction des habitats sauvages, perte de biodiversité, changement climatique… le monde a déjà franchi quatre des neufs limites planétaires, mais la situation s’aggrave. Des chercheurs, qui ont pour la première fois évalué l’impact du cocktail des polluants comme les antibiotiques, les pesticides, ou les plastiques sur la planète, estiment qu’un cinquième seuil critique vient d’être dépassé. Ils appellent à un plafonnement de la production mondiale et de rejet des produits chimiques.

Face à l’urgence de la situation, les chercheurs appellent à une « action urgente ». Istock / luoman

C’est une étude majeure que viennent de signer plus de 14 scientifiques dans la revue Environmental Science et Technology. Ils affirment que sur les neuf limites planétaires, celle des polluants environnementaux, dont le plastique, vient d’être franchie. « La production de produits chimiques a été multipliée par 50 depuis 1950. Elle devrait encore tripler d’ici 2050 », affirme une des co-autrices de l’étude, Patricia Villarubia-Gomez, doctorante au Stockholm Resilience Center (SRC).

Au total, les chercheurs évaluent que plus de 350 000 types différents de produits chimiques manufacturés sont présents sur le marché mondial. Ils prennent en compte les plastiques, les pesticides, les produits chimiques industriels, les antibiotiques, les produits pharmaceutiques et les produits chimiques présents dans les produits de consommation. « La vitesse à laquelle ces polluants apparaissent dans l’environnement dépasse de loin la capacité des gouvernements à évaluer les risques mondiaux et régionaux, sans parler de contrôler les problèmes potentiels », a déclaré une autre co-autrice, Bethanie Carney Almroth, de l’Université de Göteborg. C’est la première fois que des chercheurs évaluent l’impact du cocktail de polluants environnementaux et cela comble une lacune de taille. Car, jusqu’ici, impossible de savoir si cette limite planétaire avait été franchie.

Pour bien mesurer l’ampleur de la situation, des spécialistes en sciences environnementales ont créé en  2009 le concept de limites planétaires. Ils ont défini neuf variables qui régulent la stabilité de la planète et qu’il ne faut pas dépasser pour assurer un développement « sûr et juste » pour l’humanité. Parmi eux se trouvent le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, l’acidification des océans ou encore l’utilisation mondiale de l’eau. La pollution chimique est la cinquième limite que le monde a franchi.

« Un carrefour historique et planétaire »

« Nous sommes clairement à un carrefour historique et planétaire », a tweeté le climatologue américain Peter Kalmus. « C’est une grande et sombre nouvelle », a également réagi sur le réseau social Kate Raworth, économiste à l’origine de la théorie du Donut, une approche de l’économie qui consiste à intégrer les limites à la fois sociales et environnementales de la planète.

« Certains de ces polluants peuvent être trouvés dans le monde entier, de l’Arctique à l’Antarctique, et peuvent être extrêmement persistants. Nous avons des preuves accablantes d’impacts négatifs sur les systèmes terrestres, y compris la biodiversité et les cycles biogéochimiques », explique Bethanie Carney Almroth.

Face à l’urgence de la situation, les chercheurs appellent à une « action urgente », une meilleure gestion des produits chimiques et à « des accords internationaux menant à la prévention de la pollution à la source et à une évolution vers une utilisation circulaire des matériaux ». Le 17 janvier, plusieurs gros groupes comme Coca-Cola et Unilever ont d’ailleurs appelé à un pacte mondial contre la pollution plastique alors que seulement 10 % de tout le plastique fabriqué est recyclé. Si les auteurs de l’étude pointent l’importance de passer à une économie circulaire massive, ils appellent surtout à fixer un plafond de production et de rejet des produits chimiques.

L’article de Novethic est ici.

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Justice climatique : Après la condamnation de Shell aux Pays-Bas, une trentaine de multinationales dans le viseur

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 20/01/2022.

BP, RWE, Unilever… 30 gros groupes carbo-intensifs sont visés par l’ONG Milieudefensie. Cette dernière, qui a réussi, pour la première fois au monde, à contraindre une multinationale à rehausser ses ambitions climatiques en passant par la voie judiciaire, compte bien continuer sur sa lancée. Elle laisse un sursis de trois mois à ces 30 nouvelles entreprises avant d’enclencher les poursuites. Leur avocat, Robert Cox, prévoit une avalanche de litiges.

Ecology Law

« Vous recevez cette lettre parce que vous dirigez une entreprise qui exerce un contrôle et une influence sur une quantité importante d’émissions de CO2 ». Voici comment débute la lettre de l’ONG Milieudefensie, la branche des Amis de la Terre aux Pays-Bas, envoyée à plus de « 30 grands pollueurs » le 13 janvier. L’ONG appelle notamment l’énergéticien RWE, le pétrolier BP, le géant de l’agroalimentaire Univeler ou encore la compagnie aérienne KLM, à présenter un plan climatique concret et réalisable dans les trois prochains mois. Ce dernier doit détailler comment ces entreprises carbo-intensives comptent réduire leurs émissions de CO2 d’au moins 45 % d’ici 2030.

« Maintenant que les tribunaux obligent Shell à prendre ses responsabilités dans la résolution de la crise climatique, il est clair que d’autres grands émetteurs devront également prendre des mesures rapides pour passer au vert », a expliqué le directeur de Milieudefensie, Donald Pols. La condamnation de Shell aux Pays-Bas a en effet créé une étincelle. En mai dernier, le pétrolier a été condamné par un tribunal néerlandais à rehausser ses ambitions climatiques. Une décision historique puisque, jusqu’ici, seuls des pays avaient été condamnés pour leur manque d’ambition climatique.

Une déferlante de litiges 

Interrogé par Novethic, Robert Cox, l’avocat qui a fait tomber Shell, prévoit même une avalanche de litiges climatiques à court-terme. « Nous sommes en train de développer de nouvelles affaires liées au climat. Elles seront probablement annoncées dans les prochains mois », prévient-il. Comme le montre la diversité des 30 entreprises ciblées par Milieudefensie, « ce sont surtout les grands émetteurs de CO2, quel que soit leur secteur d’activité, qui vont devoir faire face à une multiplication des actions en justice. Il en va de même pour les plus grands investisseurs et bailleurs de fonds de ce type d’entreprises », précise Robert Cox.

Si la condamnation de Shell, qui a fait appel, a accéléré le mouvement, depuis quelques années déjà, les litiges climatiques connaissent une recrudescence. Dans son troisième rapport dédié au sujet, la London School of Economics (LSE) évalue que depuis 2015, le nombre d’affaires liées au changement climatique a plus que doublé. « Un peu plus de 800 affaires ont été déposées entre 1986 et 2014, tandis que plus de 1 000 affaires ont été déposées au cours des six dernières années », note la LSE en collaboration avec le Grantham Institute on Climate Change.

La pression s’intensifie sur les entreprises. En mai dernier, l’avocat en droit de l’environnement Arnaud Gossement estimait que « les contentieux contre les entreprises sont encore plus puissants que ceux visant les États. Pour elles, la réaction est immédiate. Elles doivent faire face à une baisse des cours en Bourse, à la méfiance des investisseurs, au risque juridique… La pression est plus forte et plus rapide ». En France, plusieurs entreprises sont poursuivies comme Casino pour son rôle dans la déforestation ou encore Total sur sa politique climatique. Les avocats Sébastien Mabile et François de Cambiaie, qui représentent un collectif d’associations et de collectivités dont Notre affaire à Tous, s’appuient sur le devoir de vigilance du pétrolier pour qu’il réhausse des ambitions climatiques. Un litige assez similaire à celui de Shell.

L’article de Novethic est ici.

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Effondrement de la biodiversité : l’État attaqué en justice

Un article de Reporterre, par Émilie Massemin, le 11/01/2022.

Plusieurs ONG ont déposé le 10 janvier un recours contre l’État en vue de stopper définitivement l’usage des pesticides. Ceux-ci sont la cause majeure de l’effondrement de la biodiversité. Elles espèrent mettre ainsi l’État face à ses responsabilités.

Photo d’illustration. Jean-François Monier/AFP

« Nous attaquons l’État pour manquement à ses obligations de protection de la biodiversité. » C’est par ces mots que Julie Pecheur, directrice du plaidoyer à Pollinis, a annoncé le recours déposé par Pollinis, Notre affaire à tous, l’Aspas, Anper-TOS [1] et Biodiversité sous nos pieds au tribunal administratif de Paris, lundi 10 janvier.

Par cette démarche, première du genre dans le monde entier et qui s’inscrit dans la continuité de l’Affaire du siècle pour le climat, les associations visent le système français d’évaluation et d’autorisation de mise sur le marché des pesticides. « Beaucoup de substances sont attaquées en France et dans d’autres pays européens, a expliqué Chloé Gerbier, juriste pour Notre affaire à tous. Avec ce recours, il s’agit d’arrêter d’essayer de boucher les trous de la passoire et de prendre le problème des pesticides dans sa globalité en remettant en cause toutes les autorisations des pesticides d’un coup. »

L’objectif est d’enrayer l’effondrement en cours de la biodiversité en général et des insectes pollinisateurs en particulier. « Depuis quelques années, des études de plus en plus nombreuses constatent une diminution significative et continue des populations d’insecte et de toute la biodiversité en général partout dans le monde, a rappelé Julie Pecheur. Les chercheurs désignent presque toujours l’usage désormais immodéré et systématique des pesticides comme cause majeure de cet effondrement. » 40 % des espèces d’insectes sont ainsi en déclin et près du tiers sont menacées d’extinction dans le monde. Or, « ce sont les insectes, les abeilles sauvages, les papillons qui fécondent toutes les plantes à fleurs de la planète et 80 % de nos cultures en Europe. Nous parlons de notre sécurité alimentaire », a alerté la directrice du plaidoyer de Pollinis.

Des failles dans l’évaluation

Actuellement, l’autorisation de mise sur le marché d’une nouvelle molécule se déroule en deux temps. « La substance active est évaluée au niveau européen par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) puis définitivement approuvée par le Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation animale (Scopaff), présidé par la Commission européenne », a détaillé Barbara Berardi, responsable du pôle pesticides de Pollinis. Puis l’autorisation du produit est accordée au niveau national par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). « Le glyphosate est autorisé au niveau de l’Europe et le Round-Up qui le contient au niveau français », a illustré Julie Pecheur.

Le glyphosate, principal composant du Roundup, est classé « cancérogène probable pour l’homme » par l’OMS.

Problème, ce processus présente de nombreuses failles, alertent les ONG. «Les produits ne sont évalués ni sur certains types de faune et notamment la pédofaune [2], ni sur tous les pollinisateurs; certaines études, menées hors champ, sont loin de la réalité et peu crédibles; les autorisations sont données pour des durées très longues, ce qui ne permet pas de les adapter aux nouvelles connaissances scientifiques. Il est très difficile d’interdire une substance même si l’on a des preuves de sa toxicité», a énuméré Chloé Gerbier. « On vérifie la toxicité aiguë d’un pesticide, mais pas sa toxicité chronique ni les effets cocktail ; on ne vérifie pas systématiquement ses effets sur le développement des organismes et notamment des larves et des nymphes », a complété Julie Pecheur.

Pour Barbara Berardi, c’est toute la logique d’évaluation du risque qui est à revoir. « On se fonde sur un schéma d’évaluation qui remonte à 2002 et qui est totalement obsolète. De nouvelles lignes directrices existent, mais elles sont bloquées depuis huit ans au niveau du Scopaff », dit-elle à Reporterre. Certes, la science peine encore à mesurer les effets et l’ampleur de certains phénomènes liés aux pesticides comme le fameux « effet cocktail ». Mais « on sait qu’ils existent. Face à l’effondrement de la biodiversité, il faut adopter des mesures d’urgence. Car si l’on attend le développement de tous les protocoles nécessaires, on se retrouvera dans une situation où l’on n’aura plus de biodiversité à évaluer », insiste-t-elle.

Par ce recours, les associations espèrent mettre l’État face à ses responsabilités. Car « malgré les engagements à répétition du gouvernement, il ne se passe rien », a déploré Chloé Gerbier. En témoigne l’échec du plan Écophyto, dont l’objectif de réduire de 50 % l’utilisation des pesticides a été repoussé de 2018 à 2025. « D’après la Cour des comptes, ce sont des millions, voire des milliards d’euros, qui ont été perdus dans ce plan, alors que l’utilisation des pesticides continue d’augmenter », a rappelé la juriste. Le 4 janvier dernier, Emmanuel Macron a reconnu « ne pas avoir réussi » à sortir du glyphosate comme il s’y était engagé en novembre 2017. Autre recul, les néonicotinoïdes — surnommés « tueurs d’abeilles » en raison de leur toxicité —, interdits en France depuis 2018, ont été réautorisés pour 2022 dans les cultures de betteraves.

Ping-pong judiciaire

Ce projet de recours ne date pas d’hier. En septembre dernier, Notre affaire à tous et Pollinis avaient lancé la campagne Justice pour le vivant à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). « L’État avait deux mois pour répondre à cette requête préalable, a expliqué Chloé Gerbier. Il ne l’a pas fait, c’est pourquoi nous avons décidé de l’attaquer. » C’est un véritable marathon qui commence. « Nous avons déposé un premier mémoire qui est une requête introductive d’instance. Nous allons ensuite déposer un mémoire complémentaire avec encore plus de preuves scientifiques, puis nous entrerons dans une période d’échanges de mémoires avec l’État », poursuit la juriste. Un ping-pong judiciaire qui devrait durer « un an et demi avant le premier jugement, ou plus de temps encore ».

Mais les ONG sont plus que motivées. « Avec ce recours, nous voulons obliger nos représentants politiques à amorcer d’urgence un changement radical dans la manière dont nous produisons notre nourriture. Il est déjà possible de produire autrement, sans pesticides de synthèse. Partout en France des agriculteurs le font déjà, avec la production en bio, agroécologie, sur tous types de cultures, quelles que soient les conditions climatiques et géographiques, a rappelé Julie Pecheur. Les plans de transition existent. Ils détaillent comment on pourrait, en quelques années, réorienter complètement les politiques publiques qui encadrent l’agriculture. C’est non seulement possible, mais surtout indispensable. »

L’article de Reporterre est ici.

[1] Association pour la protection des animaux sauvages et Association nationale pour la protection des eaux et rivières — truites, ombres, saumons.

[2] Faune du sol.

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Le coût des catastrophes climatiques en France pourrait doubler d’ici 2050

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 14/01/2022.

Des sécheresses plus fréquentes, des inondations plus coûteuses et une facture qui pourrait doubler sur les trente prochaines années, si on prend le scénario le plus pessimiste. C’est le panorama que dresse la Fédération française de l’assurance (FFA) pour l’avenir. Le réchauffement climatique est l’un des facteurs aggravant.

Les inondations, « de plus en plus fréquentes et de plus en plus coûteuses », selon la FFA, verraient leur charge augmenter de 81 %, à 50 milliards d’euros. @Pixabay

La facture totale des sinistres climatiques en France sur la période 2020-2050 pourrait doubler par rapport aux 30 années précédentes, estime la Fédération française des assurances (FFA) dans un nouveau rapport publié en fin d’année dernière. Ils représenteraient 143 milliards d’euros d’ici 2050 contre 69 milliards d’euros entre 1989 et 2019. Une tendance à la hausse qui a déjà démarré : nous sommes passés d’un coût annuel moyen d’un peu plus d’un milliard d’euros dans les années 1980 à plus de trois milliards au cours des cinq dernières années.

Le réchauffement climatique serait responsable d’un tiers de l’augmentation. Son impact est d’autant plus élevé que la hausse des richesses a entraîné une augmentation de la « masse assurable », donc plus de bâtiments et de biens susceptibles d’être détruits en cas de catastrophe. Cela compte pour un peu plus de la moitié de l’augmentation des sinistres. Plus à la marge, la hausse s’explique aussi par des événements extrêmes liés à la variabilité naturelle du climat et par la répartition des populations avec, par exemple, une concentration sur les bords des cours d’eau.

Des sécheresses plus fréquentes et des inondations plus coûteuses

Les sécheresses deviendront de plus en plus fréquentes et leur coût pourrait tripler, à 43 milliards d’euros en cumulé d’ici à 2050. Les inondations, « de plus en plus fréquentes et de plus en plus coûteuses », selon la FFA, verraient leur charge augmenter de 81 %, à 50 milliards d’euros. Quant aux tempêtes et submersions marines, le montant des sinistres pourrait augmenter de respectivement 46 % et 133 %, pour atteindre 46 et 4 milliards d’euros.

Toutes ces hypothèses ont été fondées sur un scénario pessimiste, conduisant à un réchauffement de 4°C d’ici à 2100 par rapport à la période pré-industrielle, donc bien au-dessus de l’objectif de 1,5°C de l’Accord de Paris. Depuis plusieurs années, les tarifs des réassureurs mondiaux, qui assurent les assureurs, notamment face aux grands risques, n’ont cessé d’augmenter pour faire face à des catastrophes de plus en plus fréquentes.

2021, 4e année la plus coûteuse au niveau mondial

Rien que pour l’année 2021, le coût des catastrophes naturelles au niveau mondial a été évalué à 250 milliards de dollars, selon Swiss Re. Une hausse de 24 % par rapport à l’année précédente. La facture pour les assureurs est, elle, évaluée à 105 milliards de dollars, en hausse de 17 % par rapport à l’année précédente, indique le réassureur suisse dans un communiqué. 2021 est ainsi la quatrième année la plus coûteuse pour les compagnies d’assurances depuis 1970 pour couvrir les frais engendrés par des catastrophes naturelles, précise-t-il.

La catastrophe naturelle la plus coûteuse pour les assureurs en 2021 a été la tempête Ida, qui a notamment entraîné des inondations à New York, pour laquelle la facture pour les assureurs est estimée aux alentours de 30 à 32 milliards de dollars. En Europe, ce sont les inondations de juillet en Allemagne et en Belgique qui ont été les plus coûteuses, entraînant une facture de 13 milliards de dollars pour les assureurs et 40 milliards de dollars de pertes économiques.

L’article de Novethic est ici.

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Crise climatique et fracture sociale : voici les plus grandes menaces qui pèsent sur la planète

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 11/01/2022.

Comme chaque année, le Forum économique mondial publie le classement des risques qui pèsent le plus sur l’humanité. À court et à long terme, malgré la pandémie qui sévit depuis deux ans, c’est le changement climatique qui représente le plus grand danger. Mais attention à ne pas sous-estimer les risques de fracture sociale, alerte le rapport. Cette menace s’est considérablement accrue depuis le début du Covid-19, en raison, notamment, de l’inégalité d’accès aux vaccins.

Si la crise climatique est ainsi la plus grande menace, attention tout de même à ne pas sous-estimer les autres.
Fabrice Coffrini / AFP

C’est un rendez-vous incontournable pour les dirigeants d’entreprises, gouvernements et membres de la société civile. Chaque année, à la mi-janvier et pour une semaine, se tient le célèbre sommet de Davos. Mais cette année, comme en 2021, le Forum économique mondial a été reporté à cause de la pandémie de Covid-19. L’évènement se tiendra finalement au début de l’été mais cela n’a pas empêché le WEF de publier son traditionnel rapport des risques globaux (Global Risks Report 2022).

Cette enquête annuelle très attendue, fruit d’un questionnaire réalisé auprès de 1 000 dirigeants, experts et associations, classe les risques qui menacent l’humanité. Alors que la planète entière subit le Covid-19 depuis maintenant deux ans, la pandémie n’est pourtant pas en haut du classement des risques à long terme qui pèsent sur le monde. Elle fait même « pâle figure », selon les termes du WEF, face au changement climatique.

Et pour cause, les trois principaux risques mondiaux pour les dix prochaines années sont : l’échec des mesures climatiques, les évènements climatiques extrêmes et la perte de biodiversité. « La crise économique créée par la pandémie de Covid-19 risque de retarder les efforts de s’attaquer au changement climatique en encourageant les pays à donner la priorité aux mesures à court terme pour rétablir la croissance économique, indépendamment de leur impact sur le climat, plutôt que de poursuivre une transition verte », notent les auteurs du rapport. Même à court terme, dans les deux prochaines années, ce sont les évènements climatiques extrêmes, qui apparaissent comme les plus préoccupants.

« Désillusion et troubles sociaux »

Si la crise climatique est ainsi la plus grande menace, attention tout de même à ne pas sous-estimer les autres sujets. Notamment l’érosion de la cohésion sociale, la crise des moyens de subsistance ou encore la détérioration de la santé mentale. Trois menaces qui ont considérablement empiré depuis le début de la pandémie. « Les inégalités d’accès aux vaccins et la reprise économique inégale qui en résulte risquent d’aggraver les fractures sociales et les tensions géopolitiques », écrit le WEF. Selon les dirigeants, l’érosion de la cohésion sociale est même la principale menace à court-terme dans 31 pays, dont la France.

« Les disparités qui mettaient déjà les sociétés à l’épreuve devraient maintenant s’accentuer – 51 millions de personnes de plus devraient vivre dans l’extrême pauvreté par rapport à la tendance pré-pandémique avec le risque d’accroître la polarisation et le ressentiment au sein des sociétés », indique le WEF. « Dans le même temps, les pressions intérieures risquent de renforcer les positions d’intérêt national et d’aggraver les fractures de l’économie mondiale ».

De manière générale, entre les menaces environnementales et sociales, les dirigeants sont particulièrement pessimistes cette année. Seulement un quart des personnes interrogées se disent optimistes quant aux perspectives du monde et 11 % pensent que la reprise économique va s’accélérer. Or l’organisation craint que ce manque d’optimisme « crée un cercle vicieux de désillusion et des troubles sociaux ». « Les dirigeants mondiaux doivent s’unir et adopter une approche coordonnée et multipartite pour relever les principaux défis mondiaux et renforcer le sentiment de résilience avant la prochaine crise », a déclaré Saadia Zahidi, la directrice générale du WEF.

L’article de Novethic est ici.

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Les agrocarburants épinglés pour leur bilan environnemental

Un article de Reporterre, le 04/01/2022.

Photo d’illustration – Pxhere/CC0

Les agrocarburants présentent « un bilan environnemental négatif et un bilan climatique décevant », a estimé la Cour des comptes dans un rapport consacré à la politique de développement des agrocarburants en France, mis en ligne le 20 décembre. L’administration explique notamment que « de nombreuses études scientifiques » mettent en évidence « les multiples atteintes à la biodiversité, à la qualité de l’eau, de l’air et des sols » des agrocarburants conventionnels.

D’un point de vue climatique, elle souligne que si « la combustion des biocarburants entraîne des émissions de polluants atmosphériques comparables à celles de l’essence ou du gazole », les bénéfices supposés en termes d’absorption de gaz à effet de serre des végétaux utilisés pour leur fabrication doivent être mieux mesurés. Elle pointe en particulier les effets négatifs du changement d’affectation des sols et regrette que les dispositifs de soutien aux agrocarburants soient fondés en France sur la seule part d’énergie renouvelable incorporée et non sur la réduction effective des émissions de CO2.

La Cour des comptes émet cinq recommandations. Elle préconise en particulier la réalisation d’une évaluation des conséquences environnementales et agronomiques des matières premières utilisées pour la production d’agrocarburants. Elle estime en outre que la France doit soutenir au niveau européen l’évolution de la réglementation pour moduler selon l’origine géographique les forfaits d’émission de gaz à effet de serre pour le transport et la distribution des agrocarburants. Enfin, alors que la vente de véhicules thermiques sera interdite en 2035, elle recommande de définir une stratégie de transition pour ces produits dans le mix énergétique des transports.

L’article de Reporterre est ici.

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Anor : la construction d’une usine à pellets fait désormais partie du passé…

Un article de La Voix du Nord, par Lionel Maréchal, le 15/01/2022.

Le projet d’implantation d’une usine à pellets (granulés de bois) sur la commune d’Anor, datant de 2014, n’aura finalement pas lieu. L’arrêté préfectoral d’exploitation a pris fin. Mais pas que…

L’usine à pellets ne se fera pas. – VDNPQR

C’est l’histoire, perdue d’avance, de l’implantation d’une nouvelle usine dans le Sud-Avesnois. Là où, à l’époque, dans les années 2010, l’emploi se fait rare. Alors, on est allé d’abord sonder le voisin, dans le département de l’Aisne : et si la fromagerie de maroilles venait dans le Nord ? Le projet n’aboutit pas. C’est alors que la providence tombe du ciel… un promoteur, Jeferco, veut construire une unité de production de pellets (granulés de bois) pour alimenter des centrales industrielles de pays au nord de l’Europe. Bien sûr, le projet économique est tentant là où l’on souffre socialement – 26 emplois sont promis – mais… il est déjà un peu moins « festif » sur l’emplacement.

La zone artisanale Saint-Laurent de la commune d’Anor. En plein cœur du bocage. Dans des espaces les plus protégés de la législation, nationale et européenne : Natura 2000 et naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). Ça commence mal… D’autant plus que la société n’est pas au mieux. Elle se relève, en cette année 2014, d’un redressement judiciaire prononcé quatre ans plus tôt. Il n’empêche… dans un territoire rongé par le chômage, le futur pellet fait tourner les têtes.

Préconisations

Y compris celles d’opposants qui ne tardent pas à s’organiser : contre le projet (pollution, camions, etc.), l’association Anor Environnement voit le jour. Elle va donner du fil à retordre, juridiquement, en prenant conseil auprès des meilleurs avocats spécialisés dans l’environnement. Pour démontrer, outre les incohérences écologiques, les proportions démesurées, notamment financières : comment annoncer 15 puis 25 M € d’investissement quand l’apport est de… 700 000 €. À l’intercommunalité du Sud-Avesnois, on joue les facilitateurs mais on commence aussi à s’interroger : Alain Rattez, qui relève de nombreuses irrégularités ; Benoit Wascat, qui veut que les différentes subventions soient conditionnées au démarrage des travaux ; etc. Des préconisations importantes pour l’avenir.

L’ancien président de la communauté de communes et maire d’Anor, Jean-Luc Pérat, a même dernièrement relancé le promoteur, Jean-François Rosado : pas de réponse. C’est peut-être pour cela qu’il est mentionné, sur Internet, à l’adresse de la société : définitivement fermé. L’arrêté préfectoral de 2018, non suspensif, a également pris fin le 25 octobre dernier. La première pierre n’a pas été posée. Ni les toilettes de chantier déposées. La dernière décision judiciaire devrait donc compter pour du beurre. Fin.

Nous avons tenté à plusieurs reprises de contacter la société Jeferco de Jean-François Rosado. En vain.

Dans les Vosges… on attend

Alors que du côté de l’Avesnois, le projet « mort-né » touche à sa fin, le promoteur avait déposé un dossier « identique » dans le département des Vosges en 2017. Plus précisément dans la commune de Damblain, sur une ancienne base de l’OTAN de 300 hectares, désaffectée et en reconversion économique. Si, au nord, le deuxième arrêté préfectoral d’exploitation tombe le 25 octobre 2018 ; à l’est, c’est le 11 décembre. Trois semaines d’écart pour deux projets similaires ou un plan B… Qu’en est-il aujourd’hui ? « Ça ne bouge plus ; c’est toujours en attente, précise le maire de Damblain, Éric Grandemanche. J’ai rencontré le représentant de la société Jeferco l’été dernier. Il était encore motivé car il avait demandé que l’arrêté préfectoral, qui prenait fin en 2021, soit prolongé d’une année  ; ce qui a été accepté. Depuis, malgré mes multiples relances, plus rien… ». Et pourtant, à défaut de bocage, le site est particulièrement adapté : « Nous sommes très à l’écart des premières habitations et il y a déjà, sur place, sur cette plateforme logistique, différentes entreprises qui travaillent dans le bois ou la méthanisation. C’est dommage, c’était un beau projet. Si je n’y crois plus personnellement, la société Jeferco est toujours la bienvenue ».

2014

– 28 janvier 2014 : l’entreprise Jeferco dépose une demande d’autorisation d’exploiter une unité de 120 000 tonnes annuelles de granulés de bois pour fabriquer des pellets à destination des industriels de l’Europe du Nord.

– 24 mars : la commune accorde un permis de construire sur 13 hectares au niveau de la zone d’activité économique Saint-Laurent. « Dans un rayon de 500 mètres, on dénombre 90 habitations, soit plus de 300 habitants », selon les premiers opposants.

– 2 juin au 2 juillet : enquête publique. Création du collectif de riverains qui se prononce contre le projet – qui deviendra Anor Environnement l’année suivante.

– 18 décembre : le préfet accorde une autorisation d’exploiter.

2015

– 20 novembre 2015 : Anor Environnement dépose une requête en annulation auprès du tribunal administratif.

2017

– 28 février 2017 : le tribunal annule l’autorisation d’exploiter pour absence de capacités financières.

– 9 mars : Jeferco interjette appel, le préfet non.

– 19 juillet : le promoteur dépose un nouveau projet similaire au précédent.

2018

– 1er au 30 juin 2018 : enquête publique, avis défavorable.

– 25 octobre : le préfet accorde à la société une nouvelle autorisation d’exploiter.

2019

– 28 février 2019 : requête en annulation par Anor Environnement contre le second projet.

– 28 août : Jeferco dépose, pour le premier projet, un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État.

2020

– 13 mars 2020 : le Conseil d’État rend sa décision, le premier projet est abandonné.

– 2022 : concernant le second projet, le tribunal devrait statuer.

L’article de La Voix du Nord est ici. (réservé aux abonnés)

Précision d’Anor Environnement :

Selon le chapitre 1.4 de l’arrêté préfectoral du 25 octobre 2018 accordant à la société Jeferco l’autorisation d’exploiter une usine de pellets à Anor : « L’arrêté d’autorisation environnementale cesse de produire effet lorsque le projet n’a pas été mis en service ou réalisé dans un délais de 3 ans à compter du jour de la notification de l’autorisation, sauf cas de force majeure ou de demande justifiée et acceptée de prorogation de délai et sans préjudice  des dispositions des articles R.211-117 et R.214-97».

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Interdiction du glyphosate : Emmanuel Macron veut une réponse Européenne, après l’échec Français

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 05/01/2022.

Dans une interview au Parisien, Emmanuel Macron a reconnu « ne pas avoir réussi sur le glyphosate ». Alors que le Président s’était engagé à interdire ce pesticide controversé en France d’ici fin 2020, sans parvenir à réaliser cette promesse, il appelle désormais à une réponse commune européenne. La France, qui prend la Présidence tournante du Conseil de l’UE, va porter le sujet sur le Vieux Continent, assure-t-il. 

La licence de mise sur le marché du glyphosate en Europe arrive à échéance à la fin de l’année. ISTOCK / Dzmitry Palubiatka

C’était une de ses promesses de campagne. En novembre 2017, Emmanuel Macron s’engageait à interdire d’ici trois ans l’utilisation du glyphosate en France avant de se rétracter en 2019, sous la pression du principal syndicat agricole, la FNSEA. Près de cinq ans ont passé et le glyphosate n’a toujours pas été interdit sur le sol français. Mardi 4 janvier, dans un entretien accordé au Parisien, le chef de l’Etat a reconnu « ne pas avoir réussi sur le glyphosate », admettant avoir commis « l’erreur » en début de quinquennat d’avoir cru la France capable de sortir de ce désherbant seule sans les autres pays européens.

« Certains agriculteurs m’ont dit que si on les obligeait à sortir rapidement, ils allaient mettre la clé sous la porte, parce que leurs concurrents espagnols ou italiens, eux, pouvaient continuer à produire », a-t-il expliqué assurant qu’il fallait « agir sur ces sujets au niveau européen ». Et justement, la France a pris, depuis le 1er janvier, la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (PFUE). L’enjeu est d’autant plus crucial que la licence de mise sur le marché du glyphosate sur le Vieux Continent expire fin 2022. Les 27 devront donc décider rapidement du renouvellement ou non de cet agent actif utilisé dans plusieurs désherbants phare dont le Roundup.

Des conclusions opposées 

Le sujet est très sensible. Bien que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), branche de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ait classé, en 2015, le glyphosate comme cancérogène probable pour l’Homme, les quatre États membres rapporteurs que sont la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède, ont conclu que le pesticide n’était ni cancérogène, ni reprotoxique, ni mutagène, c’est-à-dire qu’il ne favorise pas l’apparition d’un cancer, qu’il n’altère pas la fertilité et qu’il n’est pas source de mutations. Les quatre agences ont donc donné leur approbation pour utiliser le glyphosate dans l’UE.

Une conclusion très critiquée de la part des ONG notamment, qui pointent les différents supports d’analyse. Le CIRC appuie son expertise sur toute la littérature scientifique alors que les agences de santé fondent essentiellement leurs avis sur les études des industriels qui commercialisent les produits analysés. Dans ce contexte, difficile de savoir quelle voix portera la France sur le sujet le temps de sa présidence du Conseil de l’UE.

L’Allemagne s’affranchit de Bayer ?

En octobre dernier, 37 ONG ont signé une pétition appelant Emmanuel Macron à pousser l’interdiction du glyphosate en Europe dès la fin 2022. « La France (…) peut et doit jouer un rôle moteur et sans ambiguïté« , estiment les associations parmi lesquelles Foodwatch et Générations futures. « Dangereux pour l’environnement et la santé humaine, il est plus qu’urgent d’en finir avec le glyphosate en France et en Europe et d’amorcer une vraie transition agricole et alimentaire », ajoutent-elles.

Si la France a un rôle à jouer, la position de l’Allemagne pourrait aussi faire pencher la balance. En 2017, Angela Merkel, à la recherche d’une majorité gouvernementale en s’alliant avec les Verts, comptait s’abstenir de voter. Mais cette perspective ayant avorté, l’Allemagne avait finalement voté pour une prolongation du glyphosate en Europe, soutenant ainsi un de ses poids lourds, Bayer, qui a depuis racheté le géant américain Monsanto. Cette fois, le contexte est différent. Le nouveau gouvernement allemand, formé d’une coalition avec les Verts, entend répondre à l’urgence environnementale. Un changement de cap qui pourrait bien mettre un terme à l’utilisation du glyphosate en Europe.

L’article de Novethic est ici.

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500 scientifiques alertent sur le bois énergie

Un article de Canopée, par Sylvain Angerand, le 16/03/2021.

Cet article est la traduction en français d’une lettre ouverte de plus de 500 scientifiques du monde entier adressée à l’Union européenne, aux États-Unis, au Japon et à la Corée du Sud portant sur l’utilisation des forêts pour répondre aux usages énergétiques et le fait que la biomasse-énergie est loin d’être neutre en carbone.

Nous, scientifiques et économistes, signataires de cette lettre, tenons à vous féliciter pour les objectifs ambitieux de neutralité carbone que les États-Unis, l’Union Européenne, le Japon et la Corée du Sud se sont engagés à atteindre d’ici 2050.

La préservation et la restauration des forêts devraient jouer un rôle majeur dans l’atteinte de cette cible tout en profitant à la crise de biodiversité globale à laquelle nous sommes confrontés. Nous vous exhortons donc à ne pas saper ces objectifs de climat et de biodiversité en remplaçant la combustion des carburants fossiles par celle de la biomasse forestière pour produire de l’énergie.

Pendant des dizaines d’années, l’industrie du bois et du papier a utilisé ses déchets de production pour générer de l’électricité et de la chaleur. Cette utilisation des co-produits ne nécessite pas de prélèvements additionnels de bois. Cependant, ces dernières années s’est développé un mouvement consistant à abattre des arbres ou à mobiliser de larges fractions de récoltes de bois pour produire de l’énergie, ayant pour effet de libérer le carbone qui serait resté piégé dans les forêts sans cela.

Le résultat de ce prélèvement additionnel induit une augmentation importante des émissions de carbone, et occasionne une « dette carbone », qui s’accroit au cours du temps à mesure que plus d’arbres sont récoltés et utilisés à des fins énergétiques. La plantation d’arbres et les alternatives aux énergies fossiles, pourraient, au final, aboutir au remboursement de cette « dette carbone », mais la croissance des arbres prend du temps, un temps dont le monde ne dispose pas pour résoudre la crise climatique.

Comme l’ont montré de nombreuses études, cette combustion de bois va augmenter le réchauffement pendant des dizaines d’années voire des siècles. Ceci reste valable quel que soit le combustible fossile, que le bois remplace du charbon, du pétrole ou du gaz naturel.

Les forêts stockent du carbone, à peu près la moitié de bois sec est constitué de carbone (en masse). Quand le bois est récolté et brulé, une grosse partie de ce qui est récolté – souvent plus que la moitié – est perdue avant même que celle-ci ne produise de l’énergie utilisable, augmentant la quantité de carbone dans l’atmosphère sans même participer au remplacement de combustibles fossiles.

La combustion du bois est aussi moins énergétique, émet plus de carbone et de fumées que ses alternatives fossiles. Pour chaque kWh de chaleur ou d’électricité produite, on estime que le bois est susceptible de multiplier par deux ou trois la quantité de carbone qu’émettrait un kWh de combustible ordinaire.

Toute intensification du réchauffement global dans les prochaines décennies est préjudiciable et dangereuse. Cette intensification entrainerait plus de dommages à court et long terme :

  • à court terme plus de feux de forêts, une augmentation du niveau de la mer, plus d’épisodes de canicules ;
  • à long terme : une fonte plus rapide des glaciers et du pergélisol, plus de chaleur emmagasinée et plus d’acidification des océans.

Il n’est pas possible de supprimer ces problèmes quand bien même nous cesserions toutes émissions dès aujourd’hui, mais il est possible de ne pas les empirer.

Les incitations financières des gouvernements à brûler de la biomasse forestière aboutissent à l’aggravation de la crise climatique : cette mauvaise solution vient se substituer à une captation réelle du carbone par les forêts. En effet, les industries passent des énergies fossiles au bois énergie au lieu de s’orienter vers le solaire ou l’éolien. Ceci a pour effet d’intensifier le réchauffement au lieu de le réduire véritablement.

Dans certains endroits, comme au japon ou en Guyane Française, certaines propositions visent non seulement à brûler du bois pour produire de l’électricité mais aussi de l’huile de palme ou de soja. Recourir à ces carburants suppose une extension de la culture de palmiers et de celle du soja qui aboutira inexorablement à de la déforestation de forêts tropicales denses libérant leur stock important de carbone et annihilant leur capacité même à le stocker; ce qui contribuera en définitive à l’augmenter la teneur en CO2 de l’atmosphère.

Aucun référentiel de « gestion durable » de forêts ou de production d’huiles végétales ne peut invalider ce résultat. Une gestion durable correspond à un prélèvement de bois compensé à terme par la croissance de l’arbre, elle ne correspond pas à altérer sa capacité de stockage et à augmenter le réchauffement pendant des décennies voire des siècles. De façon similaire, chaque accroissement de la demande en huile concoure à augmenter la déforestation déjà accentuée par l’augmentation de la demande alimentaire.

Rendre les pays responsables des émissions provenant du changement d’utilisation des sols, quoique souhaitable, ne peut à lui seul corriger les écueils des réglementations nationales qui attribuent au bois énergie une neutralité carbone. Cette responsabilité ne va pas modifier les incitations financières nationales qui encouragent la création de centrales biomasse.

A titre d’illustration et sur le même principe, le fait que les pays soient responsables des émissions liées à l’utilisation de diesel ne corrigerait pas une réglementation qui inciterait les camions à utiliser plus de diesel sous prétexte que le diesel serait neutre en carbone.

Les traités qui attribuent les responsabilités climatiques à chaque pays tout comme les lois énergétiques décrétées au niveau national et qui les déclinent doivent de façon précise comprendre les effets climatiques des activités que ces textes encouragent.

Les décisions que vous allez prendre revêtent une importance cruciale sur le devenir des forêts, en effet si 2 % de l’énergie mondiale devait provenir du bois, cela entraînerait un doublement des prélèvements forestiers.

Il existe des éléments probants en Europe reliant l’accroissement du recours aux bioénergies à une augmentation importante des prélèvements forestiers européens. Cette approche crée un modèle qui incite les pays tropicaux à faire de même – comme plusieurs pays se sont déjà engagés à le faire – ce qui ruine par ailleurs les objectifs des autres conventions sur les forêts.

Pour éviter cette catastrophe, les gouvernements doivent supprimer toute incitation qui encouragerait le bois énergie, que celui-ci soit issu ou non de leurs propres ressources forestières.

L’Union Européenne doit arrêter de considérer la combustion de la biomasse comme neutre en carbone dans ses textes et référentiels sur les énergies renouvelables et dans son système d’échanges de quotas d’émission (ETS).

Le Japon doit arrêter de financer les centrales électriques au bois.

Les États-Unis dont la nouvelle administration est en train d’élaborer les réglementations et les incitations visant à lutter contre le réchauffement climatique, doivent éviter de considérer la biomasse comme neutre ou sobre en carbone.

Les arbres ont infiniment plus de valeur vivants que morts que ce soit pour le climat ou la biodiversité. Pour parvenir à l’objectif de neutralité carbone, vos gouvernements devraient travailler à la préservation et la restauration des forêts plutôt qu’à leur combustion.

L’article de Canopée est ici.

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Environnement : ce qui a changé au 1er janvier

Un article de Reporterre, par Justine Guitton-Boussion, le 03/01/2022.

Plusieurs mesures protectrices de l’environnement sont entrées en application cette année. Mais elles manquent d’ambition, comme celle interdisant les emballages plastiques des légumes ou l’incinération des objets invendus.

Des porcelets dans leur élevage à Wambrechies près de Lille, en 2010. – © Denis Charlet / AFP

C’est une nouvelle année que le gouvernement affirme « verte ». Plusieurs décrets sont entrés en application le 1er janvier : « des changements essentiels » qui font « entrer concrètement l’écologie dans le quotidien des Français », prétend le ministère de la Transition écologique.

Emballages plastiques, objets invendus, pratiques d’élevage intensif… Reporterre fait le point sur ces nouvelles mesures. Mais aussi sur les promesses non tenues, ces dispositions qui auraient dû entrer en vigueur au début de l’année et qui ne l’ont pas été, faute de volonté politique.

La fin de l’emballage plastique pour certains fruits et légumes

Vous ne verrez plus de poivrons ou de bananes sous plastique dans les rayons de votre magasin. En 2021, le gouvernement estimait que 37 % des fruits et légumes étaient vendus emballés, dont la moitié avec du plastique. Mais depuis le 1er janvier 2022, les supermarchés n’ont plus le droit de vendre des fruits et légumes frais emballés dans cette matière. Enfin, à quelques exceptions près.

Tout d’abord, cette interdiction ne s’applique pas aux lots de « 1,5 kilogramme et plus ». Ensuite, les produits présentant « un risque de détérioration à la vente en vrac » ont un peu plus de temps devant eux. Par exemple, les tomates cerises, les oignons primeurs, les choux de Bruxelles, les haricots verts et les pêches peuvent garder leur emballage jusqu’au 30 juin 2023. Pour les asperges, les brocolis, les champignons, les pommes de terre primeurs et les cerises, le délai court jusqu’au 31 décembre 2024. Même chose pour la salade et les épinards – très souvent présentés dans des sachets en plastique.

37 % des fruits et légumes sont vendus emballés, dont la moitié avec du plastique. © E.B/Reporterre

Certaines exemptions vont même jusqu’à juin 2026. Sont concernées : les framboises, fraises, myrtilles, mûres… Ainsi que les « fruits mûrs à point » (si l’emballage le précise) et les graines germées. Ces (très) nombreuses exceptions limitent donc la portée de la loi.

L’incitation à ne plus détruire les invendus non alimentaires

Finie, la destruction des invendus non alimentaires — produits électriques et électroniques, les vêtements et chaussures, les piles, les cartouches d’encre, les meubles, les livres… — assure l’État français. En effet, des produits neufs finissent souvent incinérés ou enfouis. En France, chaque année, « 630 millions d’euros de produits neufs sont détruits ; entre 10 000 et 20 000 tonnes de produits textiles connaissent le même sort », indique le gouvernement [1]. La marque de vêtements H&M a reconnu brûler des textiles neufs (douze tonnes par an) [2], tandis qu’au Royaume-Uni, Amazon détruirait chaque semaine 130 000 produits invendus neufs.

Le gouvernement a donc mis en place une disposition dans la loi relative à la lutte contre le gaspillage (loi Agec). «  [Cela] n’a pas créé une interdiction générale de destruction des produits invendus mais [cela] a défini plusieurs obligations de gestion », précise sur son site internet l’avocat en droit de l’environnement Arnaud Gossement. Depuis le 1er janvier 2022, la loi incite les producteurs, importateurs et distributeurs de produits à « réemployer » en priorité leurs invendus neufs non alimentaires, notamment en les donnant à des associations [3].

Si le don n’est pas possible, les professionnels sont invités à « réutiliser » ces produits, c’est-à-dire à réaliser « toute opération pour que ces objets, devenus déchets, soient utilisés de nouveau ». Ce n’est qu’en dernier recours qu’ils sont censés « recycler » les produits, soit jeter et broyer les invendus pour les valoriser sous une autre forme [4].

« Pour la majorité des produits non alimentaires, et notamment ceux qui ont le pire impact sur l’environnement, comme les vêtements et les objets électroniques, il y a juste une interdiction d’enfouissement et d’incinération. On peut toujours les envoyer au recyclage… donc les jeter », critique Alma Dufour, chargée de campagne consommation pour les Amis de la Terre. « Recycler les invendus, c’est un non-sens absolu. » Il eut plutôt fallu obliger au « réemploi » des invendus, en les revendant ou en les donnant à des associations, des ressourceries ou des friperies.

Enfin, les produits retournés à l’entreprise (parce qu’ils ne conviennent pas à la personne qui les ont achetés), ne sont pas pris en compte dans cette loi – alors qu’ils sont techniquement des invendus.

L’interdiction de la castration à vif des porcelets

L’annonce avait été faite dès le début de l’année 2020. Didier Guillaume, alors ministre de l’Agriculture, avait déclaré que la castration à vif (sans anesthésie) des porcelets serait interdite à partir du 1er janvier 2022. C’est désormais chose faite. La castration des porcelets est censée permettre aux éleveurs d’obtenir des porcs plus gras, tout en évitant une odeur désagréable (appelée odeur de verrat) dégagée pendant la cuisson de la viande des porcs « entiers » (avec leurs testicules). « La castration sans anesthésie est extrêmement courante », déplore Brigitte Gothière, porte-parole de l’association L214.

Depuis le début de l’année 2022, l’opération est toujours autorisée, « à condition d’être réalisée soit par castration chirurgicale avec anesthésie et analgésie, soit par immunocastration » (une injection d’hormones). Cette disposition s’applique uniquement pour les porcs nés à partir du 1er janvier. Impossible cependant de savoir si un analgésique a été appliqué en cas d’inspection plusieurs jours après, assure Brigitte Gothière. « Cet arrêté pose beaucoup de questions, même au sein de la profession. Certains professionnels auraient souhaité que la castration même soit interdite. »

L’interdiction de la castration à vif est « toujours ça de gagné », continue-t-elle, mais cela « reste finalement anecdotique ». « Si on s’intéresse aux conditions d’élevage industriel des cochons, on remarque qu’ils n’ont jamais accès à l’extérieur, les truies sont enfermées dans des cages, les petits tètent à travers les barreaux, énumère-t-elle. C’est la fin de l’élevage intensif qu’il faut revendiquer, plus que des petits pas comme la fin de la castration à vif. »

Mais aussi des promesses non tenues…

Début 2020, en même temps que l’interdiction de la castration à vif des porcs, Didier Guillaume avait promis la fin du broyage des poussins au 1er janvier 2022. Chaque année, des millions de poussins mâles sont broyés vivant dès la naissance en France, car ils ne pourront pas pondre d’œufs, et n’ont pas la même chair que les poulets. Même chose pour les canetons femelles dans la filière du foie gras : elles sont broyées, intoxiquées ou étouffées.

Or, à ce jour, aucun décret ou arrêté interdisant le broyage des poussins n’a été publié. Le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie « avait commencé à rétropédaler en juillet, en disant qu’au 1er janvier 2022, il faudrait que les couvoirs aient installé ou commandé les machines de sexage in ovo, rappelle Brigitte Gothière de L214. Depuis, on n’en entend plus parler. » Ces machines permettent de connaître le sexe d’un embryon et ainsi de le détruire avant sa naissance. La militante dénonce donc un « effet d’annonce » qui en outre ne prend pas en considération les canetons femelles broyées.

Malgré la promesse de Macron, nous pouvons toujours acheter des œufs pondus par des poules vivant en cage.
Image par Jacqueline Macou / Pixabay / CC

Autre promesse non tenue ? « Je prends notamment l’engagement qu’il soit interdit d’ici 2022 de vendre des œufs pondus par des poules élevées en batterie », avait affirmé Emmanuel Macron pendant sa campagne présidentielle, en 2017. Sauf que l’année 2022 a commencé depuis trois jours, et rien n’a changé. Nous pouvons toujours acheter en magasin des œufs pondus par des poules vivant en cage. En 2018, la loi Egalim (Agriculture et alimentation) a entériné l’interdiction de construire de nouveaux bâtiments dédiés à l’élevage de poules en cages – mais pas la fin pure et simple de ce type d’élevage. « Le décret d’application sorti en décembre 2021 trahit l’esprit du texte initial, dit Christophe Marie, de la Fondation Brigitte Bardot. Il autorise finalement les élevages de poules pondeuses à réaménager la structure des bâtiments existants dès lors qu’il n’y a pas d’augmentation du nombre de poules pondeuses élevées. »

Pire, les poules vivant en plein air ont dû être ramenées à l’intérieur ces dernières semaines, à cause d’arrêtés encadrant la lutte contre la grippe aviaire. « Là encore, le gouvernement passe à côté des enjeux », fustige Brigitte Gothière.

Pour constater de vrais « changements essentiels » qui font « entrer concrètement l’écologie dans le quotidien des Français », il faudra donc attendre. 2023 ?

L’article de Reporterre est ici.

Notes :

[1] En novembre 2021, l’Ademe a révélé que la valeur des invendus non alimentaires sur le marché français s’élevait à plus de 4 milliards d’euros en 2019. Dont 1,6 milliard d’euros uniquement pour le secteur des vêtements et des chaussures.

[2] L’entreprise assure que ces derniers avaient des défauts de fabrication.

[3] Pour ce qui est des invendus alimentaires, la loi interdit déjà depuis 2016 leur destruction.

[4] Seule exception : les produits d’hygiène et de puériculture. Ceux-ci doivent obligatoirement être réemployés et ne peuvent être réutilisés ou recyclés.

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La SNCF, plus grande utilisatrice de glyphosate en France, abandonne cet herbicide controversé

Un article de Novethic, par la rédaction avec AFP, le 02/01/2022.

Avec 35 à 38 tonnes aspergées sur les rails par an, la SNCF était jusqu’ici la plus grande utilisatrice de glyphosate en France, cet herbicide controversé accusé de provoquer des cancers. D’ici le printemps, le groupe n’utilisera plus de glyphosate et s’engage à consommer un autre produit moins toxique mais moins efficace et plus cher.

La solution alternative au glyphosate coûterait 10 fois plus chère que l’herbicide phare de Monsanto-Bayer. CC0

Grosse utilisatrice du glyphosate, la SNCF confirme son remplacement en 2022 par une solution alternative moins efficace et plus chère, mais qui devrait lui permettre de désherber convenablement les voies. « SNCF Réseau n’emploiera plus de glyphosate en 2022, conformément à ses engagements », a indiqué à l’AFP Matthieu Chabanel, directeur général délégué chargé des projets, de la maintenance, et de l’exploitation du gestionnaire public des voies ferrées. « Nous travaillons sur des solutions alternatives de traitement, ainsi que leurs modalités d’emploi, en vue de la prochaine période de traitement » au printemps, a-t-il ajouté.

Pour SNCF Réseau, désherber constitue un impératif de sécurité : la végétation pourrait retenir l’eau et déformer la plateforme (et donc les rails) de ses 30 000 km de lignes. Les touffes d’herbe pourraient en outre gêner les rayons laser vérifiant l’écartement des voies ou perturber les tournées d’inspection des cheminots. Quant aux pistes longeant les voies, elles doivent impérativement être dégagées pour que les agents puissent se déplacer rapidement et le cas échéant évacuer les voyageurs en cas de problème.

Une solution alternative 

La SNCF était la plus grande utilisatrice de glyphosate en France, consommant 35 à 38 tonnes par an, soit 0,4% du total, de ce produit accusé de provoquer des cancers. Elle s’était engagée à ne plus en utiliser à partir de la fin 2021, se conformant à une promesse – abandonnée depuis – du président Emmanuel Macron d’en interdire l’utilisation à cette échéance. L’Union européenne a pour l’instant réautorisé le glyphosate jusqu’en décembre 2022.

SNCF Réseau va à la place utiliser un produit composé à plus de 95% d’acide pélargonique, un produit de biocontrôle (utilisant des produits naturels) et d’une molécule de synthèse de la famille des sulfonylurées. La nouvelle solution est moins efficace, plus chère, plus visqueuse et exige d’embarquer de plus grands volumes, selon SNCF Réseau. Elle sera uniquement utilisée sur les voies et les pistes, mais pas sur leurs abords, qu’il faudra faucher, conformément à la récente loi Egalim (pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous).

Le surcoût de maintenance lié à la sortie du glyphosate et à la loi Egalim est estimé par le groupe public à une centaine de millions d’euros par an –une somme pour l’instant prise en charge par le plan de relance gouvernemental.

L’article de Novethic est ici.

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L’essor des énergies renouvelables en 2021 marque un point de non-retour dans la transition énergétique

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 28/12/2021.

Les énergies renouvelables se sont considérablement développées ces dernières années et encore battu un record en 2021. Elles vont continuer à croître dans le futur, à tel point que des chercheurs estiment que cet essor marque un point de non-retour dans la transition énergétique. Cela signifie qu’il n’y aura pas de retour en arrière, une bonne nouvelle pour le climat ! Et une raison d’espérer en cette fin d’année morose.

D’ici cinq ans, les nouvelles installations renouvelables vont encore augmenter de 60 %, soit l’équivalent de l’électricité produite aujourd’hui par le nucléaire et les énergies fossiles. @Pixabay / Fabersam

Les énergies renouvelables ont encore battu un record en 2021. Jamais nous n’avions installé autant d’éoliennes, de panneaux solaires, de barrages hydrauliques ou autres énergies propres, à travers la planète. Au total, 290 gigawatts (GW) de capacités nouvelles ont été installées et la tendance va se poursuivre selon l’Agence internationale de l’énergie. D’ici cinq ans, les nouvelles installations renouvelables vont encore augmenter de 60 %, soit l’équivalent de l’électricité produite aujourd’hui par le nucléaire et les énergies fossiles.

Toutes les régions du monde sont concernées par ce développement, mais c’est la Chine, le pays le plus émetteur de CO2, qui mène la course en tête. Pékin, encore très dépendant du charbon, est aussi paradoxalement très en avance sur les renouvelables. Le pays devrait atteindre ses objectifs avec quatre ans d’avance. Ce boom des renouvelables marque ainsi pour certains chercheurs un point de non-retour dans la transition énergétique.

Cercle vertueux

Publiée il y a près d’un an dans la revue scientifique Climate policy, une étude de deux chercheurs anglais estime que le développement des énergies renouvelables et l’électrification des véhicules ont atteint un « point de bascule » ou « de non-retour » dans plusieurs endroits du monde, qui préfigure une décarbonation de l’économie. La baisse des coûts du solaire et de l’éolien, impulsée par des politiques publiques incitatives, et la mise en place de prix carbone, ont permis aux renouvelables d’être de plus en plus compétitives et de ce fait d’attirer les investissements. Les chercheurs estiment que nous entrons ainsi dans un cercle vertueux.

Mais malgré ces données encourageantes, ce n’est encore pas suffisant pour mettre le monde sur la voie de la neutralité carbone en 2050. L’AIE estime qu’il faudrait doubler les prévisions actuelles pour espérer rester sous un réchauffement limité à 1,5°C, le seuil fixé par l’Accord de Paris. L’Agence alerte aussi sur les prix des composants et des matériaux qui s’envolent et qui vont renchérir la transition énergétique. « Les prix élevés actuels des matériaux posent de nouveaux défis pour le secteur des renouvelables, mais les prix élevés des énergies fossiles rendent aussi les renouvelables encore plus compétitives, » souligne le directeur de l’Agence, Fatih Birol.

La France, parmi les plus mauvais élèves  

Les gouvernements doivent donc accélérer davantage la croissance des renouvelables en s’attaquant aux principaux obstacles, tels que les coûts de financement dans les pays en développement ou les problèmes d’acceptation sociale dans certains pays comme la France, qui fait figure de mauvaise élève. « Sur les énergies renouvelables, je pense qu’on ne dit pas assez (…) qu’on est très en retard; on est très très en retard », a fustigé Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie. Il considère que la crise de l’énergie que nous traversons aujourd’hui n’aurait pas eu lieu si nous avions suivi la feuille de route des énergies renouvelables.

Ce plan prévoit de doubler les capacités entre 2017 et 2028. Pour être sur les rails, la France devrait installer près de la moitié des éoliennes déjà présentes sur le territoire et doubler les panneaux solaires en l’espace de deux ans. Mais les projets sur le terrain font souvent face à de fortes oppositions. Le sujet s’est même immiscé dans le débat de la présidentielle. Les renouvelables ont concentré les critiques d’une partie de la droite et de l’extrême-droite. Pourtant, de nombreux rapports publiés récemment, notamment par RTE, le gestionnaire du réseau électrique en France, montrent qu’il faudra développer massivement les énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone en 2050, avec ou sans nucléaire, mais ça c’est un autre débat.

L’article de Novethic est ici.

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Un an de plus pour les néonicotinoïdes « tueurs d’abeilles »

Un article de Reporterre, le 22/12/2021.

Les betteraves n’en ont pas fini avec les néonicotinoïdes. Interdits depuis 2018, ces insecticides toxiques qui permettent aux betteraviers de lutter contre la jaunisse ont pourtant été réintroduits dès mars 2021. Ce retour, censé être temporaire, a été à nouveau validé pour l’année 2022 par le conseil de surveillance des néonicotinoïdes, mardi 21 décembre. Le gouvernement peut ne pas suivre cette préconisation, mais l’espoir est mince. Tout comme les leviers de lutte : le recours en urgence déposé par des ONG écologistes l’an dernier avait été rejeté.

Des betteraves sucrières – Flickr/cc by-sa 2.0/Stanze

Cette année de sursis supplémentaire n’est pourtant pas justifiée, aux yeux de l’agronome Jacques Caplat. Membre du conseil et secrétaire général de l’association Agir pour l’environnement, il affirme dans un communiqué que les risques de pertes pour la saison 2022 sont faibles. Et que le seul but de cette nouvelle dérogation est de soutenir une filière moins protégée qu’avant au niveau européen [1] : « Il serait plus économique et écologique d’organiser une indemnisation des agriculteurs réellement touchés et un plan de sauvegarde de la filière, plutôt que de déverser des produits toxiques », a-t-il indiqué.

De nombreuses études scientifiques ont démontré, ces dernières années, la haute toxicité de ces produits chimiques. Ils seraient à l’origine de la disparition des trois quarts des insectes volants ces trente dernières années car ils attaquent leur système nerveux. De nombreux chercheurs et de nombreux apiculteurs leurs attribuent également la responsabilité du syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles.

L’article de Reporterre est ici.

[1] Depuis 1968, des quotas limitaient la production de sucre au sein de l’Union européenne. En guise de contrepartie, un prix minimum était garanti aux producteurs. Mais le 1er octobre 2017, ces quotas de sucre et ce prix minimum ont été supprimés, ce qui a entraîné une surproduction et un effondrement du marché.

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Les cinq bonnes nouvelles à retenir de 2021

Un article de Novethic, par Arnaud Dumas et Mathilde Golla, le 25/12/2021.

Dôme de chaleur au Canada, inondations en Allemagne, bilan mitigé de la COP26… L’année 2021 a connu son lot de malheurs et de dévastation. Mais tout n’a pas été négatif. Initiative pour du tourisme en mer durable, régulation de la fiscalité des multinationales, retour du train nuit, survie des espèces animales… 2021 a aussi vu des acteurs se mobiliser pour la planète. De la plus anecdotique à la plus systémique, Novethic a sélectionné cinq bonnes nouvelles à retenir. Pour finir l’année sur une note d’espoir !

Sailcoop fait l’éloge du tourisme décarboné… l’une des cinq bonnes nouvelles de l’année !
@mbirdy/iStock

Google stoppe les publicités climato-sceptiques

C’est un sujet sur lequel on entend rarement les géants des GAFA. Régulièrement ciblé pour l’opacité du fonctionnement de ses algorithmes, Google a pourtant décidé en octobre dernier d’interdire les publicités « promouvant des contenus contredisant le consensus scientifique bien établi sur l’existence et les causes du changement climatique », selon les nouvelles règles de la plateforme. Même chose pour les contenus, comme les vidéos sur Youtube, qui ne pourront plus être monétisés s’ils vont à l’encontre de la science climatique. Pour appuyer ses nouvelles conditions, l’équipe de Google Ads indique s’être référée notamment aux travaux du Giec.

Le panda n’est plus une espèce menacée

La disparition de son habitat et de ses sources de nourritures a longtemps placé haut le panda dans la liste des espèces menacées. Mais cette année, le gouvernement chinois a annoncé que le gros ours noir et blanc était sauvé ! Ou presque… Les instances chinoises l’ont placé parmi les espèces vulnérables et non plus en danger, en raison de l’augmentation de la population de panda dans le pays. Cette bonne nouvelle est cependant loin de régler le problème de la perte de biodiversité. Lors du Congrès mondial de la nature, en septembre dernier, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a annoncé que 28 % des espèces animales sur terre et en mer étaient menacées, soit plus de 38 500 sur les près de 138 400 espèces recensées dans la liste rouge.

Les Gafa et les multinationales se font rattraper par l’impôt

L’accord a été qualifié d’historique. Et pour cause, les pays du G7 ont réussi à s’accorder sur le principe d’une taxation minimale des grandes multinationales, afin de contrer leurs pratiques d’évitement fiscal. Dans la ligne de mire de cet accord, les géants du net qui, malgré des profits records et des cours de Bourse florissants, ne paient que très peu d’impôt sur les sociétés grâce à leur utilisation astucieuse des différences de normes entre les pays. Les sept grandes puissances ont réussi à rallier à leur cause 130 pays, réunis au sein de l’OCDE. Cet accord va permettre de mieux répartir les bénéfices de ces multinationales entre les pays dans lesquelles elles opèrent, et de créer un impôt minimal de 15 % que chaque pays pourra demander à ces entreprises.

Sailcoop veut dynamiser le tourisme à la voile plutôt qu’en avion

L’initiative est originale. Partant du constat que les trajets en avion devraient diminuer en raison de leur forte empreinte carbone, trois associés ont fondé une société de transport… en voilier. Créée sous forme de coopérative et baptisée Sailcoop, elle ambitionne d’offrir une alternative aux vacances en avion en faisant l’éloge de la lenteur, du voyage plutôt que de la seule destination. Elle a déjà ouvert des lignes régulières vers la Corse mais envisage aussi de proposer des traversées de l’Atlantique. Elle ambitionne de multiplier le nombre de skippers et de propriétaires de bateaux parmi ses sociétaires, pour bâtir une flotte de navires suffisamment grande pour embarquer jusqu’à 30 000 passagers adeptes du « slow tourisme » d’ici 2024.

Les trains de nuit remis sur les rails

Depuis la gare d’Austerlitz, Jean-Baptiste Djebbari a sifflé le départ du Paris-Tarbes-Lourdes et annoncé le retour de la liaison Paris-Briançon, dimanche soir 13 décembre. Le ministre des Transports a aussi évoqué la renaissance d’une « dizaine de lignes nationales de train de nuit à l’horizon 2030 ». La création de liaisons ferroviaires vers des capitales européennes est également au programme vers Madrid, Rome, Copenhague, « peut-être même Stockholm », rêve le ministre. En mai dernier, le gouvernement avait déjà relancé en grandes pompes le Paris-Nice avec Jean Castex en passager d’honneur. Le gouvernement a promis 100 millions pour ces développement mais ce sera insuffisant, à moins d’un miracle sur le Paris Lourdes !

L’article de Novethic est ici.

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Bonne et heureuse année 2022

L’association Anor Environnement vous souhaite de passer les fêtes du Nouvel An dans la joie malgré les restrictions imposées, comme l’an dernier, par la pandémie. Que cette nouvelle année vous apporte bonheur, santé et amour. Que l’harmonie et la sérénité règnent dans chaque moment de votre vie.

Bonne année à toutes et tous ainsi qu’à vos proches.

Merci à toutes celles et tous ceux qui lisent ce blog et soutiennent Anor Environnement.

 

 

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La Belgique ouvre la voie à une reconnaissance mondiale du crime d’écocide

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 17/12/2021.

Pour la première fois, un pays occidental, la Belgique, va déposer un amendement devant la Cour pénale internationale afin de reconnaitre le crime d’écocide aux côtés des crimes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes d’agression. De plus en plus de pays y sont favorables mais aucun n’avait encore été si loin. Au niveau européen, une bataille est également engagée pour que la directive sur la criminalité environnementale intègre ce crime.

Une campagne de plaidoyer, portée notamment par l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint et soutenue par plus de 50 ONG et syndicats et 30 parlementaires, a été lancée au niveau européen. @Pixabay

C’est un pas de plus vers la reconnaissance du crime d’écocide. Pour la première fois, un pays occidental s’engage à déposer un amendement à la Cour pénale internationale (CPI) pour réviser le statut de Rome et ajouter les atteintes graves à l’environnement aux crimes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crimes d’agression. Ce pays, c’est la Belgique. Début décembre, grâce à la mobilisation du député Ecolo Samuel Cogolati, la chambre des représentants belge a adopté une résolution en ce sens.

« Il est temps d’enfin admettre que les écosystèmes et la nature peuvent être victimes de crimes graves de l’ampleur des génocides et des crimes contre l’humanité », a déclaré Samuel Cogolati. « Il est urgent de reconnaître que, quand nous détruisons la planète, oui, nous pouvons être sanctionnés » a-t-il ajouté. Parallèlement, la Belgique s’engage à initier un nouveau traité international avec « les pays les plus volontaristes » (dite ‘coalition of the willing’) autour de la reconnaissance de l’écocide. Et elle a commandé un rapport pour évaluer l’inclusion du crime d’écocide dans le code pénal belge.

« L’une des avancées les plus concrètes »

« C’est l’une des avancées les plus concrètes pour la reconnaissance de l’écocide de ces derniers mois », réagit Valérie Cabanes, qui a accompagné le député dans l’écriture de cette résolution. « Cela peut provoquer un appel d’air et convaincre certains pays hésitants de se lancer à leur tour. L’objectif est de réussir à fédérer un bloc d’une quinzaine de pays pour déposer un amendement devant la CPI l’année prochaine ou la suivante », explique la juriste engagée dans l’association Stop Ecocide. Le Vanuatu, les Maldives, les Samoa, le Bangladesh mais aussi la Finlande ou encore l’Espagne ont déclaré y être favorables.

Une autre bataille est également menée au niveau européen cette fois, alors que la Commission vient de présenter sa proposition de révision de la directive sur la criminalité environnementale, en vigueur depuis 2008. Celle-ci fixe neuf nouvelles infractions pénales en matière d’environnement notamment en ce qui concerne le commerce illégal du bois, les produits chimiques ou le captage illégal de l’eau. Elle introduit également une peine minimale d’emprisonnement de dix ans lorsque l’infraction cause ou est susceptible de causer la mort ou des blessures graves à une personne.

Mais si le terme d’écocide est brièvement mentionné dans le texte, Bruxelles écarte une quelconque reconnaissance de ce crime. Une campagne de plaidoyer, portée notamment par l’eurodéputée écologiste Marie Toussaint et soutenue par plus de 50 ONG et syndicats et 30 parlementaires, a donc été lancée pour inverser la tendance alors que les discussions doivent démarrer entre les États membres et le Parlement. Ce dernier a déjà voté à trois reprises en faveur du crime d’écocide.

La France dans une position attentiste

La France, qui va prendre la présidence de l’Union européenne à partir du 1er janvier prochain, elle, est dans une position attentiste et ne semble pas vouloir aller plus loin que la proposition présentée par la Commission. Emmanuel Macron s’est pourtant engagé à plusieurs reprises à défendre le sujet aux niveaux européen et international, notamment lors du débat autour de la loi Climat et résilience, issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat. La portée de la mesure retenue a en outre été très amoindrie.

La création d’un crime d’écocide dans le Code pénal français, visant à punir les destructions et les dommages massifs des écosystèmes d’origine humaine, était l’une des propositions les plus importantes de la Convention citoyenne pour le climat. Mais le texte final n’en a fait qu’un « délit » général de pollution. « C’est un peu comme si la France reconnaissait le délit de génocide, c’est cynique. Cela dévoie le terme d’écocide et  introduit un grain de sable dans notre combat pour la reconnaissance de l’un des crimes les plus graves pour la sécurité de l’humanité » réagit Valérie Cabanes.

L’article de Novethic est ici.

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Le trafic de déchets du bâtiment mis en lumière et lourdement puni par la justice

Un article de FNE, le 14/12/2021.

Le tribunal de Draguignan vient de condamner les auteurs d’un trafic de vaste ampleur de déchets du bâtiment. C’est une condamnation exemplaire et une avancée majeure dans la judiciarisation des atteintes à l’environnement. France Nature Environnement et FNE PACA étaient parties civiles. L’occasion pour les associations de protection de l’environnement de mettre en lumière la mauvaise gestion de ces déchets et les solutions pour y remédier.

Déchetterie sauvage dans les Yvelines. © Nicolas DUPREY/ CD 78

La « mafia des déchets » sanctionnée de façon exemplaire

En juin 2020, un réseau d’entreprises de terrassement, surnommé par la presse la « mafia des déchets », était démantelé dans le Var et dans les Alpes-Maritimes. Depuis 2017, ils déversaient des déchets de chantier du bâtiment (terres, gravats, déchets de démolition, bitume, plastique, métaux…), sur des sites non déclarés principalement situés en zones naturelles et agricoles, dont certains étaient particulièrement protégés (Natura 2000, espaces boisés classés, Réserve naturelle nationale de la Plaine des Maures, zone de sensibilité majeure pour la Tortue d’Hermann).

Des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets et des hectares entiers de terrain sont concernés, sur 21 sites identifiés, dont certains appartenant à des particuliers devenus victimes de ce trafic. Les coupables ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu’à 4 ans (dont 2 avec sursis) et les entreprises devront régler des amendes atteignant 300 000 euros. Mais surtout 13 sites devront être remis en état aux frais des délinquants, qui devront consigner au total plus de 3 millions d’euros pour ce faire. 

Le fonctionnement de ce trafic d’ampleur a permis de mettre en lumière les dysfonctionnements du système de gestion des déchets du bâtiment.

La gestion des déchets du bâtiment problématique en France

Les déchets du BTP représentent le plus gros gisement parmi les différents flux de déchets en France. Le seul secteur du bâtiment génère environ 46 millions de tonnes de déchets par an, l’équivalent de la quantité annuelle de déchets produits par les ménages. Certains déchets dits « inertes » doivent être éliminés dans des installations de stockage. Or ce n’est que très rarement le cas et de véritables décharges illégales se mettent en place. Selon la DREAL PACA, à cause de la concurrence illégale occasionnée par des trafics comme celui démantelé dans le Var, les décharges légales (les Installations de stockage de déchets inertes, « ISDI ») ne peuvent fonctionner à pleine capacité.

Depuis des années, France Nature Environnement exige la création d’une filière REP (responsabilité élargie du producteur) des déchets du bâtiment, pour que les producteurs de matériaux contribuent à la gestion de la fin de vie de ceux-ci, en application du principe « pollueur-payeur ». Nous avons été entendus : la loi anti-gaspillage et pour l’économie circulaire a créé une nouvelle filière pour les produits et matériaux de construction du secteur du bâtiment qui devait entrer en vigueur au 1er janvier 2022. Les acteurs économiques concernés freinaient la création de la filière… et ils viennent de gagner un report d’un an, alors que les enjeux sont très importants. Une grande partie de ces déchets du bâtiment peut en effet être remployée et recyclée.

Comment agir contre les décharges illégales ?

Actuellement et sur l’ensemble du territoire, des décharges naissent encore dans des espaces naturels. Pour lutter contre ce phénomène et éviter des pollutions, France Nature Environnement a créé l’application Sentinelles de la nature il y a quatre ans, afin que les citoyennes et citoyens puissent signaler les atteintes à l’environnement près de chez eux.

En 2020, 3300 signalements ont été effectués sur la plateforme Sentinelles, dont près de la moitié concernent des dépôts illégaux de déchets. Pour déposer un signalement, c’est très simple : il vous suffit de prendre des photos et de géolocaliser la décharge constatée. Le mouvement France Nature Environnement peut ensuite alerter les autorités compétentes et demander l’enlèvement des déchets.

Le déchet appelle le déchet : il est donc essentiel de signaler dès que possible les dépôts sauvages. Plus ils sont identifiés tôt, plus il y a des chances de les faire disparaître.

L’article de France Nature Environnement est ici.

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Passer des fêtes sans s’étriper : non, la météo et le climat ce n’est pas la même chose

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez , le 20/12/2021.

Il a gelé au mois de mai et plu tout l’été. Pour l’oncle Pascal, c’en est trop : le réchauffement climatique, il n’en voit pas la couleur. Cette année encore, les fêtes en famille sont l’occasion pour lui de démontrer que la catastrophe climatique tant annoncée, il n’y croit pas. Mais l’oncle Pascal tombe dans le piège dans lequel beaucoup d’entre nous tombons : celui de confondre météo et climat. Profitez de Noël et des repas de famille pour discuter avec votre entourage et qui sait, peut être les convaincre.

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Si 2021 a été moins chaude que les précédentes années en France, et notamment que 2020, la plus chaude jamais enregistrée, il a quand même fait +0,2°C de plus par rapport à la normale. @pixabay

C’est presque devenu une tradition de Noël chez nous. Notre oncle Pascal revient systématiquement à la charge sur le réchauffement climatique qu’il met très sérieusement en doute. L’année dernière, il pointait les températures extrêmement basses le soir du réveillon – a posteriori il s’agissait en effet du Noël le plus froid depuis dix ans. « J’aurai bien aimé le voir moi le réchauffement climatique » ricanait-il au coin du feu. Cette fois, il nous raconte par le menu son été pluvieux et froid dans le bassin d’Arcachon.

Il n’a pas tort l’oncle Pascal, l’été dernier a vraiment été catastrophique. Selon Météo France, c’est la première fois depuis six ans que le pays n’a pas subi de canicule généralisée. Mais il tombe dans le piège tendu par les climatosceptiques : il confond météo et climat. Le premier prévoit le temps qu’il va faire à un moment et un endroit donnés à court terme tandis que le second s’appuie sur des statistiques de variables atmosphériques sur une longue période de temps, 30 ans généralement. En clair, ce n’est pas parce qu’il neige, que la Terre n’est pas en train de se réchauffer.

2021, une année moins chaude mais toujours au-dessus des normales

D’ailleurs 2021 est un très bon exemple. Si l’année a été moins chaude que les précédentes années en France, et notamment que 2020, la plus chaude jamais enregistrée, il a quand même fait +0,2°C de plus par rapport à la normale. « Ce n’est pas ça qui va nous tuer » rétorque l’oncle Pascal, tenace. Eh ba si justement ! Parce que chaque dixième de degré compte, les scientifiques ne cessent de nous le rappeler et de mettre en évidence le fossé entre un réchauffement limité à 1,5°C ou à 2°C.

Limiter le réchauffement climatique à 1,5°C permettrait par exemple de sauver deux fois plus d’espèces, de préserver les récifs coralliens, voués à la disparition dans un monde à 2°C, ou encore de limiter la casse aux pôles où la banquise ne serait amenée à fondre totalement « qu’une » fois par siècle au lieu de tous les dix ans. Alors que l’impact du changement climatique est déjà visible partout, y compris en France, où la température s’est réchauffée de 2°C depuis 1961-90, rester sous la barre des 1,5°C mettrait à l’abri des centaines de millions de personnes exposées aux risques climatiques.

En outre, il faut bien avoir en tête qu’un réchauffement mondial de 1,5°C est une moyenne. Certaines régions subiront un réchauffement qui pourra atteindre les 6°C, tandis que d’autres, moins nombreuses, pourront dans le même temps connaître des records de froid. Mais la tendance globale est bien au réchauffement ! Le consensus scientifique est établi et la communauté internationale l’a reconnu. On n’a plus le temps de tergiverser sur le temps qu’il fait, il faut agir. Je vois bien que l’oncle Pascal a encore l’air sceptique, mais il semble à court d’arguments. On va pouvoir dîner tranquillement…

L’article de Novethic est ici.

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En Thiérache dans l’Aisne, la forêt abrite un espace forestier mis « sous cloche » où la nature reprend ses droits

Un article de France3 Hauts-de-France, par Jennifer Alberts, le 10/11/2021

En plein cœur de la forêt de Saint-Michel en Thiérache dans l’Aisne, l’Office national des forêts a mis en place une réserve biologique intégrale. Un espace où le public est interdit pour laisser la nature reprendre ses droits.

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La forêt domaniale de Saint-Michel-en-Thiérache dans l’Aisne est l’une des rares réserves biologiques intégrales de France. © JM. Vasco / FTV

Il faut prendre un chemin à peine dessiné sur la terre. En le suivant, on s’enfonce dans la forêt de Saint-Michel-en-Thiérache dans l’Aisne. Jusqu’à un espace forestier envahi par les arbres et les sous-bois. Nous sommes dans une réserve biologique intégrale (RBI). La RBI, c’est le plus haut niveau de classement environnemental en France. Mise en place et gérée par l’Office national des forêts (ONF). Après quelques minutes de marche, le chemin est coupé par l’Artoise, une rivière qui a donné son nom à la réserve et qui se révèle être un joyaux de biodiversité.

83 hectares rendus à la nature

« C’est une rivière qui comporte des habitats intéressants pour un cortège d’espèces qu’on ne va pas retrouver ailleurs comme la truite, le chabot et la lamproie, explique François Joly, responsable de l’unité territoriale Thiérache à l’ONF. C’est un des habitats patrimoniaux qui a motivé la création de la réserve. C’est une partie importante de la RBI. »

L’Artoise est une rivière labélisée « rivière sauvage ». Tout comme la réserve de 83 hectares, elle aussi, de plus en plus sauvage. À peine 3% de la forêt de Saint-Michel sont appelés à devenir un sanctuaire de la biodiversité. « Depuis le classement en 2017 de cette zone en réserve biologique intégrale, l’accès au public y est interdit, raconte Thomas Carion, technicien forestier à l’ONF. (…) Ici, on est au cœur de la RBI et on a vraiment autour de nous qui caractérise bien ce statut de protection avec tous ces arbres tombés par le vent ou cassés. Et c’est le genre de paysages qu’on devrait retrouver de plus en plus souvent sur cette réserve. Le but, c’est de mettre cette zone sous cloche donc d’y interdire le public et bien sûr l’exploitation pour voir comment évolue la forêt sans la main de l’homme. »

Observer et inventorier la faune et la flore

Tout va être scruter à la loupe. À commencer par l’évolution du sous-bois et de ses petits habitants. Certaines espèces de champignons, par exemple, seront des marqueurs importants. Elles ont déjà quasiment toutes été inventoriées. « On était autour de 200 espèces. On en a encore quelques unes à déterminer, plus des espèces de printemps, précise Anne Duchesne, technicienne forestière, un cahier à la main. Donc je pense qu’on va être à 300 à peu près. Et on reviendra faire le point dans une dizaine d’années ». Seront suivies également l’évolution des essences d’arbres, lesquelles prennent le pas sur les autres, les modifications de la faune forestière, comment la nature reprend ses droits dans une zone auparavant exploitée. La réserve biologique intégrale de Saint-Michel-en-Thiérache est classée pour au moins 75 ans.

56 RBI en France

En France, il y a 227 réserves biologiques dont 56 intégrales. « Ces réserves sont de deux types : d’une part, les réserves biologiques dirigées (RBD), où l’ONF applique une gestion particulière pour la conservation d’espèces ou de milieux naturels rares et vulnérables ; d’autre part, les réserves biologiques intégrales (RBI), soustraites à la sylviculture et qui constituent de précieux témoins de la forêt en évolution naturelle », résume Nicolas Drapier, chargé de mission réserves à l’ONF sur le site de l’administration.

Dans les réserves biologiques intégrales, il n’y a plus d’exploitation forestière. Les seules interventions humaines autorisées sont « les études, la sécurisation d’itinéraires ouverts au public, l’élimination d’espèces exotiques, la régulation des ongulés par la chasse en l’absence de prédateurs naturels. Ces réserves constituent de précieux témoins de l’évolution naturelle de la forêt », peut-on lire le site de l’ONF.

Les Hauts-de-France comptent une deuxième RBI à Bassy dans le Nord. En métropole, la surface des RBI varie d’une cinquantaine à plus de 2 500 hectares. La plus grande se trouve en Guyane et dépasse 60 000 hectares.

L’article de France3 Hauts-de-France est ici.

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Dix idées de jouets écolos à mettre sur la liste du Père Noël

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 12/12/2021.

Et si cette année, le père Noël troquait son costume rouge pour se parer tout de vert ? Le secteur des jouets a largement opéré sa transition avec des offres de plus en plus écolos : matériaux en bois ou en carton d’origine certifiée, bioplastique, made in France… les alternatives ne manquent pas. Découvrez notre sélection de jouets pour petits et plus grands.

Jouets en bois ou made in France, bioplastique et caoutchouc naturel, l’offre de cadeaux écolos est de plus en plus importante. @Pixabay

Pour les petits

Jouets noel 22021 Sophie la GirafeL’indétrônable Sophie la Girafe en caoutchouc naturel

60 ans après sa création, Sophie la Girafe reste la star chez les bébés. Fabriqué en Haute-Savoie à partir de caoutchouc 100 % naturel, le jouet s’écoule à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires chaque année. Prix : 14 euros

Jouets noel 2021 camion en bioplastique @dantoyUn camion en bioplastique

Camion, pelleteuse, service à thé ou café, dînette, train, garage,… tous les jouets proposés par la marque danoise Dantoy sont en bioplastique, réalisé à partir de cannes à sucre. Prix moyen : 20 euros

Jouets Noel 2021 table musicale pure bois okUne table musicale en bois

Cymbale, cloche, grattoir, tambourin et baguettes en forme de libellules, les tout-petits pourront révéler leurs talents. Le Français Janod, créé en 1970, est devenu le N°1 du jouet en bois. Prix : 37,99 euros

Jouets noel 2021 ours en peluche l ours francais 35 cm gris perleUn doudou fait main

Fabriqué en Bretagne et à la main dans l’atelier Maïlou Tradition, fondé par une équipe de couturières. Chaque pièce est unique et possède un certificat d’authenticité sur lequel est indiqué le nom de la personne qui l’a conçu, sa date de conception ainsi que son numéro unique. Prix : 49,90 euros

Jouets Noel 2021 Lunii fabrique à histoiresLa fabrique à histoires Lunii 100 % made in France

Cette boîte à histoires turquoise aux gros boutons jaunes est devenu un incontournable. Lancée en 2016, la Fabrique à histoires Lunii est 100 % made in France (à Bayonne) depuis 2020, et se recharge sur secteur évitant ainsi les piles au lithium. Prix : 59,90 euros

Pour les plus grands

Jouets Noel 2021 defis nature super pouvoirs des plantesDes jeux de cartes sur la nature

Les jeux de cartes Bioviva permettent de se familiariser avec les insectes, les animaux marins, les reptiles, les arbres, les plantes… À travers ces jeux de batailles, les enfants découvrent de nombreuses informations sur la nature. Le jeu est éco-conçu et fabriqué en France. Prix : 8,99 euros

Jouets noel kit perles papier recycleUn kit de création de perles en papier recyclé

Le recyclage va devenir concret pour vos enfants. Avec ce kit, ils vont pouvoir transformer du papier journal ou magazine en jolies perles colorées grâce à une manivelle qui se fixe sur une bouteille en plastique. Prix : 13,90 euros

Jouets noel bataille navale moulin rotyLe Touché Coulé en version carton

Les grands classiques de notre enfance se trouvent désormais en version bois ou carton. La marque Moulin Roty a ainsi revisité le célèbre Touché Coulé mais aussi le Puissance 4 ou encore le Qui est-ce… De quoi occuper nos dimanches pluvieux. Prix : 14,90 euros

Jouets noel 2021 Lego jouet construction Mokulock TRENDY LITTLEDes petites briques en bois

En attendant que les Lego en plastique ne deviennent plus écolos, vous pouvez opter pour ces petites briques de construction en bois naturel de la marque japonaise Mokulock. Prix : 34 euros (pour 34 briques)

Jouets Noel 2021 FP COUV MINIS 1024x770Un abonnement à un magazine

Il y a pléthore d’offres en fonction des âges et des goûts de chacun. C’est le magazine des Mini Mondes qui a retenu notre attention. Il suit Les Duchemin, une petite famille d’explorateurs sensible à l’environnement qui parcourt le monde en van. Chaque mois, les enfants se ruent sur la boîte aux lettres pour découvrir un nouveau pays. Prix : 59,90€ (pour 12 numéros)

L’article de Novethic est ici.

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Les militants écologistes font annuler le surf park du lac du Bourget

Un article de Reporterre, le 09/12/2021.

Le projet de surf park sur le lac du Bourget (Savoie) est annulé à cause de la contestation locale, a annoncé le directeur de l’entreprise bordelaise Okahina Wave Laurent Héquily samedi 4 décembre sur France Inter. « Au départ, ce projet avait du sens pour nous, notamment pour les jeunes surfers de la région, a expliqué l’entrepreneur. Mais le lieu est sensible, ce n’est pas le meilleur endroit, les conditions ne sont pas réunies et nous n’irons pas à l’encontre des Aixois et des riverains du lac. »

Maquette d’atoll flottant. © Okahina Wave

Ce projet avait été dévoilé le 15 octobre à Aix-les-Bains (Savoie). Il consistait en un atoll flottant et démontable au large de la plage d’Aqualac, autour duquel auraient été créées des vagues artificielles de 80 centimètres à 1,6 mètre de hauteur sur une surface de 60 mètres de diamètre. Sa mise en service était prévue pour fin 2023-début 2024.

Cet abandon a été salué sur Facebook par France Nature Environnement (FNE) Savoie. L’association avait lancé une pétition intitulée « Refusons l’atoll artificiel de surf sur le lac du Bourget ! » qui avait rassemblé plus de 21 400 signatures mercredi 8 décembre à 14 h 30. «[Les] arguments commerciaux [des promoteurs] sont d’ores et déjà récusés par les scientifiques du milieu lacustre local, pour lesquels le brassage des eaux est une violence et la maîtrise de la pollution un domaine éminemment sérieux. Quant aux promesses de gain touristique, on pourrait se poser la question du phénomène repoussoir au contraire, vu l’image naturelle du lac habituellement promue par la Savoie. La consommation d’énergie nécessaire pour ce dispositif pose aussi le problème de peser inutilement sur le dérèglement climatique », peut-on y lire.

L’association craignait également que ce projet ne fragilise la candidature du lac du Bourget pour le label Homme et Biosphère de l’Unesco, déposée en février 2021 par la commune d’Aix-les-Bains et la communauté d’agglomération Grand Lac. À l’annonce de l’abandon, elle a annulé la manifestation prévue samedi 11 décembre devant la mairie d’Aix-les-Bains mais a annoncé avoir demandé une entrevue avec le maire de la ville, Renaud Beretti (Les Républicains), pour « valider officiellement ce retrait et demander qu’à l’avenir d’autres projets similaires, néfastes à l’environnement, ne puissent se faire ».

Les élus locaux étaient également divisés sur ce projet. Si le maire d’Aix-les-Bains y semblait favorable, le maire du Bourget-du-Lac, Nicolas Mercat (divers gauche), avait signé la pétition de FNE. « Cette vague était en décalage avec l’image que les élus souhaitaient donner du tourisme au bord de ce lac », a-t-il déclaré à France Inter. D’autres projets de vagues artificielles portés par Okahina Wave restent à l’étude en France, au technopôle du Futuroscope de Poitiers (Vienne) pour 2022, à Libourne (Gironde) pour 2023, et à Torcy (Seine-et-Marne) pour les Jeux olympiques de 2024.

L’article de Reporterre est ici.

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Pierre Rabhi, une conscience écologique contestée

Un article de Reporterre, par Hervé Kempf, le 06/12/2021.

Il était une figure marquante de l’écologie en France. Pierre Rabhi a été emporté par une hémorragie cérébrale à Lyon, le 4 décembre, à 83 ans. Il a fortement contribué à faire progresser la conscience écologique auprès du grand public dans les années 2000, sans lui impulser un contenu politique.

Pierre Rabhi, en 2011. © AFP/Philippe Desmazes

L’histoire de l’homme est connue comme une légende sans cesse répétée, mais d’abord racontée dans un très beau livre, Du Sahara aux Cévennes (1983, puis réédition par Albin Michel en 1995). Il y décrit avec un réel talent poétique le parcours étonnant d’un petit enfant du désert saharien, que sa mère atteinte de tuberculose avait confié à un couple de parents adoptifs blancs. Il monte en France à l’âge d’homme, où la vie ouvrière et son enfermement lui font choisir en 1960, avec son épouse, le grand saut vers la campagne — ou le « retour à la terre », selon son expression — sur un sol désolé d’Ardèche. Là, dans la pauvreté, le couple apprend à cultiver la terre, en l’amendant et en l’enrichissant selon les méthodes de ce qu’on appelait à peine alors l’agriculture biologique.

L’apprenti paysan s’inspire de la biodynamie conçue par l’anthroposophe autrichien Rudolf Steiner, technique « qui me semble être apte à répondre à l’exigence de globalité ». Avec les années, la terre revêche se transforme en ferme productive, et Pierre Rabhi y gagne une réputation qui franchit les limites du voisinage, devenant en 1978 chargé de formation en agroécologie par le Centre d’étude et de formation rurales appliquées (Cefra). On le retrouve dans les années 1980 au Burkina Faso, où il promeut l’agrobiologie sous l’éphémère présidence de Thomas Sankara, puis dans de nombreuses missions au Mali, au Maroc, en Algérie, au Togo, etc.

Le petit paysan ardéchois est devenu un expert international apprécié, ponctuant son parcours de nombreux livres, comme L’offrande au crépuscule (1989). Il développe son activité avec l’association Terre et humanisme, créée en 1994. Il va commencer à sortir de l’ombre en 2002 : avec des proches, il amorce une campagne présidentielle autour de l’idée d’ « insurrection des consciences ». Il ne recueille pas assez de signatures d’élus pour se présenter, mais il est lancé publiquement et médiatiquement, et va commencer, en parallèle de ses activités agricoles, à donner de nombreuses conférences.

Pierre Rabhi, en 2018. © AFP/Fadel Senna

Une « sobriété heureuse »

Avec Cyril Dion, il crée en 2007 le mouvement Colibris, qui exprime la substantifique moelle de sa pensée : agir, comme le petit colibri face au feu, même si la goutte d’eau ne peut rien faire contre l’incendie — mais peut-être son exemple inspirera-t-il à tous les autres l’envie de s’engager, et tous ensemble, de repousser le péril ? Individualisme, action locale, empathie plutôt que conflit, voilà le cœur de sa philosophie politique, qui séduit parce qu’elle est portée par un personnage authentique, bonhomme, au discret charisme, et qui exprime par des formules incisives des sagesses qui semblent forgées au coin du bon sens. Dans une société que commence à travailler la conscience écologique, il exprime par des expressions bien trouvées, comme « la sobriété heureuse », le besoin d’un changement des modes de vie. Mais sa pensée refuse toute critique politique et tout engagement collectif, plaçant l’espoir dans une spiritualité vague, mais sincère, elle aussi bien dans l’esprit d’une époque qui rejette les religions. « La reconquête du songe » était le sous-titre du livre Du Sahara aux Cévennes, et c’est bien un songe qu’il proposait à un public en recherche de repères.

Son talent, mais aussi la dépolitisation de sa pensée — guère menaçante pour quiconque, donc — ont favorisé son succès médiatique, de plus en plus large au début des années 2010, jusqu’à ce que les aspects conservateurs de sa pensée suscitent la critique. Ainsi, en 2013, dans un entretien avec Reporterre, alors que le débat était vif sur le mariage homosexuel, il expliquait : « C’est là qu’on se rend compte que nous ne subissons pas les problèmes fondamentaux, que nous sommes dans une sorte de délire généralisé. Le mariage homosexuel est un symbole de cette manipulation des consciences, où on crée des phénomènes de société qui n’en sont pas. » Sur les relations entre hommes et femmes, il avait déclaré dans Kaizen : « Je crois qu’il ne faudrait pas exalter l’égalité. Je plaide plutôt pour une complémentarité : que la femme soit la femme, que l’homme soit l’homme et que l’amour les réunisse dans cette complémentarité. » Par ailleurs, son refus systématique de s’engager dans les luttes de l’écologie, comme celle de Notre-Dame-des-Landes ou plus tard dans le mouvement Climat, le coupaient des jeunes et de la nouvelle dynamique contestatrice.

Éveilleur de conscience, Pierre Rabhi devenait dépassé par les forces qu’il avait contribué à stimuler. Il rêvait d’un monde sans conflit. Cela le rendait aveugle à la réalité des puissances de ce monde, et donc impuissant. La mort de cet homme attachant marque la fin de l’idée d’une écologie consensuelle dont il était, avec Nicolas Hulot, un des promoteurs.

L’article de Reporterre est ici.

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Frugalité ou technologie : la neutralité carbone impose un choix de société

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 03/12/2021.

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, plusieurs voies sont possibles. L’Ademe en a identifié quatre. Au-delà du débat actuel sur le nucléaire, ces scénarios imposent un choix de société : celui de cheminer vers de nouveaux modes de vie beaucoup plus sobres en énergie ou de parier sur des technologies encore immatures aujourd’hui pour conserver nos modes de vie actuels. Quelle que soit la décision, il va falloir la prendre vite.

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Les quatre scénarios n’entraînent pas les mêmes conséquences environnementales, sociales et économiques. CC0

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, le patron de l’Ademe, Arnaud Leroy, rappelle que la neutralité carbone « va au-delà de la question énergétique » et repose sur des « choix de société ». « L’enjeu est de ne pas limiter la question de l’avenir de notre pays à une question d’EPR, qu’ils soient 6, 10, 12 ou je ne sais quoi », relève-t-il. Pour tracer la voie vers la neutralité carbone, que la France s’est engagée à atteindre en 2050, l’organisme a présenté cette semaine un important travail prospectif mené pendant plus de deux ans, avec un site dédié « Transition(s) 2050 ».

Il repose sur quatre scénarios qui vont du plus frugal au plus technologique. Tous aboutissent à la neutralité carbone, impliquent une baisse de la demande énergétique (comprise entre 23 et 55% par rapport à 2015) et intègrent au moins 70 % d’énergies renouvelables. Mais ils n’ont pas le même impact sur l’environnement et les ressources naturelles. Surtout, ils exigent une transformation plus ou moins profonde de nos modes de vie. « Les quatre scénarios ont pour objectifs de faire prendre conscience à tout un chacun, quel que soit son niveau de responsabilité et d’implication dans la construction de ce cheminement, de la nature des transformations et des choix à faire », précise Arnaud Leroy.

Une consommation de viande divisée par trois

Le scénario 1, baptisé « Génération frugale », est celui qui implique les transformations les plus importantes. Il permet d’atteindre la neutralité carbone uniquement grâce aux puits de carbone naturels sans avoir recours aux technologies de captage et stockage de carbone. Mais pour y arriver, il faut diviser la consommation de viande par trois, réduire le nombre de kilomètres parcourus de 26 %, ou encore diminuer la surface des maisons neuves individuelles de 30 %. 70 % de l’acier, de l’aluminium, du verre, du papier-carton et des plastiques viennent du recyclage. La demande énergétique globale serait divisée par deux par rapport à 2015. L’utilisation de pétrole serait très limitée et le gaz principalement d’origine renouvelable.

À l’extrême opposé, il y a le scénario 4, baptisé « Pari réparateur« . Il modifie à peine nos modes de vie (domotique, transports connectés…) et tente d’en réparer l’impact en misant largement sur des technologies de captage et stockage de CO2 et des puits de carbone technologiques (captage du CO2 dans l’air), pas encore au point aujourd’hui. « Cet appui exclusif sur les technologies est un pari dans la mesure où certaines d’entre elles ne sont pas matures » prévient l’Ademe. Ce scénario implique une forte électrification et un recours massif à la compensation. La consommation de viande reste stable, de même que la construction neuve et les déplacements augmentent. La demande énergétique est réduite de 23 % par rapport à 2015.

« Atteindre la neutralité repose sur des paris forts, aussi bien sur le plan humain (changements de comportements) que technologique », souligne l’Ademe. « Mais tous les scénarios n’entraînent pas les mêmes conséquences environnementales, sociales et économiques ». Quelque soit la voie choisie, l’organisme insiste sur l’importance d’agir rapidement. « Les transformations socio-techniques à mener sont d’une telle ampleur qu’elles mettront du temps à produire leurs effets. Il faut entreprendre dès cette décennie la planification et la transformation profonde des modes de consommation, de l’aménagement du territoire, des technologies et des investissements productifs. »

L’article de Novethic est ici.

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Transition énergétique : comment la France a pris le virage de l’hydrogène

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 02/12/2021.

Emmanuel Macron a confirmé sa volonté de faire de la France l’un des pays leaders en matière d’hydrogène. Il a annoncé une enveloppe supplémentaire de deux milliards d’euros pour soutenir la filière, dans le cadre du plan de relance France 2030. D’ores et déjà, plus d’une centaine de projets ont été répertoriés sur le territoire et 51 stations mises en service. L’objectif est de décarboner l’industrie et la mobilité.

En Vendée, à Bouin, la première usine au monde d’hydrogène vert produit à partir d’éoliennes a été inauguré fin septembre par la licorne verte Lhyfe. @Lhyfe

Devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030, c’est l’ambition réaffirmée par Emmanuel Macron mi-novembre. Le président de la République a annoncé le déblocage de près de deux milliards d’euros supplémentaires. Ce sont donc au total neuf milliards d’euros qui vont être fléchés pour permettre à la filière de changer d’échelle dans le cadre du plan de relance France 2030. Cette annonce a eu lieu lors de la visite du chef d’État de l’usine Genevia à Béziers, dans l’Hérault. Celle-ci est l’une des illustrations des progrès réalisés en seulement quelques années dans le domaine.

Genevia compte développer l’électrolyseur vert de demain, qui permettra de fabriquer de l’hydrogène issu d’énergies renouvelables, à partir d’un courant électrique injecté dans l’eau. Mais le challenge ici est de se passer de matières premières rares, comme le nickel, utilisées dans les électrolyseurs classiques. La particularité est aussi que le rendement avec ces électrolyseurs à haute température est supérieur d’une dizaine de points aux autres technologies. L’entreprise sera soutenue à hauteur de 200 millions d’euros par l’État.

125 projets en France

« Le mouvement est lancé et il ne s’arrêtera pas pour plusieurs raisons. L’urgence climatique n’est plus remise en cause et les coûts des technologies ont baissé et vont encore baisser avec la massification. Il y a une vraie impulsion en France, tous les signaux sont au vert et nous avons tous les ingrédients pour réussir. L’hydrogène n’est plus utopique » résume Philippe Boucly, président de France Hydrogène, l’association qui fédère les acteurs de la filière. Celle-ci dénombre 125 projets sur le territoire et 51 stations à hydrogène.

Parmi elles, il y a la station Auxhygen, à Auxerre, pilotée par Hynamics, une filiale d’EDF. C’est le plus grand site de production et de distribution d’hydrogène propre en France. Il est installé sur un ancien dépôt de Shell, tout un symbole puisque l’un des objectifs de l’hydrogène est de décarboner la mobilité. Le site alimente cinq bus de l’agglomération. Et d’ici 2025, quatre bus supplémentaires et même des TER rouleront à l’hydrogène. En Vendée, à Bouin, c’est la première usine au monde d’hydrogène vert produit à partir d’éoliennes qui a été inauguré fin septembre par la licorne verte Lhyfe. Elle produit 300 kilogrammes d’hydrogène par jour et vise la tonne en 2022, de quoi alimenter une cinquantaine de véhicules lourds.

« Nous sommes au début d’une formidable aventure qui va permettre de changer notre paradigme énergétique. Un peu comme à l’époque des Rockefeller et de la découverte de l’or noir. Sauf que notre objectif à nous n’est pas d’être valorisés à un milliard de dollars, ce qui profite à quelques-uns, mais d’éviter un milliard de tonnes de CO2 au bénéfice de tous », précise Matthieu Guesné, président et fondateur de Lhyfe, cité dans Le Point. Une vingtaine de villes ont déjà opté pour des bus à hydrogène, les constructeurs français développent des utilitaires à hydrogène et pour la première fois, un train à hydrogène a circulé en France début septembre sur quelques kilomètres pour une phase d’essai.

« Il nous reste encore une falaise à gravir » 

Les projets déposés auprès de l’Ademe ne cessent également d’augmenter avec des prix divisés par deux depuis cinq ans, autour de 8 euros le kilogramme d’hydrogène. « Il y a cinq ans on en était aux démonstrateurs, aujourd’hui ce sont des offres commerciales. On voit arriver des chargeurs et des transporteurs qui veulent expérimenter l’hydrogène en conditions réelles », constate Luc Bodineau, coordinateur du programme hydrogène de l’Ademe dans les Échos. « Malgré toutes ces avancées, il nous reste encore une falaise à gravir » prévient toutefois Philippe Boucly.

Il pointe du doigt les retards accumulés dans le versement des aides mais aussi dans le développement des énergies renouvelables pour faire de l’hydrogène vert. L’hydrogène doit permettre de décarboner les industries les plus émettrices (acier, ciment…) ainsi que la mobilité lourde. Le développement d’une filière française permettrait aussi la création de 50 000 à 100 000 emplois d’ici à 2030, selon l’Elysée. « La bataille pour l’hydrogène, c’est une bataille pour l’industrie, c’est une bataille pour se déplacer, c’est une bataille pour l’écologie et c’est une bataille pour la souveraineté », a résumé Emmanuel Macron.

L’article de Novethic est ici.

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Jean-Marc Jancovici, ingénieur : « La décroissance a commencé, de manière larvée »

Un article de Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 25/11/2021.

Tabou, adulée, décriée… la notion de décroissance n’a jamais été si discutée à quelques mois des élections présidentielles. Or pour le polytechnicien et figure emblématique du climat, Jean-Marc Jancovici, la décroissance, celle qui est caractérisée par une « variation des flux physiques » a déjà commencé. Il appelle à « l’intégrer dans la réflexion » pour éviter le pire, en écartant le concept de croissance verte qu’il qualifie de « mythe ».

Jean-Marc Jancovici est polytechnicien, fondateur de Carbone 4 et du think tank Shift Project.

Quand vous évoquez la décroissance, de quoi parlez-vous ?

Je désigne les flux physiques qui structurent nos économies. C’est-à-dire la quantité de tout ce qu’on produit, de toutes les ressources qu’on extrait et qu’on transforme. Cela peut être, par exemple, la quantité de charbon qu’on extrait du sol ou la quantité de routes que nous construisons. Que vous soyez pépiniériste, coiffeur ou journaliste, il y a toujours des flux physiques sous-jacents qui sont nécessaires pour l’exercice de votre activité, il y a toujours des matières extraites et transformées qui seront nécessaires. La variation des flux physiques se matérialise par la variation de l’énergie utilisée. En physique, l’énergie caractérise la transformation. Or, selon moi, la décroissance se matérialise par une réduction de l’énergie.

Vous constatez une baisse des flux physiques ?

Pour certains oui. La décroissance est d’autant plus possible qu’elle a commencé de manière larvée et elle va s’accélérer dans les décennies à venir. La quantité de bâtiments que l’on construit en Europe est moins élevée aujourd’hui qu’en 2007, la quantité de tonnes qu’on charge dans les camions est moins élevée aujourd’hui qu’en 2007, et c’était déjà le cas avant le Covid. De manière générale, quand vous regardez les flux physiques, qui caractérisent notre activité productive, beaucoup ont baissé par rapport à 2007. Je l’explique par le fait que l’Europe est en décrue énergétique subie depuis cette date. En France, on s’empaille sur l’éolien et le nucléaire, mais c’est oublier que l’essentiel de l’approvisionnement énergétique français, si on regarde l’énergie qui fait tourner les machines, est fossile. Et donc la décrue fossile, qui est à l’œuvre depuis 2007 en France et en Europe, a pour effet de contraindre fortement l’industrie.

Quels sont les signes de cette décrue énergétique subie ?

En 2006, la production mondiale de pétrole conventionnel passe par un pic, et à partir de ce moment-là, l’approvisionnement pétrolier européen a commencé à décroître. La conséquence sur les pays du sud (Italie, Espagne, Portugal) est spectaculaire. Il se trouve que dans le même temps, la Mer du Nord, qui fournissait l’essentiel du gaz à l’Europe, a passé son pic en 2005. Et enfin le charbon était en décrue en Europe depuis des décennies, parce que cela fait très longtemps que l’Europe tape dans son stock de charbon, et le pic a eu lieu bien avant que le climat ne devienne un sujet. Résultat : les combustibles fossiles, qui font aujourd’hui 75 % de l’approvisionnement européen, baissent en Europe pour des causes géologiques. Moins d’énergie c’est moins de machines, et moins de machines c’est moins de production physique. Alors on peut compenser un peu avec des importations, donc en creusant le déficit commercial, qu’on paye en s’endettant. On peut, pendant un temps, trouver quelques artefacts qui font que les effets ressentis sont en léger décalage, mais ça ne va pas durer éternellement.

Comment réagir au mieux face à cette décroissance ?

Il faut l’intégrer dans nos réflexions. Dans un monde en contraction, vous avez des effets d’éviction partout. Si vos revenus se contractent, vous allez devoir choisir si vous gardez votre appartement, votre garde-robe, ou si vous arbitrez entre les deux. Dans un contexte où vos revenus sont en croissance vous n’avez pas à vous poser ce genre de questions. On ne peut pas éviter la contraction, puisqu’on a bâti un système économique productif qui dépend de l’extraction et de la transformation de ressources qui sont pour l’essentiel non renouvelables, à commencer par l’énergie. On sait mal recycler le pétrole une fois qu’on l’a brûlé ! C’est inscrit dans la finitude du monde que ce système-là ne peut pas croître indéfiniment. Dans ce contexte, vous n’avez pas la possibilité de déployer de façon massive des dispositifs qui ne sont pas tellement efficaces. Le discours – y compris chez certains Verts – qui consiste à dire « on va pouvoir augmenter le pouvoir d’achat tout en mettant des énergies renouvelables partout », que l’on appelle la croissance verte, est hélas un mythe.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Il est possible qu’on ait un déclic au moment où la décroissance va faire craquer le système. Jusqu’à maintenant on a déjà eu des petits craquements dans le système. Les gilets jaunes, le Brexit, la Syrie… Ce ne sont pas des craquements majeurs chez nous, dans le sens où l’Europe d’après n’est pas fondamentalement différente de l’Europe d’avant, mais je suis hélas certain qu’il y aura pire derrière. Je suis aussi certain que l’évolution du système à l’avenir ne va pas se faire de manière continue, et que les changements de direction vont se faire à l’occasion de discontinuités (la pandémie en étant une). Plus le temps va passer, plus elles seront rapprochées. Est-ce pessimiste ? Je ne sais pas, c’est peut-être juste réaliste. Mais on a encore les moyens aujourd’hui d’arbitrer entre le pire et le beaucoup moins mauvais.

L’article de Novethic est ici.

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Partout en France, d’importants projets tombent à l’eau pour des raisons environnementales

Un article de Novethic, par la rédaction, le 22/11/2021.

Annulation d’autorisation environnementale pour un entrepôt Amazon, interdiction d’extension d’une base de loisir en pleine forêt de Romainville, projet de surf-park en Loire-Atlantique au point mort… Ces derniers mois, face aux mobilisations citoyennes ou par décision judiciaire, de nombreux projets ont été suspendus voire abandonnés pour des raisons environnementales. Tour d’horizon.

Le projet de centre de tri des colis de 38 000 m2 d’Amazon a été annulé vers le pont du Gard. Pascal Guyot / AFP

Les entrepôts Amazon face à la fronde 

Le géant de l’e-commerce, qui prévoit de doubler ses entrepôts dans l’Hexagone, fait face à une véritable fronde sur le terrain. Le 9 novembre, le tribunal administratif de Nîmes a annulé l’autorisation environnementale pour un projet de centre de tri des colis de 38 000 m2. Celui-ci doit voir le jour à proximité du Pont du Gard, l’un des sites touristiques les plus anciens et visités de France, classé à l’Unesco. Les juges ont estimé que « malgré la création probable de six cents emplois équivalents temps plein et les retombées économiques (…), celui-ci ne répondait pas à une raison impérative d’intérêt majeur« . Ce revers pour Amazon intervient deux semaines après l’abandon d’un projet de centre logistique près de Nantes, à Montbert (Loire-Atlantique), en raison des retards liés à « l’accumulation de contraintes techniques et juridiques. »

Les « Jardins à défendre » d’Aubervilliers font de la résistance

En Seine Saint Denis (93), les jardins ouvriers presque centenaires d’Aubervilliers devaient être détruits pour y construire la future piscine des Jeux Olympiques et son solarium. C’était sans compter la détermination de citoyens prêts à défendre leurs 4 000 m² de terres. Pour protéger dix-neuf parcelles menacées (sur 273), des jardiniers se sont rassemblés en collectif. Ils ont créé une Jad (« Jardins à défendre ») et fait appel à toutes les bonnes volontés pour les aider à sauvegarder leurs terres. Le collectif a également porté l’affaire devant les tribunaux. Ils ont remporté une bataille le 20 septembre dernier. Alors que par les rouleaux-compresseurs et les bulldozers avaient commencé à détruire des parcelles, la justice a ordonné la suspension des travaux. Toutefois, le bras de fer n’est pas terminé : la mairie a fait appel de cette décision.

[Mise à jour le 23 novembre] La cour d’appel de Paris a levé mardi 23 novembre la suspension du permis de construire permettant « la reprise des travaux ». La procédure judiciaire n’est pas terminée car elle doit être jugée « au fond » en décembre prochain.

À Romainville, la forêt est sanctuarisée 

La base de loisir de Romainville ne pourra plus s’étendre sur la forêt. Les associations locales ont signé en juin 2021 un contrat d’Obligations réelles environnementales (ORE) avec la région Ile-de-France et la commune de Seine-Saint-Denis afin d’en sanctuariser 20 hectares. Le projet de l’Ile de loisir de la Corniche des forts est en cours depuis plusieurs années et rencontre une vive opposition locale, soucieuse de préserver ce refuge de la biodiversité. Le projet risquait de détruire en partie cette forêt un peu spéciale, poussée sur une ancienne carrière de gypse et interdite d’accès en raison des risques d’effondrement. Des aménagements de loisirs ont déjà entamé en partie la forêt, mais l’obtention de la protection par le contrat ORE devrait permettre de mieux protéger les espèces animales et végétales.

En Loire-Atlantique, un surf park à l’agonie 

C’est un projet qui a fait des vagues. Présentée en 2018, la construction d’un surf park à Saint-Père en Retz (Loire-Atlantique)  a divisé élus, population et surfeurs. Si le projet a été mis en pause dans le cadre du Covid-19,  il semble plus que jamais compromis : l’un des deux porteurs du projet, Thibault Coutançais, a quitté le navire. La structure, qui devait détruire 20 hectares de terres agricoles, est accusée d’artificialiser les sols et est pointée du doigt pour sa consommation en eau (plus de 11 000 m3  par an). Elle est d’autant plus critiquée qu’elle est située à 10 kilomètres de vagues naturelles. Le collectif Terres Communes a particulièrement manifesté son opposition en organisant des rassemblements et des occupations du territoire.

La privatisation du campus d’AgroParisTech suspendu 

La mobilisation a payé. Alors que l’État avait retenu le promoteur immobilier Atarea Cogedim pour racheter le domaine de Grignon, berceau de l’agronomie française et campus des ingénieurs d’AgroParisTech, il a finalement fait machine arrière le 15 novembre pour « tenir compte du temps de concertation nécessaire ». L’annonce de la vente avait provoqué la colère de nombreux étudiants, élus et associations qui craignaient que le domaine, qui s’étend sur des centaines d’hectares de forêts et de terres agricoles, soit bétonné. Si le gouvernement n’a pas clairement justifié la suspension du projet pour des raisons environnementales, les failles de procédure sont mises en avant. Un espoir pour l’association Grignon 2 000 qui porte un projet alternatif.

L’article de Novethic est ici.

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Plus de 400 tués dans des accidents de chasse en France depuis vingt ans

Un article de Libération, par Alice Clair et Julien Guillot, le 03/11/2021.

En moyenne, une vingtaine de personnes sont tuées chaque année par des chasseurs depuis deux décennies. En plus des quelque 20 millions d’animaux abattus annuellement.

(Alice Clair/Julien Guillot)

L’automobiliste grièvement blessé par balles par un chasseur en Ille-et-Villaine samedi a remis en lumière la problématique des accidents de chasse en France. En retraçant l’historique des données communiquées par l’Office français de la biodiversité (OFB, ex-Office national de la chasse et de la faune sauvage) on arrive à un total de 428 personnes tuées accidentellement en deux décennies. Plus précisément entre les saisons 1999-2000 et 2020-2021.

Les chiffres pour la dernière saison n’ont pas été publiés officiellement, mais juste évoqués dans un communiqué de presse de la Fédération nationale des chasseurs. La baisse constatée doit être relativisée par le contexte sanitaire et les confinements qui ont pu réduire la pratique de la chasse la saison dernière. Dans la majorité des cas, ce sont des chasseurs qui sont les victimes de ces accidents. Mais on dénombre aussi au moins 12 tués non-chasseurs entre 2013 et 2021.

Des études commandées par la Fédération nationale des chasseurs permettent de dresser le portrait-robot du chasseur français. Dans les catégories socioprofessionnelles, celles des cadres et des employés sont sur-représentées parmi les chasseurs, alors que les ouvriers et professions intermédiaires sont sous-représentées. Globalement la majorité des chasseurs sont des retraités et seulement 2 % sont des femmes. Par ailleurs les «premiers écologistes de France» déversent chaque année 8 000 tonnes de plomb dans la nature. Et avaient ôté la vie à 22 millions de bêtes en 2013-2014, saison de la dernière enquête nationale tableau de chasse menée par l’OFB.

L’article de Libération est ici.

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Le catastrophisme climatique dans les médias, une couverture à double tranchant

Un article de Novethic, par Mathieu Viviani, le 19/11/2021.

Images chocs, citations annonçant la fin du monde, chiffres terrorisants… Dans les médias, la question climatique est majoritairement abordée avec sensationnalisme. Si cette couverture participe à la sensibilisation du grand public, elle agit différemment selon les profils, provoquant paralysie, déprime ou indifférence. « Les journalistes doivent absolument se faire l’écho des ressources disponibles pour agir », appelle la journaliste Anne-Sophie Novel.

Des pluies torrentielles ont touché Zhengzhou, dans le centre de la Chine, le 20 juillet 2021. Noel Celis / AFP

Un ours polaire en détresse sur sa banquise, un bout de forêt rasé par les bulldozers, un pâturage ravagé par la sécheresse… ces images se retrouvent régulièrement en Une des journaux. Dernier exemple en date : les inondations et pluies torrentielles au Canada qui ont transformé « des villes » en « lacs ». L’objectif est d’interpeller sur une réalité crue et implacable : la destruction de l’environnement. Mais tous les profils ne répondent pas de la même façon à une « image catastrophiste » sur le climat. « Pour un militant ou une personne éclairée sur le sujet, ce genre d’image va renforcer sa vision du monde. Pour les personnes peu conscientisées, ce type de photo va plutôt provoquer de l’indifférence voire le rejet. Elles marchent peu sur leur profil car c’est trop éloigné de leur réalité quotidienne », explique Mickael Dupré, psychosociologue et Maître de conférences à l’Université de la Polynésie française (UBF).

Une analyse partagée par la cofondatrice de Place To Be, Anne-Sophie Novel, spécialisée dans les alternatives écologiques. « On a tous une sensibilité différente qu’on soit novice sur le sujet climat ou militant. Mais je dirais que cette perception évolue au fil du temps. Pour ma part, à certains moments, le catastrophisme m’a vraiment fait déprimer, mais à d’autres, je pense qu’il est utile pour réveiller les consciences. Une chose est certaine, relayer seulement les problèmes est loin d’être suffisant. Les journalistes doivent absolument se faire l’écho des ressources disponibles pour agir. »

Journalisme de solutions

Parler des problèmes de notre société est la responsabilité des journalistes, au même titre que les solutions. Telle est la vision du journalisme des solutions, ce mouvement journalistique arrivé en France il y a une quinzaine d’années. Parmi les médias tricolores pionniers, se trouvent Kaizen, We Demain, Socialter, Up Le Mag, PositivR, Carenews, etc. D’autres titres de presse plus généralistes, à l’instar de Nice-Matin, Libération ou le quotidien anglais The Guardian, s’y sont aussi mis via des rubriques, des newsletters ou des suppléments. « Dans mon travail, j’ai constaté que cette information-là est de plus en plus demandée par les citoyens qui, davantage conscients de l’enjeu écologique, aspirent de plus en plus à agir concrètement et à leur échelle », commente Anne-Sophie Novel.

Un constat de terrain qui fait écho au fonctionnement psychologique des êtres humains selon Mickael Dupré : « Les gens ne font pas s’ils ne comprennent pas. Si les journalistes font cet effort de pédagogie sur le sujet climat, c’est un premier pas. Ensuite, j’ai constaté dans mes recherches que l’expérience concrète, à son échelle, en collaboration avec d’autres personnes favorisait le passage à l’action. Un journalisme qui relaye des initiatives de terrain, proches de soi et portées par des gens en qui on peut s’identifier, apparaît comme une vraie alternative au catastrophisme médiatique. »

L’article de Novethic est ici.

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Éolien : le casse-tête du recyclage des pales

Un article de Novethic, par Pauline Fricot,  le 15/11/2021.

Alors que les premiers parcs français arrivent en fin de vie, des centaines d’éoliennes vont devoir être prises en charge ces prochaines années. Or aujourd’hui, les pales ne sont quasiment jamais recyclées en raison de leur composition. Mais une innovation pourrait changer la donne. Siemens-Gamesa a annoncé en septembre la commercialisation de la première pale 100% recyclable.

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Photo d’illustration

C’est un grand pas pour le secteur de l’énergie éolienne. L’entreprise espagnole Siemens-Gamesa a annoncé début septembre la commercialisation des premières pales d’éoliennes 100% recyclables : la « RecyclableBlade ». Au cœur de l’innovation : un nouveau type de résine, l’époxy, qui permet de séparer facilement la fibre de verre ou de carbone utilisée pour fabriquer les pales. Selon le constructeur, un simple bain d’acide chauffé permettrait de dissocier les matériaux. Ceux-ci pourraient ensuite être récupérés pour être recyclés. Avec la résine utilisée aujourd’hui, ce processus était bien plus compliqué et peu rentable.

De fait, aujourd’hui, les pales sont principalement broyées pour être revalorisées comme combustible ou le broyat est récupéré pour constituer de nouveaux matériaux composites. Leur enfouissement est interdit en France, sauf si l’exploitant prouve qu’il n’y a pas d’autres solutions. « C’est socialement très mal vu, souligne la chargée de mission économie et industrie de France Énergie Éolienne (FEE) Rachel Ruamps, et la réutilisation et la revente sont toujours plus avantageuses économiquement ». Le marché de l’occasion se développe parallèlement dans la filière. « Des machines sont envoyées dans d’autres pays européens », ajoute la chargée de projet, comme en Russie ou en Pologne.

Des parcs à bout de souffle

Il faut dire que les innovations de recyclage des pales émergent seulement, alors que la première éolienne a été posée en France en 1991. La filière se confronte en vérité à la réalité du terrain : les éoliennes ont une durée de vie de 20 à 30 ans et les premiers parcs commencent à arriver à bout de souffle. « La question du démantèlement des parcs se pose donc depuis peu de temps, c’est une problématique récente » atteste Rachel Ruamps.

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La France compte entre 8 500 et 10 000 éoliennes

Un défi qui ne fait que commencer. Environ 300 à 500 éoliennes par an devront être démantelées entre 2025 et 2030, selon la responsable éolien terrestre au Syndicat des énergies renouvelables, Camille Charpiat, interrogée par Challenges. À l’échelle européenne, selon des chiffres de l’association pro-éolienne WindEurope communiqués à l’AFP, environ 9 000 tonnes de pales par an devront être éliminés en 2020 en Europe, 14 000 en 2023 et 25.000 tonnes en 2025.

Parallèlement la législation est de plus en plus exigeante. Un arrêté de juin 2020 oblige un recyclage d’au moins 90% de la masse des machines d’ici juillet 2022, et d’un minimum de 35% des rotors (dont les pales). D’ici 2025 ces pourcentages devront passer respectivement à 95% et 55%.

La course est lancée

La course est en tout cas lancée. Siemens-Gamesa a annoncé avoir conclu des accords avec trois géants de l’énergie, les allemands RWE et Wpd mais aussi le français EDF Renouvelables. Et il n’est pas le seul à se pencher sur ce sujet crucial. En décembre 2020, l’Institut français de Recherche Technologique Jules Verne et un consortium d’acteurs de l’énergie éolienne, dont Engie, SUEZ, LM Wind Power ou Arkema ont lancé le projet ZEBRA visant à concevoir une pale 100% recyclable d’ici 2023, pour un budget de 18,5 millions d’euros.

D’autres pistes plus créatives sont aujourd’hui explorées. Des pales ont par exemple été récupérées pour concevoir des tunnels et toboggans pour une aire de jeux à Rotterdam aux Pays-Bas ou pour concevoir un abri à vélo à Aalbord au Danemark.

L’article de Novethic est ici.

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Le Conseil d’État suspend tous les piégeages traditionnels d’oiseaux sauvages

Un communiqué de presse de la LPO, le 25/10/2021.

Le Conseil d’État a rendu son délibéré ce jour concernant les recours en urgence présentés par la LPO et l’association One Voice : sans surprise il suspend les arrêtés litigieux sans perdre plus de temps. C’est une grande et belle victoire pour la biodiversité.

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Le 15 octobre 2021, plusieurs arrêtés ministériels ré-autorisant certaines pratiques de piégeage traditionnel d’oiseaux sauvages avaient été publiés au Journal Officiel sur ordre d’Emmanuel Macron, soucieux de ménager les fédérations de chasseurs à la veille des élections. La LPO et One Voice avait immédiatement déposé des recours auprès du Conseil d’État pour demander leur suspension en urgence.

Lors de l’audience du 21 octobre, toutes les parties semblaient s’accorder sur l’irrégularité du piégeage non sélectif des oiseaux sauvages suite aux arrêts de la Cour de Justice de l’Union Européenne le 17 mars 2021 puis du Conseil d’État le 28 juin 2021, confirmant l’illégalité de la chasse à la glu. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les arrêtés ayant autorisé le piégeage des alouettes dans le Sud-Ouest, et celui des vanneaux huppés, pluviers dorés, grives et merles dans les Ardennes pour la saison 2019-2020 avaient à leur tour été annulés par le Conseil d’État le 6 août 2021.

Le prétexte de tradition ne saurait justifier le manquement aux exigences de la Directive Oiseaux.

Avec une telle jurisprudence constante, qui plus est portant sur les mêmes pratiques, on aurait dû en rester là. C’était sans compter la faiblesse du gouvernement face au lobby cynégétique : le 15 octobre, le Ministère normalement en charge de la biodiversité, signait, sans tenir compte une nouvelle fois des avis rendus lors de la consultation publique, 4 nouveaux arrêtés litigieux autorisant le piégeage de :