Déforestation importée : arrêtons de scier la branche !

357  Un communiqué de presse de WWF, le 08/11/2018.

La France a potentiellement contribué à déforester 5,1 millions d’hectares au cours des cinq dernières années. D’après l’étude déforestation importée du WWF France, en 50 ans, nous avons probablement déforesté une surface équivalente à la superficie de la France métropolitaine, ailleurs dans le monde.

En 50 ans, nous avons potentiellement déforesté une surface équivalente à la superficie de la France métropolitaine, ailleurs dans le monde.

Au cours des cinq dernières années, la France a potentiellement contribué à déforester 5,1 millions d’hectares, soit environ deux fois la superficie de la Bretagne, à travers ses importations de 7 matières premières (soja, cacao, bœuf & cuir, huile de palme, caoutchouc naturel, bois et pâte à papier). Cela signifie qu’en 50 ans, nous avons potentiellement déforesté une surface équivalente à la superficie de la France métropolitaine, ailleurs dans le monde.

Voici le constat alarmant d’une nouvelle étude publiée aujourd’hui par le WWF France, qui dresse pour la première fois un état des lieux du risque de déforestation associé aux importations françaises.

Les produits que nous consommons au quotidien, comme la viande, les œufs et les produits laitiers (qui contiennent indirectement du soja utilisé pour nourrir les animaux), le diesel (huile de palme), le chocolat (cacao) ou les pneus (caoutchouc naturel), peuvent donc avoir un impact à des milliers de kilomètres, en détruisant des forêts, en déplaçant des populations et en supprimant les services rendus par les forêts (qualité de l’eau, stockage de carbone, etc.). Pour ces quatre matières premières, plus de la moitié des surfaces nécessaires à leur production sont potentiellement déforestées, notamment au Brésil, Argentine, Indonésie, Malaisie et Côte d’Ivoire.

Le communiqué de presse de WWF est ici.

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The finding is clear: if the planet was a business, it would be bankrupt

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Ces cinq aliments, symboles de notre mode de vie, sont menacés par le réchauffement climatique

165  Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 07/11/2018.

Le réchauffement climatique, c’est la montée des eaux, les canicules, les ouragans, la perte de biodiversité, mais c’est aussi une menace pour nos habitudes alimentaires. Du café au chocolat en passant par le vin, la bière et les huîtres… Cinq produits, symboles de notre mode de vie, pourraient disparaître dans les prochaines décennies si rien n’est fait pour endiguer le réchauffement. 

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Cacao, chocolat, bière, vin, huître… ces aliments sont condamnés à disparaître sous l’effet du changement climatique. Pixabay

90 % de la production de café détruite en 2050

Boire une tasse de café le matin va devenir un luxe. Selon une étude publiée dans la revue PNAS en 2017, la production mondiale de café pourrait diminuer de 90 % d’ici 2050. Ce scénario, le plus pessimiste de l’étude, est la conséquence directe du réchauffement climatique. « Le café est très sensible aux légères variations de température. À mesure que la température montera, tous les pays seront affectés », prévenait d’ailleurs le directeur exécutif de l’Organisation internationale du café (OIC), José Sette lors du premier forum mondial des producteurs de café, organisé en juillet 2017 en Colombie.

Disparition du chocolat en 30 ans

Pas d’humidité, pas de chocolat. En janvier dernier, des experts américains de la National Oceanic and Atmospheric Administration, agence d’observation océanique et atmosphérique, ont estimé que d’ici 2050, le cacao, base du chocolat, pourrait être en péril. Cette plante a en effet besoin d’un sol riche en azote, de pluies abondantes, d’une humidité élevée et d’être à l’abri du vent. Or, la tendance actuelle vers une hausse des températures de 2,1 à 3°C assécherait trop les sols. Le problème est moins la chaleur que le manque d’eau, peu propice à la culture de cacao.

Une carte des vins chamboulée

Du Champagne au Royaume-Uni, du Chianti en Allemagne et du Boulaouane au sud de la France. Voilà à quoi ressemblera la nouvelle carte des vins européens si le réchauffement climatique n’est pas endigué. Les vignerons subissent déjà les conséquences de ce changement. Avec la chaleur, les raisins mûrissent et s’abîment plus vite. Résultat, les vendanges doivent être avancées. Cette année, elles ont un mois d’avance par rapport aux années 1980. Et ces récoltes prématurées ont des conséquences sur le vin lui-même. Des chercheurs ont ainsi montré qu’ils présentaient des arômes plus cuits et que le taux d’alcool augmentait de 1,5 à 2 degrés.

Fini les huîtres à Noël

Même si le réchauffement climatique est limité à 2 °C, « la mortalité exceptionnelle des huîtres deviendra la norme vers 2035 ». Voilà la principale conclusion d’une étude publiée dans la revue IOP Science le 9 octobre dernier. En cause, des températures hivernales plus chaudes associées à de fortes pluies, qui favorisent le développement des maladies. Cette année, la production française a perdu un tiers de son volume. En cause, un herpès de l’huître qui se développe quand la température de l’eau augmente. Autre conséquence du réchauffement : l’acidification des mers et océans. Or, « en milieu acide, les huîtres ont plus de mal à constituer leur coquille car le mercure vient à manquer », explique au Figaro Favrica Permet, chercheur à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

Des bières plus chères

C’est la boisson la plus populaire au monde et elle est clairement menacée. Si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel, la production mondiale de bière pourrait chuter de 16 %. L’orge, céréale de base de la bière, est en effet très sensible au changement climatique. Seule l’orge de la meilleure qualité (soit moins de 20 % de l’orge mondiale) est consacrée à la production de bière, le reste servant notamment à nourrir les animaux d’élevage. Or ce sont les cultures les plus sensibles et donc les plus menacées. Résultat, le prix de la bière pourrait doubler dans certains pays et ainsi devenir un produit de luxe.

L’article de Novethic est ici.

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Marche pour la forêt – Septembre – Octobre 2018

La « Marche pour la forêt » s’est terminé le 25 octobre 2018, dans la forêt de Tronçais dans l’Allier. Un millier de personnes se sont retrouvées, issues tant du personnel de l’ONF que de nombreuses associations et structures alertées par les actuelles convoitise industrielles sur les forêts du monde entier, et de France en particulier.

Ce rassemblement  a permis la publication d’un manifeste qui lance le combat contre l’industrialisation de nos forêts et appelle à un grand débat public sur la forêt, notre bien commun.

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Manifeste de Tronçais :

Pour la forêt française, notre bien commun

«La planète Terre n’a pas besoin d’émissions de CO2 supplémentaires. Elle a besoin de résilience et de forêts qui la refroidissent.» C’est en ces termes que le 25 septembre 2017, 190 scientifiques de la communauté internationale [1] ont interpellé les responsables de l’Union Européenne, posant ainsi en termes clairs l’enjeu vital pour la biosphère d’une gestion forestière réellement durable.
La forêt n’est pas un objet de spéculation financière de court terme.
C’est le rempart de nos enfants face à une crise écologique et climatique qui s’emballe. C’est l’eau potable, la biodiversité et la résilience, l’épuration de l’air, le stockage d’une partie du carbone en excès dans l’atmosphère et la possibilité d’en stocker dans le bois matériau. C’est aussi notre lieu de connexion avec la Nature. Renoncer à tous ces bienfaits serait pure folie. C’est pourtant ce qui se profile en Europe et en France, métropolitaine comme dans les départements ultramarins, avec les incitations croissantes à transformer les forêts pour satisfaire des appétits industriels de court terme non soutenables. Comble du cynisme, ces orientations sont présentées depuis le Grenelle de l’environnement sous couvert d’écologie.
Les forêts publiques françaises incarnent particulièrement ces enjeux. Bien qu’elles ne représentent que 25% des surfaces forestières de France métropolitaine, elles correspondent aux cœurs historiques des massifs forestiers. Ce sont des surfaces boisées depuis de nombreux siècles, qui concentrent les écosystèmes les plus matures, et ainsi les stocks de biodiversité et de carbone les plus conséquents de tous les écosystèmes.
Le droit forestier français, vanté dans le monde entier comme une préfiguration historique du concept de gestion durable, consacre la forêt comme bien commun. Il prévoit des outils de protection des forêts privées et publiques par les pouvoirs publics.
Pourtant le principal instrument de cette politique, l’Office National des Forêts, subit un véritable détournement de ses missions d’intérêt général. La privatisation en cours de ses activités régaliennes préfigure la disparition de ce service public et une politique forestière au rabais. Ces évolutions actuelles à l’ONF et celles à l’œuvre dans le privé menacent de tirer vers le bas toutes les « garanties de gestion durable », en forêt publique comme en forêt privée.
La démarche de privatisation de l’Office National des Forêts, et l’industrialisation croissante qui l’accompagne doivent être reconsidérées au regard des multiples enjeux des forêts pour la société d’aujourd’hui (climat, biodiversité, emploi et économie). La notion de bien commun impose par ailleurs que la société civile prenne part aux décisions forestières, et dispose d’un droit de regard sur la gestion des forêts publiques qu’elle reçoit en héritage et doit transmettre à ses enfants.
Nous soussignés, citoyens et représentants d’organisations concernés par le sort de la biosphère, réunis ce 25 octobre 2018 au pied des chênes pluri-centenaires de la Forêt Domaniale de Tronçais, demandons solennellement la convocation d’un grand débat public, que la forêt française mérite aujourd’hui plus que jamais depuis plus d’un siècle.
Mobilisés, vigilants et unis, nous entendons nous rencontrer régulièrement pour débattre des orientations cruciales de la politique forestière, élargir et amplifier la dynamique enclenchée ce jour.

Le manifeste est ici.

[1] https://drive.google.com/file/d/0B9HP_Rf4_eHtQUpyLVIzZE8zQWc/view

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Les personnalités, associations et organisations syndicales signataires du Manifeste de Tronçais.

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Nord : La surexploitation de la plus grande forêt nordiste dénoncée par une députée

Journal 20 minutes.jpg  Un article de 20 Minutes, par Gilles Durand, le 03/11/2018.

La députée En marche du Nord, Anne-Laure Cattelot, en a assez de voir la forêt de Mormal ratiboisée et met en cause la gestion de l’État…

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La députée du Nord, Anne-Laure Cattelot, prend fait et cause pour la forêt de Mormal, dans l’Avesnois. — G. Durand / 20 Minutes

  • A l’instar d’associations locales, une députée (LREM) du Nord s’inquiète de la surexploitation d’une forêt de l’Avesnois.
  • La députée Anne-Laure Cattelot dénonce la gestion de l’Office national des forêts.
  • La parlementaire souhaite lancer une mission d’information sur le sujet, à l’Assemblée nationale

Volée de bois vert contre l’Office national des forêts (ONF). Dans une vidéo postée sur son profil Facebook, une députée du Nord met en cause la gestion de la forêt de Mormal, dans l’Avesnois, reprochant des coupes rases un peu trop fréquentes et « intempestives ». Voilà plusieurs mois que des associations locales comme Mormal Forêt Agir militent pour la sauvegarde de cette forêt estimant que son exploitation trop intensive.

«Quand ils viennent couper, on a l’impression d’être à côté d’un réacteur nucléaire et on se retrouve avec un paysage désertique», se plaint un riverain de Sars-Bara, un lieu-dit qui jouxte cette forêt de 90 km2 (9000 ha), la plus grande du Nord. Une nouvelle étape de l’industrialisation des forêts publiques puisque Mormal appartient à l’État ?

La filière bois du conseil régional

En face du village, ce sont plus de 7 hectares de forêt (environ quatorze terrains de foot) qui viennent ainsi d’être coupés d’un seul tenant. «Plus loin, c’est une parcelle encore plus grande qui a été totalement rasée», déplore-t-il.

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Les chênes de la forêt de Mormal. Photo Sami Belloumi

La députée (LREM) Anne-Laure Cattelot a décidé de monter au créneau pour dénoncer, à son tour, « la surexploitation des ressources naturelles de cette forêt ». Un combat qui risque de se heurter à la politique du conseil régional, lequel souhaite, depuis quelques années, mettre en place une filière bois.

«Je ne suis pas contre l’exploitation du bois, mais de façon raisonnée, et si possible, par des entreprises de la région, explique Anne-Laure Cattelot. Certains pays comme la Suisse ou la Slovénie ont interdit les coupes-rases pour préserver la biodiversité. D’autres comme la Belgique et l’Allemagne les ont limités. Nous pourrions en faire de même.»

Un « aménagement forestier » non respecté

La députée demande à réguler les coupes : «On pourrait ne prélever que des arbres sélectionnés pour ne pas dénaturer la forêt, plutôt que de tout détruire et de gaspiller le bois».

En ligne de mire, elle vise l’ONF qui a en charge la gestion de cette forêt domaniale. Les coupes de bois sont ainsi programmées dans un document de gestion appelé «aménagement forestier». Il établit le programme des actions sur une période de 20 ans. Selon la députée, l’«aménagement forestier» de Mormal est planifié de 2014 à 2033. «Or, en quatre ans, on a déjà coupé et sorti la moitié de ce qui est prévu», affirme-t-elle.

Des associations locales dénoncent une surexploitation de la forêt de Mormal qu’elles jugent «en danger»

Totalement détruite lors de la Première Guerre mondiale et surexploitée durant la Seconde, la forêt de Mormal héberge, aujourd’hui, des cerfs et se positionne comme un des principaux atouts touristiques d’un territoire en difficulté économique.

Une mission d’information à l’Assemblée nationale ?

«Je vais demander des comptes à l’ONF, notamment sur la nature des contrats avec les sociétés de bûcheronnage», souligne la députée nordiste, un brin frondeuse aussi vis-à-vis de l’inertie du ministère. Elle envisage d’ailleurs de lancer une mission d’information sur le sujet, à l’Assemblée nationale. Contacté, l’ONF n’était pas joignable. Cet office, fort de 9.500 professionnels, est, par ailleurs, dans le collimateur du gouvernement qui a proposé, pour 2019, la suppression de 226 postes.

L’article de 20 minutes est ici.

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30 % des colonies d’abeilles sont mortes durant l’hiver dernier en France

548  Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 04/11/2018.

C’est un taux de mortalité effrayant. Selon un nouveau rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), 30 % des colonies d’abeille sont mortes en France pendant l’hiver 2017-2018. Le taux est habituellement de 10 %. Une hécatombe pour les apiculteurs qui dénoncent un usage trop intensif des pesticides dans l’agriculture.

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Ce sont des lanceuses d’alerte et elles sont clairement en danger. Un tiers des colonies d’abeilles sont mortes lors de l’hiver 2017-2018. C’est la principale conclusion d’une étude menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire et de l’alimentation (Anses) à la demande du ministère de l’Agriculture. Cette vaste enquête a été réalisée auprès de 46 500 apiculteurs dont 14 000 ont répondu.

« Cette enquête montre que le taux moyen de mortalité des colonies d’abeilles à l’échelle nationale durant l’hiver 2017-2018 est estimé à 29,4 %, très au-delà du taux de 10 % de mortalité hivernale qualifié de « normal » par l’ensemble des acteurs concernés (apiculteurs, scientifiques…) », souligne le ministère.

Des taux de mortalité « gravissimes »

Ces taux de mortalité sont « gravissimes », confirme l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf), « on évoque habituellement le taux de 30 % de mortalité sur l’année (en saison et en hiver), et avec ce seuil, pratiquer l’apiculture est intenable… Là ce taux intervient sur 4 mois de l’année ».

En cause, notamment, les néonicotinoïdes. Ces pesticides « tueurs d’abeilles » sont accusés de décimer les colonies en attaquant le système nerveux des abeilles ce qui les désorientent et les affaiblissent. En 1995, affirme l’Unaf, 5 % des colonies d’abeilles disparaissaient chaque année contre 30 % aujourd’hui.

Interdiction des néonicotinoïdes

Pour ralentir le phénomène, depuis le 1er septembre, cinq néonicotinoïdes sont interdits en France. « On est dans une phase cruciale », expliquait en mars Delphine Batho, députée et ancienne ministre de l’Environnement. « Les abeilles sont les lanceuses d’alerte de l’effondrement de la biodiversité. Nous devons fermement appliquer la loi », plaide-t-elle. Ce que craignent les associations environnementales et les apiculteurs, ce sont des dérogations que le gouvernement pourrait accorder.

« Nous pressons les pouvoirs publics de sortir notre agriculture de sa dépendance aux pesticides. Il faut saisir l’opportunité de la renégociation de la PAC (politique agricole commune) pour réorienter notre modèle agricole », demande Gilles Lanio, président de l’Unaf, dans le Monde.

En juillet, le ministère de l’Agriculture avait débloqué trois millions d’euros à destination des apiculteurs pour qu’ils renouvellent leurs essaims. Cet aide forfaitaire équivaut à 80 euros par essaim acheté.

L’article de Novethic est ici.

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La transition écologique a échoué, vivons avec l’idée d’effondrement

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Un article de Reporterre, par Valérie Garcia et Marc Pleysier, le 26/10/2018.

Valérie Garcia est sophrologue et Marc Pleysier est ingénieur. Ils vivent dans le Béarn, dans un écolieu collectif, décroissant, et ouvert sur l’extérieur. Ils reviennent d’un tour de France à vélo sur le thème de l’effondrement.


Il est bien difficile de parler d’effondrement dans les associations écologistes, ont observé les auteurs de cette tribune. Ils constatent que l’idée de transition écologique a échoué, et estiment que le concept d’effondrement, loin d’être anxiogène, pousse à agir avec humilité à la mesure de chacun.

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Depuis quelques années, le sujet de l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle s’impose, notamment en francophonie avec le livre Comment tout peut s’effondrer (Pablo Servigne et Raphaël Stevens, éditions du Seuil, 2015).

Conversations entre amis, dans notre groupe local Amis de la Terre, podcasts, web-séries, articles… le sujet nous interpelle fin 2017 et, en avril 2018, nous partons à vélo pour un voyage d’étude sur le sujet. Après deux mois et demi à travers la France, 21 animations publiques, environ 500 personnes rencontrées et encore deux mois pour rédiger une synthèse de notre étude, nous avons appris au moins deux choses :

  • D’une part, le public, en tout cas celui que nous avons rencontré, est en demande d’espace de discussion sur le sujet de l’effondrement, sujet qui ne fait donc pas fuir, sujet pas plus démoralisant ou démobilisant qu’une soirée bien documentée sur le risque climatique. De nombreux participants nous ont remerciés pour ces moments d’échanges, cette occasion d’exprimer leurs doutes, leurs peurs et leurs espoirs.
  • D’autre part, alors que nous collections le plus méthodiquement possible des avis et émotions sur le sujet, nous avons voulu porter le débat au niveau national dans notre organisation. L’accueil fut beaucoup plus froid. Il aura fallu beaucoup de persévérance et de naïveté de notre part pour que nous aboutissions finalement à un groupe de travail interne sur le sujet, réunissant quelques autres muselés.

Il semble bien qu’aucune stratégie ne fonctionne 

Il semble bien que les plus agressés par le sujet de l’effondrement soient ceux qui portent la stratégie dominante du mouvement écologiste, la « transition », que notre petit groupe de travail a définie comme ceci : « Mouvement ayant pour objectif la transformation progressive de nos sociétés industrielles en sociétés soutenables, c’est-à-dire ne dégradant pas le milieu naturel qui leur permet d’exister. » Dans le mouvement de la transition, le constat est aussi terrible et catastrophiste que dans les groupes traitant d’effondrement. Mais la stratégie en place ne souffre pas de voir apparaître ce mot : le but est de mobiliser largement pour éviter l’innommé, car il n’est pas trop tard, il nous reste 10 ans, ou cinq, ou deux, suivant les sources. La nécessité de stopper la machine extractiviste est clairement exprimée, les méchants sont clairement identifiés, banques et multinationales. Mais les conséquences de cette transition sur notre mode de vie, notre consommation et notre niveau de confort sont, elles, plutôt discrètes dans cette communication léchée. Le mot « décroissance » est utilisé, il aura fallu 10 bonnes années pour qu’il soit adopté, mais le mot seul suffit, sans donner de détails, au risque qu’ils soient démobilisateurs.

Exemple parmi d’autres de ce désaccord au sujet de l’effondrement, nous avons lu récemment sur Reporterre que le catastrophisme écologique aurait échoué, preuve en serait la démission de Nicolas Hulot, son plus médiatique représentant, jetant l’éponge et constatant son impuissance : l’argumentation ne nous a pas convaincu. Néanmoins, nous partageons le constat de l’échec de ce catastrophisme éclairé, ainsi que celui de toutes les autres approches de la question écologique. Car il semble bien qu’aucune stratégie ne fonctionne : la probabilité du pire ne cesse de croître, son échéance se rapproche et le chantier pour l’éviter apparaît de plus en plus irréalisable. C’est le mouvement écologiste dans son ensemble qui est en échec, et bien peu de ses porte-paroles semblent disposés à le reconnaître.

Le changement de direction de la société, après plusieurs décennies de luttes écologistes, a-t-il été opéré ? Non, ces luttes ont seulement apporté quelques victoires à la marge.

Ce qui était appelé « changement de société » ou « révolution » dans les années 1970 et qui se nomme maintenant « transition » ou « changement de système » est-il en cours ? Non, la transition en est toujours au stade de la théorisation et de la médiatisation.

L’effondrement n’est plus un avenir à éviter, mais une période qui s’ouvre, une période à vivre

La proportion de militants qui portent cette transition est-elle plus importante que pendant les années 1970 ? Nous en doutons, même si récemment des branches hyperactives mobilisent un nombre important de jeunes. Combien de personnes pour le Tour Alternatiba ? Quelques milliers. Combien de personnes dans la rue pour la mort de Johnny ? Des centaines de milliers. Combien de personnes pour les récentes Marches pour le climat ? Quelques dizaines de milliers. Combien de personnes dans la rue pour le dernier épisode footballistique ? Des millions. La population, malgré sa passivité actuelle, est-elle prête à accepter les changements qu’induirait une transition à la hauteur des enjeux ? Non, il faudrait pour cela un retournement complet de la propagande médiatique et encore 10 à 20 ans d’éducation populaire intense.

Vraiment, le compte n’y est pas pour que nous puissions scander «Alternatiba, la transition est là  ce que nous avons pourtant fait le 6 octobre à Bayonne, portés par un grand élan d’enthousiasme et d’illusion collective. L’effondrement est inévitable et cela ne veut pas dire démobilisation générale, cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien à faire. Cela veut dire que nous devons être plus modestes, plus humbles.

Nous avons perdu sur l’objectif principal, rendre nos sociétés écocompatibles, mais la vie et les luttes continuent. La plupart de nos actions passées et en cours restent pertinentes mais l’objectif global est à reformuler.

L’effondrement n’est plus un avenir à éviter, il n’est pas non plus un événement à passer mais une période qui s’ouvre, une période à vivre, une période qui sera brève à l’échelle de notre civilisation mais probablement longue dans nos agendas d’écologistes. Créer des espaces de résilience, préserver de l’humanité et de la dignité au sein de la tourmente, accueillir tous ceux qui voudront bien nous rejoindre sont des objectifs certes plus modestes que celui de la transition de l’ensemble de la société mais ils sont à notre mesure.

L’article de Reporterre est ici.

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Adieu poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles : 60% des vertébrés ont disparu en 44 ans

241  Un article de Libération, par Carole Schaub, le 30/10/2018.

D’après «l’indice planète vivante», calculé par la Société zoologique de Londres à partir de 4005 espèces entre 1970 et 2014, et révélé ce mardi dans un rapport de WWF, les populations d’animaux sauvages se sont effondrées. La dégringolade est encore plus marquée dans les zones tropicales.

Tortue Geochelone Abigdoni

George «le Solitaire» s’est éteint en 2012, dans les îles Galapagos. Il était le dernier représentant de l’espèce «Geochelone abigdoni». Photo Guillermo Granja. Reuters

Notre maison perd la vie qu’elle héberge et nous regardons ailleurs – pour paraphraser Jacques Chirac au Sommet de la Terre de 2002. L’ONG WWF publie ce mardi son dernier rapport «Planète vivante» sur l’état de la biodiversité mondiale. Sans surprise, celui-ci est alarmant, confirmant la tendance ahurissante déjà pointée par les derniers rapports datant de 2016 et 2014. Cette année, l’«indice planète vivante» (IPV, calculé par la Société zoologique de Londres à partir de données scientifiques collectées sur 16 704  populations appartenant à 4 005 espèces de vertébrés), montre qu’entre 1970 et 2014, les populations de vertébrés sauvages (poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles) ont chuté de 60% au niveau mondial.

La dégringolade est encore plus marquée dans les zones tropicales. L’Amérique du Sud et l’Amérique centrale ont subi le déclin le plus important, avec une perte de 89% des populations en quarante-quatre ans. Le rythme actuel d’extinction des espèces est aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur à celui qu’a connu la Terre avant que la pression humaine ne devienne un facteur prépondérant.

Danger

La dégradation et la perte d’habitat représentent systématiquement les menaces les plus signalées, dans toutes les régions du monde. En cause, les activités humaines et leurs conséquences : agriculture intensive, dégradation des sols, surexploitation, surpêche, dérèglement climatique, pollution plastique, espèces envahissantes… Avec l’explosion de la demande en ressources naturelles et en énergie, l’empreinte écologique mondiale, qui mesure l’impact des activités humaines sur les ressources naturelles, a doublé en un demi-siècle. Seul un quart des terres a échappé aux activités d’Homo sapiens. Un chiffre qui devrait chuter à seulement 10 % en 2050 si l’on ne change rien, selon l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques).

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Sudan, le dernier mâle de la sous-espèce des rhinocéros blancs du Nord présent sur Terre est mort le 19 mars 2018.

Or, insiste l’édition 2018 du rapport «Planète vivante», en s’attaquant au capital naturel de la planète, l’humanité se met elle-même en danger, puisque «tout ce qui fonde nos sociétés humaines, nous le devons à la nature». Le sujet, ce n’est pas seulement l’avenir des tigres, des pandas ou des baleines. C’est aussi celui de la survie même de l’humanité. «Il ne peut y avoir d’avenir sain, heureux et prospère pour les habitants d’une planète au climat déstabilisé, aux rivières asséchées, aux terres dégradées et aux forêts décimées, rappelle Marco Lambertini, le directeur général de WWF International, en préambule du rapport. Il ne peut y avoir de vie sur une planète totalement dépourvue de biodiversité, la toile du vivant dont chacun de nous dépend.» 

Ne serait-ce que d’un point de vue purement économique, et quoi qu’en disent les présidents américain, Donald Trump, ou brésilien, Jair Bolsonaro, il est vital de préserver la nature. Selon une étude conduite en 2014 par l’économiste américain Robert Costanza, la nature nous fournit gratuitement des services d’une valeur égale à environ 125 000 milliards de dollars par an. Autrement dit, si l’on devait payer pour de l’air frais, de l’eau potable, l’alimentation, il faudrait débourser bien plus que le PIB mondial, estimé à 80 000 milliards de dollars par an. Le rapport rappelle entre autres qu’un tiers de la production alimentaire mondiale dépend des pollinisateurs (qui comprennent 20 000 espèces d’abeilles, de nombreux autres groupes d’insectes et même des vertébrés comme certains oiseaux et chauve-souris). Ces derniers assurent la pollinisation de plus de 75% des principales cultures vivrières mondiales.

Urgence

Pour enrayer la disparition du vivant partout sur la planète – y compris près de chez nous, des espèces communes il y a peu – et assurer un avenir à l’humanité, le WWF estime urgent que les leaders mondiaux, décideurs publics et privés, comprennent que «la nature est notre seul foyer» et repensent en profondeur notre manière de produire et de consommer. Selon l’ONG, «il ne reste plus beaucoup de temps», cela doit passer par un accord ambitieux sur la protection de la nature qui devrait être adopté en 2020 lors de la conférence mondiale sur la biodiversité à Pékin, avec un objectif de zéro perte nette de biodiversité en 2030.

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Cadavre d’abeilles dans un rucher à Razés, en Haute-Vienne

Au niveau français, le WWF propose au gouvernement plusieurs actions concrètes dans les secteurs ayant un impact majeur sur la biodiversité. En matière d’agriculture, «principale responsable de la disparition de la nature et de 70 % de la déforestation», le WWF France demande ainsi un plan ambitieux de lutte contre la déforestation importée (huile de palme, soja…) et un copilotage de la politique agricole commune (PAC) par les ministères en charge de l’écologie et de l’agriculture.

L’ONG réclame par ailleurs l’abandon du projet Montagne d’or, la mégamine d’or industrielle qui pourrait voir le jour en plein cœur de la forêt amazonienne guyanaise, «symbole d’un modèle de développement du passé qui oppose développement économique et protection de l’environnement». Le WWF France appelle aussi l’exécutif à «mettre en œuvre ses engagements climatiques» en engageant «l’ensemble des acteurs dans la transition vers des formes de mobilité plus durables, avec une loi d’orientation sur les mobilités ambitieuses». Le gouvernement français l’entendra-t-il ? Rien n’est moins sûr. L’exécutif vient d’autoriser Total à forer au large de la Guyane. Et a demandé la semaine dernière aux députés de maintenir l’exonération fiscale dont bénéficie l’huile de palme dans les carburants… au profit de Total et de sa raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône).

L’article de Libération est ici

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