Le changement climatique bouleverse la forêt française

325  Un article de Sciences et Avenir, par

Les effets du changement climatique sur les massifs forestiers sont difficiles à quantifier car les arbres poussent lentement. Créé en 2009, le réseau scientifique AFORCE expose ce 1er avril 2019 son premier bilan décennal.

835

La forêt française s’étend sur 16,9 millions d’hectares.

PIN SYLVESTRE. Quel aspect aura la forêt française à la fin du siècle ? Quelles essences vont péricliter, quelles sont celles qui vont s’étendre ? Difficile de répondre tant les 16,9 millions d’hectares d’arbres de l’Hexagone s’étendent sous des climats et sur des sols et des reliefs différents. « Pourtant, les forestiers doivent savoir parce que lorsqu’ils plantent aujourd’hui, c’est pour récolter au XXIIe siècle ! « , assène Olivier Picard, directeur de recherche et développement du Centre national de la propriété forestière (CNPF). Depuis dix ans, le réseau mixte technologique (RMT) Adaptation des forêts au changement climatique (AFORCE) déploie deux outils, l’un portant sur l’observation des évolutions de la forêt actuelle, l’autre sur la recherche de solution pour préserver la production de bois et donc une filière tout entière. Par ailleurs, l’arbre stocke du CO2 et donc la pérennité des forêts est un enjeu majeur de lutte contre le changement climatique.

Des branches sommitales de chênes qui s’assèchent, des pins sylvestres qui meurent de soif, des hêtres qui ont du mal à supporter des températures élevées : pour les forestiers, les signes du réchauffement climatique sont déjà là. Le colloque de restitution d’Aforce va ainsi se pencher en priorité sur leur perception des phénomènes en cours, ce qui n’est pas simple vu la diversité des situations climatiques et bio-géologiques mais aussi des conditions économiques d’exploitation des forêts.

« Les chercheurs doivent en priorité recueillir par des enquêtes ce que constatent les professionnels pour pouvoir ensuite mieux les conseiller », poursuit Olivier Picard.

Les arbres subissent déjà les effets d’une hausse des températures

CHÊNE VERT. La hausse des températures a déjà des effets très visibles. Les pins sylvestres du sud des Alpes dépérissent à grande vitesse. Les chênes sessiles et pédonculés montrent des signes de dépérissements jusque sur les bords de Loire. Le hêtre, essence qui craint les fortes chaleurs, voit ses spécimens les plus au sud de son aire de répartition, dans le Poitou, subir de plus en plus les canicules estivales. À l’inverse, le chêne vert a quitté la garrigue méditerranéenne pour coloniser les côtes atlantiques, remontant jusqu’à la Vendée alors qu’il était absent de ces régions au début du XXIème siècle.

« Ce qu’on peut anticiper, c’est un retrait du chêne sessile et pédonculé d’un tiers de son aire de répartition la plus au sud, le repli du hêtre vers le nord-est de la France, la remontée en altitude du sapin qui perdrait 60% des espaces qu’il occupe aujourd’hui à basse altitude », suppute Olivier Picard.

La forêt landaise de pin maritime pourrait par ailleurs s’installer dans le nord de la France et gagner en productivité. Mais le massif est aussi menacé par l’arrivée du nématode du pin, un insecte ravageur. Car les forestiers doivent aussi anticiper l’arrivée de nouveaux pathogènes des arbres qui profitent de la montée des températures pour gagner de nouvelles conditions favorables de vie.

Le secteur forestier devra s’adapter et peut-être changer d’essences

Le Réseau infrastructure de recherche pour le suivi et l’adaptation des forêts au changement climatique (REINFFORCE) qui regroupe 11 instituts de recherche a planté à travers l’Europe 41 sites de démonstrations où sont testées de nouvelles variétés d’arbres qui pourraient supplanter les espèces devenues inadaptées. La France compte 17 de ces sites où l’on teste le cèdre du Liban, le liquidambar, le robinier ou le séquoia. Les chercheurs suivent l’évolution de la production de ces espèces pour mieux caractériser leur intérêt économique mais étudient aussi leur santé, leur résistance face aux ravageurs et les étapes annuelles de leur vie, de la formation des feuilles et fleurs au printemps à la dormance hivernale. Les associations d’espèces sont aussi étudiées car il semble que les parcelles en mélange résistent mieux aux aléas climatiques. « Les associations entre mélèze et érable, entre pin douglas et épicéa, entre chêne et pin donnent des résultats prometteurs« , assure Olivier Picard.

Il faut donc s’attendre à de grands changements dans les forêts. Or, ces milieux sont aussi patrimoniaux. Ils comptent beaucoup dans l’imaginaire des hommes. Lieux de promenade, mais aussi paysages culturels, les forêts sont considérées comme immuables et tout changement est très mal ressenti par ses usagers.

« Nous devons d’ores et déjà nous interroger sur l’acceptabilité sociale des évolutions de la sylviculture si nous devions effectivement modifier les espèces à exploiter », prévient Olivier Picard.

L’article de Sciences et Avenir est ici.

Publicités
Publié dans Dérèglement climatique, Forêts - Déforestation | Laisser un commentaire

Le Nord placé en alerte sécheresse jusqu’à fin juin, de lourdes restrictions d’eau imposées

662

Un article de France3 Haut-de-France, par Quentin Vasseur, le 09/04/2019.

Il n’a pas beaucoup plu cet hiver dans le Nord, et le département en paie maintenant les conséquences : la quasi-totalité du territoire l’exception du Delta de l’Aa est désormais en alerte sécheresse, a annoncé la préfecture du Nord ce mardi 9 avril au cours d’une conférence de presse.

544

Image d’illustration – Photo Valérie Farine

Sur ces zones, l’État impose ainsi de lourdes restrictions d’eau effectives jusqu’au 30 juin 2019. Parmi elles :

  • l’interdiction de laver les véhicules particuliers.
  • l’interdiction d‘arroser les pelouses et jardins de 9H à 19H.
  • l’interdiction d’arroser les terrains de sport, les stades et les golfs de 9H à 19H.
  • la restriction de l’irrigation agricole.
  • la fermeture des fontaines publiques.
  • un objectif de réduction de consommation d’eau de 10% pour les industriels.

À quel point est-ce grave ?

« La période hivernale est normalement propice à la recharge des nappes phréatiques qui s’achève au printemps », rappelle la préfecture dans un communiqué publié ce midi. « Or l’hiver 2018-2019 a présenté un déficit pluviométrique de 20 % par rapport à la normale. Il n’a donc pas été suffisamment pluvieux pour permettre aux nappes de revenir à leur niveau normal au début de printemps. » « De plus, le mois de février a été particulièrement sec et ensoleillé et a connu des températures très douces », est-il précisé. « La pluviométrie du mois de mars est restée insuffisante pour rattraper le déficit accumulé. »

En conférence de presse, le préfet du Nord Michel Lalande a notamment cité le cas du Torrent d’Esnes, une rivière qui passe au sud de Cambrai et qui est actuellement à sec. Un cas très rare, à cette période de l’année.

Un très bas niveau d’eau, dans les nappes phréatiques, peut présenter de gros risques pour l’environnement, rappelle la préfecture : « les polluants éventuellement rejetés en rivière sont alors plus concentrés« , et « les risques liés au manque d’oxygène et à l’augmentation de la température de l’eau mettent en péril les écosystèmes aquatiques. »

0790

Vers d’autres mesures en juin ?

« Nous prenons pour la premiere fois un arreté qui restreint l’usage de l’eau dans le département du Nord en avril, alors que depuis ces deux dernieres années, l’arrêté était plutot pris en juillet ou en août« , a indiqué Michel Lalande, interrogé à l’issue de la conférence de presse.

Une précocité qui « ne fait que réveler au grand jour ce que tous les spécialistes et les observateurs nous indiquaient depuis bien des années, c’est que nous avons un vrai problème d’eau sur un plan quantitatif (…) et sur un plan qualitatif.« 

Ces mesures, le préfet les estime « suffisantes à ce moment de l’année« , mais il ne s’interdit pas d’en prendre de plus contraignantes. « Je n’enferme pas l’augure, dans la mesure où personne ne peut dire aujourd’hui quelle sera la pluviométrie que nous enregistrerons en mai ou en juin. »

Si jamais cela s’avère nécessaire, « nous restreindrons davantage encore l’usage de l’eau » prévient Michel Lalande, « notamment dans le domaine du recours industriel à l’eau et du recours par les particuliers, l’agriculture ne représentant qu’1,8% de l’usage de l’eau. 70% à 75%, c’est l’usage individuel, l’usage des familles. »

Le Pas-de-Calais en vigilance sécheresse

L’hiver a été tout aussi sec dans le Pas-de-Calais, aussi le préfet Fabien Sudry a pris un arrêté pour placer le département en vigilance sécheresse.

Il n’y a donc pas de restriction de l’usage d’eau, mais la préfecture « appelle les citoyens et les professionnels à réduire les utilisations de l’eau qui ne sont pas indispensables pour éviter de porter atteinte à la ressource en eau, patrimoine commun et bien précieux pour tous les usagers. »

L’article et la vidéo de France3 Haut-de-France sont ici.

Et pour en savoir plus, regardez sur le site de la préfecture du Nord :

Sécheresse – le préfet du Nord limite les consommations en eau

Publié dans Agriculture, Dérèglement climatique | Laisser un commentaire

Comment favoriser une révolution alimentaire plus que jamais nécessaire

389  Un article de Reporterre, par Frédéric Denhez, le 27/03/2019.

Dans « Acheter bio ? », Frédéric Denhez s’est lancé dans une vaste enquête sur l’alimentation. Si nous voulons nous prémunir contre les aberrations qui nous empoisonnent, c’est tout notre système alimentaire qu’il nous faut, collectivement, repenser.

0789

  • Présentation du livre par son éditeur :

La nourriture est devenue un grand mystère : on ne sait plus d’où elle vient ni comment elle est produite. On aimerait faire confiance, mais chaque jour un nouveau scandale révèle les pratiques peu ragoûtantes de l’agriculture intensive, l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution.

Le bio semble fiable. Pourtant, il n’est pas la solution miracle à nos problèmes. Si nous voulons nous prémunir contre les aberrations qui nous empoisonnent, c’est tout notre système alimentaire qu’il nous faut, collectivement, repenser.
Ingénieur écologue de formation, Frédéric Denhez, chroniqueur dans l’émission « CO2 mon amour », sur France Inter, s’est lancé dans une vaste enquête. Il a sillonné la France, hors des circuits battus, pour faire entendre la voix des consommateurs et des producteurs, mais aussi celle de spécialistes inattendus de l’alimentation.

Avec ce livre, qui met en lumière tous les changements en cours, vous aurez toutes les clés pour acheter bon et sain. Vous comprendrez aussi comment favoriser une révolution alimentaire plus que jamais nécessaire.


L’article de Reporterre est ici.

Publié dans Agriculture biologique | Laisser un commentaire

La LPO porte plainte contre l’État français auprès de la commission européenne

LPO  Un article de la LPO, le 02/04/2019.

En autorisant la chasse à la glu, le prolongement de la chasse aux Oies cendrées en février et la chasse d’espèces menacées, la France manque à ses obligations de protection de l’avifaune au regard de la Directive Oiseaux.

582

Tourterelle des bois

Aujourd’hui 2 avril 2019, la Directive Oiseaux fête ses 40 ans. Cette loi socle en matière de protection de l’avifaune en Europe est commune à tous les États membres de l’Europe. Si les moyens mis en œuvre pour atteindre les objectifs fixés par cette directive sont libres, chaque Etat a cependant l’obligation de les atteindre.

Or, des contradictions entre la réglementation française et la Directive Oiseaux demeurent. La LPO ayant utilisé tous les leviers français pour dénoncer ces anomalies, elle porte aujourd’hui plainte auprès de la Commission européenne en suivant ses recommandations qui préconisent de regrouper les plaintes lorsqu’il s’agit d’infractions au droit de l’Union européenne portant sur la même thématique.

Des infractions relatives à la chasse

  • La pratique de la chasse à la glu
    Cette technique de piégeage, qui consiste à enduire de colle de fins bâtons sur lesquels viendront se poser les grives et les Merles noires, est autorisée depuis 1989 dans cinq départements de la région PACA : Alpes de Haute Provence, Alpes Maritimes, Bouches du Rhône, Var et Vaucluse. Pourtant, elle est interdite, notamment en raison de sa non sélectivité, dans tous les pays d’Europe depuis les condamnations de l’Espagne en 2004 et celle de Malte en 2017.

  • Le prolongement de la chasse aux oies cendrées
    Depuis près de 20 ans, la chasse aux oies est prolongée sur notre territoire au-delà de la date de fermeture légale fixée au 31 janvier. Les raisons ? L’éternel renouvèlement d’actes ministériels pour y déroger et des instructions de « non-verbalisation » émanant directement des autorités publiques, au mépris des décisions de justice qui condamnent de manière récurrente cette pratique.

  • L’absence de mesures de conservation suffisantes pour des espèces chassables en déclin
    En France, au lieu de mettre en place des plans de sauvegarde, l’Etat autorise la chasse d’espèces mondialement menacées et en déclin. C’est notamment le cas de la Tourterelle des bois et du Courlis cendré. Au total, une vingtaine d’espèces « gibier » inscrites sur la liste rouge de l’Union Internationale de la Conservation de la Nature sont chassées sur notre territoire.

La LPO ne manquera pas d’adresser régulièrement à la Commission les preuves du «non-respect» de la Directive Oiseaux par l’Etat français dans le domaine de la chasse.

Le combat continue ! A suivre…

L’article et la vidéo de la LPO sont ici.

 

Publié dans Biodiversité - Écologie, Chasse - Braconnage | Laisser un commentaire

Pollution : pourquoi on ne respire pas (beaucoup) mieux à la campagne qu’en ville

367  Un article de la radio Europe1, le 26/03/2019.

En  ville, la pollution engendrerait une diminution de l’espérance de vie de quinze mois, selon les estimations. A la campagne, ce serait neuf mois. « C’est moins, mais c’est quand même important », explique l’auteur de « Irrespirable, le scandale de la qualité de l’air en France », sur Europe 1.

410

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la qualité de l’air n’est pas bien meilleure en zone rurale qu’en zone urbaine. « Vivre à côté d’un champ ou de vignes qui ne sont pas en agriculture biologique, ça peut être catastrophique », prévient Jean-Christophe Brisard, auteur du livre Irrespirable, le scandale de la qualité de l’air en France, au micro de Wendy Bouchard sur Europe 1.

Espérance de vie réduite de 15 mois en ville, 9 mois en zone rurale.

0784

« En moyenne, il est estimé que dans les villes, il y a une perte d’espérance de vie de quinze mois » à cause de la pollution, explique-t-il. A la campagne, la pollution de l’air engendrerait une diminution de l’espérance de vie « de neuf mois ». « C’est moins, mais c’est quand même important. »

Jean-Christophe Brisard précise que dans les zones rurales, « vous avez les épandages, vous avez les pesticides (…) qui émettent des polluants qui sont aussi très dangereux pour la santé ». Et ce constat est particulièrement vrai en France, un pays qui « adore les pesticides ». « On est l’un des plus gros consommateurs au monde », déplore Jean-Christophe Brisard.

 

Il existe des zones où l’air est plus sain.

Il existe toutefois des endroits sur le territoire français où il est possible de respirer un air plus sain. C’est en tout cas ce qu’a démontré Jean-Christophe Brisard qui a quitté la ville avec cet objectif pour aller s’installer dans la région d’Agen.

« Je devais éviter d’être près de champs, de vignes et dans une ville qui ne soit pas trop grosse, loin d’un axe routier majeur. J’ai trouvé une petite ville, d’une taille tout à fait raisonnable et j’habite à côté d’une forêt. Ça fait trois ans que j’y suis. Ma fille ne tousse plus, je n’ai plus jamais de sinusite, je ne suis plus jamais malade », assure-t-il.

L’article d’Europe1 est ici.

Publié dans Pollution - Santé | Laisser un commentaire

En Corse, un « vent d’est » souffle contre les constructions illégales

424  Un article du Monde, par Antoine Albertini , le 29/03/2019.

L’association écologiste U Levante (littéralement vent d’est) vient d’obtenir en cassation la destruction de deux villas bâties sur le site exceptionnel d’A Rundinara.

0786

Les deux villas construites sur le site d’A Rundinara. U Levante

Les «villas Ferracci» – du nom du fondateur du cabinet d’audit Alpha, considéré comme un proche d’Emmanuel Macron – seront-elles démolies pour avoir été illégalement construites sur un site protégé, près de Bonifacio, dans le sud de la Corse ? Sans doute, si la cour d’appel d’Aix-en-Provence, devant laquelle est renvoyée cette affaire, suit le raisonnement adopté par la Cour de cassation le 19 mars : ne plus envisager, pour sanctionner l’illégalité d’une construction, le seul versement de quelques milliers d’euros aux associations écologistes, mais plutôt la réparation intégrale du préjudice subi par la collectivité. En l’occurrence, la destruction pure et simple d’un ensemble de deux villas de 300 mètres carrés chacune, agrémenté d’une piscine sur le site exceptionnel d’A Rundinara, théoriquement inconstructible.

Quarante affaires en cours

«Une victoire à confirmer», triomphe – très modestement – Michèle Salotti. A 74 ans, cette ancienne enseignante agrégée de sciences naturelles est l’une des chevilles ouvrières d’U Levante, la principale association de défense de l’environnement corse et partie civile dans la procédure Ferracci. Née contre un projet de complexe touristique dans la haute vallée de la Restonica, au centre de l’île, il y a trente-trois ans, U Levante est passé d’une trentaine de membres à 769 adhérents à jour de leur cotisation annuelle (20 euros), seule ressource de cette structure exclusivement animée par des bénévoles, qui ne perçoit aucune subvention puisqu’elle refuse d’en demander. La direction ? Collégiale : onze membres et aucun(e) président(e).

Une gouvernance à étudier dans les écoles de management au vu du palmarès judiciaire de l’association : depuis sa création, en 1986, U Levante a obtenu l’annulation d’une quarantaine de documents d’urbanisme illégaux, engagé plus de cent procès devant les juridictions administratives ou pénales et ferraille encore dans quarante affaires en cours, dont trois en cassation. Dans une île où certaines communes comptent près de 90 % de taux de résidences secondaires, où le nombre de permis de construire a augmenté de 2 % en 2018 contre une chute de 7 % au niveau national, les sujets de préoccupation ne manquent pas.

0787

Localisation des villas Ferracci. Photo U Levante

Derniers en date, les ESA, espaces stratégiques agricoles, des zones théoriquement protégées par le Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse, où fleurissent pourtant des projets immobiliers sans que l’État n’y trouve à redire. D’après les savants calculs d’U Levante, sept chantiers en cours ont déjà dévoré 132 641 mètres carrés de nature du nord au sud de l’île, soit la surface de 820 terrains de volley-ball. Face à cette situation, «que fera l’exécutif de la collectivité de Corse ?», interroge l’association dans son journal, Ambiante (« environnement »).

Apolitique, U Levante a longtemps été présenté comme un compagnon de route, voire le cheval de Troie écolo du mouvement nationaliste. Depuis l’accession au pouvoir territorial de ce dernier, en décembre 2015, l’association ne se prive pourtant pas d’attaquer la nouvelle majorité. «Les personnes et les partis, martèle Michèle Salotti, ça nous est égal. Nous sommes un contre-pouvoir, quel que soit ce pouvoir.» Et comme tout contre-pouvoir, en Corse, difficile d’échapper aux tentatives de récupération et aux «conseils d’amis». Voire à des messages plus directs sous la forme d’attentats à l’explosif, comme ceux qui ont frappé des militants de l’association en 2006 et en 2016 – sans trop émouvoir le personnel politique local.

C’est que, dans une île sous-développée, la majorité des élus soucieux de «valoriser» leur territoire ne perd pas de temps à envisager d’autres solutions, quitte à prendre des libertés avec la loi. A la faveur d’une inversion accusatoire, les mêmes dénoncent pourtant U Levante – sous condition d’anonymat, l’association jouissant d’une image positive au sein de la population – comme un repaire de «khmers verts fanatiques» (un maire du sud de la Corse), un nid de «fonctionnaires à la retraite qui ignorent ce qu’est l’économie» (un agent immobilier de la région bastiaise) ou de «braves gens manipulés» (un élu de l’Assemblée de Corse).

«L’accusation de partialité : un grand classique», s’amuse Benoist Busson. Avec Martin Tomasi, lui aussi inscrit au barreau de Paris, cet «avocat-militant» est à la manœuvre de la plupart des affaires débusquées par U Levante – sans compter les heures et en se contentant de «miettes d’honoraires», dixit un membre de l’association. «Les bénévoles préféreraient faire des grilles de sudoku à la plage que chercher à faire annuler des PLU [plans locaux d’urbanisme]. Mais comme l’État et les maires ne font rien… », lâche Me Busson. L’association ne se contente pas de guerroyer judiciairement contre les atteintes au droit de l’urbanisme. Il y a quinze ans, elle a obtenu l’installation de filtres à particules fines à la centrale du Vazziu, près d’Ajaccio.

Dans une Corse où le démon de la violence peut se réveiller n’importe quand, U Levante continue d’appliquer son credo : «un recours exclusif à la justice», dit Michèle Salotti. Bien plus que les attentats, la crainte des militants épouse la forme d’une pyramide des âges. «Nous avons en moyenne 60 ans, soupire l’un d’eux, et la relève tarde à se manifester. Qui reprendra le flambeau ?»

L’article du Monde est ici.

Commentaire

Cet article me rappelle étrangement notre combat. Tout d’abord l’avocat, Maître Busson, qui nous a défendu lors de notre action victorieuse au Tribunal Administratif de Lille en 2015. Puis la manière dont les élus nous qualifient : khmers verts fanatiques en Corse, ayatollahs de l’écologie en Avesnois ; fonctionnaires à la retraite en Corse, retraités et enseignants chez nous ; des braves gens manipulés en Corse, des contre-tout ici. Enfin, nous avons le même crédo, un recours exclusif à la justice et la volonté de ne rien lacher. Voici ce qu’en dit Maître Busson sur son blog :

« Association U Levante » et la villa Ferracci : une décision qui fera date

Tout est dit du délire corse à la lecture de l’arrêt rendu ce jour par la Cour de cassation : une demande de permis de construire 5 villas pour 900 m2 dans un secteur emblématique à Bonifacio, au milieu de nulle part ; un maire qui oublie d’instruire et permet l’octroi d’un PC tacite ; un constructeur écolo qui prend conscience qu’il doit faire moins grand et déplace son projet en le réduisant … mais sans demander de nouveau PC, 2 km de piste créés et des travaux au vu et au su du maire qui ne dressera pas procès-verbal, un procès-verbal de la DDTM qui viendra bien tard, un préfet qui demande la démolition en première instance mais plus rien ensuite, un Procureur qui demandera aussi la démolition mais ne fera pas appel du refus de démolir, un montant d’amende élevé et la partie civile, U Levante seule en appel accrochée à sa demande de démolition telle la patelle corse à son rocher. Mais l’intérêt de l’arrêt dépasse largement l’affaire : la Cour de cassation casse le raisonnement suivi par la Cour d’appel de Bastia pour rejeter la demande de démolition d’U Levante.

Il faut rappeler que la demande de démolition de la partie civile constitue une demande de réparation de son préjudice moral, constituée par l’atteinte à ses intérêts collectifs : la construction porte atteinte à l’environnement protégé par l’association, celle-ci demande la cessation de l’atteinte à l’environnement.

Or, curieusement, la Cour d’appel et le Tribunal s’étaient fondés sur l’inertie de l’administration, les palinodies du parquet, le montant de l’amende et, cerise sur le brocciu, le fait que le prévenu aurait pu construire beaucoup plus en toute légalité pour refuser d’ordonner la démolition. Quel rapport avec le préjudice subi par l’association ? On se le demande encore.

Ce raisonnement est donc censuré par la Cour de cassation qui opère par la même occasion un contrôle des motifs des refus de la réparation.

Surtout, cette décision est l’occasion de rappeler le principe de la réparation intégrale du préjudice de l’association qui suppose en principe qu’il soit fait droit à sa demande de démolition. Ce principe est à concilier avec le respect de l’article 8 de la CESDH qui protège le droit au respect de sa vie familiale si la démolition porte gravement atteinte au domicile de vie de la personne, le tout conformément au principe de proportionnalité. Notre thèse sans cesse défendue selon laquelle la démolition doit être ordonnée à titre de réparation civile quand la construction porte atteinte à l’environnement et qu’il ne s’agit pas du domicile principal de la personne s’en trouve renforcée.

Espérons maintenant que les juges du fond l’appliqueront !

L’article du blog du Cabinet Busson est ici.


Publié dans Environnement, Justice | Laisser un commentaire

Melomys Rubicola, premier mammifère officiellement éteint à cause du réchauffement climatique

548  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 30/03/2019.

Il a été observé pour la dernière fois en 2009 et une vaste traque scientifique en 2014 n’a pas permis de le retrouver. L’Australie a dû se résoudre à officialiser l’extinction d’un petit rongeur qui habitait un banc de sable au large de ses côtes. C’est le premier mammifère officiellement disparu en raison du réchauffement climatique.

Melomys Rubicola

Ce petit rongeur ne vivait que sur une île qui a été trop endommagé par les tempêtes et l’élévation des océans. @IanBell/QueenslandDepartmentofEnvironment

L’Humanité n’aura pas connu bien longtemps Melomys Rubicola. Ce rongeur, d’une quinzaine de centimètres, a été découvert en 1845. Et le 18 février 2019, le gouvernement australien a officiellement annoncé sa disparition. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a confirmé l’annonce dans la foulée.

En réalité, celui-ci n’avait plus été observé depuis 2009. En 2014, une équipe de scientifiques avait constaté sa disparition après une traque de quelques semaines, à l’aide de pièges et de caméras. L’extinction a été constaté dans une publication officielle en 2016. Pour les chercheurs de l’Université du Queensland, la cause de cette perte est le changement climatique.

Melomys Rubicola ne vivait qu’en un seul habitat sur Terre : l’Île australienne de Bramble Cay, un banc de sable de seulement quatre hectares à quelques mètres au-dessus des eaux. Ce petit espace lui suffisait pour se nourrir de végétaux et d’œufs de tortues. Pour les chercheurs,

« le principal facteur responsable de la disparition de cette population est certainement l’inondation océanique (…) à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie, entraînant une perte dramatique d’habitat et peut-être aussi une mortalité directe d’individus ».

Extinction massive

Ils ajoutent : « Les informations disponibles sur l’élévation du niveau de la mer et l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques (…) laissent penser que les changements climatiques induits par l’homme sont à l’origine de la disparition de Melomys Rubicola ». La surface de l’île, qui mesurait 250 mètres de long, où vivait le rongeur a été divisée par deux ces dernières années.

Au-delà de ce petit mammifère et du réchauffement, la Terre fait face à une nouvelle extinction massive des espèces. Dans le rapport Planète Vivante 2018, réalisée tous les deux ans, l’ONG WWF a calculé qu’en 40 ans, 60 % des populations d’animaux sauvages sur Terre ont disparu : poissons, mammifères, oiseaux, amphibiens et reptiles. En cause, on retrouve : l’agriculture intensive, la dégradation des sols, la surpêche, la pollution plastique…

L’article de Novethic est ici.

Publié dans Biodiversité - Écologie, Dérèglement climatique | Laisser un commentaire