Bayer désormais visé par plus de 18000 procédures contre le glyphosate aux Etats-Unis

424  Un article du Monde avec AFP, le 30/07/2019.

Monsanto, filiale du groupe allemand, a déjà essuyé trois condamnations à indemniser des requérants atteints d’un cancer. Des décisions qui mettent Bayer dans la tourmente.

Le glyphosate, principal composant du Roundup, est classé « cancérogène probable pour l’homme » par l’OMS.

Déjà condamné à trois reprises pour la commercialisation de son herbicide à base de glyphosate, Monsanto est loin d’en avoir fini avec ses démêlés judiciaires. Le groupe chimique et pharmaceutique allemand Bayer, dont Monsanto est désormais l’une des filiales, doit affronter 18 400 procédures déposées aux Etats-Unis contre le glyphosate, produit-phare de la firme comme principe actif du célèbre Roundup. Un dossier qui empoisonne l’intégration du spécialiste américain des pesticides et des semences.

Les 63 milliards de dollars déboursés en juin 2018 faisaient déjà de ce mariage le plus grand pari de l’histoire de Bayer. Mais c’était sans compter l’avalanche de requêtes qui s’abattent depuis des mois sur le nouveau géant agrochimique, pour une facture finale difficile à évaluer. Cette menace judiciaire s’est gonflée de 5 000 procédures depuis la fin d’avril, a expliqué mardi le groupe, déjà condamné par trois fois à indemniser un ancien jardinier, un retraité et un couple atteint d’un cancer.

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Dans ces premières affaires jugées en Californie, les jurys ont estimé que l’usage ancien et répété du glyphosate avait pu provoquer le lymphome non hodgkinien des requérants, un point contesté sans relâche par Bayer. Ils ont, par ailleurs, sanctionné le «comportement répréhensible» de Monsanto visant à «entraver, décourager ou déformer l’investigation scientifique», alors que de premières études menées au sein du groupe avaient «suggéré que le glyphosate pouvait causer des cancers».

Bayer fait appel

Les montants dus par le groupe dans ces trois affaires ont néanmoins été fortement réduits par le deuxième examen d’un juge, passant respectivement de 289 à 78 millions de dollars, de 80 à 25 millions de dollars et de plus de deux milliards à 69,3 millions de dollars. Mais ce n’est qu’un soulagement partiel pour Bayer, qui compte faire appel pour être lavé de toute responsabilité, s’appuyant sur des centaines d’études favorables et l’aval des régulateurs du monde entier depuis la mise sur le marché du glyphosate au milieu des années 1970.

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Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une émanation de l’OMS, a, lui, considéré en 2015 que le glyphosate était «probablement cancérigène». Il s’agit néanmoins d’une évaluation de la dangerosité du produit dans l’absolu, et non du risque lié à une exposition aux doses courantes. Bayer promet, par ailleurs, mardi de « s’engager activement » dans la médiation décidée à la fin du mois de mai par un juge de San Francisco et confiée à l’avocat Kenneth Roy Feinberg, mais «n’envisagera un règlement amiable que s’il est financièrement raisonnable», a averti le patron Werner Baumann.

Un accord de 15 à 20 milliards d’euros

En juin et alors que le titre Bayer avait perdu 40 % en Bourse en moins d’un an, les analystes de la banque Berenberg misaient sur un chèque proche d’un million de dollars par requérant, ce qui portait alors la facture à une dizaine de milliards d’euros.

Cité mardi par l’agence allemande DPA, Markus Mayer de Baader Bank penche plutôt pour un accord compris dans une fourchette de 15 à 20 milliards d’euros. D’autres analystes voient Bayer persister dans une longue et coûteuse bataille judiciaire jusqu’à la Cour suprême.

«Nous pensons que nous finirons par gagner dans ce litige, sur la base des acquis scientifiques, et nous restons déterminés à nous défendre vigoureusement», a d’ailleurs insisté mardi Werner Baumann.

Tourmente

L’inventeur allemand de l’aspirine a réalisé l’an dernier la plus grande acquisition de son histoire en avalant Monsanto, misant sur le recours croissant à la chimie pour nourrir une planète toujours plus peuplée et perturbée par le réchauffement climatique. Mais le groupe doit depuis composer avec la cascade de procédures ciblant Monsanto, au point que les actionnaires de Bayer ont infligé fin avril un cinglant désaveu à la direction en votant contre sa stratégie.

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Enfin, Bayer doit encore mener à bien la restructuration annoncée à l’automne dernier, qui intègre la suppression de 12 000 postes et pèse sur les résultats trimestriels. Mardi vers 15 heures, le titre cédait encore 4,60 % à 56,60 euros à la Bourse de Francfort.

L’article du Monde est ici.

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Les Semeurs de Forêts : pour un reboisement de la France

302  Un article de POSITIVR, par Sarah Vidal, le 05/07/2019.

En France, 84% des forêts ne contiennent qu’une à deux variétés d’arbres, et la biodiversité s’en voit appauvrie. Les Semeurs de Forêts ont la solution.

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Les Semeurs de Forêts

Florence Massin et David Buffault, un couple de français val-d’oisien (95), ont créé les « Semeurs de Forêts » en janvier 2019. Leur objectif ? Replanter des forêts, leur apporter plus de diversité tout en les densifiant, permettre à la biodiversité de s’accroître et, si possible, reconnecter l’être humain à la nature, SA nature. Interview #POSIPITCH.

Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Le projet part d’un constat : en nous appuyant sur les documents de l’IGN (Institut National de l’information géographique et forestière), nous avons découvert qu’aujourd’hui, la forêt, en France métropolitaine, couvre 16,9 millions d’hectares, soit 31 % du territoire, et progresse de 0,7 % par an depuis 1980. Mais, si cela paraît réjouissant aux premiers abords, les relevés montrent aussi que 51 % des forêts en France sont de nature monospécifique (une seule espèce) et 33 % sont constitués de 2 essences. Autrement dit, 84 % de nos forêts sont formés de 2 essences ou moins. Seulement 12 % d’entre elles en contiennent 3, et 4 % en présentent 4 et plus.

Il s’agit d’une véritable problématique, car actuellement, la politique forestière favorise la progression des monocultures de résineux aux dépens des forêts de feuillus françaises. Les coupes rases sur certaines forêts laissent place à des «champs» de pins Douglas. Tout cela pour l’exploitation forestière.

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Ces monocultures, qui s’inspirent des modèles productivistes de l’agriculture intensive avec usage de pesticides, sont très pauvres en biodiversité. Les arbres d’une parcelle sont coupés quand ils mesurent environ 40cm de diamètre pour laisser place à une nouvelle plantation. Ces cycles, qui tournent autour d’une quarantaine d’années sont trop courts pour que les arbres puissent nourrir les sols, accueillir et maintenir une importante biodiversité. Sans oublier que les résineux peinent à produire de l’humus sans la complémentarité des feuillus, et que la faune comme la flore ne peuvent se développer dans le sous-couvert des plantations exclusives de résineux. Alors que les forêts conquièrent plus d’espace sur notre territoire, cette progression n’est que le reflet de leur forte industrialisation. On plante des champs d’arbres plutôt que des forêts.

Notre association a pour objectif d’acquérir des terrains en friche, inexploités et de planter, de créer de nouvelles forêts perpétuelles de toutes tailles qui accueilleront une forte biodiversité. Pour cela, nous comptons utiliser la méthode du botaniste Akira Miyawaki. Les forêts plantées de cette manière sont jusqu’à 30 fois plus denses qu’une plantation d’arbres classique et 100 fois plus riches en biodiversité. Cela crée un écosystème stable et résilient.

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans cette aventure ?

En nous tournant vers la relation d’aide, nous avons découvert que l’être humain a un grand besoin de sortir de l’AVOIR et du FAIRE et de revenir dans l’ÊTRE, pour se reconnecter à la nature, à sa nature.

Le monde végétal et son intelligence nous ont toujours inspirés. Tout est interdépendant et nous sommes responsables du monde que nous léguerons aux générations futures. L’urgence du climat, l’appauvrissement des ressources engendré par notre besoin « du toujours plus », l’effondrement de la biodiversité, la pollution… Nous avons décidé d’agir car nous ne pouvons pas nous imaginer dire un jour à nos enfants que nous n’avons pas bougé, rien fait pour leur offrir un monde riche en vie.

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers votre action ?

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Nous aimerions montrer l’importance du monde végétal dans notre équilibre de vie à tous les niveaux. En même temps, nous voudrions mettre en évidence que chacun peut contribuer et créer une forêt perpétuelle, quelle que soit sa taille. Le botaniste Akira Miyawaki montre qu’on peut déjà créer une mini-forêt urbaine sur un espace équivalent à 6 places de parking ! Nos objectifs à moyen et long terme : créer des forêts sur l’ensemble du territoire français, proposer et former gratuitement toutes les personnes qui se lanceront dans cette aventure humaine.

Un mot de la fin ?

Face aux défis climatiques et environnementaux, nous avons besoin de recréer des forêts riches en biodiversité. C’est notre avenir et celui de nos enfants qui est en jeu. Il est possible de relever ces défis si chacun y participe.

L’article de POSITIVR est ici.

Les Semeurs de Forêts ont créé une campagne de financement participatif sur leur site. Pour les soutenir, c’est par ici ! Et pour adhérer à leur association, ça se passe sur HelloAsso.

Retrouvez également les Semeurs de Forêts sur leur site internet, leur page Facebook ou encore leurs comptes Twitter et Instagram.

 

 

 

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Le cri d’alarme d’un apiculteur français : « la Nature est en train de crever ! »

717  Un article de Mr Mondialisation, le 02/08/2019.

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Il vient de livrer un message aussi vibrant qu’inquiétant sur Youtube . Face à lui, ses ruches sont à moitié vides. Ses abeilles meurent et celles encore en vie ne produisent pratiquement plus de miel. Il nous l’avoue à demi-mot quand on lui demande comment le soutenir : « d’ici peu, il est probable que je ne sois plus apiculteur ». Pour le professionnel du miel, ça ne fait aucun doute, la pollution en est la cause. Mais celui-ci pointe tout particulièrement le changement climatique…

Fils d’apiculteur devenu apiculteur professionnel depuis dix ans, Philippe produit du miel d’une manière locale et artisanale. Depuis longtemps, il devait déjà faire face au problème des pesticides qui contaminent 75% du miel au niveau mondial à des taux susceptibles d’affecter l’espérance de vie et les fonctions cérébrales des abeilles. Le consensus est notable, les pesticides sont considérés comme la cause principale de la disparition massive d’essaims entiers le syndrome d’effondrement des abeilles que l’on observe depuis plusieurs années un peu partout dans les pays industrialisés.

À ce problème déjà crucial, il faut désormais ajouter les conséquences du dérèglement climatique qui s’exprime par des extrêmes climatiques. Les ruches de Philippe se trouvent à 800 mètres d’altitude, ce qu’on appelle un rucher de montagne. Elles passent l’hiver dans la plaine et sont montées en altitude pour les beaux jours. Avec la canicule exceptionnellement longue cet été, les arbres et plantes qui devraient normalement être en pleine forme avec des fleurs produisant le nectar que les abeilles récoltent, commencent déjà à décliner, à perdre leurs feuilles comme si on était en septembre. Sans fleur, comment les abeilles peuvent-elles être en bonne santé ?

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Les mûres ne se sont pas développées.

La faute à la sécheresse, selon lui, que la canicule de juin a engendrée qui a «stoppé» le développement local de la flore. Philippe place toujours ses ruches au même endroit où son père le faisait quand il était petit. Il se souvient de la nature luxuriante à l’époque où il était un jeune garçon, des mûriers voisins qui débordaient de fruits. Aujourd’hui, amer et légitimement en colère, l’homme ne peut qu’observer des buissons aux mûres blanches à peine développées et qui ne mûriront plus cette année.

Par ailleurs, le printemps froid de cette année – autre extrême climatique – a obligé Philippe à nourrir ses abeilles au mois de mai alors que c’est le mois où elles trouvent normalement le plus de fleurs gorgées du précieux nectar. Avec d’autres collègues apiculteurs, ils ont perdu plusieurs ruches où les abeilles sont mortes d’épuisement et de faim. À cette époque de l’année, les hausses des ruches devraient normalement être pleines de miel. Mais quand Philippe inspecte ses ruches, et il les retrouve à moitié pleines. Certaines hausses sont mêmes entièrement vides. L’année s’annonce particulièrement mauvaise pour Philippe et le secteur.

À cause de la sécheresse, qu’une seconde vague de canicule a aggravée en juillet, les abeilles rescapées du printemps n’ont pas produit les quantités habituelles de miel, ce qui rend visible leur mauvaise santé. Conséquence directe de ces ruches vides, le travail fourni durant l’année par Philippe ne lui rapportera rien. C’est tout un système artisanal qui est donc voué à l’effondrement, et de nombreuses abeilles en dépendant. Naturellement, il convient de rappeler que les abeilles domestiques ne sont pas les seuls insectes butineurs à souffrir de la situation. Il existe 1000 espèces d’abeilles sauvages et de bourdons rien que dans l’Hexagone ! 80 % des plantes à fleurs dépendent directement de la pollinisation par les insectes.

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La hausse, qui devrait être pleine, est totalement vide.

Mais les abeilles de Philippe ne sont pas de simples butineuses. Elle appartiennent au programme   » sentinelle de l’environnement  » . Un programme à but non-lucratif qui s’attaque à la disparition massive des abeilles et autres insectes pollinisateurs en France et dans le monde, qui s’investit pour la sauvegarde de la biodiversité et le développement d’une agriculture durable. Les citoyens qui veulent agir à leur niveau peuvent notamment soutenir l’UNAF, l’union nationale de l’apiculture française. Si de nombreuses solutions individuelles existent, depuis les hôtels à insectes au sponsoring de ruches, il semblerait que seul un profond changement structurel de nos institutions puisse endiguer le drame.

Rappelons que les abeilles sont à l’origine de la pollinisation de 90 % de nos cultures et 30 % de l’alimentation humaine. Leur disparition signerait la fin de notre agriculture telle que nous la connaissons et surtout le début d’une famine généralisée. Comme l’assène Philippe, la Nature est en train de « crever », pour reprendre ses mots, et nous  emportera avec elle si nous n’agissons pas à temps.

L’article et la vidéo de Mr Mondialisation sont ici.

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La moitié des lions africains ont disparu ces 25 dernières années

565  Un article de National Geographic, le 22/07/2019.

Il y a deux fois moins de lions d’Afrique aujourd’hui qu’il y a 25 ans. Les programmes de conservation visant à protéger les espèces en voie de disparition misent sur la cohabitation Hommes-lions dans la savane africaine.

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Les lions sont classés comme vulnérables à l’extinction par l’UICN. Crédit Photo : Mike Holford

Pour chaque lion vivant à l’état sauvage, on compte quatorze éléphants d’Afrique et quinze gorilles des plaines de l’Ouest. On dénombre également plus de rhinocéros que de lions aujourd’hui. L’espèce emblématique a disparu de 94 % de son aire de répartition historique, qui comprenait autrefois la quasi-totalité du continent africain, mais se limite désormais à moins de 1 710 000 km². L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui détermine le statut de conservation des espèces, a classé les lions parmi les espèces vulnérables à l’extinction, avec moins de 25 000 spécimens décomptés en Afrique.

«Les Lions sont l’une des grandes icônes universelles, et ils disparaissent peu à peu», indique Paul Thomson, directeur des programmes de conservation pour le Wildlife Conservation Network (WCN). «Le moment est venu de limiter les pertes et de ramener les lions dans les paysages [africains].»

Pour sauver cet animal emblématique, les défenseurs de la nature s’attachent à mettre en exergue les intérêts locaux de leur protection.

PLUS DE PROIES, MOINS DE BRACONNAGE

Ces grands prédateurs font face à une myriade de menaces qui mettent leur existence-même en péril. La diminution des proies qu’ils avaient pour habitude de chasser au profit du commerce de viande de brousse oblige les lions à entrer en contact avec les Hommes et leur bétail pour survivre. Mais si les grands félins s’attaquent au bétail, ils peuvent être tués en représailles – le plus souvent empoisonnés. Et à mesure que les infrastructures humaines se développent et s’étendent, les lions voient leur habitat fragmenté, ce qui empêche les jeunes mâles de fonder leur clan.

Le braconnage constitue également une menace d’importance. La peau, les dents, les pattes et les griffes de lions sont utilisées dans le cadre de rituels et de la médecine traditionnelle, parallèlement à un marché asiatique croissant pour les parties de lions.

Les écologistes espèrent enrayer le déclin de cette espèce menacée en soutenant la coexistence des lions et des Hommes en Afrique. Une partie de la solution consiste à compenser le fardeau financier nécessaire à la gestion des zones protégées, pilier de la conservation, ainsi qu’à la protection des lions dans les zones non protégées, déclare Amy Dickman, titulaire d’une bourse National Geographic, chercheuse à l’Unité de recherche sur la conservation de la faune à Oxford (WildCRU) et co-auteur du rapport « State of the Lion » daté de 2019.

«Si nous voulons que les lions existent toujours dans cinquante ans, nous devons ajuster les coûts et les bénéfices de manière à ce que d’avantages de bénéfices soient générés au niveau local et que les coûts soient supportés au niveau international», déclare Dickman. 

RENDRE LA COEXISTENCE POSSIBLE

La survie de l’espèce dépend de la collaboration avec les communautés locales qui doivent coexister avec les lions et de la reconnaissance de leur rôle dans la protection de celles-ci, selon Peter Lindsey, directeur du Lion Recovery Fund. (Ce fonds a été créé par le WCN et la Fondation Leonardo DiCaprio, en partie parrainé par la Walt Disney Company, propriétaire majoritaire de National Geographic Partners.)

«La plupart des Occidentaux ont refusé de vivre avec des animaux dangereux», dit-il. «En Afrique, beaucoup de gens cohabitent avec des animaux dangereux, comme des lions et des éléphants, avec lesquels il est très difficile de vivre.»

Une des solutions consiste à fournir des avantages concrets à ceux qui vivent aux côtés des lions pour les conserver. Par exemple, certains modèles de conservation récompensent les communautés qui montrent une augmentation du nombre de lions, ce qui incite à ne pas les braconner et à ne pas mener de représailles contre les félins s’étant attaqués au bétail. Les systèmes d’indemnisation fonctionnent de la même manière, payant les propriétaires de bétail pour remplacer les animaux tués par des lions. Ce type de programmes peuvent influer sur l’attitude générale d’une communauté vis-à-vis d’animaux auparavant considérés comme une menace. Si les avantages de vivre près des lions sont plus nombreux que les inconvénients, alors les gens choisiront de les protéger.

L’implication directe des communautés dans la conservation des lions est également un élément important. Warrior Watch, un projet mené par Ewaso Lions, un organisme à but non lucratif spécialisé dans la conservation au Kenya, est l’un des programmes soutenus par l’initiative Big Cats de la National Geographic Society. Warrior Watch recrute de jeunes hommes Samburu – qui sont traditionnellement exclus des discussions sur la conservation et la gestion de la faune – pour partir à la recherche de lions dans les zones entourant leurs communautés.

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«S’il y a des prédateurs dans la région, ils le communiquent aux éleveurs qui déplacent leur bétail», a ainsi indiqué Shivani Bhalla, fondateur et directeur exécutif d’Ewaso Lions et titulaire d’une bourse National Geographic, lors d’une présentation au siège de National Geographic. En échange de cette reconnaissance de terrain, les jeunes hommes ont souhaité être éduqués. Ewaso Lions a donc ouvert une école le dimanche. Les cours qui y sont dispensés ont permis à chaque membre du programme de pouvoir lire et écrire en swahili, comme le rapporte Bhalla. L’impact positif est réel selon des sondages effectués par l’organisation il y a quelques années.

«Nous étions si enthousiasmés par les résultats, déclare Bhalla. On voit que l’attitude des populations locales à l’égard des prédateurs s’est considérablement améliorée grâce au travail des guerriers [sur le terrain]. Les guerriers se sont également sentis socialement beaucoup plus responsabilisés grâce à ce projet

LES MESURES À METTRE EN PLACE

Le Lion Recovery Fund a investi plus de cinq millions de dollars dans des projets de conservation dans dix-sept pays depuis 2017, mais les fonds continuent de manquer, indique Lindsey. De nombreux pays africains ont instauré de vastes zones protégées, mais le manque de moyens en empêche le plus souvent une gestion efficace. Dans une étude de 2018 qu’il a co-écrite avec Amy Dickman entre autres, Lindsey indique qu’il faudrait plus d’un milliard de dollars (891 millions d’euros) par an pour assurer la protection des lions dans les zones protégées du continent. Le financement actuel ne totalise que 381 millions de dollars (environ 339.6 millions d’euros) par an.

Outre le manque de financements, les troubles civils ou l’éloignement peuvent également rendre difficile la défense des zones protégées par les autorités locales.Il est essentiel de s’assurer que les dirigeants politiques voient la valeur de la conservation des lions. Selon Lindsey, cela va au-delà des avantages de l’industrie du tourisme, qui favorise le développement économique et les perspectives d’emploi. En protégeant les habitats naturels des lions, les communautés favorisent un air et une eau plus propres et un stockage du carbone, souligne-t-il – des facteurs importants pour la santé humaine et le bien-être des communautés rurales.

Bien que la situation des lions soit critique et les pénuries de fonds dramatiques, Lindsey espère préserver ces magnifiques prédateurs, qu’il dit «extrêmement résistants». Si les aires protégées d’Afrique reçoivent le financement nécessaire pour être gérées correctement, la population actuelle de lions pourrait tripler.

«Il faut agir maintenant, dit-il. Si nous attendons, ces populations d’animaux sauvages seront perdues.»

L’article de National Geographic est ici.

Article initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Voir aussi  : https://anorenvironnement.wordpress.com/2019/02/21/les-lions-dafrique-disparaitront-avant-2050/

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Hauts-de-France : la Région doit revoir sa copie environnementale

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Un article de La Voix du Nord, par Yannick Boucher, le 04/08/2019.

Xavier Bertrand, président du conseil régional, devra faire face à la rentrée à la démolition de sa politique en matière de développement durable par la très officielle Autorité environnementale. Biodiversité, énergie, climat, étalement urbain : copies à revoir.

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L’élaboration du schéma SRADDET est l’un des grands chantiers de la majorité conduite par Xavier Bertrand au conseil régional. Photo Christophe Lefebvre – VDNPQR

L’Autorité environnementale (Ae) rédige des rapports officiels pour le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), lui-même sous tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire. L’un d’entre eux vient de hâcher menu le projet de schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires de la Région Hauts-de-France. Ce SRADDET est la feuille de route du conseil régional, son projet, sa vision. Adopté le 31 janvier, il est soumis à enquête publique et devrait être adopté en fin d’année. Autant dire que les boulets rouges de Paris contre ce document cadre claquent comme un coup de blizzard au cœur de l’été.

Fin avril, un rapport critique du conseil économique et social régional (CESER) avait déjà posé de sérieuses réserves. Il va y avoir des devoirs de vacances…

1 – La consommation d’espaces

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Vue aérienne de Lille (Google Maps)

Les Hauts-de-France sont la deuxième région la plus artificialisée de France avec 12  % de son territoire en bétons et bitumes contre 9,3  % en moyenne nationale. L’étalement urbain grignote les espaces naturels et agricoles, il accentue les embouteillages aux abords des agglomérations, jusqu’à l’asphyxie en métropole lilloise. Le SRADDET rappelle un rythme d’artificialisation de 1 550 hectares (ha) par an entre 2003 et 2012  ; il mentionne aussi le chiffre de 2 177 hectares. L’Ae ne comprend plus. Le SRADDET veut diviser le nombre d’hectares par deux sur la base des 1 550 ha, soit 750 par an d’ici 2030 et par trois d’ici 2050, soit 500 ha par an. Mais l’Ae a pointé que les schémas d’urbanismes approuvés dans les territoires (les SCoT) « débouchent très probablement d’ores et déjà sur une consommation supérieure à 750 ha par an ». Le code de l’urbanisme est contrarié et l’Ae recommande de porter l’effort sur le recyclage des friches existantes (4 000 ha avec un rythme d’apparition supérieur à leur résorption).

2 – La biodiversité

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L’Ae accuserait presque : « Il n’y a aucun objectif relatif à la diminution des pressions sur les milieux naturels, telles que les pollutions diffuses de l’agriculture ou de la sylviculture, dans une région ou la sous-trame forestière est peu présente. » L’étalement urbain (lire ci-dessus) fragmente les milieux, c’est la première cause d’érosion des espèces animales et végétales. L’Ae enfonce le clou. « La biodiversité ordinaire n’est pas traitée », « aucun défi ou orientation générale ne concerne directement la trame verte et bleue ni les continuités écologiques (pour relier les milieux naturels entre eux, NDLR), en dépit du rôle de chef de file de la Région sur ce domaine ». « L’analyse des incidences sur les milieux naturels en général est par ailleurs inconsistante ». Elle demande aussi que soit mieux définis les réservoirs de biodiversité qui couvrent 2  % du territoire.

3 – Les énergies et le climat

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La région est l’une des plus énergivores de France. Ses consommations d’énergie et ses émissions de gaz à effet de serre (CO2, responsable du réchauffement climatique) sont 30  % supérieures à la moyenne nationale. D’après l’Ae, le manque de précisions sur les objectifs de diminution de ces consommations ne sont pas compatibles avec les politiques élaborées au plan national. « Aucune règle n’est prévue pour le secteur industriel » et la copie doit être revue sur les énergies renouvelables. Alors que le SRADDET établit un triple moratoire ( « politique » selon l’Ae) pour l’éolien, le bois énergie et les biocarburants, Paris souhaite que les objectifs tiennent mieux compte des particularismes dans les territoires.

4 – En conclusion

L’Ae évoque aussi l’absence d’objectif ou de règle spécifique pour les sites et sols pollués, pour le bruit, et une insuffisance globale sur la pollution de l’air et les déchets. Tout y passe pour conclure que « la plupart des domaines environnementaux du SRADDET sont largement absents de sa vision et de ses orientations générales (…), sur un document qui semble largement perfectible ». En cause, le « défaut de maîtrise de la démarche éviter, réduire, compenser » pourtant imposée par le code national de l’environnement.

Contacté, le conseil régional ne souhaite faire aucun commentaire à ce stade « pour laisser place à l’enquête publique qui se déroulera du 16 septembre au 16 octobre ».

L’article de La Voix du Nord est ici.

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Le mouvement des Coquelicots, un «lobby heureux» pour un monde débarrassé des pesticides

498 Un article de Bastamag, par Nolwenn Weiler et Sophie Chapelle, le 05/07/2019.

Pour eux, c’en est fini des appels sans lendemain et des rassemblements sans autre horizon qu’une indignation symbolique. Comme des dizaines de milliers d’autres, Anne, Christian, Emmanuelle, Nathan, ou Pauline, veulent en finir avec les pesticides qui, lentement, distillent leur poison, des paysans retraités jusqu’aux générations futures. Des Alpes-Maritimes au Finistère, ils se sont fédérés au sein du mouvement des Coquelicots. Partout, ils et elles sèment pour l’avenir.

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« Un lobby heureux qui permet de lutter concrètement contre la crise écologique. » C’est ainsi que Emmanuelle, Christian et Pauline résument le mouvement des Coquelicots qu’ils ont rejoint, à Besançon, dès son lancement aux premiers jours de l’automne. « Mi-septembre, j’ai entendu Fabrice Nicolino (co-initiateur de l’appel, ndlr) à la radio, décrit Emmanuelle, 52 ans. Nicolas Hulot venait de démissionner, je me posais beaucoup de questions sur ce qu’on allait bien pouvoir faire. La proposition de se mobiliser sur la question des pesticides, j’ai trouvé cela très concret, possible à faire. Je suis allée voir le site et j’ai déclaré le premier rassemblement de Besançon. » Soutenu par des personnalités publiques et signé, à ce jour, par plus de 740 000 personnes, l’appel « Nous voulons des coquelicots » exige « l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France ».

Armée de la vieille sono d’un copain, et d’un texte qu’elle avait elle-même rédigé, Emmanuelle s’est rendue sur la place de la mairie. Elle y a retrouvé des membres de France nature environnement (FNE) et du mouvement sur le climat Alternatiba. Depuis, ils sont entre 150 et 200 chaque semaine, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, dans une ville qui compte un peu plus de 100 000 habitants. « A chaque fois, on a un tiers de nouveaux à peu près. Ça se renouvelle beaucoup », constate Emmanuelle. « Il y a des personnes de tous les âges, ajoutent Pauline et Christian. C’est réjouissant de discuter ensemble, d’imaginer un autre monde. »

Plus de 600 rassemblements chaque mois

Lancé le 12 septembre 2018, l’appel des coquelicots n’a pas été lancé dans le vide, loin de là. Des groupes locaux ont fleuri, partout. Les rassemblements du premier vendredi de chaque mois, à 18h30 devant les mairies ou sur les places principales des communes, ont essaimé. Le collectif en recensait 530 en octobre 2018, 647 en novembre, 830 en décembre. Entre janvier et juin, de 600 à 750 rassemblements se sont tenus chaque mois.

A Neuville-sur-Saône, 8000 habitants, au nord de la région lyonnaise, le premier rassemblement s’est tenu à l’initiative de Anne D., ingénieure informatique de 53 ans. Comme beaucoup d’autres, Anne s’est sentie touchée par cet appel « pour les générations futures » et pour sa fille âgée de 15 ans. « Je ne peux pas, moralement, lui laisser ce monde là. » En plus des rassemblements mensuels, les « coquelicots » arpentent les marchés et vont rencontrer les élus pour leur demander de soutenir l’interdiction des pesticides.

Pesticides

Après trente ans de militantisme, Anne D. était un peu désabusée. Mais elle sourit à l’évocation « des jeunes qui reprennent le flambeau, comme Nathan ». Tout juste sorti des épreuves du bac, Nathan Gil, 17 ans, a impulsé le collectif à Mouans-Sartoux, commune des Alpes-Maritimes, connue pour sa cantine scolaire 100 % bio. C’est en participant au festival du livre de la ville en septembre 2018 qu’il découvre les coquelicots. « Edgar Morin était devant 300 personnes pour présenter l’appel et il y avait une ambiance assez incroyable », se remémore le lycéen qui aspire à travailler dans la préservation de la faune sauvage. Ils seront une trentaine pour le premier rassemblement. Depuis, le quotidien de Nathan est rythmé par les tenues de stands, les réunions de préparation et les collectes de signatures.

« Les gens sont plutôt réceptifs. On est empoisonnés et on ne peut pas continuer comme ça. Il faut se bouger un max pour soutenir l’élan lancé ! »

« Il y a six ans, la question des pesticides était plus identifiée à gauche. Aujourd’hui, elle dépasse le clivage gauche-droite »

L’impact du mouvement se mesure aux prises de position de municipalités. Une cinquantaine ont manifesté leur soutien au mouvement. Certaines, comme Villeurbanne ou Brest, ont voté des délibérations demandant l’interdiction au plus vite des pesticides de synthèse. D’autres comme Langoüet en Ille-et-Vilaine ont pris des arrêtés interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres des habitations ou locaux professionnels.

« Cela répond à l’exigence de protection des populations, et est en phase avec ce que l’on demande » souligne Anne, la coordinatrice nationale des coquelicots. En mai, le maire de la commune bretonne de Tréguier (2500 habitants) est venu nous trouver sur le rassemblement et nous a demandé de lui remettre un dossier d’informations sur le mouvement. Depuis, son conseil municipal a voté pour signer l’appel », décrit Nathalie.

A Paris, la ville a offert au mouvement des milliers de mètres-carrés pour semer des graines de coquelicots et d’orge. Une initiative similaire a été organisée du côté de Mouans-Sartoux, où plusieurs membres de l’équipe municipale sont très régulièrement présents lors des rassemblements. « On a vraiment aucun souci avec la mairie», confirme Anne D., à Neuville-sur-Saône. «Il y a six ans, la question des pesticides était plus identifiée à gauche. Aujourd’hui, elle dépasse le clivage gauche-droite. » Inspiré par l’initiative prise par le maire de Langoüet, son collectif a décidé de rencontrer tous les maires du canton pour leur proposer de signer des arrêtés anti-pesticides.

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Mariage symbolique de la môme Coquelicot et du gars Climat, le 7 juin à Toulouse. © Nous voulons des coquelicots Toulouse

La suite de l’article de Bastamag est ici.

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La flotte d’un croisiériste de luxe émet dix fois plus de dioxyde de soufre que l’ensemble du parc automobile européen

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 15/07/2019.

Il y a quelques semaines, les images d’un énorme paquebot heurtant un quai de Venise ont relancé la polémique autour de ces mastodontes des mers. Outre les risques liés à leur sécurité, ils sont de très importantes sources de pollution de l’air pour les villes portuaires. L’Europe, en étant la deuxième destination la plus prisée des croisiéristes, n’est donc pas épargnée.

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Un seul croisiériste pollue dix fois plus que les 260 millions de voitures de tourisme que compte le Vieux-Continent. Le ratio interpelle. Et c’est bien l’objectif de l’ONG Transport & Environment (T&E) qui a passé au crible les émissions des 203 navires de croisière qui ont traversé l’Europe en 2017. Ils ont émis -en cumulé- sur cette seule année,62 000 tonnes de dioxyde de soufre (SOx), 150 000 tonnes d’oxyde d’azote (NOx) et 10 millions de tonnes de CO2.

Pour le croisiériste de luxe, Carnival Corporation, leader mondial, la quantité de dioxyde de soufre émise par ses 94 paquebots est dix fois plus importante que celle émise par tout le parc automobile européen. Pour le numéro deux mondial, Royal Carribean, c’est quatre fois plus. Or, l’inhalation de SOx porte atteinte au système respiratoire et contribue à l’acidification des sols et de l’océan.

Carburant le plus sale possible

L’Espagne, l’Italie, la Grèce, la France et la Norvège font partie des pays européens le plus exposés. Marseille se classe ainsi à la huitième place des villes les plus affectées du continent. En 2017, les 57 bateaux de croisière qui y ont fait escale ont émis quatre fois plus de SOx que les voitures en circulation dans la ville phocéenne et l’équivalent d’un quart de NOx. On estime que les navires sont à l’origine de 10 % de la pollution atmosphérique.

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En cause, les teneurs en soufre admises en mer. Elles sont jusqu’à 1 500 fois plus élevées que sur les routes pour les voitures roulant au diesel, note l’ONG. « Les navires de croisière de luxe sont des villes flottantes alimentées par le carburant le plus sale possible. Les villes interdisent à juste titre les voitures diesel sales, mais elles donnent un laissez-passer gratuit aux compagnies de croisière. C’est inacceptable » s’insurge Faig Abbasov, responsable de la politique maritime chez T&E.

Une nouvelle réglementation de l’Organisation maritime internationale (OMI) obligera dès 2020 tous les bateaux à utiliser un fioul affichant un taux de soufre de 0,5 % maximum contre 1,5 % actuellement pour les navires de transport de passagers. Mais pour Transport & Environment ce n’est pas suffisant. L’ONG demande à l’Union européenne d’étendre la zone d’émission contrôlée de soufre (SECA) – où la teneur en soufre ne peut pas excéder 0,1 % – à toute l’Europe car, aujourd’hui, elle ne concerne que le Nord et la mer baltique. Elle demande également d’accélérer sur la transition vers des ports à zéro émission en misant sur l’électrification des quais.

L’article de Novethic est ici.

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