La justice allemande donne raison aux jeunes écolos et demande au gouvernement de revoir sa copie climatique

Un article de Novethic, par Ludovic Dupin avec AFP, le 30/04/2021.

Après la France et les Pays-Bas, c’est au tour de l’Allemagne de se voir condamnée en justice pour ne pas œuvrer assez en matière de lutte contre le changement climatique. L’Allemagne devra donc rendre une nouvelle copie en la matière d’ici fin 2022. Cette décision historique outre-Rhin sera au cœur des élections fédérales de septembre 2021.

Malgré ses engagements de transition énergétique, l’Allemagne n’a pas prévu de mettre fin au charbon avant 2038.
@JensSchuet/Getty/AFP

L’Allemagne a longtemps voulu faire exemple en Europe avec sa transition énergétique, sa fameuse « EnergieWende ». Celle-ci est basée sur un recours massif aux énergies renouvelables et un arrêt du nucléaire. Mais en cette période de transition, le pays a un plan lointain de sortie du gaz et du charbon. Ce projet ne convient plus au mouvement écologiste du pays. Quatre plaintes ont été déposées à l’encontre du gouvernement par des associations environnementales. La plus haute juridiction allemande leur a donné  raison le 29 avril et a ainsi imposé à Angela Merkel de présenter une politique climatique plus ambitieuse.

Les objectifs actuels du gouvernement en matière de baisse d’émissions de gaz à effet de serre sont jugés « insuffisants«  et « pas conformes aux droits fondamentaux » par la Cour constitutionnelle. Si la trajectoire restait telle quelle, l’effort serait repoussé sur les générations futures qui devraient agir « de manière de plus en plus urgente et à brève échéance« , ont jugé les Sages.

Atteinte aux plus jeunes

Dans un communiqué, ils précisent que la loi actuelle n’a pas prévu « d’exigences suffisantes pour la réduction ultérieure des émissions à partir de l’année 2031« . Ainsi l’Allemagne aura jusqu’à fin 2022 pour revoir et améliorer sa copie en précisant davantage ses efforts pour la période après 2030. Votée en décembre 2019, la loi impose en l’état une réduction de 55 % des émissions des gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. 

Les associations ont basé leur demande sur la Loi fondamentale, la Constitution allemande, dans laquelle est désormais inscrit que le gouvernement doit œuvrer pour lutter contre le changement climatique, dans la lignée de l’accord de Paris sur le climat, soit limiter le réchauffement à 2 °C. « Les dispositions contestées portent atteinte aux libertés des requérants, dont certains sont encore très jeunes. Elles repoussent irréversiblement à la période postérieure à 2030 des charges considérables en matière de réduction d’émissions« , taclent les juges de Karlsruhe.

Ces mêmes jeunes, défendus par les juges se réjouissent. « Nous avons gagné !« , lance sur Twitter Luisa Neubauer, l’une des représentantes du mouvement Friday for Future dans le pays et l’une des parties civiles. Elle ajoute : « Aujourd’hui, la Cour constitutionnelle allemande a décidé que la justice climatique était un droit fondamental. L’inaction d’aujourd’hui ne doit pas nuire à notre liberté et nos droits à l’avenir« .

Un nouveau cas en Europe

« Attendre et reporter à plus tard des réductions radicales des émissions n’est pas constitutionnel« , a aussi estimé l’avocate de plusieurs plaignants, Roda Verheyen. Les juges n’ont cependant pas donné suite à toutes leurs revendications notamment sur l’instauration d’une limitation de vitesse sur les autoroutes ou encore la fermeture immédiate des centrales à charbon, prévue pour 2038.

Ce n’est pas la première fois qu’un État est mis en cause par sa politique en matière d’environnement. Ainsi, en février dernier c’est la France qui était condamnée pour inaction climatique. Le tribunal administratif de Paris donnait raison à quatre associations environnementales – Notre Affaire à tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France – qui jugeaient que la France n’avait pas tenu ses engagements de réduction. En décembre 2019, ce sont les Pays-Bas qui étaient forcé par la Cour suprême à réduire ses émissions.

L’article de Novethic est ici.

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Risques industriels : face à la défiance, faire confiance à l’intelligence des habitants

Un article de France Nature Environnement, le 20/04/2021.

En matière de risques technologiques majeurs, l’information du public est un droit, surtout pour les riverains d’une installation classée. Mais la population a très souvent l’impression que les acteurs concernés ne jouent pas le jeu de la transparence. Ce que réfutent bien sûr les pouvoirs publics et les industriels. Alors, qu’en est-il véritablement ? À la lumière d’un accident comme celui de Lubrizol, que nous apprennent les faits sur cet enjeu de transparence ? Et d’ailleurs, de quoi parle-t-on quand on utilise ce terme ? Être transparent, c’est dire la vérité, ne rien cacher. Mais de quelle vérité parle-t-on ? Celle de l’industriel, de l’État, de l’expert ou du riverain ? Avant-goût d’un débat co-organisé par France Nature Environnement le 20 mai prochain, dans le cadre des Rendez-vous majeurs.

Photo d’illustration – ER /Capucine CARDOT

Avant tout, il faut dissocier ce que l’on appellera la période normale, hors incident, du moment où un événement survient. En termes de relation à la population, on distinguera donc l’information des habitants, de ce qui relève de la communication de crise. Si, en temps normal, la population est parfois peu intéressée par l’information sur les risques, à l’occasion d’un accident, ce besoin devient impérieux. Il est de surcroit accentué par des angoisses, légitimes, concernant les conséquences sur sa santé et celle de ses proches.

En temps normal, une opacité systémique

Objectivement, il devient de plus en plus difficile d’obtenir des informations de la part des industriels et de l’État. Suite à l’accident d’AZF, des instances de dialogues avec les habitants avaient été mises en place. À l’époque, elles fonctionnaient bien. Mais petit à petit, le système s’est grippé. En 2017, FNE a engagé une enquête auprès de ses structures locales, pour évaluer le travail de ces lieux de concertation. Résultat : ce ne sont désormais plus que des chambres d’enregistrement de décisions prises ailleurs. Et elles ne permettent plus d’obtenir de réelles informations. Les restrictions prises après les actes de malveillance de 2015 n’ont pas arrangées les choses. Désormais, les rapports sont noircis dès qu’une information est jugée sensible.

En temps de crise, une incompréhension sur les attentes

À la suite d’un accident, la situation n’est pas du tout la même. L’émotion et les enjeux sont tels que les acteurs ne peuvent pas ne pas communiquer. Mais, cette fois, c’est le type d’informations transmises qui posent problème aux habitants. Pour l’accident de Lubrizol, le Préfet a transmis toutes les informations dont il disposait sur le site de Préfecture. Mais il s’agissait d’éléments factuels et techniques, qui, s’ils étaient publiés, avaient été vérifiés et validés. L’État ne diffuse rien dont il ne soit pas sûr. Résultat, les riverains se sont retrouvés avec des informations qu’ils ne comprenaient pas, des questions sans réponse, et surtout le sentiment d’être relativement incompris. Eux parlaient de leurs angoisses et le Préfet répondait par des chiffres et de listes de composants chimiques. C’est de cette incompréhension que naît l’idée d’une absence de transparence.

Le manque de transparence, un soupçon très ancré

Cette défiance est très forte dans la population. Et certaines réalités peuvent venir la renforcer. Ainsi, la double casquette du Préfet, à la fois garant de la sécurité des habitants et en charge du développement économique de sa région, pose problème. Sur un territoire où le chômage est important, on peut vite le soupçonner d’être conciliant avec les industriels. Il reste également dans l’inconscient collectif des traces d’anciens mensonges, comme pour Tchernobyl, qui induisent la méfiance envers la parole publique en temps de crises. Le tout dans une période où la parole des politiques, des médias comme des experts est très souvent mise en cause, avec l’amplificateur des réseaux sociaux. Lesquels sont devenus le principal espace d’information pour une grande partie de la population.

Et maintenant, que faire ?

Pour essayer de dépasser ces difficultés, et surtout pour mieux accompagner la population pendant et après un accident, certaines pistes mériteraient d’être explorées.

  • Travailler avec des associations relais. Il conviendrait de contourner le manque de crédibilité des émetteurs institutionnels. Peut-être faudrait envisager de travailler avec des associations d’habitants, des syndicats ou autres, qui seraient en charge de transmettre les informations.
  • Affiner les messages en fonction du destinataire. On ne s’adresse pas de la même façon à des personnes âgées ou fragiles, qu’à des jeunes ou à des actifs. Un travail serait à mener, en amont de l’accident bien sûr, pour réfléchir aux différentes façons de s’adresser à ces publics.
  • Investir les réseaux sociaux. Ces espaces d’informations ne peuvent rester le lieu exclusif des rumeurs et fausses informations. Les acteurs publics doivent les utiliser massivement en cas d’accident.
  • Faire plus confiance à l’intelligence des habitants. Peut-être faudrait-il être capable de dire ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas en cas d’accident, être moins paternaliste et faire confiance dans la capacité de compréhension des habitants ?

Pour prolonger cette réflexion, France Nature Environnement vous donne rendez-vous le 20 mai 2021 dans le cadre des Rendez-vous majeurs, le nouvel événement 100% numérique sur les risques technologiques en France. Organisé par l’association Amaris, avec l’appui de l’INERIS et le soutien du Ministère de la transition écologique, il permettra aux acteurs du secteur de se rencontrer et d’échanger sur des thématiques en phase avec les enjeux actuels de la prévention et la gestion des risques. Dans ce cadre, France Nature Environnement co-organise à 14 heures le débat [T5 – Suivi post accident] Communication ou information, quel est l’enjeu de la transparence ?

L’article de FNE est ici.

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Les sept mesures controversées de la loi climat adoptées à l’Assemblée nationale

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 19/04/2021.

Après trois semaines, 110 heures de débats et plus de 1 000 amendements adoptés, l’examen en première lecture du projet de loi Climat et résilience s’est achevé samedi 17 avril à l’Assemblée nationale. Du « délit d’écocide » aux menus végétariens, en passant par la suppression de lignes aériennes, Novethic fait un bilan des sept mesures au cœur des débats. 

Logo officiel de la loi climat et résilience présentée en Conseil des ministres le 10 février. @CC-BY DavidGrandmougin

La création d’un « délit d’écocide » validée

L’Assemblée nationale a approuvé la création controversée d’un délit d' »écocide », parmi une batterie de mesures du projet de loi climat destinées à renforcer l’arsenal contre les atteintes à l’environnement (pollution des eaux, de l’air et des sols). Ce délit, caractérisé par l' »intentionnalité » de la pollution, s’appliquera « aux atteintes les plus graves à l’environnement au niveau national », a expliqué la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili. Les dommages devront avoir un caractère « grave et durable », c’est-à-dire sur au moins dix ans. 

La protection de l’environnement inscrite dans le code minier 

Malgré plusieurs demandes de retrait, l’article visant à réformer le code minier a été adopté. Les députés ont intégré dans le projet de loi la possibilité de refuser un titre minier pour des motifs environnementaux. Avec le code actuel, l’État est obligé de délivrer un titre à l’entreprise qui le sollicite et doit attendre la demande d’autorisation de travaux pour refuser un projet menaçant l’environnement. Cette mention est au cœur du bras de fer qui oppose depuis plusieurs années les partisans du projet d’extraction Montagne d’or, en Guyane, et le gouvernement.

La (presque) fin des Paris-Lyon en avion

Après des débats houleux y compris dans la majorité, les députés se sont prononcés en faveur de la suppression de certaines lignes aériennes intérieures, lorsqu’il existe une alternative en train à moins de 2h30. Concrètement, cela signifie la fin des liaisons entre Paris (Orly) et Lyon, Nantes ou Bordeaux, sauf dans le cadre de correspondances. La Convention citoyenne pour le climat avait demandé de renoncer aux vols en cas d’alternative en train à moins de 4 heures, disposition qui avait été soutenue par le Haut conseil pour le climat.

La lutte contre l’artificialisation des sols sous tension     

Le projet de loi prévoit d’atteindre en 2050 l’objectif de zéro artificialisation nette. Le « principe général d’interdiction de création de nouvelles surfaces commerciales » dont l’objectif est de limiter les constructions de plus de 10 000 m2, a été très débattu. Le texte prévoit la possibilité d’obtenir une dérogation si le projet « répond aux besoins d’un territoire ». L’opposition a jugé la mesure anecdotique. « Ce sont 80% des projets de surfaces commerciales qui se situent au-dessous de ce seuil », a dénoncé le député Loïc Prud’homme (LFI). Des amendements du groupe LREM ont cependant renforcé le dispositif : dans le cadre de projet de plus de 3000 m2, les demandes de dérogation serons étudiées par la Commission nationale d’aménagement commercial. Quant aux plateformes de e-commerce, considérées comme des zones industrielles et non commerciales, elles ne sont actuellement pas concernées par le texte. 

La lutte contre les passoires thermiques critiquée

Alors que le projet de loi acte la fin de la location des logements les plus énergivores, classés F et G, d’ici 2028, un amendement proposé par le rapporteur Mickael Nogal (LREM) a permis d’élargir la mesure : les logements classés E seront soumis à la même règle dès 2034. Cela représente 4,4 millions d’habitations supplémentaires. Du côté de l’opposition, c’est largement insuffisant : le texte n’interdit pas en substance les passoires thermiques, seulement leur mise en location. Parallèlement, la réforme du calcul des étiquettes du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) a également été votée. À l’estimation de la consommation d’énergie primaire du logement, s’ajoutera une note climat, en fonction des émissions de gaz à effet de serre. Sur les deux échelles, la moins bonne note définira l’étiquette finale du logement.

Pas de réglementation prévue sur la publicité pour les SUV

L’article très controversé sur l’interdiction de la publicité pour les énergies fossiles a été validé dans l’hémicycle. L’enjeu pour l’opposition était d’élargir le domaine d’application de la mesure aux produits les plus polluants comme l’avait souhaité la Convention citoyenne pour le climat. Le point de crispation concernait notamment la publicité pour les SUV, véhicules pointés du doigt pour leurs émissions importantes de CO2. Les propositions allant dans ce sens ont été refusées, par crainte que cela mette en péril le secteur des médias, dépendant des revenus publicitaires. Le texte a cependant été légèrement durci. Deux amendements LREM, adoptés en séance, interdisent désormais la publicité pour la « commercialisation et la promotion » des énergies fossiles, alors que le texte initial ne mentionnait que la « vente », et renforcent les sanctions. 

Des menus végétariens hebdomadaires généralisés

Du côté des menus sans viande, les députés ont revu l’ambition du texte à la hausse. Le projet de loi prévoit la mise en place de menus végétariens quotidiens dans les cantines des collectivités volontaires. À cela a été ajoutée la généralisation du repas sans viande hebdomadaire, déjà expérimenté dans le cadre de la loi Egalim de 2018. Les députés ont également voté en faveur d’amendements issus de la majorité, demandant à l’État d’être « exemplaire » en proposant une option « végétarienne quotidienne dans ses administrations, les établissements publics et les entreprises publiques », en cas de menus multiples, dès 2023. 

L’article de Novethic est ici.

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Les États-Unis s’engagent à réduire de 50 % leurs émissions d’ici 2030, revenant ainsi dans le combat climatique

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 22/04/2021.

Joe Biden l’avait annoncé. Le 22 avril, Jour de la Terre, les États-Unis dévoileraient leurs nouvelles ambitions climatiques lors du Sommet sur le climat. Promesse tenue. Le pays s’est engagé à diminuer de 50 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Alors que la population états-unienne reste l’une des plus sceptiques en matière changement climatique, le Président mise sur l’emploi pour tenter de faire accepter l’ambition.

Le Sommet pour le climat rassemble des dirigeants du monde entier pour préparer la COP26.
Brendan Smialowski / AFP

Lors de l’inauguration du Sommet virtuel sur le climat, tenu à l’occasion de Earth Day (le jour de la planète), le Président Joe Biden s’est engagé le 22 avril à réduire les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis de 50 % d’ici à 2030 par rapport à 2005. Un engagement plus ambitieux que le précédent, porté par Barack Obama, qui visait une réduction de  26 % à 28 % des émissions à l’horizon 2025. Alors que la COP26 approche, et que de nombreux États n’ont pas annoncé leurs nouvelles contributions dans la lutte contre le réchauffement climatique, l’objectif est affirmé : « mettre le monde au défi de relever ses ambitions et combattre la crise climatique ».

Depuis son arrivée au pouvoir, Joe Biden ne cesse de donner des gages de sa bonne volonté. Dès le premier jour de son mandat, en janvier 2021, il annonçait le retour des États-Unis dans l’Accord de Paris, après le retrait orchestré par l’administration de Donald Trump. Une initiative saluée lors du Sommet. La chancelière allemande Angela Merkel s’est déclarée « enchantée » du retour des États-Unis dans le combat pour le climat. « Le monde a besoin de votre contribution », a-t-elle ajouté.  « Je veux saluer l’annonce de la contribution américaine c’est un choix historique sur le chemin qui nous mène vers Glasgow », a quant à lui salué Emmanuel Macron, lors de son allocution.

Verdir le « rêve américain »

Mais Joe Biden s’est voulu rassurant, dans un contexte d’explosion du chômage. Alors que l’ancien Président Donald Trump misait sur le développement de secteurs très polluants comme le charbon ou l’extraction du pétrole et du gaz de schiste pour créer de l’emploi, Joe Biden promet que la lutte contre le réchauffement climatique est une aubaine bien plus prometteuse. « Ce moment ne se résume pas à la préservation de notre planète. Quand les gens parlent de climat, je pense emploi. Je vois une opportunité de créer des millions d’emplois syndiqués, bien rémunérés et de classe moyenne. »

Il a surtout tenté de rassurer les ouvriers issus des « vieilles » économies (agriculture, bâtiment, industrie…) dont les emplois sont les premiers touchés. « Je vois des ouvriers qui posent des milliers de kilomètre de ligne de transmission pour un réseau propre moderne et résilient, a-t-il dépeint. Je vois des travailleurs qui bouchent des centaines de milliers de puits de pétrole et de gaz abandonnés qui ont besoin d’être nettoyés [….]. Je vois les agriculteurs américains déployer des outils de pointe et faire du sol de notre pays la prochaine frontière de l’innovation en matière de carbone ». Une façon de faire accepter ses ambitions nouvelles, alors que la population états-unienne compte parmi les plus climatosceptiques dans le monde.

L’article de Novethic est ici.

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2020, l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe

Un article de Reporterre, par Magali Reinert, le 22/04/2021.

Selon le dernier rapport sur l’état du climat européen, l’hiver 2020 marque un nouveau record, avec une température hivernale supérieure de plus de 3,4 °C à la moyenne saisonnière. Autre phénomène remarquable : la crise sanitaire a permis d’infléchir l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère.

Photo d’illustration

Les années se suivent et se réchauffent. 2020 est ainsi l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe, selon le nouveau rapport sur l’état du climat européen publié ce 22 avril. Le dernier record est encore tout chaud : en 2019, le sud de la France expérimentait des températures inédites, jusqu’à 45,9 °C dans le Gard. Mais les éditions annuelles du programme européen d’observation terrestre Copernicus ne sont pas là pour qu’un gros titre sur de nouveaux extrêmes climatiques chasse l’autre. Ces rapports détaillent la rapidité des changements sur le continent, qui confirment les scénarios des climatologues. Depuis l’ère préindustrielle (1850-1900), la planète a enregistré une hausse de la température moyenne de 1,2 °C, augmentation qui atteint 2,2 °C en Europe et jusqu’à 3 °C en Arctique.

L’année 2020 a ainsi été l’année la plus chaude, à cause d’un hiver et d’un automne les plus chauds jamais enregistrés en Europe. La température moyenne du continent cet hiver a été supérieure de plus de 3,4 °C à la moyenne de 1981-2010. Le vieux continent connaît aussi le plus grand nombre d’heures d’ensoleillement depuis le début des relevés par satellite en 1983. La tempête Alex à l’automne a également amené son lot de records. Freja Vamborg, autrice du rapport et chercheuse au Service pour les changements climatiques Copernicus (C3S), expliquait – lors d’un point presse – qu’« il est tombé dans certains endroits du sud de la France et du nord de l’Italie trois fois plus en vingt-quatre heures que les précipitations moyennes pour l’ensemble du mois d’octobre ».

Viévola, vallée de la Roya. Tempête Alex le 02 octobre 2020.

« Le trou dans la couche d’ozone observé en mars était sans équivalent depuis 1979 »

Le rapport détaille aussi des phénomènes qui pourraient être masqués par des moyennes, comme la transition très brusque entre un hiver humide et un printemps sec. En février, une large partie de l’Europe a ainsi souffert de pluies très violentes, alors que le nord du contient expérimentait ensuite un des printemps les plus secs depuis quarante ans. Des extrêmes qui affectent les écosystèmes, pointent les auteurs du rapport.

Une partie du texte est consacrée à l’Arctique, car 2020 est de loin l’année la plus chaude jamais enregistrée pour la Sibérie arctique. Les températures hivernales minimums étaient 9 °C plus chaudes que la moyenne. Et la sécheresse estivale a entrainé de larges incendies de forêt dans la toundra sibérienne. Phénomène inédit dans l’hémisphère nord : la diminution record de la couche d’ozone [1]. « Le trou dans la couche d’ozone observé en mars était sans équivalent depuis 1979 », commente Freja Vamborg, qui fait référence au trou au-dessus de l’Antarctique. En cause, un vortex polaire particulièrement fort. Le vortex est une grande dépression d’altitude qui dépend de l’écart thermique entre l’équateur et les pôles.

Après les effets, les causes. Le rapport montre que les concentrations moyennes de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère ont continué à augmenter. Et sont — sans surprise — à leurs niveaux annuels les plus élevés depuis au moins 2003, date du début des mesures par satellite. La hausse du dioxyde de carbone augmente tout de même moins vite cette année, montrant que la réduction des activités humaines — crise sanitaire oblige — a des effets directement mesurables dans l’atmosphère. En revanche, le méthane continue de croitre plus rapidement que les années passées et les chercheurs n’ont pour l’instant pas d’explications.

Impossible pourtant de se réjouir de l’inflexion des émissions de CO2. Un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié le 20 avril alerte sur une augmentation de près de 5 % des émissions de GES liées à l’énergie en 2021. La hausse de la demande mondiale en énergie est en effet estimée à 4,6 %, la portant au-dessus de son niveau d’avant-crise en 2019. C’est un « avertissement sérieux » pour l’agence : la reprise économique post-Covid est « tout sauf durable pour notre climat ».

L’article de Reporterre est ici.

Notes

[1] Bouclier qui protège la Terre des rayons ultraviolets du soleil.

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L’Union européenne s’accorde pour réduire au moins 55 % ses émissions de CO2 d’ici 2030

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 21/04/2021.

Après une nuit de négociations, le Parlement et les États membres de l’Union européenne se sont entendus pour rehausser l’ambition de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 à 55 % d’ici 2030. L’objectif pourrait atteindre « jusqu’à 57 % », grâce à une augmentation des capacités d’absorption de CO2. L’enjeu est stratégique. À la veille du Sommet sur le climat organisé par les États-Unis, l’Europe tente de maintenir son leadership en matière de lutte contre le changement climatique.

Après 2050, l’Union européenne devra s’efforcer de parvenir à des émissions négatives.
@Istock PeskyMonkey

« Historique ». Ce matin, le mot était dans toutes les bouches et sur tous les claviers. Après quatorze heures de débats, le Parlement européen et les États membres se sont mis d’accord le 21 avril pour réduire « d’au moins 55 % » les émissions de gaz à effet de serre au sein de l’Union européenne d’ici 2030, par rapport au niveau de 1990, » tout en augmentant les contributions des absorptions pouvant porter l’objectif à 57 % ». L’ambition initiale était fixée à une baisse des émissions de 40 % à la fin de la décennie.

Si les débats se sont éternisés, c’est qu’il a fallu trouver un compromis. En septembre 2020, la Commission européenne avait annoncé vouloir atteindre 55 % de baisse, le Parlement s’était prononcé, un mois plus tard, pour un objectif plus ambitieux de 60 %. Un accord a été trouvé. L’objectif de baisse de 55 % des émissions nettes a été conservé, et en parallèle l’Europe vise une hausse des objectifs d’absorption de CO2 par les puits de carbone, comme les forêts, dans le cadre d’une révision du règlement sur l’utilisation des terres et la foresterie.

Une ligne conductrice

Cet accord provisoire sera intégré dans la loi climat actuellement en préparation, qui doit être présentée en juin. « Notre engagement politique à devenir le premier continent neutre sur le plan climatique d’ici à 2050 est désormais un engagement juridique », s’est félicitée la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. Pour Pascal Canfin, Président de la commission Environnement du Parlement européen, bien que le Parlement souhaitait aller « plus loin » ce nouvel objectif va « changer les règles du jeu ». « Nous allons aller deux fois et demi plus vite dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la décennie qui vient, que celle qui a précédé […] », a-t-il détaillé mercredi matin au micro de France Inter.

L’objectif est de faire de la neutralité carbone une ligne conductrice. Toutes les nouvelles propositions de loi seront désormais contraintes de s’aligner sur cet objectif. « Elles devront sinon signaler explicitement pourquoi elles ne répondent pas à l’ambition […], ce qui est compliqué à justifier », a détaillé plus tard l’eurodéputé durant la conférence de presse. L’heure est également à adapter la législation existante. « Ce sont cinquante lois européennes, sur les transports, les énergies renouvelables, le marché carbone… qui vont être changées à partir d’aujourd’hui et jusqu’à la fin de l’année 2022. Quand on modifie cinquante lois d’un coup, c’est le signe d’un changement systémique », a-t-il ajouté.

Constituer un front uni devant les États-Unis

À la veille du Sommet sur le climat organisé par Joe Biden, où les États-Unis vont annoncer la mise à jour de leurs objectifs climatiques, le moment est stratégique : il s’agit de montrer l’exemple et de présenter un front uni et solide face au Pentagone qui tente de se poser en meneur du combat contre le réchauffement climatique. « Le timing est vraiment bon, a explicité la rapporteure au Parlement, Jytte Gutteland. C’est un message fort, de la part de l’Union européenne », avant d’ajouter que le continent était bien la « grande sœur » à l’échelle planétaire en matière d’engagement pour le climat.

Et l’Europe n’est pas la seule à se mobiliser. Alors que mardi 20 avril, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a fait la promesse ambitieuse de réduire de 78 % ses émissions d’ici à 2035, la Russie a annoncé ce matin vouloir « agir sévèrement » pour l’environnement et s’est fixé comme objectif un volume d’émissions nettes de gaz à effet de serre inférieur à celui de l’Union européenne d’ici 2050. De nombreuses attentes en ce sens sont attendues cette semaine venues de nombreux pays.

L’article de Novethic est ici.

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Coup d’envoi du projet pétrolier de Total en Ouganda, malgré les risques environnementaux, climatiques et humains

Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 13/04/2021.

Le projet pétrolier de Total en Ouganda est désormais sur les rails. Le 11 avril, l’entreprise française, la compagnie chinoise Cnooc, l’Ouganda et la Tanzanie ont signé plusieurs accords concernant le projet d’exploitation de gisements pétroliers et l’acheminent via un oléoduc de plus de 1400 km. Plusieurs ONG ougandaises et françaises dénoncent depuis des années les risques climatiques, environnementaux et sociaux de ce méga-projet pour lequel Total a été attaqué sur son devoir de vigilance.

Le futur site des gisements sur les rives du lac Albert, en Ouganda
@Martin Dudek / FIDH

C’est un énorme projet pétrolier. Un des plus gros lancés cette année dans le monde. Total et la compagnie chinoise Cnooc ont signé dimanche 11 avril plusieurs accords avec l’Ouganda et la Tanzanie ouvrant la voie à la construction d’un oléoduc. Le projet, opéré par Total et Cnooc, prévoit l’exploitation de gisements découverts en 2006 en Ouganda, dans la région du lac Albert, et l’acheminement du pétrole par cet oléoduc, l’East African Crude Oil Pipe Line (Eacop), d’un coût estimé à 3,5 milliards de dollars soit 2,9 milliards d’euros. Ce dernier transportera le futur brut ougandais vers un port tanzanien sur l’océan Indien.

« C’est un jour historique pour l’Ouganda, la Tanzanie, l’Afrique de l’est et Total », s’est réjoui sur Twitter le PDG du groupe pétrolier, Patrick Pouyanné. Du côté des ONG, l’heure n’était pas à la fête. Depuis des années, elles se battent pour faire péricliter ce projet qu’elles jugent « climaticide ». Selon l’Alliance StopEacop réunissant une trentaine d’associations, des Amis de la Terre à Extinction Rebellion en passant par l’association Fridays For Future Uganda, plus de 132 puits de pétrole devraient être situés dans une aire protégée, à proximité du Lac Albert, alors que l’oléoduc, s’étendant sur plus de 1400 km, devrait traverser des zones humides en Tanzanie.

Un projet « climaticide »

« De manière vitale, pour une entreprise qui cherche à se positionner en tant que leader climatique, Total choisit d’ignorer les risques climatiques massifs posés par la construction d’un pipeline de transport de pétrole brut qui générera une nouvelle source de 34,3 millions de tonnes d’émissions de carbone au pic de son fonctionnement », dénoncent les ONG. Mais au-delà des risques climatiques et environnementaux, c’est aussi l’atteinte aux droits humains qui est pointée du doigt. Selon l’Alliance StopEacop plus de 100 000 personnes devraient être affectées. « Malgré les promesses d’emplois et d’avenir meilleur, les communautés s’inquiètent de perdre leur terre, des dégâts environnementaux et des « promesses vides » de l’argent du pétrole », constatait en octobre dernier Caroline Brodeur, experte en entreprises et droits humains pour Oxfam.

La jeune ougandaise, Leah Namugerwa, devenue une figure de cette jeunesse qui se lève contre l’inaction climatique, à l’image de Greta Thunberg, dénonce ce projet et en appelle à la responsabilité de la France. « Pour Total c’est un jour historique », écrit-elle sur Twitter. « Je suis sûre que la France profite également silencieusement de ce moment puisque Total est leur entreprise ». Et justement, plusieurs associations ougandaises et françaises avaient lancé en 2019 la première action de justice fondée sur le devoir de vigilance des multinationales.

Total attaqué sur son devoir de vigilance

La loi sur le devoir de vigilance impose aux grandes entreprises de « prévenir les atteintes graves envers les droits humains » et « l’environnement » dans l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. Le but des ONG était donc de contraindre Total  d’élaborer et de mettre en œuvre des mesures adéquates « à même de faire cesser les violations des droits humains et prévenir de futures violations ainsi que des dommages irréversibles pour l’environnement et le climat ».

Alors que la Cour d’appel de Versailles avait décidé en décembre dernier de renvoyer l’affaire devant le tribunal de commerce, les associations ont, le 12 avril, annoncé contester cette décision et se pourvoir en cassation. « Total prend pleinement en considération la sensibilité du contexte environnemental et les enjeux sociétaux qui entourent ces projets à terre. Notre engagement est de mettre en œuvre ces projets de manière exemplaire et en toute transparence », répond Patrick Pouyanné.

L’article de Novethic est ici.

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Pesticides : les radars défectueux des autorités sanitaires

Un article de Reporterre, par Paule Bénit et Pierre Rustin, le 16/04/2021.

Pour les auteurs de cette tribune, les recommandations sur les pesticides formulées par les autorités sanitaires française et européenne ignorent des aspects cruciaux de l’exposition à ces substances : la toxicité avérée de certains produits même à de très faibles doses et l’effet cocktail présent dans la nature qui affecte l’ensemble du vivant.

Photo d’illustration.

Paule Bénit est ingénieure de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et Pierre Rustin est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ils travaillent sur les maladies mitochondriales humaines depuis plus de vingt ans au sein de l’unité Inserm de l’Hôpital Robert Debré à Paris. Ils ont lancé l’alerte sur les pesticides SDHI.


Dans les pays dits développés, les usages de pesticides sont censés être précédés de recommandations établies par les autorités sanitaires, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) au niveau européen et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en France.

Si étonnant que cela puisse paraître, ces diverses autorisations et recommandations sont établies pour l’essentiel sur la base des seules études produites par les industriels. À partir de ces études aux résultats en général non publiés (et souvent accessibles seulement en partie, à la différence des travaux scientifiques), une dose journalière autorisée (la DJA, exprimée en mg/kg/jour) est calculée, supposée garantir une absence de risque pour la santé tout au long d’une vie humaine [1].

Cette situation est problématique, pour trois raisons :

  • S’il est possible de démontrer la toxicité d’un pesticide en laboratoire ou en extérieur, il est quasiment impossible de garantir son innocuité, même testé seul, même à petite dose, pour tous les organismes vivants qui y seront exposés et en toute situation.
  • À côté de l’exemple des néonicotinoïdes, le cas des pesticides SDHI [2] montre qu’il existe des mécanismes cellulaires qui expliquent bien pourquoi la présence de pesticides même à très petite doses, inférieures aux normes réglementaires européennes, peut être toxique sur le long terme [3].
  • Dans la réalité, nous n’avons jamais affaire à un seul pesticide, mais de façon simultanée à des dizaines, voire à des centaines, et cela dans des conditions extrêmement variables qui ne peuvent être simulées en laboratoire.

Par ailleurs, seule est considérée la toxicité directe pour l’homme. En adoptant cette vision ethnocentrée, on fait mine d’ignorer que la santé de la biosphère est aussi celle de l’humanité. Les éventuels effets sur la biodiversité, qui ne sont qu’exceptionnellement évoqués dans ces études industrielles, ne sont toujours vus que comme des effets secondaires de peu d’importance.

Une toxicité démontrée, même à faibles doses

L’échec de cette procédure, non scientifique mais « réglementaire », adoptée par nos agences de « sécurité », est désormais établi avec la destruction de la biodiversité constatée par les scientifiques, la croissance des maladies reconnues comme professionnelles chez les agriculteurs, les milliers de publications scientifiques rapportant la toxicité démontrée de très nombreux pesticides, même à faibles doses, dans une grande variété de situations sur un grand nombre d’organismes vivants. Cela ne l’empêche pas d’être encore en vigueur de nos jours.

À l’inverse, une attitude scientifique, reconnaissant les limites de ce que la science peut montrer, conduit, à partir des résultats des laboratoires comme de ceux du terrain, à conclure que, malgré toutes les DJA et tous les règlements, les pesticides sont par nature dangereux et se révèlent toxiques dans leurs usages actuels, y compris en toutes petites quantités, et éventuellement même à l’état de traces.

Photo d’illustration. Jean-François Monier/AFP

Les traces parlons-en… Il a été montré, par exemple, que des cellules humaines en culture mises en présence de très faibles quantités de SDHI meurent en quelques jours. Les mécanismes d’action des SDHI permettent d’affirmer que des doses même bien inférieures à celles actuellement autorisées seront toxiques sur le long terme pour les organismes vivants qui y seront exposés. Ces éléments accessibles depuis des années dans la littérature scientifique mondiale ne sont pas pris en compte par les agences de sécurité européennes ou françaises.

Associations de pesticides : une grave omission

Nous humains, comme la plus grande partie de la biosphère, n’avons plus jamais affaire à un seul pesticide dans la nature, mais de façon simultanée à de petites quantités de dizaines, voire de centaines d’entre eux, et cela dans des conditions extrêmement variables. L’action d’un seul de ces pesticides en petite quantité passera sans doute « sous les radars » défectueux des expériences réglementaires. Quant aux associations de pesticides, elles ne sont pas prises en considération dans ces expériences. Il faut être irresponsable pour assurer qu’il n’y a là pas de problème.

Par exemple, l’utilisation d’oxygène dans les cellules repose sur une chaîne respiratoire composée de quatre complexes qui se trouvent être ciblés par différents pesticides. Le complexe I est ciblé par la roténone (longtemps vendue comme insecticide en France), le paraquat et, de façon secondaire, par de nombreux pesticides, dont des triazoles, vendus eux comme fongicides. Le complexe II est ciblé par les SDHI. Le complexe III est lui ciblé entre autres par les strobilurines, vendus comme fongicides et certains SDHI. Le complexe IV sera lui sensible au cyanure (encore utilisé aux États-Unis pour tuer les loups), mais également par le SH2, libéré lors de la décomposition des algues vertes, dont la prolifération est largement due aux nitrates rejetés par l’agriculture et des effluents d’élevage.

Par ailleurs, le fonctionnement de cette chaîne respiratoire est sous la surveillance étroite de substances et d’enzymes dites antioxydantes. De ce point de vue, nombreux sont les pesticides qui vont diminuer les capacités des cellules à fabriquer ces substances et enzymes antioxydantes, induire un stress oxydant susceptible de causer la mort des cellules. Des noms ? Des bien connus, comme le glyphosate, et de nombreux herbicides, de nombreux néonicotinoïdes, dont les tueurs d’abeilles comme l’imidaclopride.

Mélanger le tout, c’est mettre les allumettes (SDHI, strobilurines, ou… le chlordécone, etc.) et cacher les extincteurs (glyphosate, néonicotinoïdes, etc.).

Investir dans les moyens de s’en passer, plutôt que dans des études forcément incomplètes sur leurs effets

Cet exemple illustre comment le mélange de différents pesticides pourra avoir un effet démultiplié et entraîner la mort accrue des cellules et des organismes exposés. C’est pourquoi la toxicité d’un pesticide isolé ne saurait être étudiée de façon sérieuse. On peut s’interroger, au vu du nombre de pesticides qui se trouvent maintenant partout, sur la faisabilité et la signification des études de toxicologie qui portent sur un nombre forcément limité de pesticides. Sans parler du coût de telles études ! Mieux vaudrait investir dans les moyens de se passer des pesticides tels qu’actuellement utilisés.

Alors rien à voir, pas d’alerte, passez votre chemin, comme ose le prétendre l’Anses, notre agence de sécurité ? Quelle irresponsabilité ! Cela fait plus de quatre ans que le mécanisme d’action étant parfaitement démontré, nous avons signalé la toxicité des SDHI pour une multitude d’organismes et leur danger pour l’humanité : ne passons plus notre chemin !

Les conditions d’autorisation et d’utilisation des pesticides devraient être revues de fond en comble pour intégrer au plus vite les connaissances scientifiques. Les autorisations d’utilisation ne devraient être qu’exceptionnelles et accordées par des agences éloignées des intérêts financiers et indépendantes des acteurs promouvant ces produits.

L’article de Reporterre est ici.

Notes

[1] Cette valeur DJA est issue d’une approche empirique inventée par un toxicologue, René Truhaut, il y a 70 ans. Pour déterminer une valeur de DJA, des expérimentations sur des animaux sont réalisées avec des expositions répétées ou non, sur des durées pouvant aller jusqu’à la vie entière pour des études sur des rongeurs. Il s’agit de déterminer un seuil à partir duquel des effets toxiques sont observés. Ce seuil chez l’animal est aussi appelé « Dose Sans Effet » (DSE). Celle-ci est convertie ensuite en un équivalent chez l’homme, sur la base d’un facteur de correction qui intègre la masse corporelle (volume et poids), et qui dépend donc de l’animal choisi au départ. Pour finir cette valeur est divisée par un facteur 10, dont on assume, sans aucune évaluation scientifique, qu’il assure une marge de sécurité pour l’homme de façon à rendre compte de différences physiologiques et processus biologiques différents entre l’animal et l’homme.

[2] Les substances SDHI vont provoquer, à très faibles doses, une production anormale d’espèces oxydantes susceptible d’entraîner la mort des cellules chez tous les êtres vivants. Elles sont utilisées comme fongicides en agriculture.

[3] Ces mécanismes cellulaires sont détaillés sur le site EndSDHI.com.

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Thon maquillé, faux miel… L’opacité règne sur notre alimentation

Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 30/03/2021.

C’est un véritable business de la fraude alimentaire. Dans une enquête, la présidente de l’ONG Foodwatch, Ingrid Kragl, révèle les dessous de notre alimentation. Thon piqué aux additifs, miel arrosé de glucose, produits bio non bio, foie gras gonflé à l’eau… le phénomène, d’ampleur, touche tous les produits. Et la situation a considérablement empiré avec le Covid-19.

L’ONG Foodwatch a publié une enquête révélant les dessous de notre alimentation.
Svetlana-Cherruty

Des kiwis bio français qui sont en réalité des fruits italiens cultivés dans des champs conventionnels, du parmesan qui ressemble étrangement à du gruyère, des épices contenant du sable… La fraude alimentaire est un véritablement fléau que les autorités n’arrivent pas à endiguer. C’est la conclusion d’une enquête publiée par la présidente de l’ONG Foodwatch dans un nouveau livre baptisé « Manger du faux pour de vrai ». Au cours de ces 400 pages, l’autrice a passé au crible la fraude alimentaire, issue de réseaux criminels ultra-organisés. 

« Adeptes du bio, locavores, clients du hard discount ou bobos avertis, soyez-en sûrs : la fraude alimentaire nous concerne toutes et tous, riches ou pauvres », prévient Ingrid Kragl. Et les chiffres illustrent parfaitement l’ampleur du phénomène. Une épice sur deux est frauduleuse. Le pire étant le safran dont 81 % de la commercialisation est touchée. « On a vu du safran vendu comme de la fleur de safran constitué à 100 % de fleur de carthame, 500 fois moins cher », explique Foodwatch. Côté poivre, deux sur trois sont touchés par la fraude. Le miel est aussi concerné. 

 

Du thon plus rouge et moins odorant

Alors que la production de miel s’effondre avec le déclin des abeilles, les importations explosent, et avec elles, les fraudes. Ajout de glucose, du miel sans miel créé chimiquement, falsification de l’origine… un miel sur deux serait touché par la fraude. Ce n’est guère mieux du côté du poisson, dont 50 % présentent des anomalies comme des soucis d’hygiène ou des fraudes sur l’étiquette. Ingrid Kragl raconte ainsi comment, pour maquiller le thon, le rendre plus rouge, moins odorant, les fraudeurs s’équipent : « Des aiguilles s’enfoncent dans le poisson et y injectent des nitrates, nitrites et/ou du monoxyde de carbone, voire un mélange d’extraits végétaux couplés à un cocktail d’antioxydants (acide citrique et ascorbique) ». Des procédés interdits par le règlement européen et posant des problèmes de santé publique. 

Quant aux produits bio, pour l’instant, la fraude n’est pas aussi étendue mais le marché, en plein boom, attire de plus en plus les opérateurs peu scrupuleux. Ainsi, aujourd’hui, un produit bio sur douze n’est pas ce qu’il prétend. Dans les Alpes Maritimes, c’est 30 % des produits bio qui sont frauduleux. Une autre enquête, menée par un ancien cadre de l’agroalimentaire, Christophe Brusset, avait déjà raconté les coulisses de ce marché. Dans « Les imposteurs du bio « , il dévoilait notamment le développement de véritables mafias autour de la labellisation de produits bio qui ne l’étaient pas vraiment. 

Explosion de la fraude avec le Covid-19

Face à l’ampleur de la fraude alimentaire, l’ONG Foodwatch a lancé une campagne pour obtenir des autorités françaises davantage de transparence et de contrôle. « Rien ne justifie l’opacité actuelle. Il s’agit avant tout d’un choix politique, aujourd’hui entre vos mains », écrit l’organisation dans une lettre, rendue publique, adressée au ministre de l’Économie Bruno Le Maire et à celui de l’Agriculture Julien Denormandie. « La fraude alimentaire est un phénomène croissant mais savamment occulté tant par nos autorités que l’industrie agroalimentaire et la grande distribution qui sont parfaitement au courant », affirme Ingrid Kragl. 

D’autant que la fraude ne cesse de progresser. Le risque de falsification aurait même augmenté de 94 % avec le Covid-19 à cause notamment, de la baisse de la surveillance pendant la pandémie. « Les restrictions aux frontières ont fortement perturbé les chaînes d’approvisionnement. Chez les industriels agroalimentaires, des audits programmés – parfois pour des denrées provenant de très loin – n’ont tout simplement pas eu lieu à cause de la pandémie et des limitations des déplacements. Les organisations criminelles de type mafieux y ont illico vu des opportunités profitant de la peur des gens face à l’insécurité alimentaire (…) », explique Ingrid Kragl.

L’article de Novethic est ici.

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Pesticides : les Sages sanctionnent une concertation locale biaisée

Un communiqué de France Nature Environnement, le 08/04/2021.

C’est une victoire pour la santé des riverains et la préservation de la biodiversité. Les « chartes d’engagement », qui visent à réduire les distances de sécurité entre les habitations et les épandages de pesticides, sont dans le viseur des associations depuis plusieurs années. Dans le cadre de la procédure juridique co-portée par 8 associations et syndicats, le Conseil Constitutionnel vient aujourd’hui de rendre sa décision : le système des chartes et la pseudo concertation mise en place par le gouvernement pour l’élaboration de ces chartes, ne sont pas conformes à la Constitution. Les juges administratifs et le législateur vont devoir en tirer les conséquences immédiatement.

Photo d’illustration.

Quel est le problème avec les chartes ?

Depuis leur introduction dans la loi EGALIM en 2018, la question des chartes permettant de déroger au socle de protection national des voisins des parcelles agricoles vis-à-vis des pesticides pose question. Sur le fond d’abord : pourquoi les distances d’épandages seraient différentes d’un endroit à l’autre alors que les dangers sanitaires des pesticides sont les mêmes ? Pour nos organisations, cette disparité sur le territoire national dans ce cadre précis ne peut pas se justifier. La priorité doit être la protection de la santé publique.

Sur la forme, la formule de concertation qui devait être initiée par les utilisateurs eux-mêmes a démontré ses limites et donc son inconstitutionnalité : restriction de la concertation aux seuls représentants des riverains, absence d’informations officielles, concertations uniquement en ligne, observations des participants non prises en compte…

Comme le soulignent les sages, cette législation « pesticides » actuellement en place ne permet pas d’avoir une vraie concertation sur un sujet pourtant primordial, ni de protéger efficacement la santé des populations, et notamment des riverains. Résultat, sur le terrain : le dialogue ne s’est pas fait réellement et les récits de concertations “biaisées” ont été légion aux quatre coins de la France (exemples en bas de page)… À noter que des chartes d’engagement auraient été instaurées à ce jour dans 80 départements selon le gouvernement sans qu’une liste précise ne soit disponible à ce jour.

Pourquoi cette décision du Conseil Constitutionnel et en quoi est-ce une bonne nouvelle ?

Pour les associations mobilisées, le décret encadrant les concertations pour l’élaboration des « chartes d’engagement » est illégal notamment car il a été pris sur la base d’un texte législatif inconstitutionnel. En effet, ce texte législatif [1] ne respecte pas l’article 7 de la Charte de l’environnement, qui stipule qu’une participation du public doit être prévue et encadrée pour toutes les décisions publiques ayant une incidence significative sur l’environnement.

Le Conseil Constitutionnel reconnaît dans sa décision du 19 mars que les chartes, qui régissent les conditions d’utilisation à proximité des habitations des produits phytopharmaceutiques, ont une incidence directe et significative à la fois sur la biodiversité et sur la santé publique. Par sa décision, le Conseil Constitutionnel a donc donné raison aux organisations. Cette décision impose désormais aux juges administratifs et au Parlement d’en tirer les conséquences immédiatement.

« La santé des riverains et la biodiversité autour des champs méritent mieux qu’une fausse concertation et une protection au rabais : cette décision est un soulagement. Seules des dispositions nationales cohérentes et réellement protectrices sont acceptables. Ceci ne doit pas nous empêcher d’appuyer les initiatives locales de dialogue qui ne rogneraient pas sur les mesures nationales de protection. Nos associations sont toujours prêtes à échanger, partager, construire mais il est urgent de prendre des décisions courageuses », réagissent les organisations signataires de ce communiqué.

Le combat ne s’arrête pas là pour nos organisations, qui ont déposé des recours devant le Conseil d’État contre les textes règlementaires nationaux qui encadrent l’utilisation des pesticides en France. La prochaine étape juridique est maintenant d’obtenir de meilleures protections et informations des populations vivant à proximité des parcelles agricoles traitées, ainsi qu’une réelle protection des milieux et en particulier de la ressource en eau et des salariés agricoles.

Le communiqué de FNE est ici.

[1] Le III de l’article L.253-8 du code rural et de la pêche maritime.

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Déforestation, climat : l’hypocrisie gouvernementale à son sommet

Un article de Greenpeace, le 12/03/2021.

La France, par ses importations de matières premières et de produits transformés, contribue à la déforestation dans le monde. Plutôt que de s’attaquer frontalement à ce problème, le gouvernement préfère se livrer à des opérations de communication comme celle d’aujourd’hui.

Ce 12 mars, Emmanuel Macron parraine le Global Forest Summit, un sommet international visant à “mettre la forêt en haut de l’agenda international”. Barbara Pompili interviendra même directement pour conclure la journée. Une bonne initiative ? Absolument pas.

Le Global Forest Summit, un sommet de greenwashing

Le programme et les intervenant·es du Global Forest Summit laissent présager que des solutions simplistes ou dangereuses seront à l’honneur. Parmi elles, la compensation carbone et la plantation d’arbres auront une place de choix. Ce sommet est en effet organisé par Reforest’Action, une entreprise qui promeut et pratique la compensation carbone via des projets de plantations d’arbres. Concrètement, ses services permettent à des entreprises qui commercialisent ou financent des énergies fossiles, comme ENI, ENGIE ou encore BNP Paribas, de verdir leur image.

Reforest’Action permet donc à des entreprises climaticides de communiquer sur une pseudo-contribution positive pour le climat. C’est une hypocrisie et une imposture auxquelles nous nous opposons vertement.

Planter plus pour polluer plus, la solution du Global Forest Summit ?

Les projets massifs de plantations d’arbres présentent en effet de nombreux risques environnementaux et sociaux. L’idée selon laquelle planter des milliards d’arbres serait la solution la plus rapide et la plus efficace pour lutter contre les changements climatiques a été sérieusement remise en cause scientifiquement. De plus, ce type de projets pose des problèmes évidents d’accaparement des terres dans des pays où les conflits fonciers sont importants.

Les conclusions des expert·es du GIEC sont claires. Pour atténuer les changements climatiques, il faut à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter les capacités de séquestration de carbone, en particulier des forêts. Or la compensation carbone prise isolément véhicule l’illusion qu’aucun effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne serait nécessaire pour protéger le climat.

Loi climat : une loi de compensation ?

En participant à ce sommet, le gouvernement donne une caution à ces fausses solutions et tente de verdir son image. Cette opération de communication fait écho au projet de loi “Climat et résilience” qui fait lui aussi la part belle à la compensation carbone, notamment pour le secteur aérien. Là encore, la compensation carbone sert de prétexte pour ne pas s’attaquer à la question cruciale et délicate de la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre.

En effet, en l’état, ce projet de loi est vide de toute mesure suffisamment ambitieuse pour permettre une diminution des émissions de gaz à effet de serre des différents secteurs de l’économie française. Le gouvernement s’attèle au contraire à vider de leur substance les mesures proposées par les citoyen-nes de la Convention citoyenne pour le climat. Il va même jusqu’à museler le débat parlementaire et démocratique sur le niveau d’ambition nécessaire pour répondre à l’urgence climatique.

Une absence totale de courage et d’ambition politiques

L’urgence climatique est pressante et la déforestation dans le monde atteint des niveaux alarmants. Il est inacceptable qu’Emmanuel Macron et son gouvernement contribuent ainsi à la promotion de fausses solutions à l’échelle internationale et nationale. En se livrant à de telles opérations de communication, l’exécutif contourne les vrais problèmes. Il élude ainsi sa responsabilité pour se ranger aux côtés des lobbies industriels.

La Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, publiée en novembre 2018, est toujours une coquille vide. Les importations françaises continuent en effet de contribuer à la déforestation. C’est le cas du soja sud-américain importé par la France par millions de tonnes chaque année pour alimenter ses élevages industriels.

Le projet de loi climat, quant à lui, est en totale inadéquation avec le nouvel objectif européen de réduction des émissions des gaz à effet de serre (-55 % d’ici à 2030, contre -40 % visés par le projet de loi). Comme de nombreux autres organismes, le Haut Conseil pour le climat qui est chargé d’évaluer la stratégie climatique de la France a souligné les nombreuses lacunes du projet et enjoint au gouvernement de relever son niveau d’ambition.

L’article de Greenpeace est ici.

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Ce que l’Homme a fabriqué pèse désormais plus lourd que tout le vivant sur Terre

Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 07/04/2021.

L’espèce humaine, qui représente une toute petite partie du vivant, a désormais laissé une trace indélébile sur sa planète, inscrite dans sa lithosphère et son atmosphère. Si la notion est difficile à se représenter, l’étude d’une équipe de l’Institut Weizmann y aide. Ceux-ci ont calculé que la masse de tout ce que l’être humain a fabriqué pèse désormais plus que celle de toute la biomasse.

Seuls 4 % des mammifères sont aujourd’hui des animaux sauvages.
@Jamie_Hall

Tout ce que les humains ont coulé, usiné, fabriqué, fondu, polymérisé, alésé, façonné pèsent près de 1 100 milliers de milliards de tonnes. C’est plus que l’ensemble des animaux, arbres, bactéries, champignons et autres créatures vivantes qui existent sur Terre. C’est la conclusion d’une étude pilotée par des chercheurs de l’institut israélien Weizmann. Dans la prestigieuse revue Nature, ils écrivent : « L’Humanité est devenue une force dominante pour modifier la face de la Terre (…) Nous avons découvert que la Terre est exactement à un tournant : fin 2020, la masse anthropogénique (tout ce qui a été fabriqué par l’Homme, ndr), qui a doublé tous les 20 ans, a surpassé la biomasse vivante ».

Ils ajoutent : « En moyenne, pour chaque personne sur le globe, la masse anthropogénique produite chaque semaine est égale ou supérieure à sa masse corporelle ».  Une notion dingue mais qui devient plus concrète quand on pense à tous nos téléphones, ordinateurs, canettes, bouteilles, voitures, vêtements, villes, routes, avions,  paquebots… L’institut Weizman met en avant une comparaison frappante. La masse de tous les mammifères (dont les humains) et les poissons représentent quatre milliards de tonnes. Celle du plastique sur Terre représente huit milliards de tonnes !

L’âge de l’Homme

Cette étude ajoute une pierre à l’édifice de la théorie de l’anthropocène, littéralement « l’âge de l’Homme ». Si le terme existe depuis la fin du XXe siècle, il est discuté très sérieusement par la communauté des géologues depuis le début des années 2010. Il relate que la présence de l’Homme est désormais inscrite de manière indélébile sur la planète, et y demeurera même bien après que l’Homme aura disparu comme le sont les couches géologiques des ères passées. Une notion que nous ressentons tous plus ou moins au quotidien.

Et cet âge de l’Homme est d’autant plus incroyable que, selon une autre étude de la même équipe de l’institut Weizmann publié en septembre 2020 dans PNAS, les presque huit milliards d’humains de la planète ne représentent que 0,01 % de la masse totale des êtres vivants. Ce sont les plantes qui dominent (en particulier les 3 000 milliards d’arbres) avec 82 % de la masse du vivant, 13 % pour les bactéries, 2,2 % pour les champignons et 0,37 % pour les animaux.

Malgré cette insignifiance fraction, il n’y a presque plus que nous sur Terre. Sur la masse totale des mammifères, seuls 4 % sont des animaux sauvages. Le reste est composé à 60 % des mammifères et 36 % d’êtres humains. Un autre ordre de grandeurs frappant est donnée dans l’étude de 2018 The biomass distribution on Earth, publiée dans PNAS également : seuls 30 % des oiseaux sont aujourd’hui sauvages, le reste est composé par la volaille d’élevage.

L’article de Novethic est ici.

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Mise à jour des incendies et explosions dans l’industrie Européenne du pellet

Un article d’Anor Environnement, par JazzMan, le 21/03/2018.

Mise à jour le 09/04/2021.

Les américains l’ont fait il y a quelques années, mais aucun récapitulatif n’avait pas encore été concocté pour l’Europe. Voici donc un inventaire chronologique des incendies et des explosions dans les usines de pellets et les centrales biomasse Européennes, en France, Royaume-Uni, Belgique, Irlande, Espagne, Danemark et Pays-Bas, de 2011 à aujourd’hui. Il peut évidemment y avoir des oublis, alors n’hésitez pas à nous contacter afin de compléter cette liste. Il manque aussi des données sur l’Allemagne, l’Italie, le Portugal, l’Europe du nord et l’Europe centrale.

Cette mise à jour porte à 44, dont 23 en France, le nombre d’explosions et d’incendies dans les usines de pellets en Europe de l’ouest depuis 2011.

  • Le 17 février 2021, après celui du 12 mai 2017, un violent incendie a éclaté dans l’entreprise Europellets à Arc-sous-Cicon, dans le Doubs (France). Les flammes ont dévoré l’un des silos contenant de la sciure de bois. Un important dispositif de pompiers a été engagé sur les lieux pour contenir le sinistre.

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Les pompiers sont intervenus à Arc-sous-Cicon, aux alentours de 19 h. Photo ER /Capucine CARDOT

  • Le 07 décembre 2020, après ceux du 18 janvier 2014 et du 23 mars 2020, c’est un troisième incendie qui s’est déclaré dans l’usine IBV (Industrie Bois Vielsalm) sur le zoning de Burtonville (Belgique), spécialisée dans la fabrication de pellets. Les moyens déployés ont été nombreux et les pompiers sont restés plus de deux heures sur place.
  • Le 06 décembre 2020, un incendie a éclaté dans l’usine à pellets de Montévraz, canton de Fribourg (Suisse). Un pompier a été légèrement blessé pendant l’intervention. Les éléments recueillis sur place ont permis d’établir que suite à un défaut technique du tamis de la presse à pellet, cette dernière avait surchauffé.
  • Le 24 avril 2020, après celle du 26 février 2018, une nouvelle explosion suivie d’un incendie a éclaté dans l’usine Bretagne Pellets de Mauron en Bretagne (France). C’est encore une fois un filtre d’aspiration qui a explosé, nécessitant l’intervention de nombreux moyens de secours.
  • Le 23 mars 2020, après celui du 18 janvier 2014, un  nouvel incendie s’est déclaré dans l’usine IBV (Industrie Bois Vielsalm) sur le zoning de Burtonville (Belgique), au sein du département pellets. Le feu s’est déclaré dans un silo de stockage.
  • Le 22 novembre 2018, un incendie s’est déclaré sur  le site de l’usine Valpellets à Uvrier (Suisse). Le feu a pris dans un silo vers 11 heures et l’intervention a mobilisé pompiers, policiers et une ambulance en raison d’un risque d’explosion due à la présence de gaz s’accumulant au sommet du silo.

Usine à pellets en Valais : incendie maîtrisé.
Source: Police cantonale valaisanne

  • Le 26 février 2018, explosion de trois filtres d’aspiration, suivie d’un incendie à l’usine Bretagne Pellets, de Mauron en Bretagne (France). « L’opération est délicate car l’accumulation de poussière de bois peut constituer un nuage qui peut s’embraser à tout moment et provoquer une énorme déflagration », explique le capitaine des pompiers.
  • Le 04 février 2018, un incendie éclate dans l’enceinte de l’entreprise MG Granulés, à Argenteuil-sur-Armançon, dans l’Yonne (France). C’est un séchoir à granule de bois qui a pris feu. Les sapeurs-pompiers parviennent à circonscrire l’incendie et à protéger le stock.
  • Le 18 janvier 2018, un incendie se déclare sur le site de la centrale co-génération biomasse, située dans la zone industrielle des communes de Nesle et de Mesnil-Saint-Nicaise, dans la Somme (France). Plus de 60 pompiers sont sur place pour circonscrire l’incendie.
  • Le 10 octobre 2017, une explosion suivie d’un incendie se produit dans un séchoir à sciure de l’usine de pellets Piveteau bois à Sainte-Florence, en Vendée (France).
  • Le 07 aout 2017, un incendie éclate dans une usine de pellets à Liouc, dans le Gard (France). Deux stocks de déchets entreposés à l’extérieur de l’entreprise brulent. Une cinquantaine de pompiers se rendent sur place. La fumée est visible à des kilomètres à la ronde.

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Liouc (Gard) – 7 août 2017 © SDIS 30

  • Le 12 mai 2017, incendie vers 16 heures dans la salle des machines de l’usine de pellets Europellets à Arc-sous-Cicon, dans le Haut-Doubs (France). Les sapeurs-pompiers agissent très rapidement, aidés par leurs homologues de Gilley.
  • Le 12 janvier 2017, incendie de huit chaudières à biomasse et un hangar contenant des copeaux de bois dans l’usine de pellets Corby Biomass Systems Limited, à Fermanagh  (Irlande).
  • Le 27 août 2016, incendie dans une installation commerciale de stockage de copeaux de bois, à Ballachulish Bridge (Royaume-Uni).
  • Le 04 août 2016, un important incendie de machine éclate dans une usine de bois à Goncelin, en Isère (France).
  • Le 17 mai 2016, incendie sur la commune du Cheylas, en Isère (France), dans un silo de sciure de la société de pellets Alpes Énergie Bois. Une cinquantaine de sapeurs-pompiers sont mobilisés et utilisent une lance à eau pour éviter la propagation du feu aux silos voisins.

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  • Le 16 mai 2016, incendie d’un stock de bois « souillés de classe B » à recycler en combustible biomasse à la ferme de l’arbre de Noël près de Totnes, Devon (Royaume-Uni).
  • Le 22 mars 2016, un incendie se déclare vers 19h50 dans un pré-sécheur horizontal de sciure d’une unité de production de granulés de bois de l’usine BC48, sur le causse d’Auge de Mende, en Lozère (France). L’intervention des pompiers se termine vers 23h30. Six employés, incommodés par les fumées, sont transportés à l’hôpital.
  • Le 05 décembre 2015, un incendie de 20 000 tonnes de copeaux de bois  à Alexandra Docks (Royaume-Uni), un chantier naval  au sud du Pays de Galles. D’après les pompiers, le feu a éclaté dans une scierie et 30 pompiers étaient sur les lieux. Il a été conseillé aux habitants de rester à l’intérieur et de garder les fenêtres et les portes fermées.
  • Le 16 novembre 2015, les pompiers s’attaquent à un incendie de 40 000 tonnes de copeaux de bois à Newport Docks au Pays de Galle (Royaume-Uni).
  • Le 05 novembre 2015, 100 tonnes de granulés de bois brûlés ont été déchargés d’un navire cargo dans le Port de Tyne (Royaume Uni).
  • Le 30 octobre 2015, un incendie détruit les locaux de l’entreprise Franche-Comté Pellets à Fuans (France). Alors que la chaîne de fabrication est encore en réglage, le feu part dans le séchoir à proximité de la génératrice.

Avant l'arrivee des pompiers

Avant l’arrivée des pompiers.

  • Le 23 septembre 2015, deux explosions blessent quatre personnes dont deux gravement, dans une centrale électrique à biomasse à Borselle (Pays-Bas).
  • Le 07 juillet 2015, un incendie se déclare au sein de l’usine de déshydratation de la Haute Seine, situé à Baigneux-les-Juifs, en Côte d’Or (France). Cette coopérative produit des aliments pour bétail et des granulés de bois pour le chauffage.
  • Le 13 mai 2015, incendie dans l’usine «déchets recyclés» de Lancaster Fuels 4U, une entreprise de biomasse dans le nord du Pays de Galles (Royaume-Uni).
  • Le 15 avril 2015, gros incendie à l’usine de granulés de bois de la société Vert Deshy, à Meximieux, dans l’Ain (France). Le bâtiment est entièrement détruit.

Usine de Meximieux en feu

Usine de la société Vert Deshy à Meximieux.

  • Le 30 janvier 2015, un «incendie majeur» éclate dans un stockage de biomasse à Motril (Espagne).
  • Le 04 juin 2014, une explosion suivie d’un incendie se déclare dans un silo de 50 m³ de sciure dans une usine de pellets à Ivry-en-Montagne, en Côte-d’Or (France).
  • Le 02 juin 2014, un incendie éclate dans un stockage de copeaux de bois pour les centrales électriques à biomasse à Crow Edge dans le sud du Yorkshire (Royaume-Uni), six semaines après avoir subi un premier incendie dans les installations de R Plevin and Sons.
  • Le 10 mars 2014, suite à une explosion, un incendie est détecté vers 19 h dans un refroidisseur de l’usine de pellets d’Egletons, en Corrèze (France). Les flammes se propagent au circuit d’aspiration et au filtre cyclonique. Le personnel puis les pompiers interviennent. C’est le deuxième incendie dans cette usine après celui du 15 juillet 2012.
  • Le 04 février 2014, un incendie éclate dans l’une des principales turbines de l’usine de production de pellets d’E.On à Ironbridge, au Shropshire (Royaume-Uni). L’installation a déjà subi un incendie dans sa zone de stockage de pellets le 03 octobre 2013.
  • Le 18 janvier 2014, un incendie se déclare à l’usine IBV (Industrie Bois Vielsalm) sur le zoning de Burtonville, dans la commune de Vielsalm (Belgique). Le feu a pris dans une cuve de pellets.

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Incendie chez IBV à Vielsalm

  • Le 07 décembre 2013, Un incendie se déclare vers 15h30 dans les combles d’une usine de pellets à Oradour-sur-Vayres, en Haute-Vienne (France). La toiture s’effondre. Les pompiers éteignent le feu vers 18 h.
  • Le 13 octobre 2013, un incendie se déclare dans l’entreprise Les granulés de Provence située au bord de la RN7 à Flassans dans le Var (France). Cette usine de pellets devait être officiellement inaugurée ce 24 octobre. Les stocks ont été détruits, tout comme les machines (séchoir, broyeur, presse…) et la structure même du bâtiment dont la toiture a ployé.
  • Le 12 octobre 2013, un incendie «difficile et dangereux» éclate dans la tour de transfert d’un convoyeur d’une installation de stockage de pellets dans le port de Tyne à South Shields, (Royaume-Uni). Environ 50 pompiers sont impliqués dans la lutte contre l’incendie.
  • Le 10 septembre 2013, gros incendie chez Valorbois, qui produit des pellets, au zoning des Plenesses (Belgique). Les flammes proviennent d’une cheminée d’évacuation de la vapeur connectée à un séchoir à pellets.

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Incendie chez Valorbois, en Belgique.

  • Le 02 juin 2013, une installation de biomasse de bois appartenant à Hexham’s Egger UK a subit un incendie à Hexham (Royaume-Uni).
  • Le 21 décembre 2012, un incendie se déclare à Vattenfall, près de Copenhague (Danemark), dans une centrale électrique fournissant chaleur et électricité. Les pompiers restent sur place pour travailler sur l’élimination des pellets.
  • Le 09 août 2012, une explosion suivie d’un incendie a éclaté dans une centrale électrique charbon-biomasse de 600 MW aux dans la ville de Nimègue (Pays-Bas). La centrale est évacué et la zone sécurisée.
  • Le 15 juillet 2012, un incendie éclate dans l’usine de pellets Piveteau-Farges à Egletons, en Corrèze (France). Une quarantaine de pompiers interviennent pour venir à bout du sinistre.
  • Le 03 juillet 2012, un incendie se déclare sur le site de l’entreprise Piveteau Bois à Sainte-Florence, en Vendée, (France). Les sapeurs-pompiers font face à un bâtiment de stockage de matériels et de produits finis (pellets), d’une superficie de 1900 m², totalement embrasé et dont la structure métallique s’est effondrée.

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  • Le 22 octobre 2011, un incendie éclate dans l’usine de pellets Haut-Doubs Pellet de Levier (France). Les flammes ont pris dans une chaudière à granulés bois. Deux salariés sont transportés à l’hôpital de Pontarlier après avoir été intoxiqués par des fumées.
  • Le 16 mars 2011, nouvel incendie dans l’usine de pellets Valboval, à Artres près de Valenciennes (France). Le foyer est localisé dans un silo de 150 m³ contenant de la sciure de bois.

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Explosion d’un broyeur, puis incendie à l’usine Valboval de Artres, près de Valenciennes.

  • Le 11 mars 2011, peu après midi, l’explosion d’un broyeur suivie d’un incendie se produit dans l’usine de pellets de 5000 m² Valboval, à Artres près de Valenciennes (France). Le sinistre se propage au reste du bâtiment, par les tapis roulants en caoutchouc, ainsi qu’à la charpente. Les pompiers créent des exutoires en toiture, démontent les compacteurs et bouchent les canalisations de poussières avec de la mousse. Ils utilisent 6 lances à eau et 1 à mousse et rencontrent des difficultés d’alimentation en eau. L’intervention dure 8 h. Les machines de l’entreprise sont hors d’usage.
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Doubs : nouvel incendie dans l’usine de granulés de bois Europellets à Arc-sous-Cicon, 30 pompiers mobilisés

Un article de L’Est Républicain, le 17/02/2021.

Un feu s’est déclaré ce mercredi en fin de journée, dans l’entreprise Europellets à Arc-sous-Cicon. Les flammes ont dévoré l’un des silos contenant de la sciure de bois. Un important dispositif de pompiers a été engagé sur les lieux pour contenir le sinistre.

Les pompiers sont intervenus à Arc-sous-Cicon, aux alentours de 19 h. Photo ER /Capucine CARDOT

L’incendie s’est déclaré aux alentours de 19 h, ce mercredi, dans l’usine Europellets à Arc-sous-Cicon. Des flammes particulièrement importantes ont été aperçues par les riverains. Ces derniers ont pu donner rapidement l’alerte. Très vite, un dispositif d’envergure a été déployé sur place. L’objectif pour les soldats du feu : contenir les flammes et préserver les autres bâtiments accolés au silo en feu.

Un silo contenant du bois

Les secours de tous les centres à proximité ont été engagés sur les lieux de cet incendie. Au total, plus d’une trentaine d’hommes sont entrés en action, épaulés par des fourgons pompes-tonnes. Ils ont actionné des lances à eau afin de stopper le brasier et d’empêcher qu’il ne se propage. En quelques dizaines de minutes, le foyer principal a pu être maîtrisé laissant place à d’importantes fumées noires.

Ce silo contenait de la sciure de bois. Cette matière est utilisée par l’entreprise pour la fabrication des pellets, servant ensuite à alimenter des chaudières. Un matériau particulièrement sensible à la chaleur et inflammable. Les gendarmes se sont rendus sur les lieux. À l’issue de l’intervention des pompiers, des constatations ont été menées pour tenter de comprendre les raisons de ce sinistre.

Deux départs en 2016 et 2017

Cette usine située à l’extrémité de la commune a déjà été la proie des flammes. En 2016 et en 2017 déjà, deux départs de feu avaient été constatés sur place. Le premier concernait une cheminée et le second une machine. Cette fois, les dégâts semblent beaucoup plus importants.

L’article de l’Est Républicain est ici.

L’incendie précédent de cette même usine est ici.

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Belgique : violent incendie dans l’usine à pellets de Vielsalm

Un article de Sudinfo.be, le 07 décembre 2020.

Un incendie s’est déclaré ce lundi matin dans l’usine IBV de Vielsalm, spécialisée dans la fabrication de pellets. Les moyens déployés ont été nombreux et les pompiers sont restés plus de deux heures sur place. Au final, plus de peur que de mal.

Incendie chez IBV à Vielsalm

Ce lundi matin, aux alentours de 4h20, le feu a pris dans l’industrie de bois IBV de Vielsalm, spécialisée dans la fabrication de pellets. D’après le bourgmestre de Vielsalm, Elie Deblire, il s’agit d’une bande transporteur de pellets qui aurait pris feu.

Les pompiers de Vielsalm, de Stavelot et de Lierneux se sont battus pendant près de deux heures pour venir à bout des flammes. C’est surtout la configuration des lieux qui a nécessité autant de moyens, comme nous l’explique Elie Deblire :

«Il fallait des moyens et il fallait être réactif. Parce que la crainte était aussi de voir s’étendre le feu à d’autres parties de l’industrie. J’ai eu le chef de production au téléphone et il était très rassuré et rassurant. Il n’y a pas de dégâts majeurs, et l’industrie ne sera pas fermée pour autant aujourd’hui.»

Il n’y a pas de blessé.

L’article de Sudinfo.be est ici.

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Morbihan : Début d’incendie sur une ligne de production chez Bretagne Pellets

Un article de Ouest France, par Maël Fabre, le 24/04/2020.

Un début d’incendie s’est déclaré, ce vendredi 24 avril 2020 vers deux heures, dans l’usine Bretagne Pellets à Mauron. Les dégâts sont limités.

En février 2018, l’usine Bretagne pellets avait déjà été victime d’un incendie | Archives Ouest-France

Il était environ 2 h, dans la nuit de jeudi à vendredi, lorsqu’un incendie s’est déclaré sur une ligne de production de sciure dans l’usine Bretagne Pellets à Mauron.

Ce qui a pris feu, c’est le filtre d’aspiration. C’est très canalisé. Nous pourrions redémarrer cet après-midi mais nous voulons remettre certaines choses en place. La maintenance se poursuit mais pas de production, explique Isabelle Cordier, directrice du site. Comment le feu a-t-il pris ? C’est bien toute la question et nous n’avons pas la réponse, précise la directrice.

De nombreux moyens de secours ont été déployés mais au final les dégâts ne sont que limités. Seule la ligne de production semble être impactée. L’intervention aura duré près de trois heures.

En février 2018, un incendie avait déjà touché l’entreprise. Trois filtres d’aspiration avaient explosé à l’intérieur de l’usine ne faisant aucun blessé.

L’article de Ouest France est ici.

Commentaire

Cet article d’avril 2020 vient s’ajouter à la longue liste des incendies et explosions d’usines à pellets en France et plus largement en Europe de l’ouest.

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Belgique : un début d’incendie chez IBV, à Vielsalm

Un article de l’Avenir.net, le 23/03/2020.

Un incendie s’est déclaré ce lundi en fin d’après-midi au sein du département pellets à l’entreprise IBV, située sur le zoning industriel de Burtonville, à Vielsalm.

Les pompiers de Lierneux et Vielsalm sont intervenus sur place, de même que des renforts de Saint-Vith. Le feu s’est déclaré dans un silo ou «réservoir de stockage». L’origine des flammes n’est pas encore connue

Heureusement, on ne déplore aucun blessé.

Peu après 19 h, les pompiers quittaient le site.

L’article de L’Avenir est ici.

Le premier incendie dans cette même usine est ici.

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La création d’un « Défenseur de l’environnement » pourrait être inscrite dans la loi Climat et Résilience

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 22/03/2021.

Alors que la préservation de l’environnement devient omniprésente dans les débats à travers l’étude de la future loi climat et résilience, l’objectif est parallèlement de pouvoir garantir le respect et la compréhension des mesures à venir. Dans ce but, le gouvernement étudie la mise en place d’un Défenseur de l’environnement, chargé de veiller et conseiller sur le respect de la législation en matière d’environnement. Un projet qui ne fait cependant pas l’unanimité.

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Le Défenseur de l’environnement s’appuierait sur la Charte de l’environnement, présente dans la Constitution. Istock / Chinnapong

Alors que l’Assemblée nationale a voté le 16 mars en faveur de l’inscription de la protection de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution, la question du respect des mesures environnementales se pose plus que jamais. Dans ce cadre, le gouvernement a lancé une nouvelle piste : la mise en place d’un Défenseur de l’environnement, chargé de garantir les droits de la nature et du climat. « Un projet unique au monde » selon la députée LREM Cécile Muschotti, chargée depuis janvier de rédiger un rapport à ce sujet.

L’idée ne sort pas de nulle part : initialement proposée par la Convention citoyenne pour le climat, la proposition n’a pourtant pas été retenue dans le texte final rédigé par le gouvernement. Mais elle n’a pas été abandonnée pour autant. La députée doit présenter un rapport d’étape en mars. Avec un objectif précis : « intégrer le projet dans la loi climat et résilience directement en séance », précise-t-elle, c’est-à-dire pendant l’examen de la loi, du 29 mars au 18 avril.

Clarifier la procédure

Ce projet, Cécile Muschotti l’a en tête depuis plus de deux ans et en a déjà dessiné les contours. Elle imagine un Défenseur de l’environnement « calqué sur le modèle du Défenseur des droits ». L’institution, complètement indépendante, aurait un rôle de médiatrice et pourrait être ainsi saisie par les citoyens, les entreprises et les collectivités pour obtenir des renseignements auprès de délégués territoriaux. Dans un second temps, « le Défenseur de l’environnement pourrait aussi se constituer en partie civile dans le cadre d’une procédure judiciaire « , ajoute la députée. Cela permet par exemple d’accéder aux dossiers d’enquêtes.

Cependant, les détracteurs estiment quant à eux que le projet n’apporterait rien de nouveau par rapport aux structures existantes. « Il existe déjà beaucoup d’institutions en matière d’environnement, admet Adeline Paradeise, avocate et spécialiste en droit de l’environnement. Mais il serait intéressant d’avoir une institution qui les chapeaute et qui permettrait de s’orienter dans ce millefeuille ». Et c’est bien là l’une des préoccupations de la députée : « en tant qu’élue locale, je sais comme on peut souffrir de cela. Il s’agit de clarifier la procédure dans ce système illisible ». D’autant plus que le Défenseur de l’environnement pourrait résulter d’une fusion de plusieurs structures existantes comme le médiateur de l’énergie ou la Commission nationale du débat public (CNDP).

Un avenir encore incertain

Mais le succès du projet n’est pas encore garanti. S’il est soutenu par la Ministre de la Transition écologique Barbara Pompili, le temps presse. « Avec un rapport remis cet été, une élection présidentielle un an plus tard, et un calendrier législatif déjà très serré, je ne suis pas sûre que ce projet aboutisse », prévient l’avocate. Mais la députée en charge de la mission reste confiante. Dans le cas où il ne serait pas retenu au sein de la loi climat et résilience, il est encore possible de le proposer à nouveau en tant que projet de loi à part entière, sous ce quinquennat ou le prochain.

De plus, le crédit donné au Défenseur de l’environnement est lui-même questionné. Il n’est pour l’instant pas prévu que l’institution soit inscrite dans la Constitution. Un amendement allant dans ce sens avait été proposé par des députés socialistes début mars mais a été refusé. « Ce que la loi fait, elle peut le défaire, estime Adeline Paradeise. Cependant, on pourrait aussi imaginer que le Défenseur de l’environnement soit par exemple sous la tutelle du Défenseur des droits ». Le rôle de ce dernier étant garanti par la Constitution.

L’article de Novethic est ici.

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L’éléphant de forêt d’Afrique en danger d’extinction

Un article de Sciences et Avenir, avec AFP, le 25/03/2021.

L’éléphant des forêts d’Afrique est désormais considéré comme en voie d’extinction. Un signal d’alarme pour cet animal victime du braconnage intensif.

Des éléphants d’Afrique, ici au Gabon. Amaury Hauchard/AFP

Il a beau être le plus grand animal terrestre, la destruction de son habitat et les braconniers ont décimé la population d’éléphants d’Afrique. L’éléphant de forêt est même menacé d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La population d’éléphants des forêts d’Afrique a chuté de 86% en 30 ans

Loxodonta cyclotis, plus petit que son cousin des savanes et vivant essentiellement dans les forêts d’Afrique centrale et d’Afrique de l’Ouest, a vu sa population chuter de 86% en 30 ans et il est désormais considéré comme en danger critique d’extinction, a mis en garde l’UICN jeudi dans une mise à jour de sa liste rouge des espèces menacées. La population des éléphants de savane (Loxodonta africana) a pour sa part plongé d’au moins 60% ces 50 dernières années, et se retrouve classé « en danger ».

L’UICN fait désormais une distinction entre les deux espèces d’éléphants qu’on trouve sur le continent. La classification des deux espèces « souligne les pressions constantes auxquelles doivent faire face ces animaux emblématiques », souligne Bruno Oberle, le directeur général de l’organisation, une des principales ONG mondiales oeuvrant pour la préservation de la biodiversité. Il y a 50 ans, environ 1,5 million d’éléphants sillonnaient toute l’Afrique mais le plus récent recensement des grands mammifères, en 2016, n’en dénombrait plus que 415.000.

Un signal d’alarme

« Ce sont vraiment des baisses marquées », explique à l’AFP, Benson Okita-Ouma, de l’ONG Save the elephants et co-président du groupe des spécialistes des éléphants d’Afrique au sein de l’UICN. Ce déclin devrait d’ores et déjà « sonner l’alarme », a-t-il estimé, même si le prochain recensement n’est pas attendu avant 2021 ou 2023. Les éléphants ne vont pas disparaître d’Afrique du jour au lendemain, selon lui, mais « cette classification doit nous servir d’avertissement : si nous n’inversons pas le cours des choses, nous avons de bonnes chances de voir ces animaux frappés d’extinction ».

Une femelle et son petit en lisière de la forêt de Nyonié au Gabon, dans le Parc National de Pongara, en décembre 2009. Photo Jazz Man.

« C’est le monde entier qui doit réaliser que nous sommes sur une pente escarpée, en termes de survie de ces éléphants », insiste Benson Okita-Ouma. Les experts estiment sur la base de l’étude du génome qu’il vaut mieux traiter séparément les deux espèces d’éléphant africain – il en existe une troisième en Asie -, selon l’UICN. Les éléphants de forêt occupent aujourd’hui seulement un quart de leur territoire originel et les populations les pus importantes se trouvent au Gabon et au Congo. L’éléphant de savane préfère pour sa part un habitat plus ouvert en Afrique sub-saharienne.

Victime du braconnage intensif

La chute du nombre de spécimens pour les deux espèces s’est accélérée depuis 2008, quand le braconnage pour les défenses en ivoire s’est intensifié, pour atteindre son apogée en 2011. Et même si le phénomène a perdu en intensité, il continue de menacer les éléphants, souligne l’UICN. Pour M. Okita-Ouma, plus inquiétant peut-être est la destruction de l’habitat des éléphants pour augmenter la surface des terres agricoles ou l’exploitation forestière. « Si nous ne planifions pas correctement notre exploitation de la terre, il y aura des formes indirectes de mort » même si nous devions stopper le braconnage et autres abattages illégaux.

Le rapport met aussi l’accent sur des aspects plus positifs, comme les succès en matière de conservation au Gabon et au Congo dans des zones protégées bien gérées. Dans le sud de l’Afrique, le nombre d’éléphants de savane est aussi stable voire en croissance dans la zone de conservation transfrontalière du Kavango-Zambèze. « Plusieurs pays africains ont montré la voie ces dernières années, prouvant qu’on pouvait inverser la tendance », insiste M. Oberle. La pandémie a elle aussi un impact sur les efforts de protection de la nature en privant les pays des revenus du tourisme qui servaient à financer en partie ces efforts. A l’inverse, la chute de l’activité humaine a permis aux éléphants de « recoloniser » certaines zones dont l’activité humaine les avait chassés.

L’article de Sciences et Avenir est ici.

A relire : « Le Gabon, dernier refuge des éléphants de forêt. »

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Charbon : Axa refuse désormais d’assurer RWE le plus gros émetteur de CO2 d’Europe

Un article de Novethic, par Arnaud Dumas, le 16/03/2021.

Axa devrait cesser d’assurer les opérations de RWE, selon les informations de Bloomberg. Pour l’assureur français, la stratégie de sortie du charbon de l’énergéticien allemand n’est pas assez rapide pour se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris. Les stratégies d’exclusion du charbon avaient jusque-là conduit les compagnies d’assurance à refuser d’assurer des projets de développement spécifiques. Axa semble donc franchir une étape supplémentaire en n’assurant plus l’entreprise dans sa totalité.

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Malgré ses investissements dans le renouvelable, l’énergéticien allemand RWE continue d’exploiter des centrales à charbon. @RWE Klaus Gorgen

La décision est radicale. Selon les informations de Bloomberg, Axa a décidé d’arrêter d’assurer l’allemand RWE. Les activités de l’énergéticien, connu pour être le plus grand émetteur de CO2 européen, ne sont pas compatibles avec la politique de sortie du charbon adoptée par Axa en 2017 et remise à jour depuis. RWE a pourtant mis en place un plan de sortie du charbon en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2040. Mais à un rythme jugé trop faible par l’assureur.

L’énergéticien allemand prévoit en effet de fermer toutes ses centrales de production d’électricité à partir de charbon dans les prochaines années. En 2030, il devrait avoir mis hors service près de 6 000 mégawatts d’énergie produite à partir de lignite, ce qui correspond à deux tiers de sa capacité totale. Le reste doit être soldé d’ici 2038, selon la feuille de route établie par RWE.

Beaucoup trop tard pour Axa ! L’assureur français s’est en effet engagé à être totalement sorti du charbon pour ses activités d’assurance et d’investissement d’ici 2030 en Europe et dans les pays de l’OCDE (2040 pour le reste du monde). RWE aura donc huit ans de retard. En application de sa politique charbon, Axa devrait donc arrêter d’assurer toutes les activités de RWE d’ici la fin de l’année, même celles concernant les énergies renouvelables, selon l’article de Bloomberg.

Alerté lors de son assemblée générale

Amundi, la société de gestion d’actifs filiale du Crédit Agricole, avait déjà alerté RWE lors de son assemblée générale de juin 2020 sur la faiblesse de sa feuille de route. Le gérant d’actifs avait adressé une lettre à l’énergéticien pour lui de demander de se conformer aux avis des scientifiques, qui préconisent la date de 2030 pour la sortie du charbon en Europe, afin de rester en ligne avec une trajectoire de réchauffement climatique de 1,5 degré. Visiblement sans succès.

Les assureurs s’en tenaient jusque-là principalement à refuser de couvrir les projets liés au charbon, qu’il s’agisse de projets d’extraction minière ou de centrale à charbon. La mine géante de Carmichael en Australie en est l’un des exemples les plus célèbres, pratiquement tous les assureurs européens s’étant engagés à ne pas assurer ce projet développé par l’indien Adani.

Axa franchit donc une étape supplémentaire, en ne se limitant pas aux seuls projets charbon d’une entreprise, mais en étendant son exclusion à l’entreprise dans son ensemble. Une étape qui pourrait faire mal à des entreprises comme RWE. « Les grands assureurs comme Axa sont essentiels pour les énergéticiens et sont difficiles à remplacer », remarque Sébastien Roetters, militant spécialisé dans l’énergie de l’ONG Urgewald. De son côté, Insure our future écrit sur son compte Twitter : « maintenant, tous les assureurs doivent suivre l’exemple d’Axa et se tenir éloigné de RWE ».

L’article de Novethic est ici.

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Sauver les forêts françaises du changement climatique grâce à une « migration assistée »

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 21/03/2021.

Permettre aux forêts de survivre, voire de gagner des milliers d’années. À l’occasion de la journée internationale des forêts, Novethic s’intéresse à une initiative qui célèbre cette année ses dix ans : le projet Giono, qui aide les forêts à s’adapter au changement climatique, et permet la préservation d’espèces particulièrement menacées grâce à une « migration assistée » du Sud vers le Nord de l’Hexagone.

Avant d’être plantées dans les forêts de Verdun ou du Jura, les graines germent et grandissent pendant deux ans dans une pépinière à Guéméné-Penfao, en Loire Atlantique. @Anabelle Rogerie/ONF

Canicules, pluies irrégulières, hivers doux… Alors que le réchauffement climatique bouleverse le climat de la France, l’adaptation des forêts est un processus trop lent pour leur permettre de résister. Avec la création du projet Giono en 2011, l’Office National des Forêts (ONF) s’est donné pour mission de les assister.

L’objectif est de récupérer des semences d’espèces particulièrement menacées par le changement climatique, comme les hêtres et les chênes du massif de Sainte-Baume (Var) ou de Chizé (Deux-Sèvres) pour les planter plus au Nord, dans les forêts de Verdun (Meuse) et Levier (Jura). Les forêts expérimentales ont atteint respectivement six et trois hectares. Des zones choisies avec précaution, d’après les modélisations climatiques. Le projet de « migration assistée », qui doit son nom à l’écrivain Jean Giono pour son roman « L’homme qui plantait des arbres », fête cette année ses dix ans.

Croisement d’espèces

En 2011, l’initiative est alors complètement novatrice en Europe. « On parle de migration assistée car ce sont des mécanismes naturels, les arbres migrent par le pollen et les graines, explique Brigitte Musch, responsable du conservatoire génétique des arbres forestiers au département recherche et développement de l’ONF et coordonnatrice du projet. Mais la vitesse à laquelle ces espèces recolonise est dix fois inférieure à celle de la vitesse du changement climatique. On ne fait que mimer la nature, mais on l’aide à faire un grand saut dans l’espace ».

Contrairement aux projets qui visent uniquement à conserver les graines des espèces menacées, l’objectif du projet est également de favoriser les croisements naturels entre les arbres, « pour apporter de la diversité aux peuplements et qu’ils puissent s’hybrider, se mélanger, et se régénérer naturellement », détaille la chercheuse. L’originalité du Giono est bien là : permettre également aux forêts existantes de se mixer avec les espèces importées pour acquérir de nouvelles caractéristiques génétiques, comme la résistance aux sécheresses.

Hêtres et chênes plantés à Verdun depuis dix ans dans le cadre du projet Giono. / Nathalie Petrel

Des dépérissements visibles à l’échelle humaine 

Et le temps presse. La disparition des arbres s’accélère. « Au niveau du massif de la Sainte Baume, les dépérissements sont déjà visibles sur le hêtre. Au commencement du projet en 2011, ce n’était pas le cas. Ces bouleversements s’observent à l’échelle humaine », déplore la coordinatrice du projet. Les graines elles-mêmes sont difficiles à récolter, et moins résistantes. « Il semblerait que ce phénomène augmente et qu’il soit lié aux conditions climatiques ». 

Bien plus, l’évolution rapide du climat à Verdun complique déjà la réussite du projet. « Depuis 8 ans, les échecs de plantations sont de plus en plus importants, principalement à cause des conditions climatiques, et des sécheresses répétées, » détaille la coordinatrice. En 2018, l’équipe a observé une mortalité exceptionnelle des nouvelles plantations de 90%, due à une multiplicité de facteurs. « On se demande désormais s’il faut planter en automne, au printemps… Comme le climat évolue également ici, il faut là aussi apprendre à s’adapter ! «  ajoute la chercheuse.

Pourtant, Brigitte Musch reste optimiste. « C’est vraiment un pari sur l’avenir. Si on reste sur la tendance actuelle d’émissions de CO2, j’ai peur que ça ne suffise pas. Mais si on a choisi Verdun et Levier, c’est d’abord parce que d’après les scénarios climatiques qu’on avait à disposition, ces zones sont favorables aux espèces même dans les pires scénarios. On a essayé de se donner toutes les chances. »

L’article de Novethic est ici.

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Pesticides : le Conseil constitutionnel retoque les dérogations aux distances d’épandage et donne raison aux ONG écologistes

Un article de Franceinfo, le 19/03/2021.

La méthode d’élaboration des chartes locales qui permettent de réduire les distances de sécurité entre les habitations et les zones d’épandage de pesticides a été invalidée vendredi.

Photo d’illustration.

Une victoire pour les associations écologistes. La méthode d’élaboration des chartes locales qui permettent de réduire les distances de sécurité entre les habitations et les zones d’épandage de pesticides est contraire à la Constitution, a jugé vendredi 19 mars le Conseil constitutionnel. 

Après plusieurs mois de polémiques, le gouvernement avait finalement, en décembre 2019, fixé les distances minimales à respecter entre les zones d’épandage de produits phytosanitaires et les habitations : cinq mètres pour les cultures dites basses comme les légumes et céréales et 10 mètres pour les cultures hautes, fruitiers ou vignes.

Le Conseil d’État saisi en 2020

Mais le décret prévoyait également des dérogations ramenant ces distances à trois mètres pour les cultures hautes et cinq pour les basses, dans le cadre de « chartes d’engagement départementales » proposées par les utilisateurs de produits phytosanitaires et validées par les préfets après avoir été soumises à concertation publique. Ces chartes prévoient notamment que l’agriculteur utilise des équipements limitant la dérive, c’est-à-dire le dépôt en dehors des zones traitées.

De nombreuses associations environnementales, dont Générations futures et France Nature Environnement, avaient saisi le Conseil d’État en 2020, dénonçant des chartes qui selon elles ne protégeaient pas suffisamment les riverains. Le 4 janvier, le Conseil d’État a finalement saisi le Conseil constitutionnel d’une « question prioritaire de constitutionnalité » sur cette question. C’est la méthode d’élaboration de ces chartes que le Conseil constitutionnel a invalidée vendredi.

L’article de Franceinfo est ici.

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La Cour de justice de l’Union européenne donne raison à la LPO : c’est la fin du piégeage à la glu en France

Un article de la LPO, le 17/03/2021.

Par un arrêt rendu le 17 mars 2021, la Cour de Justice de l’Union Européenne a confirmé au Conseil d’État français que la pratique du piégeage à la glu contrevient à La Directive Oiseaux et ne doit pas être autorisé par la France en raison de la non-sélectivité des captures, et des séquelles sur les oiseaux relâchés.

Une grive piégée à la glu. © Chantelat/SIPA

Le Conseil d’État avait décidé d’une part de questionner la CJUE et d’autre part de surseoir à statuer dans l’attente des réponses (arrêt du 29 novembre 2019 n°425519 et suivants). Cet arrêt du Conseil d’État faisait suite au recours de la LPO contre 5 arrêtés ministériels de septembre 2018 autorisant cette pratique dans 5 départements de PACA pour la saison de chasse 2018-2019. La LPO demandait l’annulation des arrêtés pour excès de pouvoir mais aussi, à titre subsidiaire, de transmettre à la CJUE une question préjudicielle sur la conformité de cette chasse aux gluaux avec la directive Oiseaux

Il s’agit d’une grande victoire pour la LPO qui se bat depuis plusieurs années pour faire reconnaitre le caractère non sélectif du piégeage à la glu.

Le piégeage à la glu consiste à encoller des baguettes pour attraper des oiseaux censés rester vivants, afin de s’en servir comme appelants. Après être restés des semaines dans le noir, les oiseaux placés dans des cages accrochées aux arbres se mettent à chanter à la lumière, attirant ainsi leurs congénères qui sont tirés à bout portant. Tous les oiseaux, protégés ou non, se font ainsi piéger : ils se débattent dans la glu, avant d’être détachés par aspersion de diluants type essence F4. A l’aide de caméras, la LPO a pu prouver que non seulement cette pratique n’est pas sélective, mais que de nombreux oiseaux, y compris protégés, sont blessés voire tués pendant ces manipulations (voir la vidéo ICI).

Depuis de nombreuses années, la LPO conteste les arrêtés ministériels annuels autorisant la pratique du piégeage à la glu dans 5 départements de la Région PACA devant la plus haute juridiction, le Conseil d’État. Pour la première fois, tenant compte d’une décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne condamnant Malte pour la pratique du piégeage à la glu jugée non sélective, ledit Conseil d’État n’avait pas débouté la LPO, mais décidé d’interroger la CJUE pour interprétation avant de rendre son propre verdict.

La France était le dernier pays à autoriser cette pratique. Jusqu’à ce que le Président de la République proclame la suspension de cette pratique pour la saison 2019-2020, dans l’attente de la réponse de la Cour de Justice de l’Union Européenne.

Cette décision constitue une belle victoire pour la LPO et une grande avancée pour la protection de la nature en France. Il est en effet inconcevable que la LPO soit encore obligée d’engager des recours pour faire cesser des pratiques de piégeages non sélectifs des oiseaux dans le pays qui affirme vouloir non seulement stopper le déclin de la biodiversité mais la reconquérir. Dans le Sud-Ouest on continue de piéger des oiseaux avec des filets et des matoles (cages métalliques) ; dans le Massif Central on les écrase avec des pierres plates ; dans les Ardennes on les étrangle avec des collets et on leur tire la queue pour les faire appeler…

Toutes ces pratiques qui perdurent sous prétexte de « traditions » permettent la vente libre des pièges et masquent de nombreux actes de braconnages et trafics de petits oiseaux tantôt pour la bouche (brochettes de pinsons et autre rouge-gorge) tantôt pour le chant (chardonnerets et autres linottes mélodieuses).

La CJUE vient de rendre un arrêt qui doit éclairer le Conseil d’État dans sa propre décision sur la légalité de la pratique de la glu, et c’est une grande avancée. En parallèle la LPO a déposé plainte auprès de la Commission Européenne et la France a reçu, en juillet et décembre 2020, deux avis motivés de la Commission l’invitant à se conformer au droit européen. Si la France ne s’exécute pas, la Cour de justice sera saisie sur 3  thématiques : piégeage non sélectif y compris dans le Sud-Ouest avec les filets et matoles, chasse des oies cendrées en février et chasse d’espèces en mauvais état de conservation et en premier lieu la tourterelle des bois.

Le gouvernement français a, sous la double contrainte de cette menace de poursuite devant la CJUE et des victoires de la LPO devant les juridictions françaises, suspendu la chasse aux oies cendrées en février pour les deux dernières saisons, et suspendu la chasse de la tourterelle des bois et le piégeage à la glu pour la première fois en 2020-2021.

Pour Allain Bougrain Dubourg Président de la LPO «Que de temps perdu et de souffrances perpétrées, si l’exécutif français ne s’était pas obstiné à maintenir des traditions d’un autre temps. Une fois de plus, la Commission Européenne nous tire vers le haut ! »

L’article de la LPO est ici.

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Référendum climat : un premier pas vers la modification de l’article 1er de la Constitution

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 11/03/2021.

Le référendum pour « garantir » la protection de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution est en bonne voie pour aboutir. Sans surprise, l’Assemblée Nationale a voté mercredi 11 mars en faveur de l’article, avant un vote solennel qui se tiendra le 16 mars. Mais rien n’est encore gagné : le Sénat doit encore valider l’article en les mêmes termes, ce qui est plus incertain.

Le vote de l’article en les mêmes termes par l’Assemblée Nationale, puis par le Sénat, est une étape obligatoire avant la tenue du referendum. @AN

Issu des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, le projet de réforme de la Constitution via référendum poursuit sa route. Au cours de son examen à l’Assemblée Nationale du 9 au 11 mars, les députés ont adopté, sans qu’il ne soit modifié, l’article du projet de loi intégrant la protection de l’environnement dans l’article 1er de la Constitution, qui pose les principes fondateurs de la République, comme l’égalité et la laïcité.

L’inscription « la France garantit la préservation de l’environnement et de la diversité biologique et lutte contre le dérèglement climatique » a été officiellement validée par l’Assemblée. Une étape essentielle avant le plébiscite souhaité par Emmanuel Macron à l’automne prochain. L’article a été largement adopté par les députés, avec 68 voix pour, 4 contre et 6 abstentions.

Les débats se poursuivent

Le point cristallisant les débats porte sur l’utilisation du terme « garantir ». L’opposition dénonçant dans le terme « garantir », « un coup de com » qui va mettre en danger des entreprises », selon la député LR Brigitte Kuster. Une critique balayée par le Garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti dans l’hémicycle : ces mots,  « nous les avons choisis, nous les assumons (…) car elle (la garantie) crée une quasi-obligation de résultats »

L’étude des amendements se poursuit : « Souveraineté nationale », relocalisations, retraites, défense des traditions locales, droit à la légitime défense…. Des députés comme François Ruffin (LFI) et Julien Aubert (LR) ont profité du projet de réforme de Constitution pour proposer tous types d’amendements. Au total, près de 5 000 amendements du projet de loi climat et résilience doivent être étudiés. « Ça part dans tous les sens », a déploré le Garde des Sceaux en fustigeant « un dialogue de sourds » et des amendements qui n’ont « rien à faire dans l’article 1er de la Constitution ». Le projet de révision dans son ensemble devrait être validé à l’Assemblée nationale lors d’un vote solennel le 16 mars.

Rien n’est encore gagné

Cependant, rien n’est encore acquis. Avant la tenue du référendum, il faut que le texte soit adopté en des termes identiques au Sénat où la droite est majoritaire, et où l’adoption du terme « garantir » est plus encore controversée. Le Président de la chambre haute, Gérard Larcher (LR), a d’ores et déjà affirmé vouloir privilégier le verbe « agir » .

Certains députés ont mis en garde l’Assemblée. « Si vous refusez de céder sur le verbe garantir, vous aurez un résultat zéro » vu les intentions du Sénat. « Vous aurez perdu beaucoup de temps », assure l’élu LR Julien Aubert. Si le Sénat choisit de modifier les termes de l’article, le projet de loi retournera à l’Assemblée pour être de nouveau examiné. L’objectif du gouvernement est de pouvoir tenir le referendum avant la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron, en mai 2022.

L’article de Novethic est ici.

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Sud-Avesnois : des drones pour surveiller les arrachages de haies

Un article de l’Observateur de l’Avesnois, par Antoine Pisano, le 12/03/2021.

Les arrachages de haies de bocage et les labours illégaux vont être surveillés de près et sanctionnés grâce à des photos aériennes réalisées à l’aide de drones.

Sylvain Oxoby, maire d’Ohain et vice-président à l’environnement de la Communauté de Commune Sud-Avesnois (CCSA).

Afin de mieux préserver ses paysages et sa nature, la Communauté de communes Sud-Avesnois (CCSA) va prendre de la hauteur. Bientôt, 30 photos aériennes de chacune des douze communes vont être réalisées à l’aide d’un drone. C’est une entreprise locale qui a été choisie pour réaliser cette prestation, facturée à hauteur de 3 600 euros.

Les clichés permettront de relever deux types d’infractions : les arrachages de haies de bocage protégées et les retournements de pâtures (labours) classées en zone humide. « On ne fera pas de cadeaux » , prévient d’emblée Sylvain Oxoby, vice-président de la CCSA en charge de la protection de l’environnement et de la ruralité.

Les photos feront également office de grand inventaire des haies bocagères : « L’idée, c’est aussi de recenser toutes les haies, de figer la situation telle qu’elle est aujourd’hui et de l’améliorer par la suite. » L’opération sera renouvelée tous les ans pour vérifier que l’état du linéaire bocager s’améliore… et pour continuer à épingler les réfractaires. « Jusqu’à maintenant, il y avait très peu de contrôles, sauf dans les villages où les maires prenaient vraiment ce dossier à bras le corps », explique Sylvain Oxoby. Il est donc probable que beaucoup d’arrachages de haies soient passés sous les radars. Grâce aux cartographies issues des photos aériennes, la CCSA sera enfin dotée d’un outil lui permettant d’assurer un suivi à peu près équivalent dans tous ses villages.

Cela arrive dans un contexte où, depuis bientôt deux ans, l’arrachage des haies de bocage et l’épandage de pesticides ont déclenché plusieurs polémiques dans l’Avesnois. Ce sont souvent les pratiques agricoles des cultivateurs de patates belges et néerlandais qui ont été pointées du doigt.

Mais avant même que ce débat ne soit soulevé, certains linéaires bocagers avaient déjà été classés (c’est-à-dire protégés) à travers le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). Concernant les haies non classées, le 15 avril 2019, au plus fort des polémiques, les élus de la CCSA avaient décidé de durcir le ton. Ils avaient ajouté en urgence une nouvelle disposition au PLUi qui soumet désormais tous les arrachages de haies et d’arbres à une déclaration préalable.

Vers la création d’une brigade de gardes champêtres

La surveillance des haies et des pâtures en drone est une première étape, mais ça ne sera pas suffisant pour relever toutes les atteintes à l’environnement. Qu’à cela ne tienne, le vice-président Sylvain Oxoby et le conseiller communautaire du Sud-Avesnois Jean-Luc Bury s’attèlent déjà à un autre projet : créer une brigade de gardes champêtres, dite aussi brigade verte. Cela permettrait d’étendre la protection environnementale à nombre d’autres sujets, comme la protection des forêts, la pollution des cours d’eau, les dépôts sauvages, les déchets jetés sur la voie publique, etc.

Telle qu’elle est envisagée pour l’instant, cette brigade pourrait être constituée de deux agents équipés d’un véhicule. Ils seraient placés sous l’autorité du maire de la commune dans laquelle ils interviendraient et seraient assermentés, c’est-à-dire habilités à dresser des procès verbaux.

L’article de l’Observateur est ici.

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Échec des objectifs de pêche durable : la France navigue en eaux troubles

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 09/03/2021.

Adieu le cabillaud de la Mer du Nord ou le Merlu de la Mer méditerranée. En 2019, selon l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la Mer (Ifremer), encore 20 % des populations de poissons ont été surpêchées. Si l’état écologique des principales espèces pêchées en France s’améliore nettement depuis une vingtaine d’années, l’Hexagone est encore loin d’atteindre l’objectif fixé de 100% de pêche durable pour 2020.

Le merlu de Méditerranée a été classé comme population effondrée par l’Ifremer.
Piola666 / Istock

L’Union Européenne s’était fixée l’objectif d’atteindre 100% de populations de poissons en bon état en 2020. L’Hexagone est encore loin du compte. Selon le bilan annuel sur l’état écologique des principales espèces débarquées dans les ports de France métropolitaine, publié mi février par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la Mer (Ifremer), environ 20% des populations de poissons sont encore surpêchées. Soit parce que, malgré un nombre d’individus jugé bon, la pression de la pêche est trop importante, soit parce que tous les indicateurs sont au rouge comme pour la sole de la mer du Nord. Pire, l’Ifremer estime que 2% des populations sont effondrées, comme le merlu de Méditerranée, où les reproducteurs ne sont plus assez nombreux pour reconstituer la population.

Le nouveau rapport s’appuie sur les données de 2019, avant la pandémie. Environ 400 000 tonnes de poissons ont été capturés cette année-là. Le rapport a évalué 160 populations, parmi les plus pêchées en France. Pour juger de la viabilité de chacune d’entre elles, l’Institut a calculé la quantité d’individus de poissons, notamment les reproducteurs par rapport aux quantités d’animaux pêchés.

Mais la situation s’améliore

En revanche, la situation s’améliore nettement depuis deux décennies. En 2019, 60 % des volumes de poissons pêchés en France étaient issus de populations exploitées durablement, contre 48 % en 2018 et seulement 15% il y a vingt ans. Sur ces 60% de populations gérées durablement aujourd’hui, 47% proviennent de populations en « bon état », comme les coquilles Saint-Jacques de la Manche ou les merlus du Golfe de Gascogne, de la mer Celtique et de la Mer du Nord. Les 13% restants sont issues de populations jugées reconstituables, c’est-à-dire où la pression de pêche est dans les normes, mais où la quantité de reproducteurs est encore insuffisante, comme le thon rouge de la Méditerranée.

La Méditerranée est souvent pointée du doigt pour sa surpêche. L’Ifremer y a concentré une partie de ses recherches. Certaines espèces sont particulièrement touchées, comme le merlu et le rouget barbet. À l’été 2019, un premier plan pluriannuel de la gestion de la pêche en Méditerranée occidentale a vu le jour. Le but est de permettre une protection plus efficace des populations dans cette région, avec par exemple la mise en place d’une fermeture de trois mois de certains sites pour protéger les juvéniles. D’après le Conseil de l’Union européenne, au rythme actuel, plus de 90 % des poissons qui vivent au fond de la mer en Méditerranée occidentale seraient surexploités d’ici 2025.

L’article et l’infographie de Novethic sont ici.

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L’explosion de ventes de vélo met la filière au bord de la rupture

Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 06/03/2021.

Le vélo connaît un succès fou depuis le premier déconfinement. Les ventes explosent à tel point que la pénurie guette la chaîne d’approvisionnement. Les délais passent de quelques semaines à plusieurs mois. Si l’arrêt de certaines usines en Asie explique en partie le phénomène c’est le passage d’un marché de niche à celui d’un marché de masse qui se joue. Et certains fabricants, comme O2Feel mise sur la relocalisation en France pour mieux s’adapter à la demande.

L’entreprise française O2Feel va rapatrier un tiers de sa production de vélo en France.
O2Feel

C’est avec le hashtag #vélotaf que les cyclistes néophytes partagent leurs bonnes pratiques. Une zone dangereuse, une marque de vélo électrique intéressante, une nouvelle piste cyclable à emprunter ou juste une photo pour se donner du courage… Depuis le premier déconfinement, le vélo connaît une « hausse vertigineuse », selon Joseph d’Halluin secrétaire générale de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). Il suffit de jeter un coup d’œil rapide aux garages à vélos surchargés en bas des bureaux pour s’en rendre compte. « Avec la crise sanitaire, il y a eu un désamour des transports en commun au profit du vélo en tant que mode de déplacement », explique-t-il. « On constatait déjà un petit boom du vélo en région parisienne notamment, là, il s’est généralisé », ajoute-t-il.

Si les chiffres pour 2020 n’ont pas encore été publiés, l’année dernière marquerait un record inouï de ventes pour la France, selon les spécialistes. La demande est telle que la production n’arrive pas à suivre. L’un des plus gros fournisseurs de vélo, le japonais Shimano, affiche des délais passés de trois à 12 mois pour certains produits. En cause, l’arrêt imposé de certaines usines en Asie au début de la pandémie mais surtout, une explosion de la demande. Du jamais vu en cent ans d’existence, atteste le groupe.

Marché de niche à marché de masse

« Un vélo nécessite plus de 2000 pièces. Il faut de l’anticipation, on ne peut pas réapprovisionner les magasins en tant réel en fonction de la demande », explique Xavier Moleux, directeur marketing d’O2feel, PME qui conçoit et commercialise des vélos électriques haut de gamme. « La carence sur certaines lignes de production n’est pas liée à l’approvisionnement mais à la demande. On est passé d’un marché de niche à un marché de masse », analyse-t-il. Il faut dire que les conditions sont réunies pour donner envie aux Français d’enfourcher leur vélo : pistes cyclables temporaires, extension des primes à l’achat de vélo électriques, coup de pouce du gouvernement… « On espère que ce phénomène, très positif, ne va pas être freiné par les soucis de production », anticipe Joseph d’Halluin.

Les ralentissements sur la chaîne d’approvisionnement ont mis en lumière, comme pour d’autres domaines, la très grande dépendance de la France à l’Asie. « Cela questionne notre souveraineté économique », estime le secrétaire général de la FUB. Et le Covid-19 pourrait avoir créé un déclic. La startup nordiste O2Feel a ainsi décidé de rapatrier un tiers de sa production dans l’Hexagone. Dès le printemps, l’entreprise va lancer une unité en France dans laquelle elle va produire 8 000 vélos.

Créer une Silicon Valley française du vélo 

« Mais sur les pneus, les selles, les cadres… c’est difficile d’avoir du 100 % Made in France », explique Xavier Moleux. « Il faudrait une réindustrialisation de tout l’écosystème. L’ensemble de la filière devrait en même temps décider de s’installer en France. Cela va plutôt se faire étape par étape : plus le marché va grossir, plus les fournisseurs vont produire en Europe pour être plus près de la demande », avance-t-il.

L’exemple du Portugal est suivi à la loupe. Le pays est devenu en quelques années le premier fournisseur de vélos d’Europe. Dans la région d’Agueda, un vrai hub industriel a été créé, composé notamment de la plus grande usine de bicyclette d’Europe. « C’est un exemple à suivre », indique Joseph d’Halluin qui rêve d’une Silicon Valley de la petite reine en France.

L’article de Novethic est ici.

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En France, la disparition de la biodiversité s’accélère

Un article de Reporterre, par Justin Carrette, le 04/03/2021.

Le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature, le Muséum national d’Histoire naturelle et l’Office français de la biodiversité ont dévoilé mercredi 3 mars, à l’occasion de la journée mondiale de la vie sauvage, le bilan national de 13 années d’études pour identifier les espèces menacées. La situation est alarmante.

Chardonneret élégant

« Les faits sont là, étayés scientifiquement et d’une criante évidence : notre défi, commun, n’est plus tant dans la prise de conscience que dans l’urgence de l’action. » Les mots de Bérangère Abba, secrétaire d’État chargée de la Biodiversité, résument le contenu du rapport sur le bilan de la Liste rouge depuis 13 ans.

Cette liste recense les pressions qui s’exercent sur les différentes espèces et « agit comme un véritable baromètre de l’état de santé des espèces en France ». Depuis 2008, sur 13.842 espèces évaluées, 2.430, soit 17,6%, sont menacées de disparition. 187 espèces ont disparu de France ou sont déjà éteintes au niveau mondial. « Une espèce est considérée comme menacée quand son effectif est extrêmement faible, ou si son aire de répartition est très restreinte, ou si elle connaît un déclin marqué », explique Florian Kirchner, chargé de programme « espèces » au Comité français de l’ Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). « Le tableau global est assez sombre. Ce qui est très préoccupant, c’est que tous les groupes d’espèces sont concernés par un risque de disparition. »

Ce qui est inquiétant, c’est également l’évolution de ces chiffres et des menaces qui pèsent sur les espèces. « On a examiné deux fois certains groupes d’espèces comme les vertébrés en métropole ou les oiseaux. En huit ans, de 2008 à 2016, on est passé d’un quart des oiseaux menacés à un tiers. On ne s’attendait pas à voir ce genre d’évolution en si peu de temps, ce phénomène s’observe normalement à long terme. La même dynamique est à l’œuvre pour les mammifères ou les poissons d’eau douce », affirme Florian Kirchner à Reporterre.

Les oiseaux nicheurs sont particulièrement vulnérables en métropole, avec 32 % de leurs effectifs, soit environ un tiers d’entre eux menacés de disparition. Les scientifiques s’inquiètent notamment pour le gypaète barbu mais également pour certains oiseaux des champs comme le chardonneret élégant. En outre-mer, le constat est le même ; les oiseaux sont sous pression avec 34% d’entre eux menacés en Polynésie française. À Mayotte, les 12 espèces de reptiles étudiées sont en danger avec 42% de leurs effectifs menacés de disparition.

L’artificialisation des sols et l’intensification des pratiques agricoles sont en partie responsables

Cette Liste rouge existe aussi à l’échelle mondiale depuis 1964. Selon Florian Kirchner, « la France fait partie des 10 pays qui hébergent le plus d’espèces menacées. Mais c’est dû principalement à la très grande biodiversité du pays. L’Hexagone est un carrefour d’habitats naturels, avec une grande diversité d’espèces ».

L’énorme pression qui pèse sur certaines espèces continue de progresser. « Malgré l’action des pouvoirs publics, le compte n’y est pas. C’est dû au fait qu’on mène des politiques de protection des écosystèmes et que, dans le même temps, on détruit la nature avec un aménagement du territoire insuffisamment contrôlé en grignotant toujours plus sur les espaces naturels », affirme le chargé de programme « espèce » au Comité français de l’UICN.

La Liste rouge a pour mission de mettre en exergue les pressions sur les espèces, de les identifier et de proposer des solutions. Ces chiffres servent également à alimenter les plaidoyers de certaines associations. Pour le Comité français de l’UICN, « on assiste à une artificialisation des sols, et à une intensification des pratiques agricoles, en créant de grands champs uniformes qui font disparaître des microécosystèmes dans les mares, les buissons ou les arbres ».

Certaines mesures sont pourtant mises en place, à l’échelle nationale ou locale, pour protéger des espaces naturels et des écosystèmes. La France prévoit ainsi l’instauration de 30 % d’aires protégées d’ici 2022. Pourtant, « le niveau des actions n’est pas à la hauteur par rapport aux pressions sur les espèces », dénonce Florian Kirchner, qui a réfléchi aux « voies à suivre » :

« La loutre va mieux car elle a été protégée, le vautour moine a été réintroduit, le bouquetin des alpes est sauvé grâce à la mise en place d’aires protégées. Mais, aujourd’hui, vu l’ampleur des menaces, on ne peut pas agir seulement au cas par cas, on doit protéger des espaces naturels entiers. Il faut agir sur les pressions, revoir nos modes de production et de consommation, et questionner l’intérêt public des grands projets d’aménagement.»

L’article de Reporterre est ici.

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La Convention citoyenne donne une note de 3,3/10 au gouvernement pour sa loi sur le climat

Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 28/02/2021.

Lancée pour travailler main dans la main avec le gouvernement et partager une même ambition sur la baisse des émissions de CO2 de la France, la Convention Citoyenne sur le Climat (CCC) se termine sur un constat de rupture. Aucune des propositions de la loi « Climat et Résilience », inspirées par leur travail, n’a obtenu la moyenne, selon les votes de 119 des 150 citoyens concernés. Pour le gouvernement, il n’est pas surprenant que la vision de la CCC et la sienne divergent.

Emmanuel Macron à la Convention citoyenne pour le climat, le 10 janvier. Photo Yoan Valat. AFP

18 mois après son lancement, la Convention citoyenne sur le Climat (CCC) se termine avec un goût d’inachevé et de déception. Ces trois derniers jours, 119 des 150 citoyens initiaux ont été appelés à noter la loi « Climat et résilience », inspirée par les propositions qu’ils ont émises. Leur note globale est très sévère : 3,3/10.

Et aucune catégorie ne s’en sort mieux qu’une autre. Sur les six thèmes examinés, aucun n’obtient la moyenne : Seulement 3,4 sur 10 pour « se loger ». « Produire et travailler », « se nourrir » et « se déplacer »: 3,7 chacune. « Consommer » a eu 4 et les propositions sur la gouvernance 4,1. Seule la réforme de l’article 1er de la Constitution pour y introduire la lutte contre le changement climatique, sur laquelle le président de la République a proposé un référendum, sort un peu du lot mais récolte un modeste 6,1/10.

Deux projets

Parmi les pires notes, on retrouve la « limitation des effets néfastes du transport aérien » à 2,8 et la création du délit d’écocide, réclamée par la CCC, à 2,7. Une partie des participants de cet exercice démocratique inédit se disent trahis. « Pourquoi le président n’a pas voulu tenir compte de notre avis, je ne sais pas, la démocratie participative est faite pour écouter le peuple », regrettait ainsi Mathieu*.

Emmanuel Macron avait décidé de créer la CCC au sortir de la crise des Gilets jaunes, née d’une taxe carbone sur les carburants perçue comme injuste. Sa mission : proposer des mesures permettant de « diminuer d’au moins 40 % (par rapport à 1990) les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 dans un esprit de justice sociale ». Certains membres jugent que les objectifs ont divergé : « On se retrouve avec deux projets. Nous on portera le nôtre, le gouvernement le sien, je trouve ça dommage« , déclare William.

Une position que le gouvernement assume puisque si le process visait à soumettre les propositions de la CCC sans filtres , certaines ont dû être réécrites pour répondre aux questions législatives ou être inscrites dans le plan de relance ou le budget. Aujourd’hui, selon l’Exécutif 75 mesures sont déjà mises en œuvre et 71 en voie de l’être. Seules une quarantaine d’entre elles sont réellement dans le projet de loi Climat et résilience, qui sera débattu à l’Assemblée fin mars.

Un boc d’opposition systématique

Par ailleurs, des sources du ministère de la Transition énergétique consultées par l’AFP ne se disent pas étonnées de cette mauvaise note globale. « Ça n’est pas surprenant, c’est quelque chose à quoi on s’attendait », déclare-t-on dans l’entourage de la ministre. Sur certaines mesures, comme l’écocide, « les divergences étaient clairement assumées », relève cette source. Elle regrette aussi qu’un bloc de 15 à 20 votes « zéro » systématiques ait donné « moins de subtilité » à l’analyse des résultats. Un vote systématique qui a également été critiqué par certains membres de la convention.

Mais malgré une fin de cette expérience en demi-teinte, les membres de la Convention se sont quand même félicité de l’expérience qu’ils ont vécue. La majorité estime que la CCC a « été utile à la lutte contre le changement climatique ». « Ces conventions citoyennes sont importantes, ça permet aux citoyens de s’exprimer et la possibilité de s’investir dans la vie démocratique », estimait ainsi Nadine. Et pour Adeline, « ça montre que si on donne du temps et des infos aux citoyens, on est tous capable de prendre de bonnes décisions, cohérentes, solides, ambitieuses ».

L’article de Novethic est ici.

* Les citoyens sont désignés par leurs seuls prénoms.

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Coup dur pour Total : le Conseil d’État interdit l’usage d’huile de palme dans les biocarburants

Reporterre  Un article de Reporterre, par Alexandre-Reza Kokabi, le 26/02/2021.

C’est un coup rude pour Total et sa bioraffinerie de La Mède : dans une décision rendue le mercredi 24 février, le Conseil d’État a confirmé que ce sont bien tous les produits à base d’huile de palme qui sont exclus des biocarburants.

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« Bioraffinerie » Total de La Mède

Le contentieux est né décembre 2019, quand l’association Canopée a transmis à Mediapart une discrète note d’information des douanes qui requalifiait en « résidu » l’un des principaux produits à base d’huile de palme utilisé par Total à la Mède : les Palm Fatty Acid Distillate (PFAD), des acides gras distillés d’huile de palme.

Un an plus tôt, les députés avaient voté l’exclusion des produits à base d’huile de palme de la liste des biocarburants à partir du 1er janvier 2020, leur retirant par la même occasion un avantage fiscal. Cette décision n’a pas plu à Total. La firme pétrolière faisait reposer sur cet avantage, évalué entre 70 et 80 millions d’euros par les associations, le succès de sa nouvelle bioraffinerie de La Mède (à Châteauneuf-les-Martigues dans les Bouches-du-Rhône). Cette bioraffinerie a été conçue pour fonctionner avec un approvisionnement de l’ordre de 500.000 à 550.000 tonnes de produits à base d’huile de palme (huile de palme brute et PFAD).

La requalification des PFAD en « résidu », permise par le gouvernement, permettait à Total de continuer à les incorporer dans ses carburants. Une décision d’autant plus avantageuse, pour la firme pétrolière, qu’elle lui permettait « de pouvoir considérer ses biocarburants à base d’huile de palme comme des « biocarburants avancés » et donc de bénéficier d’avantages fiscaux encore plus importants », expliquaient en décembre 2019 WWF France, les Amis de la Terre, et Canopée.

Or, « les PFAD ne sont pas des « résidus » mais des co-produits d’huile de palme […] séparés de l’huile de palme brute par distillation lors de l’extraction », soutenaient les associations. Ce produit est d’ailleurs « déjà valorisé pour de nombreuses utilisations, notamment dans l’alimentation animale, la cosmétique ou l’industrie chimique, précisait Canopée. Une hausse de leur utilisation se traduirait inévitablement par une hausse de la déforestation ».

Pour répondre aux besoins de Total, les associations craignaient donc « la création de nouvelles plantations d’huile de palme », dont la production ravage les dernières forêts équatoriales primaires, en particulier en Indonésie et Malaisie. Un risque reconnu en 2017 par la France, dans le cadre de la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée. Cette stratégie énonçait explicitement que les PFAD ne sont pas des « biocarburants avancés ».

Le mercredi 24 février, suivant l’avis du Conseil Constitutionnel, le Conseil d’État a donné raison aux associations Canopée et Les Amis de la Terre, qui demandaient l’annulation, pour « excès de pouvoir », de la note d’information de la Direction générale des douanes du 19 décembre 2019, qui prévoyait que les biocarburants produits à partir de PFAD ne soient pas exclus du mécanisme de la taxe incitative relative à l’incorporation de biocarburants. La note est donc annulée, et l’État a été condamné à verser la somme globale de 3.000 euros aux associations.

Contacté par Reporterre, Total n’a pas répondu à nos questions.

« On a refermé les débouchés de La Mède en France, où Total ne pourra plus vendre ses carburants à base de PFAD », s’est félicité Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes pour Canopée et porte-parole des Amis de la Terre France, joint par Reporterre. En revanche, Total pourra continuer de vendre ses carburants à d’autres pays, comme l’Allemagne. Mais « ces décisions des deux plus hautes instances légales en France créent un solide précédent juridique, qui va permettre d’accélérer au niveau européen la fin de l’utilisation de l’huile de palme dans les carburants », a espéré Sylvain Angerand.

Le 11 mars, une nouvelle audience, au tribunal administratif de Marseille, pourrait mettre à mal les plans de Total. En 2018, plusieurs associations environnementales dont Greenpeace, les Amis de la Terre et FNE avaient déposé un recours contre l’arrêté préfectoral autorisant l’exploitation de la bioraffinerie Total à La Mède. Les plaignants contestent l’étude d’impact de Total sur la base de laquelle l’État a autorisé la raffinerie. Les ONG accusent aussi l’État de manquements, relevant que le même préfet a autorisé à la fois le projet et rendu l’avis environnemental.

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Corrèze : la justice donne un coup d’arrêt à l’usine à pellets de Bugeat

  Un article de France Bleu, par Jérôme Edant, le 25/02/2021.

Le tribunal administratif de Limoges a annulé, ce jeudi, l’arrêté préfectoral autorisant la construction d’une usine de production de pellets torréfiés à Bugeat, en Corrèze. Plusieurs associations dénonçaient l’impact environnemental de cette production à l’orée du plateau de Millevaches.

Hangars et stock de souches de bois près de la gare bois de Viam/Bugeat en Corrèze en mars 2018.
© Radio France – Nicolas Blanzat

Le tribunal administratif de Limoges a donné un coup d’arrêt, ce jeudi, au projet d’usine de production de pellets torréfiés porté par la société Somival à Bugeat, en Corrèze, en annulant l’arrêté préfectoral d’avril 2018 autorisant l’implantation de cette usine. Depuis le lancement de ce projet, en 2017, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l’impact de cette activité sur l’environnement, en mettant notamment à nu les parcelles forestières par l’enlèvement des souches et résidus de bois après les coupes rases dans les forêts locales.

« Un projet décidé et autorisé sur un coin de bureau »

A l’origine du recours, Antoine Gatet, qui représente les associations « Sources et Rivières du Limousin », « Corrèze Environnement  » et « Non à la montagne pellets » salue une victoire de la démocratie environnementale : « Cette décision [d’implanter cette usine]  avait été prise sur un coin de bureau par quelques élus locaux, par le préfet et par un industriel sans aucune participation ou consultation des associations ni de la population. Depuis le début, nous avons joué le jeu pour discuter mais on a jamais eu de réponse à nos questions ou à nos remarques »

Les défenseurs de l’environnement se réjouissent donc de l’annulation prononcé ce jeudi par la justice administrative. Mais ce projet était déjà très compromis par la mise en liquidation  judiciaire de l’entreprise Somival fin 2019.

L’article de France Bleu est ici.

Commentaire

Lorsque ces associations ont annoncé, en décembre 2019, l’abandon du projet CIBV, un commentaire d’Anor Environnement suivait cet article. Il est toujours d’actualité et reproduit ci-dessous :

Anor Environnement se réjouit et félicite les associations Corrèze Environnement, Sources et Rivières du Limousin et Non à la Montagne Pellets qui par leur combat légitime et démocratique ont permis de démasquer ce projet absurde, irréalisable et écocide.

Qu’il nous soit permis de faire le parallèle avec notre lutte, puisqu’à Anor aussi le promoteur défend un projet nuisible et immature, pour lequel les soutiens financiers sont introuvables depuis sa conception. Puisqu’à Anor aussi certains élus, atteints du même déni de démocratie, qualifient les lanceurs d’alertes et les experts de « contre-tout ». Puisqu’à Anor aussi ces mêmes élus critiquent la justice lorsqu’elle les contredit et tentent d’influencer la décision du Préfet avant la signature de l’autorisation d’exploiter.

Nos combats sont nécessaires et indispensables à l’équilibre démocratique tant menacé depuis quelques années. Et lorsque ces luttes permettent des victoires, il faut tous en cœur crier BRAVO !

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2021 : difficile clap de fin pour le charbon en France

Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 22/02/2021.

Conformément à la promesse de campagne d’Emmanuel Macron, les quatre dernières centrales à charbon françaises doivent fermer leurs portes d’ici la fin de l’année, sur fond d’exception à Cordemais et de projets de transition contestés ailleurs. En outre, le gestionnaire du réseau électrique RTE a déjà prévenu que la sécurité de l’approvisionnement devra de fait faire l’objet d’une vigilance en 2022-2023.

A la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique), EDF souhaite produire, dès 2022, de l’électricité en mixant 20 % de charbon et 80 % de biomasse. @EDF

Par ici la sortie. La France s’apprête à tourner la page du charbon. À Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, la centrale est déjà à l’arrêt et ne devrait pas redémarrer. Un plan de sauvegarde de l’emploi, visant une centaine de salariés sur 160, est actuellement négocié sur fond de tensions. « Sur le terrain, la transition énergétique rime avec fermeture d’entreprises et chômage de masse. Au total ce sont 1 000 emplois indirects qui vont être impactés dans la région. C’est un massacre ! Nous n’avons plus de contact avec le délégué interministériel chargé du dossier », assure Nadir Hadjali, salarié depuis 20 ans à la centrale, syndiqué à la CGT.

Fin décembre, un pacte territorial de transition écologique a été signé avec la société détentrice GazelEnergie (filiale du groupe EPH détenu par l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky), l’État et les collectivités locales afin de construire un avenir durable pour le site. L’axe principal consiste à relancer la centrale biomasse existante, elle aussi à l’arrêt en raison notamment d’une procédure administrative. Les défenseurs de l’environnement s’inquiètent que cette « méga-centrale soit autorisée à brûler 850 000 tonnes de bois par an » entraînant des « coupes trop importantes dans des forêts méditerranéennes déjà fragilisées ».

Charbon vs biomasse

Même scénario ou presque à la centrale de Cordemais, en Loire-Atlantique, propriété d’EDF, la seule autorisée à fonctionner, à 10 % de ses capacités, au-delà de 2021 pour des raisons de sécurité d’approvisionnement. Le projet Ecocombust y est lui aussi très critiqué. L’électricien souhaite produire, dès 2022, de l’électricité en mixant 20 % de charbon et 80 % de biomasse fabriquée à partir de granulés de bois issus de déchets d’ameublement ou de construction. Une fois que la centrale fermera définitivement ses portes, au plus tard en 2026, l’objectif est de poursuivre la production de pellets.

Mais la biomasse fait l’objet de nombreuses critiques, y compris au sein même du gouvernement. Rien qu’en Europe, il existe 67 projets de conversion de centrales à charbon en centrales à biomasse, selon un rapport du think tank Ember paru en 2019. Pour les alimenter en pellets, il faudrait couper 2 700 kilomètres carrés de forêt chaque année. Mi-février, un groupe de plus de 500 scientifiques du monde entier a écrit à l’Union européenne, aux États-Unis, au Japon et la Corée du Sud pour les alerter sur le fait que la biomasse-énergie était loin d’être neutre en carbone.

« Dans l’ensemble, pour chaque kilowattheure de chaleur ou d’électricité produite, le bois pourrait ajouter deux à trois fois plus de carbone dans l’air que les énergies fossiles », préviennent-ils. « La repousse demande un temps que le monde n’a plus pour résoudre le changement climatique. Comme de nombreuses études l’ont montré, la combustion de ce bois va accroître le réchauffement pendant des décennies, voire des siècles, même lorsque le bois remplace le charbon, le pétrole ou le gaz naturel. Pour atteindre la neutralité carbone, vos gouvernements devraient travailler à préserver et restaurer les forêts, pas à les brûler ».

Une vigilance sur l’approvisionnement

Des craintes existent aussi côté approvisionnement alors que la France a dû rallumer ses centrales à charbon dès le mois de septembre faute de productions nucléaire et éolienne suffisantes. Le gestionnaire du réseau électrique RTE a déjà prévenu que la sécurité de l’approvisionnement devra faire l’objet d’une vigilance en 2022-2023, en raison de l’arrêt programmé des centrales à charbon, couplé à la fermeture de Fessenheim et au retard pris dans le chantier de l’EPR de Flamanville. Après 2023, la sécurité d’approvisionnement devrait toutefois s’améliorer, indique RTE.

Outre Cordemais et Gardanne, la France compte deux autres centrales à charbon, au Havre (Seine-Maritime), où la fermeture est prévue le 31 mars 2021, et à Saint-Avold (Moselle), qui doit fermer au deuxième trimestre 2022 pour se reconvertir dans la production d’hydrogène renouvelable.

L’article de Novethic est ici.

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La fonte des glaces s’accélère depuis trente ans et rejoint les pires scénarios du GIEC

Novethic  Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 20/02/2021.

Une étude publiée dans la revue scientifique The Cryosphere a dressé un bilan alarmant : ces trois dernières décennies, la fonte des glaces s’est accélérée de 65%. L’évolution des calottes glaciaires suit désormais les pires scénarios du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Avec des effets directs et indirects qui nous plongent au cœur d’un cercle vicieux.

Les scientifiques observent depuis les années 80 que de la quantité de glace diminue progressivement sur Terre. Ils savent désormais que la fonte s’est accélérée de 65% ces trois dernières décennies. Le phénomène a été mis en avant dans une étude réalisée par l’Université de Leeds et parue dans la revue scientifique The Cryosphere en janvier 2021. Elle est la première à passer en revue la fonte des glaces à l’échelle mondiale. Avec un constat alarmant :  « Les calottes glaciaires suivent maintenant les pires scénarios de réchauffement climatique définis par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat » a alerté Thomas Slater, chercheur à l’Institut des sciences et du climat de l’Université de Leeds. Ces épaisses couches de glace terrestres jouent un rôle essentiel dans la stabilisation du climat en réfléchissant les rayons du soleil.

Les scientifiques ont suivi l’évolution des calottes glaciaires, des glaces dérivant dans l’Arctique et quelques 215 000 glaciers de montagne par le biais d’images satellites. Sans surprise, tous les sites étudiés ont été atteints, avec une perte totale de glace estimée à 28 000 milliards de tonnes entre 1994 et 2017. La région la plus touchée reste l’océan Arctique, avec 7 600 millions de tonnes disparues, et des plates-formes de glace de l’Antarctique, avec 6 500 millions de tonnes. Est directement pointée du doigt l’augmentation de la température de l’atmosphère et des océans.

Des conséquences directes et indirectes

La fonte des glaces a des effets à la fois directs et indirects. Elle a déjà entraîné une hausse du niveau de l’océan de 35 millimètres. « L’élévation du niveau de la mer à cette échelle aura des effets très graves sur les communautés côtières au cours de ce siècle » ajoute le chercheur.  Et pour cause : il est estimé que pour chaque centimètre, environ un million de personnes risquent d’être déplacées des terres basses. La fonte des glaciers de montagne met également en danger les réserves en eau des populations locales.

Elle entraîne aussi des réactions en chaîne. « L’un des rôles clés de la glace de mer arctique est de refléter le rayonnement solaire dans l’espace, ce qui aide à garder l’Arctique frais, » explique Isobel Lawrence, chercheuse au Centre d’observation et de modélisation polaire de Leeds. « À mesure que la glace de mer se rétrécit, davantage d’énergie solaire est absorbée par les océans et l’atmosphère, ce qui fait que l’Arctique se réchauffe plus rapidement que partout ailleurs sur la planète. Non seulement cela accélère la fonte des glaces de mer, mais cela aggrave également la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ce qui fait monter le niveau de la mer », ajoute la chercheuse. Un cercle vicieux qui s’emballe, alors que l’année 2020 a été déclarée comme la plus chaude jamais enregistrée, à égalité avec 2016.

L’article de Novethic est ici.

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Haut-Rhin : les chasseurs refusent la prolongation de la chasse décidée par la préfecture

Un article de La Relève et La Peste, par Augustin Langlade, le 09/02/2021.

Selon la fédération des chasseurs du Haut-Rhin, les pouvoirs publics seraient sur le point d’organiser « un véritable abattage de masse » de grands animaux « exténués par une longue période de chasse et de dérangements multiples ».

En matière de chasse, il est très rare d’atteindre le moindre semblant de consensus. Et pourtant, c’est la prouesse à laquelle est parvenu le préfet du Haut-Rhin, comme le rapportent nos confrères de France Bleu. En Alsace, la période de chasse s’est officiellement close le 1er février dernier. Mais cette année, les services de l’État ne semblent pas disposés à respecter le calendrier habituel. Dans un arrêté publié à la surprise générale, la préfecture a en effet ordonné de prolonger d’un mois la saison et de procéder « à des opérations de chasses particulières » de deux « espèces de grand gibier, cerf élaphe et daim », dans tout le département.  

Pour justifier sa décision, le bureau Nature, chasse, forêt de la Direction départementale des territoires évoque plusieurs motifs. Le « contexte sanitaire » et « les conditions météorologiques du mois de janvier, avec des niveaux de neige élevés » auraient empêché les chasseurs de pratiquer suffisamment leur loisir, entraînant un « niveau de réalisation exceptionnellement faible pour les espèces cerf et daim » par rapport au minimum départemental. En hausse, les populations de grand gibier seraient à l’origine d’importants dégâts sur les cultures et les forêts, qui légitimeraient de « favoriser toutes les mesures destinées à permettre la diminution des populations de grand gibier ».

Les lieutenants de louveterie, personnes privées pouvant être investies d’une mission par la préfecture, sont donc autorisés à organiser des battues « de régulation » dans leur lot de chasse et à y pratiquer des tiers de destruction, de jour ou de nuit, depuis leur voiture, à l’aide de technologies infrarouges. Et ce malgré le couvre-feu.

Contre toute attente, ce n’est pas une association de protection animale, mais la fédération des chasseurs du Haut-Rhin qui, la première, a donné une volée de bois vert à la préfecture. Dans un communiqué de presse incendiaire, elle a « fait part de son opposition formelle à cet arrêté ressenti comme une véritable déclaration de guerre aux chasseurs » et sommé ces derniers de ne pas « participer à la destruction brutale de la grande faune par des moyens utilisés par des braconniers ». Selon elle, les pouvoirs publics seraient sur le point d’organiser « un véritable abattage de masse » de grands animaux « exténués par une longue période de chasse et de dérangements multiples ».

Communiqué de presse de la fédération des chasseurs du Haut-Rhin

En janvier dernier, l’Alsace a été le théâtre de chutes de neige intenses et persistantes, ainsi que de multiples inondations, « catastrophiques pour la forêt et la faune ». Le 30 janvier, par exemple, le Rhin a atteint le seuil d’une crue décennale. Le Zorn, l’Ill, la Bruche et la Sarre figurent aussi parmi les rivières étant monté à des niveaux dangereux.

En période de rut ou de mue, les cerfs frottent leurs bois aux troncs des arbres. Si ces comportements entraînent quelques dommages sur l’écorce, les cervidés ne sont pas considérés comme une espèce nuisible pour autant, à moins que les forêts, dans un intérêt financier, soient tenues pour des champs d’arbres à préserver.

Sous la pression de la présence et des infrastructures humaines, ou à cause d’un hiver rigoureux, les cerfs peuvent aussi être amenés à s’orienter vers les cultures agricoles ou les jardins, mais ces pertes (minimes, au regard de l’agriculture française) ne justifient nullement de les exterminer comme l’exige le préfet du Haut-Rhin. 

« Nous estimons avoir rempli nos obligations de tirs. Maintenant laissons ces animaux tranquilles ! » s’est exclamé Gilles Kascuk, président de la fédération de chasse du département, pour France Bleu Alsace.

Aucune association de défense des animaux n’a pour le moment exprimé d’avis sur la question, ni déposé de recours hiérarchique ou administratif. Les internautes ont été invités à contacter la préfecture du Haut-Rhin afin d’exprimer leur désaccord.

L’article de La Relève et La Peste est ici.

 

 

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Un décès sur cinq dans le monde est lié à la pollution de l’air

Novethic  Un article de Novethic, par Pauline Fricot avec AFP, le 13/02/2021.

Une nouvelle étude, publiée le 9 février dans la revue scientifique Environmental Research, évalue que 20 % des décès dans le monde sont liés à la pollution de l’air provoquée par les énergies fossiles. Les pays asiatiques, notamment la Chine et l’Inde, sont les plus touchés. 

Beijing (Pékin) souffre d’une pollution atmosphérique majeure.

La pollution provoquée par les énergies fossiles a été responsable de plus de 8 millions de morts prématurés en 2018, soit 20% des adultes décédés dans le monde. L’étude, parue le 9 février dans la revue Environmental Research, a multiplié par deux les précédentes estimations. La Chine et l’Inde comptent à elles seules pour la moitié de ce bilan. Le cocktail toxique de particules fines généré par la combustion du pétrole, du gaz et surtout du charbon est responsable d’au moins un quart de la mortalité dans une demi-douzaine de pays, tous en Asie. 

Ces estimations se basent sur des données satellites et des relevés de surface destinés à déterminer les concentrations de particules fines PM2,5. Pour affiner le tableau et s’assurer que les particules proviennent de la combustion fossile, l’équipe de chercheurs a utilisé un modèle 3D de chimie atmosphérique, couplé à des données d’émissions de CO2 de différents secteurs (industrie, aviation…) et à des simulations de circulation de l’air de la Nasa. Une fois la concentration de PM2,5 connue, ils se sont intéressés à leur impact sur la santé en s’appuyant sur de récentes études ayant démontré que le risque avait jusqu’alors été sous-estimé. 

Une espérance de vie en baisse

Si l’Asie est particulièrement touchée par la pollution de l’air,  la France n’est pas non plus épargnée : mi janvier, la revue scientifique The Lancet classait Paris au quatrième rang des villes européennes où le nombre de morts lié au dioxyde d’azote (émis principalement par le trafic routier) est le plus important. Dans la capitale française, sont imputés à la pollution de l’air 2 575 décès, soit 7% de la mortalité totale en 2015.

« On parle souvent du danger de la combustion des énergies fossiles dans le contexte des émissions de CO2 et du changement climatique. On néglige les impacts sanitaires potentiels », a indiqué l’un des co-auteurs, Joel Schwartz, de la Chan School of Public Health de l’Université de Harvard. Selon de précédentes recherches, la pollution de l’air raccourcit de plus de deux ans l’espérance de vie, en moyenne. Encore une fois, l’Asie est particulièrement impactée, avec une espérance de vie réduite de plus de quatre ans, contre huit mois en Europe. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la pollution de l’air (qui inclut la pollution liée à la cuisson ou au chauffage dans les foyers) tue 7 millions de personnes par an, dont 4,2 millions liées à la pollution extérieure. 

Comparé à d’autres causes de morts prématurées, la pollution de l’air, qui provoque maladies cardiaques ou pulmonaires, tue 19 fois plus de personnes chaque année que le paludisme, 9 fois plus que le sida ou 3 fois plus que l’alcool.

L’article de Novethic est ici.

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[Édito] Projet de loi climat : quand la virulence du débat tue l’esprit de la Convention citoyenne

  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 11/02/2021.

Cette loi climat ne vaut rien. Elle est creuse, vidée de sens et est un simple affichage environnemental du gouvernement. C’est ce message qui tourne en boucle alors que la loi issue de la convention citoyenne pour le climat a été présentée en Conseil des ministres et prend le chemin du Parlement. Une naissance difficile pour un texte, imparfait, mais loin d’être inutile.

Logo officiel de la loi climat et résilience présentée en Conseil des ministres le 10 février. @CC-BY DavidGrandmougin

La présentation, mercredi 10 février, du projet de loi « climat et résilience » en conseil des ministres marque le début d’une très longue séquence écologique. Elle nous conduira à l’élection présidentielle de 2022, en passant par le débat à l’Assemblée en mars, les élections régionales en juin ou encore le possible référendum sur la Constitution à la fin de l’année. Ce grand projet, qui devait nous emmener ensemble vers une nouvelle France, vire pourtant à la foire d’empoigne.

Le fait est que cette loi est la plus vaste jamais proposée en France sur ce sujet. Elle recouvre un nombre considérable de domaines avec des avancées sur l’artificialisation des sols, le crime d’écocide, les passoires thermiques, etc… Selon une étude du cabinet BCG, cette loi rapproche la France de l’objectif de -40 % d’émissions de CO2 en 2030, par rapport à 1990. Mais ce n’est pas assez. Le Conseil économique et social (CESE), interrogé sur la loi, juge que « les nombreuses mesures du projet de loi, sont en général pertinentes, mais restent néanmoins souvent limitées, différées, ou soumises à conditions ».

L’écologie, ça suffit

Dans la bouche des ONG, cela se traduit par des cris d’alerte sur une fausse mobilisation du gouvernement. Tandis que Greenpeace parle de « Crash Climatique », Yannick Jadot, entré en campagne présidentielle, évoque « une loi de greenwashing aveugle face l’urgence climatique ». Quant à Nicolas Hulot, dans sa sobriété habituelle, il juge que « ce n’est pas suffisant, il faut aller plus vite avec plus de moyens ».

Cette colère des ONG était attendue. Mais le risque est qu’à force de dénoncer, l’effet soit délétère dans l’opinion publique… Non pas envers le gouvernement mais envers l’écologie elle-même. Dire que cette loi ne suffit pas est vrai. Dire que rien n’est bien dans cette loi est faux. Or c’est bien ce message qui parvient aujourd’hui aux citoyens. Double peine : en face, côté exécutif, on s’agace aussi. En privé, des conseillers de ministères, qui ont œuvré des heures sur ce texte de loi, se jugent injustement traités. Ils ressortent en grinçant des dents la phrase de Nicolas Sarkozy : « Ça commence à bien faire l’écologie ».

C’est dans cette impasse que vont s’entamer trois semaines de débats au Parlement. Parlement lui-même chauffé à blanc car il a été sorti des débats antérieurs avec la création de cet ovni démocratique qu’a été la Convention citoyenne sur le climat. Et justement, on est loin de cette Convention. Créée suite aux manifestations de gilets jaunes, elle se voulait un lieu de réflexion apaisé et pluraliste sur l’avenir commun de notre pays. Elle est devenue malgré elle un objet politique, loin de son ambition originelle.

L’article et la vidéo de Novethic sont ici.

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Le projet d’usine à pellets à Viam (Corrèze) va sans doute partir en fumée

La montagne  Un article de La Montagne, par Pomme Labrousse, le 04/02/2021.

Avec les déboires financiers du porteur de projet, l’usine de pellets torréfiés de Viam, en Corrèze, semblait fort mal engagée depuis un an. La décision du tribunal administratif de Limoges, attendue très prochainement, devrait suivre les conclusions du rapporteur général qui prône l’annulation de l’autorisation préfectorale et, de fait, l’arrêt définitif du projet.

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Plusieurs recours ont été déposés devant le tribunal administratif © Agnès GAUDIN

Les conclusions du rapporteur public rendues ce jeudi 4 février 2021, au tribunal administratif de Limoges, laissent peu de doute sur l’arrêt définitif du projet d’usine de pellets torréfiés entre Viam et Bugeat, en Corrèze. L’argumentaire tient en trois pages.

Et plaide pour l’annulation de l’arrêté pris par le préfet de la Corrèze le 30 mars 2018, qui autorisait la société Carbon Ingen’r Bugeat Viam à exploiter une unité de torréfaction et de pelletisation de plaquettes forestières à Viam. Cette annulation est notamment réclamée du fait que l’investisseur ne dispose plus des « capacités financières » nécessaires.

Déboires financiers

« Cette affaire aurait pu vous retenir un certain temps car, de prime abord, elle présentait une certaine technicité. Mais compte tenu des derniers éléments dont vous disposez, nous pensons qu’elle ne vous retiendra pas très longtemps. » Le rapporteur public du tribunal administratif de Limoges dans ses conclusions

Il faut dire que les déboires financiers se sont accumulés depuis plus d’un an pour le porteur de projet : « La société bénéficiaire de l’autorisation a été placée fin 2019 sous administration provisoire, la société Somival [qui devait apporter 1,6 million d’euros sur la quinzaine de millions d’euros nécessaires, Ndlr] a été placée par jugement du 9 juillet 2019 du tribunal de commerce de Clermont-Ferrand en procédure de redressement judiciaire et la caisse des dépôts et consignations [qui devait investir, de son côté, deux millions d’euros, Ndlr] s’est retirée du projet », précise le rapporteur public dans ses conclusions.

« Ils ont gagné, ils ont tué le projet »

Le tribunal administratif de Limoges doit encore rendre sa décision, sans doute d’ici une quinzaine de jours. Mais pour le porteur de projet, Pierre-Henri Gaudriot, la chose est entendue  :  » Il n’y a plus de projet de toute façon. Ils ont gagné, ils ont tué le projet. »

Une victoire pour les défenseurs de l’environnement

Beaucoup moins d’amertume, en revanche, dans la voix d’Antoine Gatet. Ce juriste portait la voix de trois associations (Corrèze environnement, Sources & rivières du Limousin et Non à la Montagne Pellets) qui réclamaient l’annulation de cette autorisation délivrée par la préfecture de la Corrèze.

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S’ils avaient demandé au tribunal administratif de Limoges d’annuler cette autorisation le 20 juillet 2018, les défenseurs de l’environnement avaient reprécisé leurs arguments il y a un peu plus d’un an, afin d’entériner définitivement l’abandon du projet qui semblait, déjà, bien mal engagé.

Pourtant, la fragilité financière du projet n’est pas récente, assure Antoine Gatet. « Dès le début, nous avons parlé de l’incapacité technique et financière de l’exploitant », assure le juriste. « C’était quand même un projet à quinze millions d’euros. Il fallait quelqu’un de solide…. »

Frustration et déception malgré tout

Reste que la décision interviendra près de trois ans après la signature de l’arrêté. « Ce qui est frustrant, c’est que la justice est lente », souffle Antoine Gatet. Les associations s’avouent aussi un peu déçues par l’argument sur lequel s’appuient les conclusions du rapporteur public. « Il soulève ce moyen [la fragilité financière, Ndlr] car il est énorme. D’ailleurs, à l’audience, il n’y avait personne, ni la société ni la préfecture de la Corrèze. » Mais, de ce fait, les arguments des associations, concernant l’environnement et l’impact sur la biodiversité forestière ne sont pas soulevés. « On passe un peu à côté du débat », estime Antoine Gatet.

« Si on n’avait pas été là… »

« On ne se fera pas avoir deux fois. Cela ne fait que renforcer la vigilance des associations et des habitants contre ce type de projet », insiste le juriste. « Si on n’avait pas été là, ça aurait pu se faire. Les sous auraient été débloqués, ceux de la Caisse des dépôts et les subventions de l’État, il aurait commencé et on se serait retrouvé avec un site pollué de plus, des gens sur le carreau et potentiellement des coupes rases dans les forêts et des dégâts environnementaux sur le plateau. On a fait notre travail, jusqu’au bout et la justice nous donne raison. »

L’article de La Montagne est ici.

Publié dans Justice - Législation, L'usine à pellets de Bugeat-Viam | Commentaires fermés sur Le projet d’usine à pellets à Viam (Corrèze) va sans doute partir en fumée

Pluies diluviennes et canicules : Météo France anticipe un climat extrême en 2100

  Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 09/02/2021.

Températures maximales dépassant les 50°C, sécheresses, épisodes de pluie intenses plus fréquentes… Météo France a publié le 1er février de nouvelles projections climatiques pour 2100, selon trois scénarios, du plus optimiste (+2,2°C ) au moins vertueux (+3.9°C). Le rapport a permis de souligner les disparités régionales, particulièrement importantes.

À Paris, la Seine est sortie de son lit, inondant les voies de circulation.  JMLPYT Istock

Seine, Garonne, Rhône… Les débordements de fleuves se multiplient depuis plusieurs jours. Et ce n’est qu’un avant goût. Depuis la fin du mois de décembre, il est tombé deux fois plus de pluie qu’à la même date l’an passé. Si l’on s’en tient aux nouvelles projections publiées par Météo France le 1er février : avec le réchauffement climatique, les épisodes de pluies seront de plus en plus intenses ces prochaines décennies, tout comme les périodes de sécheresse qui atteindront un niveau encore jamais connu dans l’Hexagone.

L’Institut français a établi trois scénarios, liés à différents niveaux d’émissions de CO2. Le premier, dit RCP 2.6, pour Representative Concentration Pathway, envisage une baisse rapide des émissions de gaz à effet de serre permettant d’atteindre la neutralité carbone en 2070. Le second, RCP 4.5, imagine des émissions en hause jusqu’en 2050 avant de décroître. Le troisième, RCP 8.5, simule une augmentation continue jusqu’à la fin du siècle. Les hausses de température seraient respectivement de 1°C, 2,2°C et 3,9°C.

#Climat2100 #France #Drias
Le réchauffement atteindrait +3,9°C en 2100, par rapport à notre climat actuel, si nous n’agissons pas maintenant (scénario RCP 8,5). En limitant dès maintenant nos émissions (RCP 4,5), possible de limiter la hausse à 2,2°C.
https://t.co/L2F2KClCXC pic.twitter.com/r1vUzBKL0l

— Météo-France (@meteofrance) February 1, 2021

L’extrême devient la norme :

« Nous sommes actuellement sur une trajectoire qui n’est pas incompatible avec un scénario 8.5 », explique Patrick Josse, directeur des services climatiques à Météo France. Mais dans chacune des modélisations, le rapport met en avant des évènements climatiques plus extrêmes et plus fréquents. Le record de 46°C mesuré en juin 2019 dans l’Hérault ne ferait plus exception. Avec des températures supérieures à 2°C par rapport à la période pré-industrielle , « les étés les plus chauds que l’on connaît actuellement deviendront la norme, prédit le climatologue. Les étés « chauds » seront encore plus chauds, avec des températures maximales qui pourront approcher voire dépasser les 50 °C. Un mercure comparable à l’Afrique du Nord aujourd’hui. » 

Les jours de chaleurs seront également multipliés par deux selon le scénario le plus optimiste, et jusqu’à 10 fois pour le scénario 8.5. Cela signifie 20 à 35 jours de canicules par an contre seulement trois à quatre entre 1976 et 2005. Les précipitations seront plus importantes en hiver, baisseront l’été (jusqu’à -22%), et les périodes sans pluies augmenteront de 30 à 50% en 2100.

Une disparité régionale

L’étude de Météo France a permis d’apporter plus de précisions à l’échelle régionale : « Les chiffres ont été affinés, précisés, et déclinés sur l’ensemble de la France. Cela permet de faire apparaître des contrastes régionaux, qui sont sinon invisibilisés » détaille Patrick Josse. Les épisodes pluvieux plus nombreux et plus intenses concerneront notamment le Nord, le Nord-Est et le littoral de la Manche alors que le réchauffement sera plus important au sud-est. Dans les trois scénarios, la hausse des températures est plus marquée sur les zones de montagnes, comme dans les Alpes et les Pyrénées.

« L’évolution pour 2040-2050 est déjà jouée, puisque les gaz à effet de serre sont déjà présents dans l’atmosphère, précise Patrick Josse. Jusque là, l’enjeu va donc être avant tout de pouvoir s’adapter à des changements de cette amplitude. Les choix que l’on fait aujourd’hui seront en revanche déterminants pour la deuxième moitié du siècle. »

L’article de Novethic est ici.

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Affaire du siècle : l’État français condamné pour son inaction climatique, un jugement historique

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 03/02/2021.

Dans un jugement historique, rendu ce mercredi 3 février, le tribunal administratif de Paris reconnaît les manquements de l’État français dans la lutte contre le réchauffement climatique, responsable de ce fait d’un préjudice écologique. Deux ans après le lancement de l’Affaire du siècle, soutenue par 2,3 millions de Français, les quatre ONG requérantes crient victoire.

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Début 2019, la pétition « L’Affaire du siècle », accompagnant l’action en justice, avait été signée par plus de deux millions de Français, parmi lesquels de nombreuses célébrités, en seulement un mois. Un record ! (capture d’écran)

C’est une première ! La justice vient de reconnaître la faute de l’État dans la lutte contre le changement climatique. Le tribunal administratif de Paris a rendu son jugement (1) ce mercredi 3 février dans l’Affaire du siècle, portée par quatre associations environnementales – Notre Affaire à tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France – et soutenue par plus de deux millions de Français. Le juge, qui a suivi les réquisitions de la rapporteure publique, condamne l’État pour le non-respect de ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

« Plus de deux ans après le début de notre action, cette décision marque une première victoire historique pour le climat et une avancée majeure du droit français. Ce jugement marque aussi une victoire de la vérité : jusqu’ici, l’État niait l’insuffisance de ses politiques climatiques, en dépit de l’accumulation de preuves », ont réagi les ONG. « Ce que les juges disent aujourd’hui, c’est que les États ne peuvent plus continuer à faire reposer la responsabilité sur d’autres. Le gouvernement doit agir, c’est désormais une obligation » complète l’eurodéputée Marie Toussaint, co-fondatrice de Notre Affaire à tous.

Une nouvelle condamnation pourrait intervenir dans deux mois.

L’État devra symboliquement verser un euro aux quatre associations requérantes (somme qu’elles avaient elles-mêmes fixée) en réparation de leur préjudice moral. Surtout, le tribunal reconnaît l’existence d’un préjudice écologique à l’encontre d’une personne publique, alors que celui-ci était jusqu’ici réservé aux personnes privées, car l’Etat n’a pas respecté ses engagements de réduction des émissions. Si le tribunal rejette la demande d’indemnisation liée à ce préjudice au motif que les associations n’ont pas démontré qu’il était impossible de le réparer en nature, il reconnaît leur bien-fondé à demander cette réparation. Ce sera l’objet d’une seconde décision.

Le juge administratif se laisse deux mois supplémentaires d’instruction avant de se prononcer sur une obligation de prendre des mesures supplémentaires « afin de faire cesser pour l’avenir l’aggravation du préjudice écologique constaté » et « prendre toutes les mesures permettant d’atteindre les objectifs que la France s’est fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». « Nous espérons que la justice ne se limitera pas à reconnaître la faute de l’État, mais le contraindra aussi à prendre enfin des mesures concrètes », commentent les ONG.

La décision de Grande-Synthe attendue courant février

D’ici le printemps, le gouvernement pourrait aussi être condamné à agir davantage pour le climat dans l’affaire de Grande-Synthe. La commune côtière du Nord avait demandé fin 2018 au gouvernement de prendre des mesures supplémentaires pour infléchir la courbe des émissions. Un refus lui ayant été opposé, elle a saisi le Conseil d’État en janvier 2019, rejointe par les villes de Paris et Grenoble et les ONG de l’Affaire du Siècle. En novembre, dans une décision là aussi inédite, la plus haute juridiction administrative avait estimé que la France avait dépassé les budgets carbone qu’elle s’était fixée et lui avait donné trois mois pour se justifier.

« Notre victoire fait écho aux procès de plus en plus nombreux intentés à travers le monde pour pousser les gouvernements à agir, comme ceux emportés en 2015 par Urgenda aux Pays-Bas, Ashgar Leghari au Pakistan, 25 jeunes colombiens en 2018 et les Amis de l’environnement irlandais l’été dernier », rappelle Marie Toussaint. Le nombre de procès climatiques a augmenté de 75 % en trois ans, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), qui dénombre 1 550 procès ouverts dans 38 pays, au 1er juillet 2020. La France n’est pas épargnée.

L’article de Novethic est ici.

(1) Voir le jugement du tribunal administratif de Paris, 3 février 2021

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Le combat d’Amandine pour sauver la Pouplie, un peuplier géant multi-centenaire

  Un article de La Relève et La Peste, par Laurie Debove, le 29/01/2021

Amandine est allée jusqu’au bout des choses : en s’intéressant au cas de la Pouplie, elle a découvert le monde fabuleux des Arbres Remarquables en France et en Europe, notamment grâce à l’association A.R.B.R.E.S qui porte la déclaration des droits de l’arbre pour mieux les protéger.

Crédit photo : Emmanuel Boitier

Il y a des histoires qui nous effraient et d’autres qui nous enchantent. Le combat d’Amandine pour sauver la Pouplie, un peuplier noir géant multi-centenaire, fait partie de ces dernières. Alors que cet arbre incroyable était menacé de destruction pour viabiliser le terrain sur lequel il se situe, Amandine a convaincu le propriétaire de l’épargner le temps de l’inscrire au concours de l’arbre de l’année. Son histoire et sa passion ont gagné le cœur du public qui lui ont décerné son prix, et fini de persuader la mairie de Boult-sur-Suippe (Marne) de l’importance de sauver cet Arbre Remarquable. Cette jolie histoire est l’occasion de (ré)interroger notre rapport au monde végétal, et rappelle le rôle inestimable des arbres au sein des écosystèmes.

L’un des peupliers noirs les plus remarquables d’Europe

A Boult-sur-Suippe, village de 1710 habitant.es, impossible de louper la Pouplie : situé en plein cœur du village, « on le voit de presque toutes les fenêtres ». Son surnom vient du patois local avec lequel peuplier se dit « pouplier ». Cet arbre de près de 40 mètres de haut et 10 mètres de circonférence est donc étroitement lié à l’histoire du village, et est même dessiné sur le blason de la commune.

Nul ne connaît son âge précis. Les villageois.es ont l’habitude de dire qu’il a entre 300 et 400 ans, le petit panneau d’information indique « plus de deux siècles ». Originaire du village, Amandine a grandi près de la Pouplie et a développé un amour profond pour ce géant végétal. Ses parents habitant toujours le village, elle revient régulièrement saluer son compagnon d’enfance et suit au plus près ses aventures.

« En 2018, les feux d’artifices du 14 juillet ont bien failli brûler la Pouplie en déclenchant un incendie à l’intérieur de son tronc. A ce moment-là, le maire et le propriétaire ont voulu le couper pour des raisons de santé et sécurité, mais des citoyens se sont emparé de la presse et demandé un bilan de santé/expertise. Financé par la commune et l’association A.R.B.R.E.S, le verdict est positif : la Pouplie est en bonne santé et avait simplement besoin d’un élagage. » se souvient Amandine Polet pour La Relève et La Peste.

La Pouplie n’est pas définitivement sauvée pour autant. Située sur une parcelle privée d’environ 1400m2 en vente depuis des années (pour un coût supérieur à 100 000 euros), le propriétaire a besoin de couper l’arbre pour rendre le terrain constructible. La Mairie n’ayant pas les fonds propres pour le racheter, ses jours étaient donc comptés. Jusqu’à cet instant de mars 2020, pendant le premier confinement, où Amandine découvre le Concours de l’Arbre de l’Année du magazine Terre Sauvage et de l’ONF, via le compte Instagram de la LPO.

« C’était une évidence d’inscrire la Pouplie. C’est vraiment un Arbre Remarquable, le seul peuplier de cette taille en France et l’un des peupliers noirs les grands d’Europe, je l’ai appris par la suite ! Je trouvais ça tellement dommage que la Pouplie ne soit pas mis en valeur dans le village, situé sur ce terrain privé constructible avec pour seul compagnon un compteur électrique. Je voulais braquer les projecteurs sur elle pour qu’elle soit reconnue et sauvée. » raconte Amandine pour La Relève et La Peste.

Concours Arbre de l’Année 2020 Peuplier noir (Populus nigra), dit « La Pouplie », dans le village de Boult-sur-Suippe (51) Région Grand Est Amandine Polet, qui a proposé la candidature. Crédit photo : Emmanuel Boitier

Pour l’inscrire au concours, il faut l’autorisation du propriétaire que ce dernier a donné avec curiosité. La Pouplie a été retenue parmi 300 compétiteurs. En lice parmi 14 lauréats, la jeune femme commence alors une véritable campagne de communication : mailing aux journalistes, sollicitation aux riverains amoureux eux aussi de l’arbre, interpellation des élus et des associations.

« Il est assez clair que l’inscription au concours a changé la donné. Assez vite, il y a eu énormément de soutien de la part des habitants et de la mairie. Les bouquins et les bouquines ont voté et se sont saisi du concours, même l’école l’a affiché. Le collectif Boult Environnement m’a beaucoup aidée pour la venue du photographe, ils ont nettoyé le terrain. Cela a créé beaucoup de liens et un réel engouement. » sourit Amandine Polet pour La Relève et La Peste

Et la mobilisation générale a payé : avec 6344 votes, la Pouplie a remporté le Vote du public et va représenter la France au concours européen (ouverture des votes en février pour une durée d’1 mois, résultats le 17 mars).

A tel point que la mairie veut maintenant faire un échange de terrains avec le propriétaire, une étape quasi-terminée, pour transformer la parcelle où se situe La Pouplie en arboretum et protéger définitivement cet Arbre Remarquable.

« Un vieil arbre a une valeur esthétique, c’est une fierté locale pour les habitants, mais c’est surtout un pilier écologique. Climatiseur naturel, il absorbe énormément de CO2, a des racines dépolluantes, abrite de nombreuses espèces : écureuils, éperviers, fourmis, oiseaux sur la cime. Je pense qu’il est important qu’on se reconnecte aux espèces vivantes car un arbre n’est pas juste un décor, mais bien une espèce qui mérite d’être protégée. Les gens ont voté car ils étaient touchés par la démarche, plus que par l’arbre en lui-même. D’autres arbres du concours sont un peu comme la Pouplie, soutenus par des associations et des personnes qui veulent les sauver. Certaines personnes m’ont félicité en me disant qu’elles n’oseraient pas faire la même chose, de peur de s’exposer. Mais ça m’a seulement pris le temps d’envoyer un texte et des photos. Cette victoire n’est que le résultat de mon initiative individuelle, mais bien du poids de tout le monde. » raconte Amandine Polet pour La Relève et La Peste

Amandine est allée jusqu’au bout des choses : en s’intéressant au cas de la Pouplie, elle a découvert le monde fabuleux des Arbres Remarquables en France et en Europe, notamment grâce à l’association A.R.B.R.E.S qui porte la déclaration des droits de l’arbre pour mieux les protéger.

La suite de l’article de La Relève et La Peste est ici.

Plus d’infos sur le concours ici et sur l’association A.R.B.R.E.S ici

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Chasse : les oies cendrées ne seront pas tirées en février

  Un article de Libération, par Florian Bardou, le 31/01/2021.

Comme l’an passé, le ministère de la Transition écologique a débouté les chasseurs qui réclamaient une dérogation afin de tirer ces oiseaux migrateurs jusqu’à la fin février. Chaque année, les arrêtés de prolongation, attaqués par les associations de protection de la nature, sont déclarés illégaux par le Conseil d’État en vertu des textes européens.

Oies cendrées – Crédit photo : Gilles Pierrard

Bref répit pour les anatidés sauvages. Comme l’an passé, le ministère de la Transition écologique a décidé de ne pas prolonger d’un mois la chasse des oies cendrées au-delà du 31 janvier, une demande récurrente des chasseurs de gibier d’eau. Dans un courrier adressé vendredi au président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Willy Schraen, qui l’a mis en ligne, la secrétaire d’État à la biodiversité, Bérangère Abba, justifie ce refus en raison du manque de données sur les populations d’oies cendrées et leurs «prélèvements» qui empêche «la finalisation du plan de gestion adaptative» de l’espèce Anser anser avec «la fixation de quotas» par pays au niveau européen.

Traduction : aucune «dérogation» ne sera accordée tant que les discussions sur un plan de gestion international du tir de cet oiseau migrateur n’ont pas abouti. De quoi décevoir (forcément) les chasseurs. «Ce n’est pas une surprise car, connaissant l’idéologie personnelle [de notre ministre de tutelle] sur la question chasse, une autre issue aurait tenu du miracle, s’est ému samedi Willy Schraen dans son «message personnel aux chasseurs de gibier d’eau». Tant d’efforts déployés pour un tel résultat et pourtant cette légitime demande est pleine de bon sens. Le plan de gestion internationale devrait enfin arriver cette année…»

Chasse illégale

Il y a cependant d’autres explications à cette fin de non recevoir, beaucoup moins glorieuse pour les autorités ministérielles. Depuis une dizaine d’années, et jusqu’en 2019, les arrêtés prolongeant en février la chasse de cet oiseau hivernant dans nos contrées ont tous été jugés illégaux par le Conseil d’État après avoir été attaqués par les associations de défense de la nature. La raison ? En autorisant le tir des oies cendrées par delà la date de fin officielle de la chasse et tandis que l’anatidé entame sa période de migration vers les sites de nidification en Scandinavie, la France enfreint en effet la directive «Oiseaux», un texte européen de 1979 fondamental en matière de protection de l’avifaune sauvage. Ce qui vaut par ailleurs à l’État français d’être sous la coupe de poursuites par la Commission européenne devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour non-respect de la réglementation.

«C’est une belle victoire mais c’est un peu triste qu’il ait fallu aller treize fois devant le Conseil d’État pour obtenir la fin de cette chasse illégale, observe à ce sujet auprès de Libération Yves Verilhac, le directeur général de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). La France fait l’objet d’un recours par la Commission européenne sur trois volets : les chasses de printemps des oiseaux migrateurs, la chasse des oiseaux en mauvais état de conservation [notamment de la tourterelle des bois] et les chasses dites traditionnelles, comme le piégeage à la glu [suspendue en 2020 pour une année]. Pour un pays qui se dit champion de la biodiversité, ça fait désordre.» Dans l’Hexagone, environ deux tiers des espèces d’oiseaux chassables, soit 27 sur un total de 64, sont menacées ou quasi-menacées de disparition si l’on se reporte à la dernière mouture de liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et la France est régulièrement sommée d’agir pour améliorer leur protection ou, du moins, juste respecter le droit européen.

L’article de Libération est ici.

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Après un répit en 2020 sur les émissions de CO2, les plans de relance sont la dernière chance de sauver le climat

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 25/01/2021.

Les experts sont formels : si nous voulons rester sous la barre des 1,5°C, il nous reste moins de dix ans pour agir. Or, le monde n’est pas du tout sur la bonne trajectoire. Et bien que la pandémie de Covid-19 a permis une chute brutale des émissions en 2020, le répit ne devrait être que de courte durée si nous ne changeons pas en profondeur nos modes de production et de consommation. La clé réside dans les plans de relance qui doivent de toute urgence passer au vert.

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« On se souviendra de 2020 comme l’année où on est entrés dans un monde du changement climatique car elle sera la plus froide de la prochaine décennie », résume Saleemul Huq, directeur de l’International Centre for Climate Change and Development (ICCD). Les experts du Giec sont formels : il n’est pas trop tard pour agir mais il faut s’y mettre tout de suite. « Si nous n’agissons pas maintenant, nous allons vers un monde en permanence en gestion de crises », prévient la climatologue Valérie Masson-Delmotte.

Pour garder un espoir de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7,6 % chaque année de 2020 jusqu’à 2030, précise l’ONU. Or, ce n’est pas du tout la trajectoire sur laquelle nous nous situons puisque les émissions mondiales ont augmenté en moyenne de 1,4 % par an sur la dernière décennie. Elles ont même atteint un record en 2019 avec une hausse de 2,6 % par rapport à 2018, notamment en raison des feux de forêt. À ce rythme, estime le Global Carbon Project, il nous reste moins de dix ans pour rester sous la barre des 1,5°C.

2020, un répit temporaire  

En 2020, la pandémie du Covid-19, a entraîné une chute brutale des émissions mondiales d’environ 7 %, en mettant à l’arrêt pendant de longs mois une bonne partie de l’économie mondiale et des activités humaines. « Mais nous aurions pu penser, vu à quel point nos vies ont été perturbées, que les émissions de carbone auraient diminué encore plus drastiquement. Dès que nous avons été déconfinés, presque tous les secteurs sont retournés à leurs taux normaux d’émissions », explique Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement.

L’exemple de la Chine, où la pandémie a débuté, est ainsi frappant. La mise en place rapide de mesures de confinement ont permis à l’économie chinoise d’avoir plus de temps pour se redresser en 2020 que d’autres régions du globe. Ainsi, la pandémie de Covid-19 n’a entraîné qu’une diminution de 1,7 % des émissions chinoises en 2020. « Le Covid-19 n’aura été qu’un répit temporaire pour la lutte contre le réchauffement climatique. Le moyen d’atténuer le changement climatique n’est pas d’arrêter les activités mais d’accélérer la transition vers des énergies bas carbone », insiste le scientifique.

Des plans de relance pas assez verts

Pour les spécialistes, l’espoir réside dans les plans de relance dont l’ampleur est sans précédent : 12 000 milliards de dollars, soit 12 % du PIB mondial. Selon les calculs du PNUE, une relance verte permettrait de réduire de 25 % le niveau des émissions en 2030. Mais pour l’instant, « cette opportunité a été largement manquée », estime l’institution onusienne. Les mesures de relance ont principalement soutenu des secteurs intensifs en carbone ou au mieux, neutres. Et seul un quart des membres du G20 – la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Corée du Sud – ont consacré une part importante de leurs dépenses pour des mesures de transition écologique.

Des chercheurs ont pourtant démontré que des réductions substantielles d’émissions pouvaient avoir des conséquences rapides sur le réchauffement climatique. « Agir maintenant nous permet d’empêcher l’accélération du réchauffement dans les décennies à venir comme de le limiter à long terme », estime Christine McKenna, auteure principale d’une étude publiée dans la revue Nature Climate Change en décembre. Sur un plan économique, ne pas agir se révélerait extrêmement plus coûteux que d’investir dès aujourd’hui dans la transition bas-carbone.

L’article de Novethic est ici.

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La centrale biomasse de Gardanne devrait redémarrer début janvier

  Un article de france bleu, par Camille Payan, le 29/12/2020.

La cour administrative d’appel de Marseille vient de donner son feu vert pour autoriser à nouveau l’exploitation de la centrale biomasse de Gardanne (Bouches-du-Rhône). Elle avait cessé toute activité depuis juin 2017 à cause de son impact sur les forêts du Sud-Est.

La centrale thermique de Provence, à Gardanne.

Depuis plus de trois ans, la centrale biomasse de Gardanne, la plus grande de France, était à l’arrêt. Les machines vont pouvoir reprendre du service début janvier : la cour administrative d’appel de Marseille a rétabli son autorisation d’exploitation. En juin 2017, le tribunal administratif de Marseille avait annulé l’autorisation de l’exploitant, à l’époque le groupe allemand Uniper, estimant qu’il n’avait pas suffisamment évalué l’impact d’une telle usine sur les forêts du Sud-Est.

Mais dans un arrêt en date du 24 décembre et rendu public lundi, la cour administrative d’appel a estimé « que l’exploitation forestière et la production d’électricité étaient des activités distinctes (…) et qu’elles ne pouvaient être regardées comme participant à la réalisation d’un même programme ». La cour a ainsi suivi les conclusions du rapporteur public lors de l’audience du 11 décembre.

70 emplois directs

Quelque 300 millions d’euros ont été investis dans cette centrale biomasse qui génère, selon son exploitant, 70 emplois directs. D’une puissance de 150 mégawatts, elle doit fournir à terme 6% de la production d’électricité de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, en consommant 850.000 tonnes de biomasse. Cette unité biomasse est désormais cruciale pour l’avenir du site car l’unité charbon, déjà à l’arrêt depuis deux ans, ne reprendra pas, (en raison de l’engagement d’Emmanuel Macron de fermer les quatre dernières centrales à charbon de France).

Critiquée pour son gigantisme

La biomasse doit contribuer à la transition énergétique, mais l’usine de Gardanne est critiquée par des associations écologistes pour son gigantisme. France Nature Environnement estime qu’elle « prévoit l’abattage de centaines de milliers d’arbres par an, leur transport sur plusieurs centaines de kilomètres, pour produire une électricité qui coûtera trois fois le prix du marché » des arguments réfutés par l’État notamment.

Le 22 décembre dernier, les différents acteurs institutionnels et privés ont signé un « pacte pour la transition écologique et industrielle de Gardanne-Meyreuil » qui prévoit notamment de développer une activité bois autour de l’usine avec l’implantation d’une scierie ou le développement d’une filière hydrogène pour les usages locaux et de e-méthanol (carburant de synthèse vert).

L’article de France Bleu est ici.

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Le Covid-19 place les épidémies au sommet des risques pour l’humanité, devant le changement climatique

Novethic  Un article de Novethic, par Ludociv Dupin, le 20/01/2021.

Comme chaque année, le forum économique mondial publie son évaluation des principaux risques pour la planète. Si ceux liés au climat sont les plus susceptibles de survenir à court et moyen terme, les experts et décideurs mondiaux jugent que c’est le risque épidémique qui présente le plus de danger. Ils estiment aussi que l’expérience actuelle que vit le monde est l’occasion de bâtir un monde plus durable.

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Couverture de l’édition du Global Risks Report du Forum économique mondial. @PatrikSvensson/WEC

Le sommet du World Economic Forum (WEC) de Davos n’aura pas lieu en janvier comme chaque année, la crise épidémique ne le permettant pas. Si un petit rendez-vous virtuel devrait se tenir à la fin du mois, il faudra attendre fin mai et se délocaliser à Singapour pour assister à la rencontre des grands décideurs politiques et économiques de ce monde. Pour autant, cela n’a pas empêché le forum économique mondial de publier ce 19 janvier son traditionnel rapport des risques globaux (Global Risks Report 2021).

Il est le fruit d’un questionnaire soumis à 850 experts et dirigeants d’entreprises ou d’associations. Leurs réponses s’inscrivent dans le cadre très particulier d’une pandémie globale, doublée d’une crise économique et sociale croissante, qui affecte la planète depuis un an. Le rapport fait un double classement. D’un côté il mesure les risques les plus susceptibles de survenir (Likelihood) et de l’autre, les risques dont les conséquences seraient les plus importantes (Impact).

Pour la cinquième année consécutive, ce sont les événements climatiques extrêmes qui sont les plus susceptibles d’intervenir selon les experts. D’ailleurs en 2020, selon les chiffres de Munich Re, ceux-ci ont causé 210 milliards de dollars de dégâts sur la planète. Cette entrée précède le manque d’action climatique et les dommages à l’environnement. À la quatrième place apparaît le risque de maladie infectieuse. Avec le Covid-19, l’humanité a redécouvert cette vulnérabilité, alors même que plusieurs grandes pandémies avaient touché l’humanité au XXe siècle. Enfin, à la cinquième place apparaît la destruction de la biodiversité, perdant une place par rapport à 2020.

Bâtir un monde plus résilient

Pour ce qui est du classement des risques en termes de gravité, la première place est occupée par les maladies infectieuses, qui en 2020 n’étaient qu’à la 10e place. La crise actuelle a montré combien l’ensemble de nos systèmes économiques et sociaux ont été mis à genoux par le virus. Suit le manque d’action climatique à la deuxième place. Risque d’autant plus réel qu’en 2020, tous les grands évènements liés à la nature et la biodiversité ont été décalés à 2021. On trouve ensuite les armes de destruction massives, la perte de biodiversité et la crise des ressources naturelles.

« Le coût humain et économique immédiat du Covid-19 est sévère. Il menace d’effacer plusieurs années de progrès dans la réduction de la pauvreté et d’affaiblir encore davantage la cohésion sociale et la coopération internationale », écrivent les auteurs du rapport. Pourtant ceux-ci veulent y voir l’occasion de créer une société plus résiliente : « Alors que les gouvernements réfléchissent encore à la manière de sortir de l’urgence pour engager la reprise, et avec les entreprises anticipent un nouvel environnement commercial changé, il y a l’opportunité d’investir dans une croissance intelligente, propre et inclusive ».

L’article de Novethic est ici.

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Engagements environnementaux : le temps de la preuve est venu !

Novethic  Un article de Novethic, par Anne-Catherine Husson-Traore, Directrice générale de Novethic, le 15/01/2021.

La première période de mobilisation du secteur financier sur les crises environnementales (changement climatique, destruction de la biodiversité) aura duré cinq ans. Lancée en 2015, la phase des engagements s’achève déjà. Les acteurs économiques et financiers sont priés de passer à une réorientation massive des flux financiers ce dont témoignent les interpellations de BlackRock et d’HSBC ou la réaction de Greta Thunberg au One Planet Summit.

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Le 11 janvier, l’Élysée a organisé un One Planet Summit dédié à la biodiversité. @LudovicMarin/Pool/AFP

« BlackRock, renoncez à tout échappatoire« , demande sur Twitter, le fondateur de Carbon Tracker, Mark Campanale. Ce lanceur d’alerte spécialiste de l’impact du changement climatique sur les marchés financiers réagit à l’annonce des 85 milliards de dollars toujours détenus par BlackRock dans le secteur du charbon. En décidant de n’exclure de ses portefeuilles que les entreprises qui réalisent plus de 25 % de leur activité dans le charbon, le géant mondial de la gestion d’actifs peut encore détenir des actions d’entreprises aussi emblématiques que l’Indien Adani ou Glencore, pourtant bannie par le fonds souverain norvégien.

Tout le paradoxe de l’engagement environnemental du secteur financier est résumé dans l’étude que viennent de sortir deux ONG associées pour l’occasion, la Française Reclaim Finance et l’Allemande Urgewald, spécialiste des listes d’exclusion charbon  Elles pressent BlackRock de « joindre l’acte à la parole en laissant le charbon dans le sol, en cette année critique pour le climat »  et de respecter ses propres engagements sur le climat. Car le temps est venu pour les acteurs financiers de prouver qu’ils ont vraiment réorienter les flux financiers, cinq ans après avoir pris conscience que le changement climatique était devenu un risque systémique pour la stabilité financière.

De Henri de Castries à Greta Thunberg

C’est le travail préparatoire de la COP 21 qui a lancé la mécanique des engagements en 2015. Qu’un dirigeant financier comme Henri de Castries, à l’époque patron d’AXA, prenne la parole pour annoncer l’exclusion du charbon de ses investissements était alors révolutionnaire. Cinq ans plus tard, l’urgence du passage à l’acte, rendu nécessaire par la multiplication des crises sanitaires et environnementales, met au pied du mur tous ceux qui ont prononcé des discours de ce type.

Ils doivent pouvoir prouver que leurs choix d’investissement ont fondamentalement changé sinon ils s’exposent à des réactions cruelles comme celle de Greta Thunberg lors du One Plante Summit et surtout à des poursuites juridiques tant les plaintes se multiplient contre l’inaction climatique. En France, le procès l’Affaire du Siècle fait de ce risque une réalité de plus en plus crédible.

L’article de Novethic est ici.

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Lecture : le guide des bonnes résolutions pour la planète

Reporterre  Un article de Reporterre, le 16/01/2021.

Avec « L’An vert », Stéphen Kerckhove propose, semaine après semaine, des bonnes résolutions à mettre en œuvre tout au long de l’année, pour laisser souffler la planète. Illustré par Red !, dessinateur bien connu des lecteurs Reporterre.

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  • Présentation du livre par son éditeur :

Un petit livre pratique, ludique et drôle pour adopter, semaine après semaine, des habitudes bénéfiques pour la planète !

J’arrête Amazon, j’arrête de prendre l’autoroute, j’arrête les pesticides, j’arrête les bouteilles d’eau en plastique, j’arrête les terrasses chauffées…

Parce qu’il faut laisser souffler la planète dès maintenant, ce petit livre propose, semaine après semaine, des bonnes résolutions à mettre en œuvre tout au long de l’année.

Alimentation, consommation, énergie, déchets, mais aussi écoblanchiment, publicité, information responsable… : L’An vert balaie tous les aspects de notre quotidien et livre des conseils pratiques pour nous mobiliser, ensemble, contre une société régie par l’hyperconsommation, l’immédiateté et la rentabilité.

Signé par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement et illustré par Red ! (bien connu des lecteurs de Reporterre), L’An vert allie la rigueur d’un militant écologiste à l’humour mordant d’un dessinateur de presse et séduira tant les écolos convaincu·es que les partisan·es du moindre effort !

L’article de Reporterre est ici.


  • L’An vert. 52 semaines pour sauver la planète, de Stéphen Kerckhove, illustré par Red !, éditions Le Passager clandestin, novembre 2020, 54 p., 7 €.
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Affaire du Siècle : la rapporteure publique reconnaît une faute de l’État dans la lutte contre le changement climatique

  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 15/01/2021.

C’était une audience très attendue. Deux ans après avoir lancé la pétition « L’Affaire du Siècle » raflant plus de deux millions de signatures, quatre associations environnementales avaient rendez-vous avec l’État devant le tribunal administratif de Paris. La rapporteure publique a reconnu la faute de l’État dans la lutte contre le changement climatique, marquant un préjudice écologique. Le juge doit rendre sa décision dans deux semaines.

Une affiche géante a été installée jeudi 14 avril sur les bords de Seine proclamant : « Nous sommes 2,3 millions » en référence à la pétition « l’Affaire du siècle ». @Nicolas Chauveau

« Il y a bien une faute de l’État à n’avoir pas respecté sa trajectoire » de réduction des émissions de gaz à effet de serre, a estimé la rapporteure publique dans l’Affaire du siècle, qui oppose quatre associations environnementales – Notre Affaire à tous, la Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace France et Oxfam France – à l’État. La magistrate propose ainsi au tribunal de reconnaître la « carence fautive » de l’État dans ce qu’elle a qualifié de « premier grand procès climatique en France ». L’audience se tenait jeudi 14 janvier devant le tribunal administratif de Paris, deux ans après la pétition qui avait battu tous les records avec plus de deux millions de signatures.

Estimant que la carence de l’État « est bien l’une des causes » du dommage dont les ONG demandent réparation, elle a proposé d’accorder un euro symbolique pour préjudice moral à trois des requérantes, excluant Notre Affaire à tous, dont l’action est trop récente. Elle a en outre reconnu le préjudice écologique résultant du non-respect de la trajectoire des émissions de gaz à effet de serre. « Le non-respect du calendrier n’est pas neutre, il implique des émissions supplémentaires, qui viennent aggraver le préjudice écologique », a-t-elle insisté.

Vers un préjudice écologique dans le droit administratif ? 

Dans un long plaidoyer, qui aura duré une heure trente, la rapporteure publique a cité les rapports alarmants des experts climat de l’ONU (Giec) sur les effets « graves et irréversibles » du réchauffement climatique, et a énuméré les canicules, les ouragans et les autres événements météo extrêmes subis par les Français. Elle a ainsi défendu la reconnaissance du préjudice écologique en droit administratif, alors qu’il est aujourd’hui circonscrit au droit privé. « Une proposition qui changerait la donne sur l’ensemble du territoire » , précise Marie Toussaint, co-fondatrice de Notre Affaire à tous, désormais eurodéputée écologiste.

Elle s’est notamment appuyée sur la décision du Conseil d’État de novembre dernier. Celui-ci avait estimé que la France avait dépassé les budgets carbone qu’elle s’était fixé et lui avait donné trois mois pour justifier de ses actions en matière de réduction des émissions de CO2. Dans la même lignée, la rapporteure propose au tribunal d’accorder un délai au gouvernement avant de l’« enjoindre à prendre différentes mesures pour faire cesser l’aggravation du préjudice écologique et atteindre ses objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre ».  

Un moment « historique »

« Nous vivons quelque chose d’historique. On a du mal à réaliser et on doit rester prudents, mais cette reconnaissance d’une carence de l’État, si elle est confirmée, pourrait sérieusement changer la donne, en termes de rapport de forces, de contraintes politiques et sociétales. Cela va être compliqué de faire comme si de rien était, il y aura un avant et un après jugement », a réagit Jean-François Julliard, le directeur de Greenpeace France, au cours d’une conférence de presse.

« C’est justement pour cela que nous avions créé l’association Notre affaire à tous en 2015 », a commenté, Cécilia Rinaudo, sa directrice générale. « Cette audience marque une avancée juridique sans précédent, elle s’inscrit dans le sens de l’histoire pour construire nos droits climatiques et environnementaux. C’est incroyable de voir que la rapporteure s’inscrit dans ce mouvement mondial pour la justice climatique. »

« On voit bien qu’il y a un durcissement de ton de la justice française envers l’État quand il ne respecte pas ses propres engagements, et derrière, le droit des populations à vivre dans un environnement sain », indique Marie Toussaint. « Le tribunal a l’occasion de prendre une décision historique, qui résonnera bien au-delà des frontières de la France ». Le jugement a été mis en délibéré et devrait être rendu dans deux semaines. L’État pourra faire appel de la décision.

L’article de Novethic est ici.

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One Planet Summit : 50 États sont désormais engagés à préserver 30 % de la planète d’ici 2030

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 12/01/2021.

La France organisait lundi 11 janvier un One Planet Summit consacré à la biodiversité. Elle a ainsi donné le coup d’envoi d’une année qui s’annonce décisive avec la tenue au second semestre de la COP15 sur la diversité biologique en Chine. Celle-ci doit aboutir à un nouvel accord mondial. L’un des objectifs désormais défendu par une cinquantaine de pays, est de placer 30 % de la planète sous protection d’ici 2030.

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Une trentaine de dirigeants sont intervenus lors du One Planet Summit biodiversité, organisé par l’Elysée lundi 11 janvier. capture d’écran

C’est l’un des objectifs phare de la prochaine COP15 sur la biodiversité, qui se tiendra au second semestre en Chine. Porté initialement par la France et le Costa Rica, au sein de la Coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples, il vise à protéger 30 % de la planète d’ici 2030, dit objectif « 30×30 ». Ce lundi 11 janvier, lors du One Planet Summit Biodiversité, organisé par Emmanuel Macron à l’Élysée, 50 États ont annoncé endosser à leur tour cet objectif. D’ores et déjà, 15 % des espaces terrestres et 7 % des océans sont sous protection.

« Au niveau international, aucun des objectifs fixés pour la décennie écoulée en termes de protection de la biodiversité n’a été atteint, a rappelé Emmanuel Macron. L’avenir, et celui de notre planète, dépend de ce que nous faisons ici et maintenant. Commencer l’année 2021 avec ce One planet Summit est très important car c’est l’année de la réconciliation de tous nos défis ». Il appelle à ce qu’un maximum de pays rejoigne cette coalition de l’ambition avant la COP15.

Le Brésil, la Chine ou encore l’Australie, grands absents

Parmi les pays engagés dans l’objectif 30×30, on trouve désormais l’Allemagne, le Canada, le Chili, la Colombie, la Finlande, la Grèce, l’Italie, l’Irlande, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Japon, le Pakistan, le Rwanda, les Émirats arabes unis ou encore la République démocratique du Congo, deuxième poumon écologique de la planète. Ensemble, ils abritent 30% de la biodiversité terrestre mondiale, un quart des réserves mondiales de carbone terrestre, 28 % des zones prioritaires de biodiversité océanique et plus d’un tiers des réserves de carbone océanique. Mais le Brésil, la Chine, la Russie, l’Indonésie et l’Australie, qui comptent d’importants réservoirs de biodiversité, font partie des grands absents.

L’implication des peuples autochtones dans la mise en place d’aires protégées est également un sujet d’inquiétude alors qu’ils sont les garants de 80 % de la biodiversité mondiale. « La France et le Costa Rica ont mis en place un groupe de travail avec les groupes et les ONG qui représentent les populations autochtones afin de déterminer des indicateurs pour la cible de 30 % qui offre des garanties aux représentants des populations autochtones et des communautés locales », a précisé Sanjayan Muttulingam, le directeur exécutif de Conservation International.

« De plus, alors que cela devrait être une priorité, le traité sur la haute mer, seul outil juridiquement contraignant pour protéger les océans et actuellement en discussion à l’ONU, n’a même pas été évoqué lors de ce sommet » déplore François Chartier, chargé de campagne Océans pour Greenpeace France. « Pour atteindre une protection de 30 % de l’océan, des aires marines protégées (AMP) devront être établies en haute mer », ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, a également réagi la coalition d’ONG High seas alliance. Prévue en mars dernier, la conférence de négociation finale sur le traité de la haute mer a été reportée en raison de la pandémie de coronavirus.

« Agenda de progrès »

Afin de montrer l’exemple, la France a confirmé qu’elle atteindrait l’objectif de 30 % d’espaces protégés dès 2022, dont 10 % sous protection forte, et a présenté sa stratégie nationale des aires protégées d’ici 2030. Le plan de relance propose en outre de replanter 7 000 km de haies autour des cultures sur les parcelles agricoles et à l’intérieur de celles-ci en deux ans, à hauteur de 50 millions d’euros. Paris lance aussi avec six autres pays la Coalition pour une Méditerranée exemplaires 2030 avec des actions visant la protection de la biodiversité, la pêche durable, la lutte contre la pollution marine et la durabilité du transport maritime.

L’Hexagone prend par ailleurs l’engagement d’orienter 30 % de sa finance climat bilatérale vers les solutions fondées sur la nature et lance avec l’Allemagne le programme de recherche-action Prezode (Prevention of the emergence of zoonotic diseases) dédié à la prévention de nouvelles pandémies issues de réservoirs animaux autour de l’approche One Health (une seule santé pour la biodiversité, les animaux et les hommes). Enfin le projet de grande muraille verte pour lutter contre la désertification au Sahel a recueilli 14,3 milliards de dollars.

« Certains vont rétorquer que ces sommets ne sont que du blabla, que ça ne va pas assez vite mais il y a des habitudes à changer, à bousculer. Je crois que si nous sommes précis et concrets avec des dates et des chiffres, comme nous l’avons été aujourd’hui, c’est extrêmement utile, en assurant un suivi et de la transparence sur les résultats. Ce qui a été fait aujourd’hui s’inscrit dans un agenda de progrès », a conclu le Président de la République. Il donne rendez-vous au Congrès mondial de la Nature, qui se tiendra à Marseille début septembre, pour un premier bilan.

L’article de Novethic est ici.

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Après la mort de Morgan Keane, l’impunité des chasseurs doit cesser

Un article de Reporterre, par Cinq amies de Morgan Keane, le 13/01/2021.


Les autrices sont cinq amies de Morgan Keane, le jeune homme tué par un chasseur le 2 décembre dernier, alors qu’il coupait du bois à proximité de sa maison. Après la mort de leur ami et à la suite des nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, elles ont découvert que les victimes de comportements abusifs liés à la chasse étaient nombreuses. Cela les a poussées à créer « Un jour un chasseur », d’abord sous la forme d’une boîte mél. destinée à recevoir des témoignages de ces abus, puis d’un compte Instagram et d’une page Facebook.


La mort de Morgan Keane, tué par un chasseur le 2 décembre, a libéré la parole sur les abus des pratiquants de cette activité meurtrière. Les autrices de cette tribune, amies du jeune homme disparu, racontent leur engagement pour abolir les privilèges d’une petite partie de la population des campagnes.

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Le 2 décembre dernier, en plein confinement, Morgan Keane était abattu par un chasseur alors qu’il coupait du bois tout près de sa maison. Il avait 25 ans et il aimait la vie, le monde et la nature. Les réactions ont été immédiates. Sur les réseaux sociaux, dans les médias, la presse ; partout, des témoignages de sympathie, de chagrin, de détresse. Et partout aussi cette colère, accentuée par la mort tragique de Morgan, mais qui ne date pas d’hier, et de là un constat, indéniable et nécessaire : trop, c’est trop.

Pour nous comme pour d’autres, la mort de Morgan a été un choc violent. Après le chagrin est venu le besoin impérieux d’agir, de changer les choses, vite, pour qu’un tel drame ne se reproduise plus, jamais. Mais comment faire, face à l’organisation calibrée des fédérations de chasseurs, à la puissance des lobbies et à l’absence totale de réaction du gouvernement, qui continue allègrement d’ignorer le sentiment d’injustice et d’insécurité d’une immense majorité de citoyens ?

Ce qui nous est apparu tout d’abord, c’est la nécessité de libérer la parole. D’oser enfin, publiquement, dire nos craintes, notre colère et notre impuissance.

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Hommage à Morgan Keane, à Carjac (Lot), samedi 5 décembre 2020.

Les inquiétudes et la peur viscérale ressenties en période de chasse, y compris par certains chasseurs 

Nous avons alors créé une boîte mel, destinée à recevoir des témoignages de comportements abusifs liés à la chasse. Très vite, les récits ont afflué ; nous avons pris conscience que le problème était bien plus profond que ce que nous avions imaginé, et nous avons décidé de publier ces témoignages sur les réseaux sociaux. En trois semaines, notre compte Instagram a largement dépassé les mille abonnés, et nous avons reçu d’innombrables marques de soutien de la part de particuliers comme d’associations, d’élus, de politiques, ou de personnalités publiques.

Les témoignages reçus, tous plus effarants les uns que les autres, relatent les inquiétudes et la peur viscérale ressenties en période de chasse, y compris par certains chasseurs, et font état de tout type d’infractions : maltraitance animale, non-assistance à personne en danger, violation de la propriété privée, chasse en-dehors des horaires réglementaires, menaces de mort, intimidation, insultes, coups et blessures, violation du droit de voisinage forestier, blessures mortelles par balle d’animaux domestiques, dans certains cas volontaires, et j’en passe. Si évidentes soient-elles, ces infractions ne font, sauf exception, l’objet d’aucun procès.

D’abord parce que la plupart des témoins souhaitent garder l’anonymat par peur de représailles et n’osent pas porter plainte. Et comment ne pas les comprendre, lorsque ceux que l’on souhaite dénoncer sont non seulement lourdement armés, mais également protégés par les institutions, les autorités et le président de la République, Emmanuel Macron, qui avance main dans la main avec Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, et œuvre en faveur des chasseurs depuis son élection, au détriment des habitants et usagers des campagnes.

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Ensuite parce que ceux qui osent dénoncer ne sont généralement pas écoutés, et voient leur plainte classée sans suite, leur lettre recommandée laissée sans réponse, leurs appels à l’aide ignorés. Cette indifférence collective pose question, mais la raison, bien qu’inexcusable, en est simple : les chasseurs sont partout, jusque dans les mairies, les gendarmeries, les préfectures, les tribunaux, le Parlement.

Enfin parce qu’il est souvent difficile de déterminer les responsabilités de chacun, tant les règles qui régissent la chasse sont flottantes et changeantes selon les départements, le type de chasse, la période de l’année, etc. S’il n’est pas impossible de les connaître, il est très compliqué d’y voir clair, entre règles internes aux fédérations de chasseurs, prescriptions de l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage) et arrêtés préfectoraux. A-t-on le droit de se déplacer en véhicule lors d’une battue ? De contacter ses collègues par téléphone ? D’être posté à moins de cent mètres d’une habitation ? De nourrir les animaux sauvages ? De les élever ? L’auteur d’un tir dans le mur d’une maison peut-il être puni par la loi ?

Et lorsqu’elles existent, on est en droit de douter de l’efficacité de ces règles, aux dires de certains chasseurs qui évoquent l’adrénaline ressentie lors de leurs parties de chasse, adrénaline qui rendrait les hommes incapables de maîtrise de soi. De quoi être rassurés…

Comment peut-on comparer la chasse au fait de prendre sa voiture pour aller travailler ou chercher ses enfants à l’école ?

Ajoutez à ces difficultés le corporatisme des chasseurs et l’omerta qui règne au sein même des fédérations de chasseurs, et vous obtenez la recette parfaite d’une longue histoire d’impunité judiciaire et sociale.

La dépénalisation des comportements abusifs liés à la chasse pousse bon nombre de chasseurs à nier la responsabilité collective de l’insécurité ressentie par la population. S’ils ne peuvent que regretter un accident lorsqu’il s’en produit un, beaucoup d’entre eux nous opposent l’un de leurs arguments favoris : pourquoi ne pas supprimer les voitures, les vélos ou les piscines, qui sont tout aussi dangereux et provoquent bien plus de morts que la chasse ? Cet argument absurde est aussi indéfendable que ridicule. Comment peut-on comparer la chasse au fait de prendre sa voiture pour aller travailler ou chercher ses enfants à l’école ?

Il n’y a rien d’anodin dans le fait de sortir dans la nature avec une arme de guerre à la main, dont la fonction est d’entraîner la mort. C’est vrai, il y a mille façons de mourir, mais il n’y en a guère de plus cruelle que celle de se faire tuer chez soi ou en se baladant dans les bois, lors d’une activité supposée sans risque, à cause d’une autre activité à laquelle on ne prend pas part.

Nous demandons aux élus locaux, aux députés, aux ministres, à monsieur le président de la République, Emmanuel Macron, de prendre enfin leurs responsabilités. Parce qu’on ne va pas se taire, plus maintenant, parce qu’il est grand temps de cesser de privilégier un groupe d’individus au détriment d’une écrasante majorité qui a peur de sortir de chez elle et qui n’a pas d’autre arme que sa voix pour lutter contre cette injustice. Car si un million et quelques de chasseurs représentent un argument électoral de taille, nous sommes bien plus nombreux à souhaiter voir changer en profondeur des lois qui, de toute évidence, ne garantissent ni notre sécurité ni notre bien-être, et sont loin d’être adaptées à notre société actuelle, qui n’est plus celle des siècles passés.

L’article de Reporterre est ici.

Reporterre

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Projet de loi Convention climat : les 10 principales mesures à retenir

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 09/01/2021.

Très attendu, le projet de loi issu de la Convention citoyenne pour le climat a été dévoilé vendredi 8 janvier. Il contient 65 articles qui reprennent les annonces déjà faites par le gouvernement sur la fin des vols intérieurs en cas d’alternative ferroviaire, la réduction des engrais azotés ou l’interdiction à la vente de voitures très polluantes dès 2030. Le texte passera finalement en Conseil des ministres le 10 février pour discussion à l’Assemblée nationale fin mars.

Ecology Law

Le texte passera finalement en Conseil des ministres le 10 février. @wildpixel

1) Les énergies fossiles privées de publicité

La Convention citoyenne pour le climat défendait l’interdiction de la publicité pour les produits les plus émetteurs. Seules les énergies fossiles sont finalement concernées. Pour le reste, un code de bonne conduite devra transcrire les engagements pris au sein d’un « contrat climat » entre les médias, les annonceurs et le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Les avions publicitaires sont interdits et une expérimentation proposée pour mettre fin aux publicités dans les boites aux lettres, sauf en cas de mention « Oui pub ».

2) 20 % de vrac en 2030

Le projet de loi fixe un objectif de 20 % de surfaces de ventes consacrées à la vente en vrac d’ici 2030 dans les grandes et moyennes surfaces, c’est-à-dire les commerces de plus de 400 mètres carrés. Il s’agit de contribuer à la réduction des déchets, notamment plastiques. Par ailleurs, la consigne pour le verre sera généralisée à partir de 2025.

3) Des zones à faibles émissions plus nombreuses

L’instauration de zones à faibles émissions sera obligatoire dans les agglomérations métropolitaines de plus de 150 000 habitants d’ici le 31 décembre 2024. Les voitures les plus polluantes pourront y être interdites dès 2023 en cas de mauvaise qualité de l’air.

4) Un jalon à 2030 vers la fin des véhicules les plus polluants

Au 1er janvier 2030, la vente des voitures particulières émettant plus de 95 grammes de CO2/km sera interdite. Actuellement, cette moyenne s’établit à 120 gCO2/km. C’est un jalon intermédiaire vers la fin de la vente des voitures particulières et des véhicules utilitaires légers neufs utilisant des énergies fossiles, prévue en 2040.

5) Une suppression progressive de la TICPE

Le texte vise à supprimer progressivement l’avantage fiscal sur la TICPE (taxe intérieure de consommation des produits énergétiques) entre 2023 et 2030. C’est aujourd’hui la principale subvention accordée aux énergies fossiles par le gouvernement. Elle représente chaque année plus de 6 milliards d’euros.

6) Les vols intérieurs limités et compensés

Les liaisons aériennes disposant d’une alternative ferroviaire en moins de 2h30 sont interdites, sauf en cas de correspondance. Par ailleurs, tous les vols intérieurs devront être compensés à 100 % d’ici 2024. Et le gouvernement se réserve le droit d’augmenter la taxe de solidarité sur les billets d’avions, lorsque le trafic aura retrouvé son niveau de 2019. Enfin, les projets de nouveaux aéroports ou d’extensions ne pourront être déclarés d’utilité publique s’ils entraînent une hausse des émissions par rapport à 2019.

7) Gel des loyers et interdiction de location pour les logements les plus énergivores

Lorsqu’un logement très consommateur d’énergie fait l’objet d’une nouvelle location, le loyer du nouveau contrat de location ne pourra excéder le dernier loyer appliqué. En outre, la location des passoires thermiques sera interdite à partir de 2028. Les 150 réclamaient l’obligation de rénovation énergétique des bâtiments d’ici à 2040.

8) Le rythme de l’artificialisation des sols divisé par deux

La France s’engage à réduire l’artificialisation des sols, en se fixant comme objectif de ne pas dépasser d’ici dix ans la moitié de la consommation d’espace réelle observée sur les dix dernières années et à poursuivre l’objectif de zéro artificialisation nette. Un rapport annuel sur l’artificialisation des sols devra être remis au niveau de chaque commune ou intercommunalité. Les grandes surfaces commerciales en périphérie ne seront plus autorisées, avec toutefois des dérogations possibles en dessous de 10 000 mètres carrés. Les entrepôts d’e-commerce ne sont pas concernés.

9) Une trajectoire de réduction des engrais azotés

Le projet de loi prévoit la mise en place d’une trajectoire de réduction des émissions liées à l’utilisation des engrais azotés dans le secteur agricole. Si les objectifs ne sont pas atteints en 2024, une redevance pourra être instaurée avec une entrée en vigueur l’année suivante. L’objectif est d’atteindre une réduction de 13 % d’ici 2030 par rapport à 2005.

10) Un délit d’écocide est créé

Conformément à ce qui avait été annoncé fin novembre, le projet de loi étend le délit de pollution des eaux à la pollution des sols et de l’air. Il concerne tout rejet d’une substance entraînant, même de manière temporaire, des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la flore ou à la faune. Mais aussi le fait de jeter ou abandonner des déchets en quantité importante dans la nature. Une obligation de réparation peut en outre être exigée dans le cadre d’une convention judiciaire écologique. Les peines les plus lourdes prévoient dix ans de prison et 4,5 millions d’euros d’amende.

L’article de Novethic est ici.

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Le Conseil d’État interdit aux maires de réglementer les pesticides

  Un article de Reporterre, le 06/01/2021.

Dans une décision rendue le mardi 5 janvier, le Conseil d’État indique que les maires n’ont aucune compétence pour réglementer l’utilisation des pesticides, rapporte Actu-environnement. Cette décision intervient après un pourvoi de la commune d’Arcueil (Val-de-Marne), dont le maire avait pris un arrêté anti-pesticides, à l’instar de beaucoup d’autres maires en France.

Photo d’illustration.

Si le Code général des collectivités territoriales habilite le maire à prendre les mesures de police générale nécessaires au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité et à la salubrité publiques, « celui-ci ne peut légalement user de cette compétence pour édicter une réglementation portant sur les conditions générales d’utilisation des produits phytopharmaceutiques qu’il appartient aux seules autorités de l’État de prendre », estime le Conseil d’État.

Ce mouvement d’édiles, prenant des arrêtés interdisant l’épandage de pesticides à proximité des habitations, avait été lancé par le maire de la commune de Langouët (Ille-et-Vilaine) en mai 2019. Ces arrêtés avaient été quasi systématiquement contestés par les préfets, et cassés par les tribunaux administratifs.

Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative, conforte donc ces décisions. Pour justifier sa décision, il estime notamment que c’est au législateur « de créer un cadre juridique commun pour parvenir à une utilisation des pesticides compatible avec le développement durable, alors que les effets de long terme de ces produits sur la santé restent, en l’état des connaissances scientifiques, incertains ». La haute juridiction met aussi en avant la procédure de délivrance des autorisations de mise sur le marché. L’autorité sanitaire, l’Anses, peut délivrer ces autorisations « s’il est démontré, à l’issue d’une évaluation indépendante, que ces produits n’ont pas d’effet nocif immédiat ou différé sur la santé humaine », assurent les juges.

L’association Générations futures se dit déçue mais pas vraiment surprise de la décision du Conseil d’État. « Le maire restera et doit rester un recours pour les riverains qui constatent le non-respect de la règlementation », insiste Nadine Lauverjat, coordinatrice de l’association.

L’article de Reporterre est ici.

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Loi Climat, Green Deal, COP : 2021 s’annonce décisive pour le climat, la biodiversité et l’environnement

  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 04/01/2021.

Avec le report de tous les événements prévus l’année dernière en raison de la pandémie de Covid-19, c’est finalement l’année 2021 qui sera cruciale pour la planète. Sur le plan français, nous attendons une ambitieuse loi climat tandis que la Commission européenne concrétisera à la fin du premier semestre son Green Deal. Au niveau international, la fin de l’année verra la tenue des COP sur le climat, la biodiversité et la désertification, avec de forts engagements attendus de la part des États.

Loi Climat, Green deal européen, COP internationales : plusieurs échéances importantes sont attendues en 2021. @CC0

Une loi climat très attendue en France

Le début de l’année 2021 va être marqué en France par la présentation, fin janvier en Conseil des ministres, du projet de loi Climat issu des travaux de la Convention citoyenne. Celui-ci a fait l’objet de premiers arbitrages début décembre. Mi-décembre, le Conseil national de la transition écologique devait se prononcer sur le texte mais le gouvernement n’a pas pu le transmettre dans les temps, si bien que la réunion a été reportée au 5 janvier.

Le Président de la République a par ailleurs donné son feu vert à la tenue d’un référendum pour faire entrer le climat, la biodiversité et l’environnement dans l’article 1er de la Constitution. Un projet de réforme constitutionnelle doit être présenté en même temps que le projet de loi climat. Leur examen au Parlement est prévu en mars pour un vote avant l’été.

La concrétisation du Green deal européen

D’ici juin 2021, dans le cadre de son Green Deal, la Commission européenne va présenter un paquet législatif permettant d’aligner l’Union européenne avec son nouvel objectif de réduction des émissions de -55 % à 2030. Elle souhaite notamment étendre le marché carbone au transport routier et aux bâtiments, durcir les normes d’émissions de CO2 pour les véhicules et les camionnettes à l’horizon 2030 et lancer un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.

En parallèle, la loi européenne sur le climat devra entériner l’objectif de neutralité carbone en 2050 et intégrer les nouvelles ambitions pour 2030. Les eurodéputés se sont pour leur part prononcés en faveur d’une réduction de 60 % des émissions de gaz à effet de serre pour 2030.

L’année de toutes les COP 

À l’échelle internationale, la fin de l’année verra se tenir les COP des trois conventions de Rio, sur le climat (du 1er au 12 novembre), la biodiversité et la lutte contre la désertification. Des décisions importantes doivent y être prises. Les États du monde entier devront se fixer de nouveaux objectifs post-2020 en matière de protection de la nature lors de la COP15 sur la biodiversité qui devrait se tenir en octobre en Chine. Pour préparer cette conférence, la France organisera, à la rentrée (du 3 au 11 septembre), le Congrès mondial de la nature à Marseille. Et le 11 janvier, elle tiendra un One Planet Summit spécial biodiversité.

En novembre, la communauté internationale se retrouvera à Glasgow, en Écosse, pour la COP26 sur le climat. Celle-ci doit acter la relève de l’ambition conformément à l’Accord de Paris alors que de premiers engagements ont été pris le 12 décembre dernier, lors d’un sommet de l’ambition. En amont de ces trois COP, Emmanuel Macron propose qu’un sommet soit organisé à New York « pour leur donner une impulsion décisive et aboutir à des résultats tangibles ».

L’article de Novethic est ici.

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En Sologne, pour la chasse, des kilomètres de grillages étouffent la forêt

  Un article de Reporterre, par Ève Guyot, le 29/12/2020.

Dans la forêt de Sologne, dans le Centre-Val de Loire, le nombre de clôtures a explosé et empêche animaux — et promeneurs — de circuler librement. Des associations se mobilisent, ainsi que certains politiques. « Les propriétaires de bois se barricadent pour s’adonner librement à des pratiques cynégétiques intolérables », réagit un député.

Quand il vadrouille en forêt, Raymond Louis a toujours un mètre-ruban dans la poche. Ce samedi de novembre, alors qu’il arpente un chemin communal à quelques kilomètres de Brinon-sur-Sauldre, une clôture l’interpelle. « Elle fait plus de deux mètres de hauteur », dit-il, exaspéré. En 1998, ce terrassier de profession a fondé avec son épouse, Marie, l’association Les amis des chemins de Sologne pour que la nature y demeure libre et accessible à tous. La Sologne, immense forêt qui couvre le Loiret, le Loir-et-Cher et le Cher, a toujours été quadrillée par de grandes propriétés, mais le nombre de clôtures a explosé ces dernières années : pour cinq mille kilomètres carrés de bois, on compte près de quatre mille kilomètres de grillages.

Les derniers signalements d’« engrillagement » datent du printemps 2020. Sur son site internet, où elle recense les nouvelles clôtures de la région, l’association n’a pas hésité à citer les domaines du célèbre coiffeur Franck Provost ou de Benjamin Tranchant, l’héritier de l’empire des casinos Tranchant, qui s’apprête à fermer son parc de mille hectares, à Chaumont-sur-Tharonne (Loir-et-Cher). « Les propriétaires sont dans leur droit, dit ce dernier à Reporterre. C’est une question de sécurité : j’ai constaté de trop nombreuses intrusions et dégradations de mes biens. » Pour lui, les clôtures protègent aussi les automobilistes du gibier et, en empêchant l’accès aux bois, évitent aux promeneurs d’être victimes de balles perdues lors de ses séances de chasse ou de ball-trap.

Marie et Raymond Louis, à la tête des Amis des chemins de Sologne depuis 1998.

« Même les plus petites bêtes ne peuvent plus circuler ou migrer librement »

Sur le terrain, certaines de ces « protections » s’apparentent à des murailles soigneusement pensées : des bavolets de défense, du fil barbelé et parfois même une fine maille enterrée dans le sol. « Il ne s’agit pas seulement de délimiter sa propriété : même les plus petites bêtes ne peuvent plus circuler ou migrer librement. Certaines se mettent alors à errer sur la route, d’autres se prennent dans les grillages », raconte Raymond, qui évoque aussi la pollution visuelle dont se plaignent régulièrement les promeneurs.

Ces barrières qui font obstacle aux continuités écologiques et entravent aussi le travail des pompiers ou l’étude scientifique, ont fait l’objet d’un vaste programme d’études baptisé Dysperse et mené par l’Inrae (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture) entre 2012 et 2015. Son bilan préoccupant avait alerté pour la première fois les acteurs politiques locaux et nationaux, si bien qu’en août 2019, une mission commandée par le ministère de la Transition écologique avait donné lieu à une série de recommandations pour protéger la nature solognote.

Pour 5.000 kilomètres carrés de bois, on compte près de 4.000 kilomètres de grillages.

Au mois de décembre suivant, la région a donc voté un premier amendement au Sraddet, le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, soumettant les grillages à certaines conditions, dont une hauteur de 120 centimètres maximum. Mais la disposition ne sera applicable sur une commune que lorsque son plan local d’urbanisme (PLU) l’aura adoptée. La période de latence, pouvant durer cinq ans, permet ainsi à certains propriétaires d’accélérer leur claustration.

Peu convaincus par une mesure « presque contreproductive », les acteurs associatifs ont choisi un autre moyen d’action, recourant à des personnalités connues, comme le réalisateur solognot Nicolas Vannier. Celui-ci a coécrit, en avril 2020, une lettre à la ministre de la Transition écologique.

Sur les bancs de l’Assemblée nationale, François Cormier-Bouligeon — député La République en marche du Cher et membre des Amis des chemins de Sologne — cherche à vider l’engrillagement de son intérêt. « La majorité des propriétaires se barricadent pour s’adonner librement à des pratiques cynégétiques intolérables », déclare la proposition de loi qu’il a récemment rédigée. Elle prévoit d’interdire la « chasse en enclos » et les méthodes concomitantes, telles que l’agrainage ou l’affouragement — le fait de nourrir le gibier avec des graines ou du fourrage.

Dans les « enclos de chasse », dont l’installation lourde et coûteuse est réservée aux plus aisés, les propriétaires peuvent organiser, toute l’année durant, des parties de chasse au succès presque garanti. Parmi les dérives régulièrement citées par les invités : un nourrissage qui vire à l’apprivoisement et des tableaux de chasse démesurés qui laissent de véritables charniers. La coupure avec l’environnement extérieur pose deux autres problèmes : la reproduction génétique et le risque d’importation de gibier, notamment des sangliers originaires de l’Europe de l’Est, où sévissent des virus comme la peste porcine africaine ….

La suite de l’article de Reporterre est ici.

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Un projet de parc solaire compte détruire mille hectares de forêt en Gironde

  Un article de Reporterre, le 24/12/2020.

Un gigantesque projet de parc solaire de 1.000 hectares pourrait bientôt voir le jour dans la commune de Saucats, en Gironde. Les entreprises Engie et Neoen envisagent de développer dans la forêt une plateforme de panneaux photovoltaïques, ainsi qu’une unité de production « d’hydrogène vert », un stockage de batterie et une production agricole. Coût estimé du projet, baptisé Horizéo : un milliard d’euros.

Les ménages sont les principaux porteurs de projets de transition énergétique, notamment du fait des travaux liés à leur logement.

Le porte-parole du projet, Mathieu Le Grelle, a estimé au micro de France Bleu Gironde qu’avec cette taille, le parc solaire pourrait alimenter « l’équivalent de la consommation d’électricité de 600.000 habitants ». L’énergie devrait toutefois être revendue directement à des industriels et des entreprises.

Un défrichement prévu de 1.000 hectares de pins

Daniel Delestre, président de la Sepanso (une fédération régionale d’associations de protection de la nature et de l’environnement), a cependant estimé auprès de France Bleu Gironde que ce parc Horizéo était le « projet de la démesure ». Pour le réaliser, il faudrait défricher 1.000 hectares de pins. « Tout montre que la forêt est un élément essentiel dans la protection de la biodiversité et du climat », a poursuivi Daniel Delestre.

Des mesures compensatoires sont prévues par les porteurs du projet, qui ne convainquent pas la Sepanso : « Ce n’est pas supprimer le béton des parkings, enlever le bitume des routes pour renaturaliser les espaces. On va choisir des endroits où il y a déjà de la forêt, et replanter des petits pins », a dénoncé son président.

La plus grande centrale photovoltaïque française actuelle occupe 250 hectares

À l’heure actuelle, le plus grand centre photovoltaïque de France et d’Europe se situe à Cestas, en périphérie de Bordeaux et à une quinzaine de kilomètres de Saucats. Il occupe une superficie de quelque 250 hectares – bien loin des 1.000 prévus pour Horizéo.

De plus en plus de projets de parcs photovoltaïques rencontrent des oppositions. À Montcuq-en-Quercy-Blanc (Lot), des habitants luttent contre un projet de centrale sur 66 hectares de terres agricoles. À Nevers (Nièvre), le président de la chambre d’agriculture prévoit d’installer au sol des panneaux photovoltaïques sur 4.000 hectares de terres agricoles (soit quatre fois plus que le projet girondin), pour financer des retenues d’eau.

À l’inverse, certaines initiatives de taille modeste rencontrent le succès, comme à Brengues, dans le Lot, où l’électricité solaire est produite par une coopérative citoyenne.

L’article de Reporterre est ici.

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Heathrow, Roissy… En période de crises climatique et sanitaire, les extensions d’aéroport font controverse

Novethic  Un article de Novethic, par Arnaud Dumas, le 23/12/2020.

Les deux plus gros aéroports européens, Heathrow à Londres et Roissy à Paris, ont des projets d’extension dans les cartons qu’ils comptent bien mener à leur terme. La Cour suprême d’Angleterre a ainsi annulé l’interdiction pour motifs environnementaux de construire une troisième piste à Heathrow. L’équation économique et écologique de ces projets a pourtant été chamboulée par la crise sanitaire, qui a vu le trafic aérien chuter et la demande pour une relance plus verte se faire plus forte.

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Avant la crise sanitaire, près de 80 millions de passagers par an fréquentaient l’aéroport d’Heathrow, près de Londres. @heathrowairport

La Cour suprême britannique a finalement rejeté la décision du mois de février de la Cour d’appel, qui interdisait le projet d’extension de l’aéroport d’Heathrow, dans l’ouest-londonien, pour des raisons environnementales. La haute juridiction estime que le gouvernement de l’époque, en 2018, n’avait pas à se conformer aux objectifs de l’Accord de Paris dans sa stratégie pour développer le transport aérien. Elle a donc validé la possibilité de construire une nouvelle piste.

Le projet d’extension d’Heathrow, l’aéroport le plus fréquenté d’Europe, est chiffré à plus de 15 milliards d’euros, financés par les propriétaires de la société de gestion de l’aéroport, dont le fonds souverain chinois ou encore la société d’infrastructure espagnole Ferrovial. La construction de cette troisième piste vise à porter le nombre de passagers annuels à 130 millions, contre 78 millions avant la crise.

« La demande pour l’aviation va se remettre du Covid »

Cette décision juridique intervient dans un contexte particulier pour le transport aérien. En raison de la pandémie de Covid-19, le trafic s’est en effet effondré partout sur la planète. Plusieurs compagnies aériennes ont dû faire appel au gouvernement pour assurer leur survie, les constructeurs aéronautiques ont commencé à réduire leurs effectifs, et les aéroports ont été désertés. Le retour à des niveaux de trafic d’avant crise n’est pas prévu avant plusieurs années, entre 2024 et 2027 selon Aéroports de Paris (ADP). En parallèle, alors que la demande pour des plans de relance plus verts se fait plus présente, le secteur aérien est de plus en plus pointé du doigt pour son empreinte carbone élevée.

Une extension d’aéroport en pleine crise paraît donc pour le moins incongrue. Pour Heathrow Airport le projet reste pourtant valable. « La demande pour l’aviation va se remettre du Covid« , a assuré un porte-parole du groupe juste après la décision de la Cour suprême. Selon lui, Heathrow s’est engagé à la neutralité carbone et l’extension est conforme à cette stratégie. Ce que réfute Friends of The Earth. L’ONG britannique, qui faisait partie des plaignants ayant remporté la manche devant la Cour d’appel, ne veut pas s’avouer vaincue. Elle a lancé une pétition pour faire pression sur le gouvernement, rappelant que le Premier ministre peut encore revenir sur la politique gouvernementale ayant soutenu ce projet d’extension.

Même polémique à Roissy

De l’autre côté de la Manche, l’aéroport de Roissy, au nord de Paris, est sujet à une polémique similaire. Concurrent acharné d’Heathrow en termes de transport de passagers, Roissy aussi veut son extension, alors que le gouvernement français a décidé d’interdire les vols intérieurs lorsqu’une alternative en train existe. L’agrandissement prévu du Terminal 4 doit permettre d’accueillir jusqu’à 40 millions de passagers supplémentaires par an.

Ce projet d’ADP, propriétaire de l’infrastructure aéroportuaire, est lui-aussi attaqué par des associations écologistes devant les tribunaux. L’Autorité environnementale a par ailleurs rendu un avis, début juillet, jetant le doute sur la conformité du projet avec les objectifs climatiques de la France. Même la navette Charles-de-Gaulle-Express, censée relier l’aéroport à la capitale, a été rejetée par le juge administratif de Montreuil car estimée non indispensable.

L’extension du terminal T4 a enfin perdu un soutien de poids cet été. Jean-Baptiste Djebbari, le ministre délégué au Transport, a estimé que le projet d’extension devait « être revu en profondeur ». La crise du Covid-19 et la baisse du trafic aérien remettent en cause l’équation économique de cette extension, dont le coût est estimé entre 7 et 9 milliards d’euros.

L’article de Novethic est ici.

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Le tribunal de Rennes reconnaît trois victimes des pesticides

  Un article de Reporterre, le 22/12/2020.

Le tribunal judiciaire de Rennes a, lundi 21 décembre, reconnu le bien-fondé des demandes de trois personnes victimes des pesticides. Une procédure accompagnée par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest, qui s’est félicité de cette victoire dans un communiqué.

Photo d’illustration.

L’association y détaille les trois cas ayant obtenu un jugement favorable du pôle social du tribunal de Rennes :

  • « Jean Claude, technicien semences, obtient la reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur, la coopérative AGRIAL ; Jean Claude souffre de la maladie de Parkinson et a été reconnu en maladie professionnelle en octobre 2016.
  • Édith, salariée dans des serres à tomates à Amanlis (35), est reconnue en maladie professionnelle pour Parkinson, reconnaissance que lui avait refusée la MSA [Mutualité sociale agricole, sécurité sociale de l’agriculture] Portes de Bretagne. Elle souffre de cette maladie depuis l’âge de 50 ans.
  • Christophe, paysan, est reconnu en maladie professionnelle pour un glioblastome (tumeur cérébrale), maladie hors-tableau du régime agricole des maladies professionnelles. Christophe est décédé le 23 mars 2020 à l’âge de 43 ans.

Cette reconnaissance ouvre la voie, nous l’espérons, aux trois autres demandes de reconnaissance en cours pour des paysans et paysannes décédés de tumeurs cérébrales. »

Cette reconnaissance ouvre le droit à des compensations financières et à des aides, pour les personnes malades ou leur famille.

L’article de Reporterre est ici.

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Bonne et heureuse année 2021

L’association Anor Environnement vous souhaite de passer les fêtes de Nouvel An dans la joie, malgré les désagréments consécutifs aux restrictions imposées par la pandémie. Que vous et ceux qui vous sont chers puissiez surmonter les difficultés qui s’annoncent en vivant cette année dans la paix et le bonheur.

Bonne année 2021

Pour notre association, l’année écoulée a été marqué par la décision du Conseil d’État de ne pas admettre le pourvoi de Jeferco, confirmant de facto l’arrêt de la Cour d’Appel de Douai et mettant fin au premier projet de ce promoteur.

Le second projet est contesté devant le Tribunal Administratif de Lille depuis le 28 février 2019. L’instruction est close depuis le 30 janvier 2020 et rien n’a changé depuis cette date. En effet, du fait de la pandémie, le tribunal est encombré et une décision est attendue en 2021.

Merci à toutes celles et tous ceux qui lisent ce blog

et soutiennent Anor Environnement.

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De 1960 à aujourd’hui, des vœux présidentiels à haut risque

Novethic  Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 26/12/2020.

Les vœux présidentiels de fin d’année sont un exercice incontournable pour tout chef d’État. Cette tradition, lancée en 1960 par le général Charles de Gaulle est suivie par des millions de Français. En cette année plombée par le Covid-19, l’enjeu est important pour Emmanuel Macron. Le Président devra redonner espoir aux citoyens, harassés par cette pandémie interminable.

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Les vœux présidentiels sont nés avec Charles de Gaulle, sous la Vème République. Capture d’écran INA

C’est un rituel auquel le Président Emmanuel Macron va se plier le 31 au soir, les vœux présidentiels étant un incontournable des fêtes de fin d’année. Inaugurés en 1960 par le Général Charles de Gaulle, ils ont été retransmis à la télévision depuis son bureau de l’Élysée. En pleine Guerre froide, son discours est un appel à « défendre le monde libre » mais c’est surtout un « oui franc et massif » au référendum de l’autodétermination de l’Algérie. Si Charles de Gaulle a choisi d’orienter son discours sur l’international, c’est qu’il répond aux sujets qui animent les Français en 1960.

Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy… tous les Présidents se sont depuis pliés à cet exercice. L’objectif est de faire un bilan de l’année et d’apporter une vision sur celle qui arrive. Pour Emmanuel Macron, l’enjeu est de taille. Le chef de l’État, qui a lieu même été testé positif au Covid-19 et placé en isolement pendant sept jours, devra redonner espoir à des millions de Français fatigués par la pandémie et ses conséquences.

Un discours pour redonner espoir

Dans un communiqué, le Président de la République a déjà souhaité aux Français de « joyeuses fêtes » et « tient à quelques heures de Noël, à rappeler l’importance des gestes barrières » et de la « limitation du nombre de contacts quotidiens face à cette épidémie ». Alors que le risque de troisième vague est de plus en plus important, les fêtes pourraient en effet accélérer la hausse des contaminations en France. Si les vœux présidentiels ne sont habituellement pas le moment de grandes annonces, Emmanuel Macron, devra, comme l’année dernière, faire passer un message d’apaisement.

Le président a en effet l’habitude des crises. En 2019, en pleine colère des Gilets jaunes, il avait tenu un discours appelant à l’optimisme. « L’apaisement doit primer sur l’affrontement », avait-il alors déclaré. Cette année, alors que les inégalités ont explosé, la pauvreté augmenté, les restaurants, musées et cinémas baissé le rideau… il en faudra davantage pour calmer les tensions.

L’article et les vidéos de Novethic sont ici.

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Centrale thermique de Cordemais : l’avis contrasté de l’Autorité environnementale sur le projet Écocombust

626  Un article de Ouest France, par Presse Océan, le 27/09/2020.

Dans son avis en date du 23 septembre, l’Autorité environnementale émet plusieurs recommandations sur le projet de transition de la centrale thermique de Cordemais. Et insiste sur les incertitudes.

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La centrale EDF de Cordemais, près de Nantes.

Saisie par le préfet de Loire-Atlantique, le 24 juin dernier, sur le projet Écocombust mené par EDF à la centrale thermique de Cordemais, l’Autorité environnementale (Ae) vient de rendre son avis en formulant de nombreuses recommandations.

Le projet porté par EDF et soutenu par les salariés et de nombreux élus locaux consiste, pour répondre à l’arrêt programmé de la centrale dans le cadre de la transition énergétique et maintenir une sécurité d’approvisionnement en électricité de la Bretagne, à faire évoluer les deux tranches charbon de la centrale de Cordemais. Ces dernières fonctionneraient avec un mélange de 80 % de « black pellets » composés de déchets de bois et 20 % de charbon. Pour ce faire, EDF souhaite construire une unité de fabrication de « black pellets » et modifier les installations de combustion.

Quid du projet après 2026 ?

L’Ae recommande d’apporter des précisions sur le devenir du projet après 2026, date d’arrêt de la centrale, de fournir une analyse approfondie des alternatives et de justifier de façon plus complète au regard de leurs incidences sur l’environnement les choix du projet (échéances, taux de fonctionnement, combustibles, mode d’approvisionnement, traitement des déchets de bois).

Une meilleure quantification des émissions de gaz à effet de serre

Par ailleurs, elle recommande entre autres une meilleure quantification des émissions de gaz à effet de serre, une description plus complète des produits contenus dans les déchets de bois ou issus de leur transformation susceptible d’être à l’origine de pollutions, une analyse plus complète des impacts et des risques liés aux rejets en milieux aquatiques, un engagement explicite de ne pas utiliser de bois brut et une description plus détaillée des deux scénarios de l’étude de dangers liés à Ecocombust. 

Beaucoup d’incertitudes

L’Autorité environnementale souligne que le caractère encore en développement du procédé retenu pour la fabrication de pellets génère cependant beaucoup d’incertitudes, en particulier au niveau des caractéristiques des effluents liquides et gazeux, des dispositifs de traitement associés et des quantités d’effluents qui seront in fine rejetés au milieu naturel ou produites sous forme de déchets solides et de boues.

 

L’article de Ouest France est ici.

Commentaire :

Le projet Ecocombust, porté par EDF pour cette centrale de Cordemais, est identique à celui soutenu par Jeferco à Anor : fabriquer du pellet à partir de déchets de bois (bois de classe B). L’Ae des Pays de la Loire émet beaucoup de recommandations et met en évidence des incertitudes et inquiétudes concernant ce pellet industriel sans norme. En revanche, la Mission Régionale d’Autorité Environnementale (MRAE) des Hauts-de-France a émis en 2018 un avis favorable « confirmant le bien fondé du projet Jeferco », selon Jeferco – voir le commentaire dans l’article ci-joint.

Pourquoi la MRAE n’a-t-elle pas, elle aussi, souligné le caractère en développement et théorique du procédé de fabrication de ce pellet ? Au risque de faire naître un doute sur son impartialité ! 

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Bon réveillon et joyeux Noël

 

Joyeux Noël-03

 

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Veillée d’armes pour sauver l’ONF

Reporterre  Un article de Reporterre, par Thierry Gadault et Franck Dépretz, le 18/12/2020.

Faute d’un soutien de l’État, l’Office national des forêts va devoir augmenter sa dette, pour combler d’importantes pertes financières. Les syndicats dénoncent une étape supplémentaire dans le démantèlement de l’établissement public et ont organisé une action à un siège régional de l’institution, à Nancy.

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Sous couvert de réunion syndicale, une dizaine de militants syndicalistes membres de Snupfen (Syndicat national unifié des personnels des forêts et de l’espace naturel) Solidaires et une équipe de militants associatifs de Canopée – Forêts vivantes, avec à leur tête Sylvain Angerand, le coordinateur des campagnes de l’ONG, ont occupé, dans la nuit de jeudi 17 au vendredi 18 décembre, la direction régionale de l’Office national des forêts (ONF) à Nancy. Un choix hautement symbolique : la région Grand Est est le moteur économique de l’ONF, son « usine » à bois. « 40 % des ventes de bois de l’Office sont réalisées dans le Grand Est, sachant que les ventes globales de l’ONF représentent 60 % des ventes de bois en France », raconte Frédéric, un garde-forestier dans les Vosges.

But de l’opération : dénoncer non seulement la liquidation de l’Office organisée selon les militants par le gouvernement, mais également le volet Forêts du plan de relance, qui va favoriser les grandes coopératives privées et leurs projets de transformation de forêts en plantations industrielles. L’occupation des locaux a donc débuté jeudi en fin d’après-midi. Après le départ des salariés qui travaillent dans les bureaux, les syndicalistes ont laissé entrer les militants associatifs. Dans le bureau du directeur régional, ils ont installé leurs matériels informatiques pour organiser le grand débat sur la forêt, longtemps promis par le gouvernement mais qui n’a jamais eu lieu, retransmis sur Facebook et YouTube.

Et pour cause, après des années de restructurations de l’Office qui gère les forêts publiques (un quart de la forêt française), les effectifs ont été divisés par deux, à moins de 8.000 salariés. Et après avoir imposé la filialisation des activités concurrentielles, Bercy prévoit maintenant de filialiser les missions d’intérêt général et de transférer l’activité à la sous-traitance privée, comme l’a révélé Libération. Une opération qui pourrait se traduire par 500 suppressions d’emplois entre 2021 et 2026. Pour les syndicats de l’établissement public, si ce projet était concrétisé dans le futur contrat d’objectifs et de performance, il s’agirait d’un pas supplémentaire dans le démantèlement de l’Office.

Après ce premier coup réussi, la retransmission a été suivie en direct par 2.700 personnes, Sylvain Angerand promet d’autres opérations coup de poing ailleurs. Avec toujours le même objectif : faire exister ce grand débat sur la forêt pour informer le grand public des enjeux et des menaces qui planent sur les forêts françaises.

Un budget très lourdement déficitaire pour 2021 

Cette action est intervenue alors que deux jours auparavant, le conseil d’administration de l’ONF avait avalisé, non sans mal, un budget de crise. En effet, lors de la réunion de son conseil d’administration du 16 décembre, les représentants de l’État (14 sur 30 administrateurs) ont voté un budget très lourdement déficitaire pour 2021 : il sera en perte de 81,2 millions d’euros, ce qui obligera l’établissement public à augmenter sa dette financière de 100 millions, la portant à 520 millions. « Alors que l’État a donné des dizaines de milliards d’euros aux industries les plus polluantes, il ne veut rien faire pour l’ONF. Si l’établissement n’était pas public, il serait déjà en faillite », dénonce Philippe Canal, le secrétaire général du Snupfen Solidaires.

Mais ce projet de budget n’a pas fait l’unanimité. Dix administrateurs ont voté contre : les sept représentants du personnel, mais également ceux de l’Association des régions de France (ARF), de la FNE (France Nature Environnement) et de la FNB (Fédération professionnelle du bois). De plus, les représentants de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des finances se sont abstenus, ce qui sonne comme un sévère avertissement adressé à l’État, qui a repoussé au mois de mars prochain la présentation du contrat d’objectifs et de performance (Copp) 2021–2026, qui doit redéfinir les missions et les moyens de l’ONF.

La direction de l’établissement n’a pas caché durant les débats que ce projet de budget était factice. « Ce budget ne sera pas exécuté comme il est écrit puisqu’il ne comprend rien sur les arbitrages gouvernementaux et le plan de relance, mais il faut un budget pour que l’ONF puisse fonctionner », a-t-il été expliqué aux membres du conseil d’administration au cours des débats, dit à Reporterre une source syndicale. Cette « insincérité budgétaire » avouée pourrait être condamnable en justice.

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Changement de déco dans le bureau de Christophe Colette, le directeur de l’agence Meurthe-et-Moselle de l’ONF.

Autres abstentionnistes : les quatre administrateurs qui siègent au nom de la Fédération nationale des communes forestières (FNCOFOR). Une abstention qui a fait grincer des dents les organisations syndicales : elles espéraient un vote négatif pouvant inverser le rapport des forces avec l’État et conduire au rejet du budget. « Il s’agit d’une trahison de la part de la FNCOFOR. Il ne faudra pas que les maires viennent ensuite pleurer en dénonçant le manque de personnel sur le terrain », s’énervait un syndicaliste à l’issue de la réunion du conseil.

Les banques créditrices trainent des pieds

Et pour cause. Si le Parlement a voté un amendement annulant les 95 suppressions de postes à l’ONF prévus par le projet de budget du ministère de l’Agriculture, l’établissement public a bien pris en compte ces suppressions d’emplois dans son propre projet de budget avant que l’État n’impose au Parlement leur rétablissement dans la loi de finances. « En fait, après les 200 suppressions de postes effectuées en 2020, l’ONF va encore en supprimer 170 l’année prochaine : aux 95 postes supprimés par le projet de budget, il faut ajouter 30 CDD non renouvelés et 45 départs naturels non remplacés », affirme une source syndicale. Alors que les effectifs de l’ONF s’élevaient à quelque 15.000 en 2005, à la fin de l’année, ils ne devraient plus être que de 7.635 ETP (équivalent temps plein). Un niveau inférieur à l’enveloppe d’emplois autorisés par le budget, qui s’établit à 7.872 ETP.

Dernier point significatif du budget voté par le conseil d’administration et qui menace l’avenir de l’établissement : les banques créditrices traînent des pieds pour accorder à l’Office de nouveaux emprunts. « Une seule des sept banques sollicitées a formulé une offre répondant aux conditions du marché à hauteur de la demande. Plus inquiétant, plusieurs prêteurs historiques de l’ONF ont fait connaître leur réticence à augmenter leur exposition dans la dette de l’établissement », explique la résolution soumise aux votes des administrateurs.

Un avertissement qui va certainement obliger l’État à prendre rapidement position sur le futur de l’ONF. Réponse donc fin mars quand le contrat d’objectifs et de performance, en cours de négociations entre les ministères de tutelle (Agriculture, Transition écologique et Bercy), aura été finalisé. Mais les syndicats s’attendent déjà au pire : la poursuite du démantèlement de l’établissement public et des suppressions d’emplois.

L’article de Reporterre est ici.

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Cinq ans de l’Accord de Paris : la Convention citoyenne pour le climat au cœur du bilan de la France

  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 12/12/2020.

Ce samedi 12 décembre, la France organisait un événement spécial pour les cinq ans de l’Accord de Paris, en amont d’un sommet international. L’ensemble des participants a rappelé l’absolue nécessité d’associer les citoyens et plus globalement les acteurs non-étatiques dans la lutte contre le changement climatique. Au cœur de ce plaidoyer, la Convention citoyenne pour le climat, un exercice de démocratie inédit.

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La France organisait ce samedi une conférence bilan et de réflexion pour les cinq ans de l’Accord de Paris. @Ministère des Affaires étrangères

« Ojos que no ven, corazón que no siente » (Yeux qui ne voient pas, cœur qui ne sent pas), a lancé en espagnol Josep Borell, vice-président de la Commission européenne. Par cette seule expression, il a résumé ce que l’ensemble des intervenants, présents ce samedi à la conférence organisée par la France pour célébrer les cinq ans de l’Accord de Paris, sont venus dire à la tribune : sans l’adhésion de tous, et notamment des citoyens, la transition ne sera pas possible. En ligne de mire, la Convention citoyenne pour le climat (CCC), une initiative française qui soulève l’enthousiasme.

« La CCC a démontré que les citoyens sont davantage prêts à faire la transition que ce que certains politiques ne le pensent. Le meilleur moyen d’y arriver, c’est d’associer les citoyens, de les consulter et de décider ensemble. C’est pourquoi, il est essentiel de respecter leur travail et tenir parole », a tenu à rappeler Laurence Tubiana, co-présidente du comité de gouvernance de la CCC. Une référence au futur projet de loi issu de la CCC, accusé de ne pas être suffisamment ambitieux.

Pas de changement sans les citoyens

Pour Claire Tutenuit, déléguée générale d’Entreprises pour l’environnement, « les trois mondes – pouvoirs publics, entreprises et citoyens – doivent coopérer ». « Sans les habitants, les consommateurs, les salariés, les épargnants, sans leur volonté et leur adhésion au changement, rien n’est possible. La grande question, aujourd’hui, c’est de trouver comment les embarquer pour qu’ils isolent leur maison, changent leurs habitudes alimentaires, etc. Comment reproduire le travail de la CCC non pas à 150 mais à plusieurs millions ? », interroge-t-elle.

Même plaidoyer du côté de la jeunesse. Nathan Méténier, jeune conseiller climat auprès du Secrétaire général des Nations unies, appelle ainsi à « inclure plus largement les peuples autochtones et les marginalisés, qui sont aujourd’hui les premières victimes du changement climatique ». « C’est en associant les citoyens qu’on pourra faire la transition et ce serait le plus beau des cadeaux pour l’anniversaire de l’Accord de Paris », ajoute-t-il.

Anne Hidalgo, la maire de Paris, déplore elle aussi « le déficit dans l’association des pouvoirs locaux, trop souvent perçus comme des contre-pouvoirs ou des pouvoirs adjacents, dans la lutte contre le changement climatique ». « A l’échelle européenne, nous sommes en demande pour être partie prenante du plan de relance afin qu’il soit réellement traduit sur le terrain », explique-t-elle.

Intégrer la biodiversité

La scientifique Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, a rappelé l’importance de réduire les émissions de gaz à effet de serre avant 2030, pour espérer limiter le réchauffement global à 2°C, voire 1,5°C. « L’action climatique progresse mais nous devons gagner en efficacité et en rapidité. Chaque année compte. Et si chacun peut agir à son échelle, les pouvoirs publics ont une responsabilité très importante sur le court-terme. Vos choix sont très importants », a-t-elle insisté, alors que pour plusieurs mesures de la CCC, le gouvernement veut repousser les échéances.

Une convention mondiale sur le climat, à l’instar des CCC française et britannique, est en cours de finalisation pour être lancée avant la COP26. Ce serait la plus grande expérience de démocratie participative jamais tentée. L’assemblée plénière serait composée de 1000 personnes, sélectionnées par le biais d’une loterie, et des événements locaux organisés aux niveaux national, régional et local. Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, ne s’est pas épanchée sur la CCC, rappelant simplement qu’il s’agissait d’un « renouveau du pacte écologique et démocratique ».

Elle a en revanche souligné l’importance d’allier préservation de la biodiversité et lutte contre le changement climatique et rappelé la tenue le 11 janvier prochain d’un One Planet Summit consacré à la biodiversité. « C’est une thématique qui touche bien plus les citoyens que le climat et cela tombe bien, car les solutions sont souvent les mêmes. Il est temps de travailler sur les deux sujets conjointement. C’est de là que peut naître l’espoir », a confirmé Claire Tutenuit.

L’article de Novethic est ici.

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Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron hausse le ton contre « le monstre démocratique » qu’il a lui-même créé

Novethic  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 07/12/2020.

La guerre est déclarée entre Emmanuel Macron et une partie de la Convention Citoyenne sur le Climat dont Cyril Dion s’est fait porte-parole. Alors que le premier estime qu’aucun gouvernement n’est jamais allé aussi loin en matière d’écologie, le deuxième juge que le Président renonce aux promesses qui ont été faites aux citoyens tirés au sort pour cet exercice inédit. Ces derniers, à qui le Président a lui-même donné un grand pouvoir, lui demandent désormais de rendre des comptes.

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Emmanuel Macron à la Convention citoyenne pour le climat, le 10 janvier. Photo Yoan Valat. AFP

Que le ton a changé entre Emmanuel Macron et la Convention Citoyenne pour le Climat ! En janvier 2020, le Président assurait aux 150 personnes de cette assemblée inédite que leurs propositions seraient présentées « sans filtre » au Parlement, par référendum ou par application réglementaire. Mais vendredi 4 décembre dernier, le ton était bien différent. Interrogé par Brut, il lui a été reproché de renoncer aux engagements pris en ce sens. Son sang n’a fait qu’un tour : « On est en train de travailler d’arrache-pied pour aller au bout ! (…) J’ai 150 citoyens, je les respecte, comme des parlementaires. Mais je ne vais pas dire, parce que ces 150 citoyens ont écrit un truc : ‘C’est la Bible !’, ou le Coran, ou que sais-je !« .

Il ajoute : « Je suis vraiment très en colère contre des activistes qui m’ont aidé au début et qui disent maintenant qu’il faudrait tout prendre (les 146 propositions de la CCC, ndr) ». C’est une réponse directe à Cyril Dion, le réalisateur et militant écologiste. Celui-ci avait été nommé garant de la Convention et il est désormais en conflit avec l’exécutif. Il a lancé une pétition pour « sauver la convention citoyenne pour le climat« . Puis, dans une tribune publiée dans Le Monde le 5 décembre, s’adressant au Président, il écrit : « il me semble que c’est vous qui ne respectez pas la parole que vous avez donnée. (…) Tenir parole, pour un président de la République, c’est le socle de nos démocraties« .

Résultat, alors que l’exécutif doit rencontrer ces 7 et 8 décembre les membres de la CCC, désormais montée en association, une partie d’entre eux refusent ce rendez-vous car fixé à la dernière minute. L’objet de la rencontre est de préparer la future loi climat inspirée de leur travail. Celle-ci doit être soumise au Parlement à partir de mars prochain, en vue d’une adoption avant l’été.

Un monstre démocratique

Au final, le Président de la République s’est mis lui-même dans une impasse. Il affronte « le monstre démocratique » qu’il a créé. Lors du lancement de cette convention citoyenne, rien ne l’obligeait à annoncer qu’il allait accepter tout ce qui allait en sortir. Ni que toutes les propositions seraient soumises « sans filtre ». Le Président s’est rendu comptable devant la CCC et l’opinion publique des suites de cette initiative. Désormais, s’il renonce à soumettre quelques propositions, quand bien même il en appliquera l’immense majorité, cela sera vu comme un renoncement.

Sans compter que si la CCC est mécontente aujourd’hui, ce n’est pas la seule. Un tel modèle de « démocratie directe » remet en cause le rôle du Parlement et des juridictions spécialisées comme le Conseil économique, social et environnemental (Cese). Ceux-ci, bien que recevant positivement les propositions de la CCC, grincent des dents sur le rôle qui leur reste à jouer, notamment en matière d’amendements.

Une seule victime de cette guerre

Au final, c’est la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, qui est envoyée au front dans le rôle de négociatrice. Près de 40 % des propositions de la Convention citoyenne sur le climat (CCC) figureront dans le projet de loi climat, a-t-elle assuré sur France Info. La ministre a expliqué que la « traduction directe dans la loi«  n’a pu être possible car de nombreuses propositions « ont dû être améliorées juridiquement ». Des secteurs « disent ‘Mon Dieu, il faut surtout ne rien bouger’ mais notre rôle, c’est de rassurer tout le monde (…) et montrer qu’on ne laisse personne sur le bord du chemin et cette réforme, on va la faire« , ajoute-t-elle.

De toute cette aventure démocratique ressortiront de bonnes choses. D’ores et déjà, 50 des propositions ont été adoptées ou partiellement adoptées et la loi climat à venir sera certainement très ambitieuse. La seule victime de l’histoire sera sûrement le modèle même de la Convention citoyenne. Gageons qu’à l’avenir aucun Président ne prendra le risque de lier sa politique aux décisions d’un groupe de citoyens dont le pouvoir est en théorie nul, mais qui en pratique dispose d’un pouvoir d’influence immense.

L’article de Novethic est ici.

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Depuis 2015, le climat a connu une évolution stupéfiante

Reporterre  Un article de Reporterre, par Émilie Massemin, le 10/12/2020.

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, en 2015, les climatologues observent une augmentation sans précédent des températures et une multiplication des événements météorologiques extrêmes — typhons, canicules, pluies torrentielles…

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Le samedi 12 décembre 2015 à 19 h 32, Laurent Fabius, président de la COP21, marquait d’un coup de marteau l’adoption de l’Accord de Paris pour le climat par l’ensemble des 195 délégations du monde entier présentes au Bourget ce jour-là. Objectif : contenir le réchauffement climatique « nettement en-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et […] poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C ». Un an plus tôt, le cinquième rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) de 2014 — qui établissait entre autres que la période 1983-2013 était probablement la période la plus chaude depuis 1.400 ans et que la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère avait atteint son niveau le plus haut depuis 800.000 ans — a joué un rôle crucial dans l’adoption de cet accord. Comment la recherche scientifique sur le climat a-t-elle évolué depuis ces deux dates cruciales ? Reporterre fait le point.

Des observations de plus en plus inquiétantes

Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, les vagues de chaleur et les événements climatiques extrêmes se sont multipliés. « Je suis marqué par l’accumulation de données ces cinq dernières années, dit Jean Jouzel, l’ancien vice-président du groupe scientifique du Giec, à Reporterre. En 2015, nous sortions à peine d’un plateau dans le réchauffement qui avait commencé en 2000. Depuis, les cinq dernières années sont parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Tout ce qui avait été envisagé dans les années 1980 est devenu réalité, que ce soit pour le rythme de réchauffement, l’augmentation du niveau de la mer, l’augmentation du nombre et de l’intensité des événements climatiques extrêmes. » Ainsi, l’année 2020 a connu un nombre record de tempêtes suffisamment fortes pour être nommées. Fin novembre, Sydney, qui traverse une canicule sévère, enregistrait la température nocturne la plus élevée jamais mesurée auparavant. En octobre, le Colorado était ravagé par le plus grand incendie de son histoire tandis ce que des inondations tuaient plus d’une centaine de personnes au Vietnam.

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Des habitants à Breil-sur-Roya, dans les Alpes-Maritimes, après les pluies torrentielles d’octobre 2020.

De nouvelles avancées scientifiques sur le climat et son évolution

La compréhension de ces phénomènes météorologiques extrêmes a récemment franchi une nouvelle étape. « Depuis 2013-2014 a émergé un ensemble d’études qui s’intéressent à l’influence des activités humaines sur ces événements, explique à Reporterre Christophe Cassou, chercheur au Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (Cerfacs) et spécialiste de la variabilité climatique. Par exemple, on a pu calculer que les activités humaines et leurs émissions de gaz à effet de serre rendaient cinq à dix fois plus probable la survenue d’épisodes caniculaires tels que celui qui a touché la France en 2019. » Aujourd’hui, cette influence des activités humaines est devenue prédominante. « 2020 sera l’année la plus chaude ou la deuxième plus chaude jamais enregistrée. Normalement, les records de température globale chaleur surviennent en présence du phénomène El Niño. Mais là, 2020 se caractérise par un événement inverse que l’on appelle La Niña. Normalement, cet événement tend à réduire la température globale et cela montre bien à quel point la hausse des températures liées aux activités humaines surpasse les fluctuations naturelles. »

La suite de l’article de Reporterre est ici.

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La saison des tempêtes bat tous les records dans l’Atlantique, sous l’influence du changement climatique

  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 05/12/2020.

2020, qui devrait se classer au deuxième rang des années les plus chaudes, est aussi celle qui a connu le plus de tempêtes dans l’Atlantique. Alors que la saison s’achève, on en dénombre 30, dont 13 se sont transformées en ouragans. Outre leur nombre plus important, c’est leur puissance et leur intensification qui inquiètent les spécialistes.

2020 a battu tous les records avec 30 tempêtes nommées (au-dessus de 62 km/h) formées dans l’Atlantique. @CC0

Laura, Sally, Eta, Iota… 2020 a battu le record de tempêtes nommées (au-dessus de 62 km/h) formées dans l’Atlantique. On en dénombre 30, dont 13 sont devenues des ouragans. Le changement climatique est pointé du doigt par les scientifiques. Le réchauffement des mers rend en effet les cyclones plus puissants. Or, la température des océans n’a cessé d’augmenter en raison des émissions de gaz à effet de serre, les cinq dernières années étant les plus chaudes. Une étude publiée en juin estime que la proportion de fortes tempêtes a ainsi augmenté de 8 % au cours de la dernière décennie.

Le nombre élevé d’ouragans en 2020 est lié « à une température inhabituelle de l’Atlantique tropical (en partie à cause du réchauffement provoqué par l’homme) » combinée à l’influence du début d’un épisode La Niña, a commenté le climatologue Michael Mann de la Pennsylvania State University. « Quand il y a un épisode La Niña, comme cette année, cela renforce l’impact du changement climatique et nous nous retrouvons avec des tempêtes dévastatrices comme celles que nous observons », a-t-il ajouté.

« Le réchauffement climatique est une plus grande menace que le Covid-19 »

Outre le nombre record, c’est l’intensification rapide des tempêtes qui inquiète car elle constitue une menace supplémentaire rendant plus difficile de prévoir comment elles vont se comporter. « Comparé à l’ouragan Mitch, [l’ouragan Eta qui a frappé l’Amérique centrale début novembre] a causé plus de dégâts parce que l’eau est montée plus vite », explique un survivant dans The Guardian. « En 36 heures, il est passé d’une dépression à un ouragan de catégorie 4 », pointe Bob Bunting, directeur de l’ONG Climate adaptation center. « C’est peut-être le passage le plus rapide d’une dépression à un ouragan majeur de l’histoire ».

Neuf des tempêtes tropicales de la saison 2020 dans l’Atlantique ont ainsi connu une intensification rapide, provoquant des dégâts considérables. L’ouragan Eta a causé au moins 200 morts, dont 150 rien qu’au Guatemala. Deux semaines plus tard, c’est l’ouragan Iota qui dévastait encore la région faisant au moins 44 morts, et provoquant des dégâts considérables. Les chefs d’État d’Amérique centrale, qui accusent les pays industrialisés d’être responsables du changement climatique, ont présenté conjointement aux organismes financiers internationaux une demande d’aides pour la reconstruction.

Pour La Croix-Rouge, il est « urgent » d’agir face au réchauffement climatique, qui est une catastrophe « de plus grande ampleur » que le Covid-19 et contre lequel il n’y a en plus pas de vaccin. Dans un rapport sur les catastrophes publiées mi-novembre, l’organisation souligne que plus de 100 catastrophes ont eu lieu entre mars – quand la pandémie de coronavirus a été annoncée par l’Organisation mondiale de la santé – et septembre, avec plus de 50 millions de personnes touchées. Selon l’Organisation météorologique mondiale, la décennie qui s’achève sera la plus chaude jamais observée, de même que les six années écoulées depuis 2015.

L’article de Novethic est ici.

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Le transport maritime continue de tourner le dos à l’Accord de Paris

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 02/12/2020.

L’Organisation maritime internationale vient de prendre de nouveaux engagements climatiques. Mais ces derniers devraient permettre au secteur de continuer à augmenter ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le transport maritime apparaît ainsi comme le plus en recul sur la voie des objectifs de l’Accord de Paris. La France, notamment, est accusée de ne pas porter assez haut son ambition.

À reculons. C’est ainsi que l’on pourrait décrire la trajectoire du transport maritime face à l’urgence climatique. Exclu de l’Accord de Paris, au même titre que l’aérien, le secteur a été le dernier à prendre des engagements. C’était en 2018. Les 173 États membres de l’Organisation maritime internationale (OMI) s’étaient alors accordés pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2008. Mais, alors qu’ils doivent désormais mettre en œuvre cet objectif, les réticences remontent à la surface.

Mi-novembre, lors d’une réunion du Comité de protection du milieu marin, les résultats obtenus ont été si faibles qu’ils permettent une croissance des émissions jusqu’en 2030. « Alors que les scientifiques nous disent que nous avons moins de dix ans pour arrêter notre fuite en avant vers la catastrophe climatique, l’OMI a décidé que les émissions pouvaient continuer à augmenter pendant au moins dix ans. Leur complaisance est stupéfiante. Nos pensées vont aux plus vulnérables qui paieront le prix le plus élevé pour cet acte de folie extrême » a vivement réagi John Maggs, le président de la Clean Shipping Coalition.

Quelques avancées

Concrètement, le secteur s’est accordé pour mettre en place une certification de l’efficacité énergétique afin de réduire et plafonner à partir de 2023 l’empreinte CO2 de chaque navire. Certains, comme les porte-conteneurs, les gaziers ou les cargos polyvalents, devront être construits avec une efficacité énergétique améliorée de 30 % plus tôt que prévu initialement, en 2022 au lieu de 2025. Ce pourcentage est par ailleurs durci pour les porte-conteneurs neufs, jusqu’à atteindre 50 % en 2022 pour les plus grands d’entre eux.

Un système de mesure de l’intensité carbone, de A (faible intensité carbone) à E (forte intensité carbone), est également instauré avec des exigences croissantes d’année en année. Les navires classés D et E devront obligatoirement présenter un plan d’action, sans lequel ils ne seront pas autorisés à naviguer. Ces mesures devraient toucher plus de 80 % des émissions de gaz à effet de serre du transport maritime international et pourront être révisées d’ici 2026. L’OMI a également adopté la fin des fiouls lourds en Arctique (utilisation et transport). Cette mesure s’appliquera progressivement entre 2024 et 2029. Elle vise à réduire les risques dans ces zones sensibles.

Le rôle de la France pointé du doigt

« Réaliser la transition verte complète de notre flotte prendra du temps mais le travail que mène la France permet d’engager cette transition sans attendre. Nous disposons désormais d’outils solides et partagés pour responsabiliser l’ensemble des Etats et des acteurs maritimes », réagit le ministère de la Mer, dans un communiqué du 26 novembre. Mais les ONG observatrices estiment quant à elles que la réduction des émissions ne devrait représenter que 0,65 % à 1,3 % d’ici 2030 par rapport à un scénario « business as usuel », soit une hausse des émissions de 14 % par rapport à 2008, « violant » ainsi la stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre de l’OMI.

La France est notamment accusée d’avoir cédé à la Chine pour faire adopter ce compromis très faible. Le magazine Forbes est même allé jusqu’à se demander si « le président Macron s’apprêt[ait] à quitter l’accord de Paris ? » dans un titre volontairement provocateur. Annick Girardin, la ministre de la Mer, avait elle aussi, reconnu, dans un premier communiqué, que le résultat n’était pas « à la hauteur des attentes de la France car il ne garantit pas l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris sur le climat ni de la stratégie de l’OMI », avant de se rétracter dans un second communiqué dix jours plus tard.

L’article de Novethic est ici.

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La prolifération des sangliers, un casse-tête écologique

Reporterre  Un article de Reporterre, par Marie Astier, le 03/12/2020.

Ravageur de cultures et gros gibier de choix des chasseurs, le sanglier apparaît comme l’ennemi rural numéro 1. Comprendre les raisons de sa prolifération n’est pas simple. Savoir comment la limiter est un casse-tête encore plus complexe. Reporterre esquisse des pistes de compréhension du problème.

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C’est un marronnier, un classique, de l’affrontement rituel entre chasseurs et écolos : le sanglier. Les premiers se déclarent seul rempart face à une espèce devenue envahissante et qui multiplie les dégâts aux cultures. C’est à ce titre qu’ils ont récemment obtenu une dérogation au confinement, ou encore une extension de la saison de la chasse à celle que l’on appelle aussi la « bête noire ». De l’autre, les associations environnementales dénoncent les pratiques des chasseurs, qui ont favorisé la population de sangliers. « C’est un comble que les chasseurs se présentent comme la seule solution à un problème qu’ils ont eux-mêmes créé », s’insurge ainsi Yves Vérilhac, directeur général de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Entre les deux camps, les agriculteurs constatent les dégâts. « J’ai eu des milliers de mètres carrés de prairie retournés », témoigne Aurélien Mourier, éleveur dans le nord de l’Ardèche. Les sangliers fouillent la terre sur plusieurs centimètres à la recherche de vers et d’autres bêtes à grignoter. « Cela compromet totalement les récoltes de fourrage, et cela fait ressortir les pierres, fait que le sol n’est plus plat. Donc, quand on revient dans la prairie, on risque de casser le matériel. »

La bête est mobile, maligne, productive : aujourd’hui, on ne sait toujours pas compter les sangliers. Les tableaux de chasse servent d’indicateurs : la Fédération nationale de chasse comptait 30.000 sangliers tués dans les années 1970, on en est à plus de 800.000 aujourd’hui.

Le sanglier, une « bénédiction » pour la chasse

La faute aux chasseurs ? En fait, l’affaire est multifactorielle. Historiquement, les chasseurs ont bien leur part de responsabilité, estime Éric Baubet, spécialiste du sanglier à l’Office français de la biodiversité (OFB) : « Dans les années 1960, la base de la chasse était le petit gibier. Mais celui-ci s’est effondré. Donc, les chasseurs se sont tournés vers le gros gibier. Le sanglier a été une sorte de bénédiction, les chasseurs ont fait ce qu’il fallait pour augmenter les populations. Si l’on épargne les grosses femelles, qui font plus de petits, la population s’installe rapidement. »

D’autres facteurs ont aidé. Développement d’une agriculture intensive avec de grands champs de maïs — qui apportent aux suidés ressources alimentaires et cachettes — et autres grandes cultures qui les ont nourris ; déprise agricole et exode urbain qui leur ont ouvert de nouveaux espaces ; plus récemment, le changement climatique, en favorisant la production de fruits (glands, châtaignes) par les arbres forestiers, a multiplié encore leurs ressources. Un détail, aussi : il y a de moins en moins de chasseurs, donc moins de « pression de chasse », comme on dit dans le jargon.

À la Fédération nationale des chasseurs (FNC), on préfère insister sur ces critères environnementaux. « La population de sangliers peut tripler quand il y a de la nourriture à disposition et des hivers doux », nous assure-t-on. « Et puis, les paysages et l’agriculture ont changé, la fermeture des milieux les favorise. Ce ne sont pas les chasseurs qui provoquent l’augmentation de la population de sangliers. »

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« Les chasseurs sont des pompiers pyromanes, ils sont responsables de la dynamique de la population de sangliers », conteste à la LPO Yves Vérilhac, qui dénonce « des années de lâchers, d’agrainage [mettre des grains à disposition], d’importation de sangliers des pays de l’Est et de chasse en enclos privés [où l’on maintient la population grâce à l’élevage, et dont les animaux peuvent s’échapper]. » Aujourd’hui, il n’est plus possible de lâcher des sangliers d’élevage ou importés dans la nature, ceux-ci sont réservés aux parcs de chasse fermés et commerciaux. Mais des infractions persistent parfois localement. Ainsi, la Confédération paysanne de l’Ardèche a fait condamner, en février 2020, un éleveur qui fournissait en sangliers — ensuite relâchés — des associations de chasse du département. L’agrainage, lui, est strictement encadré. Là encore, les associations écologistes dénoncent des abus. Le naturaliste Pierre Rigaux est plus circonspect : « Que ce soit pour favoriser la population de sangliers ou les détourner des cultures, on ne connaît pas bien l’efficacité de tout cela. »

Une autre accusation courante est que les chasseurs ont croisé des sangliers avec des cochons, afin d’augmenter leur taux de reproduction et de les rendre plus faciles à chasser. « On n’a aucune preuve que cela a été le cas », estime Éric Baubet, à l’OFB. « Nous n’avons les outils que pour mesurer les hybridations de première génération [au niveau des parents], et elles sont très faibles et pas différentes de ce que l’on trouve partout en Europe », dit-il. « De toute façon, pas sûr qu’il y ait besoin d’aller chercher dans cette direction. Il suffit de chasser une femelle de moins pour avoir six petits de plus ! » Donc, les causes de l’explosion démographique sont multiples. D’ailleurs, doit-on vraiment s’en inquiéter ? Là encore, tout est une question de point de vue. « En biologie, parler de surpopulation n’a pas de sens », précise Éric Baubet. Tant que le milieu les nourrit suffisamment, difficile de déclarer que les sangliers sont trop nombreux.

C’est donc du point de vue de certaines activités humaines que les sangliers sont déclarés en surnombre. Collisions routières, propagation de la peste porcine, retournement des terrains de sport et surtout, dégâts agricoles. Ces derniers n’ont cessé d’augmenter. Ils sont indemnisés par les chasseurs qui dans les années 1960, en échange du droit de chasser et gérer le gibier, ont accepté de payer les indemnisations. Selon la Fédération nationale des chasseurs, elles ont bondi de 50 % en dix ans, de 30 à 45 millions d’euros.

« Un bon sanglier est un sanglier mort »

Paradoxe, « on a cru que le sanglier allait sauver la chasse, qu’avec ce gibier de fond, on maintiendrait des adhérents. En fait, il est en train de la tuer », constate David Pierrard, directeur du domaine de Belval (Ardennes). Le lieu fait à la fois de la préservation de la biodiversité et de la formation des chasseurs. « C’est la banqueroute des fédérations départementales de chasse, certaines n’arrivent plus à indemniser les dégâts ! » La Fédération départementale des chasseurs des Landes, notamment, a frôlé la faillite l’an dernier. « D’autres départements sont à flux tendu, dans le Nord-Est ou autour des Landes : le Gers, les Pyrénées-Orientales », confirme-t-on à la FNC. Pour David Pierrard, la solution à cette situation est donc sanglante : « Aujourd’hui, un bon sanglier est un sanglier mort, c’est malheureux ce que je vous dis, mais on en est là. »

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Sangliers élevés dans un parc en France © ASPAS

Pourtant, la « bête noire » prospère. Pas seulement en France d’ailleurs, mais « partout en Europe », précise Éric Baubet. Pourquoi ? « Le sanglier s’adapte très vite », déplore la FNC. Il sait repérer les zones peu chassées, trouver les lieux où il sera bien nourri et à l’abri. Dans le Parc national des Cévennes, des discussions étroites entre chasseurs, agriculteurs et techniciens du parc tentent de le maintenir à un niveau acceptable pour les activités agricoles. « Mais on subit », constate Maxime Redon, le chargé de mission Chasse du parc. « On gère a posteriori, la population a une dynamique plus rapide que nous. » Les grosses laies sont celles qui font le plus de petits. « Mais si on les tue, cela peut sélectionner les jeunes qui se reproduisent de plus en plus tôt », poursuit-il. « Donc, on est gênés, on n’a pas de message clair. On se contente de dire : “Tuez du sanglier.” »

Pourtant, le chasseur ne chasse pas toujours suffisamment. « La chasse est un loisir, donc il faut qu’il y ait le plus de gibier possible. Chez moi, ils arrêtent la chasse au sanglier mi-décembre pour en laisser pour la reproduction. » estime Aurélien Mourier, l’éleveur ardéchois. « C’est une affaire de gros sous, il faut que ce soit giboyeux pour que les chasseurs acceptent de payer les baux de chasse », observe Yves Verilhac, à la LPO. Sur le terrain, dans le parc national des Cévennes, « on a plutôt affaire à des chasseurs soucieux de ne pas trop tuer », rapporte Maxime Redon. « Localement, il faut rappeler aux chasseurs que le bon curseur n’est pas forcément au niveau actuel », admet-on à la Fédération nationale de chasse.

La chasse arrive à réguler les sangliers quand elle le veut bien : « Un plus grand nombre de chasseurs postés, des zones de chasse plus étendues et des chasses effectuées en début de saison, c’est-à-dire avant février, ont fait augmenter le nombre d’animaux abattus », constatait un article scientifique parût début 2020 dans Science of The Total Environment. « La régulation par la chasse peut marcher », résume le chercheur de l’OFB. Mais c’est un obstacle presque psychologique qu’il a constaté : « Les chasseurs ont oublié qu’avant, il y avait peu de sangliers. Donc, le niveau de la population qui va leur servir de référence est élevé. Sur une commune, ils penseront que vingt sangliers est la population “normale”, alors que c’était cinq avant. Ils ont peur de tuer la poule aux œufs d’or, car s’il n’y a plus de sangliers en France, il n’y a plus grand-chose à chasser ! »

Habiter et cultiver autrement nos campagnes

La LPO en appelle donc à des méthodes plus radicales, et à se passer de chasseurs. « Vous confiez la mission à l’armée, vous mettez un mirador et vous agrainez. C’est comme cela que les Allemands font », dit Yves Verilhac. Moins martial, Aurélien Mourier, adhérent de la Confédération paysanne, défend avec son syndicat un recours plus fréquent au piégeage. Des cages dans lesquelles de la nourriture est disposée permettent d’attirer les bêtes, qui sont ensuite exécutées. « Mais les chasseurs n’aiment pas que l’on vienne prélever “leurs” sangliers sans qu’ils aient eu l’occasion de s’amuser à les chasser », remarque l’agriculteur. Un récent arrêté du ministère de la Transition écologique va dans son sens, en donnant au préfet le pouvoir de lancer des opérations de piégeage.

Face à l’hécatombe annoncée et désirée, on se prend à espérer d’autres solutions pour contenir la bête noire. Les clôtures électriques, déjà utilisées, ne pourraient-elles pas être plus répandues ? Un problème est qu’il ne faut pas que la moindre herbe touche les fils, au risque d’annuler l’effet de décharge électrique. « Au printemps, il faut couper l’herbe toutes les semaines, c’est un coût d’entretien énorme », déplore Aurélien Mourier. « Sans compter que sur des surfaces en pente avec des buissons biscornus, ça devient quasiment impossible. »

La stérilisation, elle, a été écartée pour l’instant. « Ce serait jouer avec des molécules dont on connaît mal les effets. Il y a un risque qu’un humain qui mange du sanglier stérilisé le soit à son tour », note Éric Baubet. Pierre Rigaux, lui, voit la solution dans une évolution de long terme de l’agriculture : « Une minorité de cultures concentre l’énorme majorité des dégâts. S’il y avait moins de maïsiculture intensive, il y aurait moins de dégâts et si on revenait à des parcelles plus petites, elles seraient plus faciles à protéger. » C’est en fait toute la campagne, notre façon d’y habiter et de la cultiver, qui serait à repenser. Ce n’est pas un moindre casse-tête.

L’article de Reporterre est ici.

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Justice climatique : la Cour européenne des droits de l’homme demande à 33 pays, dont la France, de justifier leur action

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 30/11/2020.

La France va devoir montrer qu’elle agit vraiment en faveur du climat. Après le Conseil d’État la semaine dernière, qui donne trois mois au gouvernement pour rendre des comptes sur sa trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est au tour de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) d’en faire de même.

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La Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) accepte la plainte déposée six jeunes Portugais contre 33 États européens pour inaction climatique. @CC0

Ce lundi 30 novembre, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a annoncé qu’elle acceptait la plainte déposée en septembre par six jeunes Portugais, âgés de 8 à 21 ans. Ces derniers poursuivent 33 pays – l’ensemble des États membres de l’Union européenne (UE), ainsi que le Royaume-Uni, la Norvège, la Turquie ou encore la Russie – pour « avoir échoué à faire leur part afin d’éviter une catastrophe climatique ». Ils estiment que le changement climatique constitue une atteinte à trois droits fondamentaux protégés par la Convention européenne des droits de l’homme.

En outre, la Cour accepte d’accorder la priorité à cette plainte au vu de « l’importance et de l’urgence des questions soulevées ». Elle demande donc aux États concernés de répondre aux plaignants sur la façon dont ils contribuent aux émissions mondiales à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières d’ici le mois de février prochain. Si la Cour donnait raison aux plaignants, les États seraient légalement tenus d’accélérer la réduction de leurs émissions nationales mais aussi celles de leurs entreprises multinationales.

Le Portugal, « hot spot » du changement climatique

« Cette décision marque une étape majeure vers un potentiel jugement historique sur le changement climatique », réagit le Global Legal Action Network (GLAN) qui soutient l’action. « Cela me donne beaucoup d’espoir, commente André Oliveira, l’un des jeunes plaignants. Mais ce que j’aimerais le plus, ce serait que les gouvernements européens s’alignent avec ce que préconisent les scientifiques afin de protéger notre avenir. En attendant, nous continuerons à nous battre avec plus de détermination que jamais. »

Le Portugal est considéré par les spécialistes comme un « hot spot » du changement climatique. Le pays vient d’enregistrer son mois de juillet le plus chaud en 90 ans et devrait endurer des chaleurs extrêmes de plus en plus meurtrières. Quatre des six plaignants vivent à Leiria, l’une des régions les plus touchées par les incendies de forêt dévastateurs qui avaient fait plus de 120 morts en 2017. Les deux autres requérants résident à Lisbonne où, lors d’une vague de chaleur en août 2018, un nouveau record de température de 44°C a été établi. Ils estiment qu’il s’agit là du résultat direct du réchauffement climatique contre lequel les États attaqués ne font pas assez.

Deux actions nationales ont déjà abouti

Le feu vert de la CEDH est d’autant plus inédit que cette juridiction n’a jamais eu à se prononcer sur le climat et que la Convention européenne des droits de l’homme n’a aucun article spécifique dédié à la protection de l’environnement. En mai 2019, la Cour de justice de l’UE avait quant à elle rejeté, en première instance, le recours climatique de 11 familles qui accusaient Bruxelles de ne pas les protéger, pour des raisons de procédure, tout en reconnaissant que les impacts du changement climatique menacent les droits humains des plaignants. Un appel est en cours.

Le Comité des droits de l’enfant des Nations unies, saisi par Greta Thunberg et quinze enfants du monde entier en septembre 2019, n’a toujours pas statué. Pour l’instant, seules deux actions, portées devant des cours suprêmes nationales, ont abouti. La première, intentée par l’association Urgenda et 900 citoyens, a permis de contraindre les Pays-Bas à réduire ses émissions d’au moins 25 % d’ici la fin de l’année. La seconde, portée par les Amis de la Terre et soutenue par 20 000 citoyens, a fait annuler le plan de lutte contre le réchauffement climatique du gouvernement irlandais, jugé insuffisamment précis. En France, l’Affaire du siècle, qui vise l’État pour inaction climatique, est toujours en cours d’instruction.

L’article de Novethic est ici.

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#LesEngagés : rencontre avec Marie Toussaint, la juriste à l’origine de l’Affaire du Siècle

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 26/11/2020.

Aujourd’hui, le podcast #LesEngagés part à la rencontre de Marie Toussaint. Cette jeune élue au Parlement européen est à l’origine de l’Affaire du siècle, une action en justice lancée contre l’État français pour inaction climatique en 2018 et soutenue par plus de deux millions de personnes. Un succès qui doit beaucoup au travail acharné de cette militante-née, convaincue que le droit peut changer la donne. Sa prochaine bataille porte sur la reconnaissance du crime d’écocide.

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Juriste en droit international de l’environnement, Marie Toussaint a cofondé l’association « Notre affaire à tous » à l’origine de l’Affaire du Siècle. @Parlement européen

Elle n’a que 33 ans, mais elle est déjà élue au Parlement européen, sur la liste Europe-Ecologie-Les Verts, et compte déjà derrière elle quelques beaux succès. Son engagement, Marie Toussaint, ne parvient pas à le dater si bien qu’elle se définit comme une « engagée née », au sein d’une famille déjà militante. Dès l’âge de 18 ans, elle prend sa carte chez les Verts et choisit le droit pour servir sa cause : œuvrer pour une justice sociale et une justice environnementale. Un combat qu’elle livre au sein de l’association « Notre affaire à tous » qu’elle fonde en 2015 et qui prend toute sa résonance avec la publication en mai dernier d’un essai co-écrit avec Priscilla Ludosky, l’une des figures du mouvement des Gilets jaunes, « Ensemble nous demandons justice ».

Mais ce qu’on retient surtout de Marie Toussaint, c’est l’Affaire du siècle, cette action lancée contre le gouvernement français pour inaction climatique, accompagnée d’une pétition qui a battu un record absolu avec plus de deux millions de signatures. Malgré la lente prise de conscience, rien ne vient ébrécher la motivation de la jeune femme bien consciente des devoirs qui sont les siens en tant qu’élue. Pour tenir, elle tente au maximum de rester connectée avec le terrain et n’hésite pas à se transformer en « cahier de doléances » ambulant. Aujourd’hui, son combat, elle le mène dans l’hémicycle à Bruxelles avec déjà quelques avancées sur un autre de ses sujets de prédilection : la reconnaissance du crime d’écocide. Ne jamais rien lâcher, tel est son credo.

Les Engagés, le podcast de Novethic, donne la parole à tous ceux que nous croisons au fil de nos reportages, nos enquêtes, nos conférences, sans toujours pouvoir leur donner la place que l’on voudrait dans nos articles. Ces personnes inspirantes qui s’engagent au quotidien pour construire la société de demain, une société plus sobre en carbone, plus juste et plus humaine. Cet épisode et les précédents sont à retrouver sur les plateformes de téléchargement telles que iTunes, Spotify, Deezer et Soundcloud, ou par ici.

L’article et la vidéo de Novethic sont ici.

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Le Pin de Douglas, catastrophe des forêts ?

France Culture  Un article de France Culture, par Guillaume Erner, le 22/11/2020.

Le Superfail de cette semaine s’intéresse à un phénomène méconnu qui affecte pourtant nos espaces forestiers depuis des années : la prolifération de monocultures de pins de Douglas. La logique industrielle qui sous-tend leur production a en effet un impact dévastateur sur notre biodiversité.

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Des forêts de feuillus diversifiées sont transformées en monocultures de sapins Douglas : originaires d’Amérique du Nord, ils sont importés en France dans les années 60 et sont l’objet de monocultures qui affectent la biodiversité

Les forêts vont bien, elles sont pleines de sapins, de Douglas plus précisément. Oui, mais… dans les forêts comme dans le reste, le poison, c’est la dose ! Pour comprendre les méfaits de la surproduction de sapins Douglas en France, nous nous sommes tournés vers Gaspard d’Allens, auteur de l’ouvrage Main basse sur nos forêts aux éditions du Seuil :

Le pin de Douglas : l’importation d’une logique industrielle 

A l’origine, le sapin de Douglas est un arbre que l’on retrouve au cœur des forêts nord-américaines. Réputé pour son bois solide propice à la construction, il est importé en France dans les années 60, mais son importation s’accompagne d’une logique de production industrielle qui semble avoir transformé durablement une partie de nos forêts. Pour Gaspard D’Allens, le fait de privilégier les monocultures de Douglas dans le Limousin et dans le Morvan notamment, a entraîné une perte de biodiversité significative :

« Les monocultures de forêts créent un désert biologique, parce qu’il n’y a pas d’arbre mort, il n’y a pas d’arbre naissant. Il faut imaginer que ce sont des arbres qui ont tous le même âge, la même hauteur et que l’on va ensuite faucher au même moment. »

En coupant le sapin de Douglas prématurément, à 35 ans, celui-ci n’a ainsi pas le temps de redonner à son environnement ce qu’il lui a pris pour se développer, ce qui participe activement à la stérilisation des sols, et par voie de conséquence, à la désertification des forêts.

Les intrants chimiques 

Si la plupart des consommateurs sont aujourd’hui conscients de l’utilisation d’intrants chimiques dans l’agriculture, peu savent en revanche que nos espaces forestiers sont aussi sujets à ce genre de pratiques. L’utilisation d’herbicides et de pesticides est en effet fréquente dans le cadre des monocultures forestières :

« Qui sait qu’en forêt on utilise près de 60 types d’herbicides, de pesticides. Pour dégager les parcelles, enlever les ronces, pour que les plants puissent se développer, pour aussi dévitaliser les souches quand les arbres ont été coupés. Voilà, pour « nettoyer les parcelles ». C’est ce que les industriels appellent un « champ propre », mais c’est aussi un champ sans vie. »

En important les pins Douglas en France et en privilégiant une logique de production industrielle de ces conifères, l’usage des intrants chimiques s’est généralisé et les conséquences de cette pratique sur nos espaces naturels apparaissent particulièrement néfastes.

Les raisons d’une telle logique industrielle 

Si le Douglas est connu pour la robustesse de son bois, il est étonnant de constater qu’en France, il est finalement assez peu exploité. Dans le Limousin par exemple, il est très utilisé pour produire des palettes, soit un usage extrêmement bas de gamme de l’arbre.

Ce phénomène s’explique par la diminution drastique du nombre de scieries sur le territoire national (passant d’environ 15 000 dans les années 60 à environ 1 400 aujourd’hui). Pour maximiser la rentabilité de la production des pins de Douglas, une grande partie du bois produit par ces monocultures est donc finalement exportée en Chine :

« C’est ça en fait le grand drame économique de nos forêts, c’est que les troncs qu’on abat, on les envoie directement en Chine. (…). Ils ont des tarifs douaniers qui sont favorables, et la transformation est moins chère là-bas. »

Pour enrayer l’expansion des logiques industrielles au sein de nos espaces forestiers, l’un des moyens privilégiés semble être d’informer le public sur ces pratiques. Si nous sommes aujourd’hui très préoccupés par la le processus de production des biens alimentaires, une même exigence devrait être observée dans le secteur du bois, qui nous entoure au quotidien. Mais pour espérer un réel changement, la seule prise de conscience citoyenne ne suffira pas : il semble également indispensable de lutter activement contre certains lobbys particulièrement impliqués dans le maintien de ces pratiques.

L’article de France Culture est ici.

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Le gouvernement renonce au crime d’écocide, mais crée un délit général de pollution

Novethic  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin avec AFP, le 23/11/2020.

Punir sévèrement les atteintes à l’environnement. C’est ce que demandait la Convention Citoyenne sur le Climat avec la création d’un crime d’écocide. Le gouvernement accède à cette demande mais crée un simple délit général de pollution et un délit de mise en danger de l’environnement. Des avancées importantes du droit français mais qui restent en deçà des attentes citoyennes.

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Le ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti, va soumettre aux député un projet de création de délit d’écocide. XavierBouzas/HansLucas/AFP

C’est l’une des propositions phares de la Convention citoyenne sur le Climat (CCC) : la création d’un crime d’écocide, qui permettrait à la justice de punir aussi sévèrement des atteintes à l’environnement qu’elle le ferait pour un crime contre l’Humanité. Comme promis, Emmanuel Macron a bien soumis la proposition à son gouvernement. Celui-ci a adopté une mesure qui va en ce sens mais sérieusement amoindrie.

Dans une interview conjointe au JDD dimanche 22 novembre, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti et la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili ont annoncé la création d’un délit d’écocide. « À l’enthousiasme citoyen qui s’est exprimé doit succéder une traduction juridique dans le code pénal », justifie le garde des Sceaux, faisant valoir un problème de constitutionnalité à l’égard du mot « crime ». Il parle plutôt de mettre fin « au banditisme environnemental ».

Amendes dissuasives

« Nous allons créer un délit général de pollution. Les pénalités seront modulées en fonction de l’intentionnalité de l’auteur. Les peines encourues vont de trois ans d’emprisonnement à dix ans d’emprisonnement selon qu’on est en présence d’une infraction d’imprudence, d’une violation manifestement délibérée d’une obligation et la plus lourde, d’une infraction intentionnelle », rapporte Éric Dupont-Moretti.

Les amendes iront de 375 000 à 4,5 millions d’euros. « Autrefois vous polluiez, vous gagniez, demain vous polluerez, vous paierez jusqu’à dix fois le bénéfice que vous auriez fait si vous aviez jeté vos déchets dans le fleuve », assure le garde des Sceaux. Une sanction qui n’est pas non plus à la hauteur des attentes de la CCC. Celle-ci demandait une sanction équivalente à 20 % du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise fautive.

Vider de sa substance

En revanche, innovation de l’Exécutif, un deuxième délit de « mise en danger de l’environnement » devrait aussi voir le jour. Contrairement au premier, les sanctions pourront s’appliquer y compris quand la pollution n’a pas encore eu lieu, a précisé à l’AFP le ministère de la Transition écologique. « Le texte vise à pénaliser la mise en danger de l’environnement par des violations délibérées d’une obligation », souligne Éric Dupond-Moretti dans le JDD. La peine encourue est d’un an de prison et 100 000 euros d’amende.

« C’est en fait la traduction, en des termes juridiques précis, de ce que demandaient les promoteurs historiques de la reconnaissance de l’écocide« , assure Barbara Pompili. La juriste Valérie Cabanes souligne cette avancée pour la défense de l’environnement, mais elle critique. Pour elle, le gouvernement français s’est simplement « conformé enfin à la directive de 2008 de l’Union européenne relative à la protection de l’environnement par le droit pénal ». Puis elle parle « d’entourloupe » en jugeant que le terme d’écocide a été vidé de sa substance.

« La proposition qui sera présentée aux députés est infiniment moins ambitieuse que celle portée par la Convention citoyenne et ne correspond pas aux définitions internationales de l’écocide », appuie le réalisateur et militant écologiste Cyril Dion sur Twitter. Il salue toutefois « une amélioration du droit ». L’eurodéputée écologiste Marie Toussaint, cofondatrice de l’association « Notre affaire à tous » salue des « mesures bienvenues », mais qui « ne correspondent pas à la condamnation de ce grave crime contre la nature », a-t-elle réagi.

L’article de Novethic est ici.

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Aviation : 1 % de la population mondiale responsable de la moitié des émissions de CO2

Reporterre  Un article de Reporterre, le 18/11/2020.

Les personnes qui prennent souvent l’avion, qualifiés de « super-émetteurs », représentent seulement 1 % de la population mondiale mais étaient responsables de la moitié des émissions de gaz à effet de serre liées à l’aviation en 2018.

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American Airlines Boeing. Aero icarus / Flickr

C’est ce que conclut une étude suédoise de l’université de Linnaeus, citée par le Guardian. Les compagnies aériennes ont produit un milliard de tonnes de CO2 cette année-là. Seulement 11 % de la population mondiale a pris l’avion au moins une fois en 2018, dont 4 % pour partir à l’étranger. Les passagers étasuniens sont ceux qui ont l’empreinte carbone la plus forte : les émissions des États-Unis dépassent celles, combinées, des dix autres pays riches les plus émetteurs. Selon le chercheur Stefan Gössling, qui a dirigé l’étude :

 » Si vous souhaitez résoudre le changement climatique, et que nous devons repenser l’aviation, alors nous devrions commencer tout en haut, [car] quelques «super-émetteurs» contribuent massivement au réchauffement climatique. Les riches ont, de loin, une liberté beaucoup trop grande de dessiner la planète selon leurs vœux. »

Selon l’étude, les grands voyageurs — les « super émetteurs » — ont parcouru chacun en moyenne plus de 50.000 kilomètres en avion en 2018, l’équivalent d’environ trois vols long-courriers par an, ou un vol moyen-courrier tous les mois. En moyenne, les Étasuniens ont volé cinquante fois plus que les Africains en 2018, les Européens, vingt-cinq fois plus.

L’article de Reporterre est ici.

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Malgré la crise du Covid-19, le climat reste la priorité numéro 1 des Français

  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 16/11/2020.

Ces dernières années, les citoyens priorisaient de plus en plus la protection du climat de notre planète afin de nous assurer un avenir vivable. On aurait pu craindre que la crise sanitaire balaie cet enjeu majeur à la faveur d’inquiétudes plus immédiates. Il n’en est rien à en croire le dernier baromètre de l’Institut du capitalisme responsable, présenté en avant-première par Novethic. Par ailleurs, la crise a fait prendre conscience aux Français du rôle majeur des entreprises pour œuvrer en faveur de l’intérêt général.

L’Institut du capitalisme responsable publie son troisième baromètre annuel de l’Observatoire de la matérialité des enjeux sociaux et environnementaux. @IvanJesusCruzCivieta

Chaque année, l’Institut du capitalisme responsable publie un baromètre sur la perception des grands enjeux de société par la population. Cette année, l’étude menée en janvier 2020 en France, aux États-Unis et en Inde a été remise en cause par l’explosion de la pandémie mondiale. Aussi l’institut a décidé de faire une mise à jour de son étude en novembre auprès d’un échantillon français afin de voir l’impact en direct de cette crise inédite.

Et le premier enseignement est « qu’en pleine crise sanitaire, le climat reste la priorité numéro 1 des Français«  pour les dix années à venir, assure l’Institut. Alors qu’en janvier 25 % des Français mettaient la lutte contre le changement climatique en priorité des combats de la décennie, ils sont toujours 24 % à la citer en priorité neuf mois après le début de la crise en Europe. Bien sûr la question sanitaire croît. Alors qu’au début de l’année, la santé n’était qu’à la quatrième position du classement, elle s’empare de la deuxième place, devant la sécurité et l’adoption de nouveaux modes de consommation.

Enjeux de sociétés cités en premier par les Français pour les dix années à venir

Progression de la biodiversité

Le point sur la consommation fait d’ailleurs partie des éléments qui ont fortement évolué à l’occasion de la crise sanitaire. « Alors qu’en janvier 2020, 41 % des Français se disaient prêts à agir en matière de consommation pour protéger la planète, ils sont 64 % à déclarer agir et consommer de manière plus responsable depuis le début de la crise sanitaire« , observe l’Institut. Une considération qui arrive largement devant l’évolution de l’alimentation ou de la mobilité.

Plus loin au classement, la question de la protection de la biodiversité progresse significativement passant de 5 à 9 % sur la même période. Pour les Français, l’effort doit avant tout porter sur la restauration des espaces naturels « pour compenser les dommages causés par les activités humaines«  et dans un second temps, il faut modifier le comportement des consommateurs. C’est le témoignage que la société prend conscience que l’apparition de zoonoses, des maladies transmises de l’animal à l’homme (tel le Covid-19), peut être limitée en préservant mieux la nature.

Des entreprises engagées

Enfin, c’est la vision de l’entreprise qui change avec le Codid-19. « 43 % des Français déclarent avoir pris conscience que les entreprises sont davantage engagées en faveur de l’environnement qu’ils ne le pensaient avant la crise sanitaire« . Une constatation des citoyens qui illustre la place croissante prise par la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) au sein du tissu économique. La pandémie donne une dimension très concrète à l’engagement des entreprises et à la nécessité d’adapter les modèles économiques pour qu’il soit résilient aux crises majeures que nous affrontons. Du coup, ce qui apparaissait jusque-là comme une stratégie réservée à quelques leaders s’avère de plus en plus indispensable à la survie de secteurs entiers.

Cette vision de cette mission sociétale prend toutefois des places différentes d’un pays à l’autre. En France, 50 % des Français jugent que les entreprises ont pour finalité « d’agir au service de l’intérêt général« . Cette notion comprend des éléments tel « qu’assurer l’emploi et le développement de ses salariés, contribuer à la croissance de son pays, soutenir le développement économique et social local et contribuer au bien-être de la société« . En Inde, ces quatre considérations sont jugées majeures par 58 % des personnes interrogées. En revanche aux États-Unis, ce taux tombe à 41 %. Outre-Atlantique, le rôle de l’entreprise est considéré devoir être axé en priorité vers la satisfaction du client, la pérennité des filières de production et la génération du profit pour les actionnaires.

L’article de Novethic est ici.

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Les plus gros arbres d’une forêt stockent beaucoup plus de carbone que les petits

Futura Planète  Un article de Futura Planète, par Nathalie Mayer, le 07/11/2020.

Stocker du carbone dans nos forêts apparait aujourd’hui crucial pour atténuer le réchauffement climatique anthropique. Et pour éclairer les politiques en la matière, les chercheurs nous apprennent que les arbres les plus gros stockent des quantités disproportionnellement massives de carbone.

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Selon les travaux des chercheurs de l’Eastern Oregon Legacy Lands, les arbres dont le diamètre dépasse les 76 centimètres ne représentent que 0,6 % des arbres du nord-ouest du Pacifique, mais ils stockent plus de 16 % du carbone. © David Mildrexler, Eastern Oregon Legacy Lands

Que ce soit dans la végétation ou dans les sols, les forêts du monde stockent quelque 862 gigatonnes de carbone. Entre 2009 et 2018, elles ont ainsi permis, chaque année, d’éliminer 30 % des émissions de carbone. Si nous pouvions nous douter que les arbres les plus gros capturent le plus de carbone, des chercheurs de l’Eastern Oregon Legacy Lands (États-Unis) montrent aujourd’hui qu’ils stockent même des quantités de carbone disproportionnellement massives.

Ils ont travaillé sur les forêts du nord-ouest du Pacifique. Et estimer la quantité de carbone stockée grâce à des équations spécifiques aux espèces et reliant le diamètre et la hauteur de l’arbre à la biomasse contenue dans le tronc et les branches. Sachant que la moitié de cette biomasse est constituée de carbone. Leur conclusion : les arbres dont le diamètre dépasse les 53 centimètres représentent 3 % de la population, mais ils stockent à eux seuls, 42 % du total de carbone stocké.

D’autres avantages écologiques

« Laisser les gros arbres pousser est important. Cela maintient les réserves de carbone dans les arbres et capture plus de carbone à un coût extrêmement faible », remarque David Mildrexler, auteur principal de l’étude dans un communiqué de Frontiers.

Mais les grands arbres se posent également en pierres angulaires de la diversité et de la résilience de nos forêts. Ils abritent de riches communautés de plantes, d’oiseaux, de mammifères, d’insectes ou encore de micro-organismes. Ils exploitent les ressources en eau souterraine, aidant ainsi à lutter contre les incendies. Ils rafraîchissent le climat de la planète par évaporation. Il faudrait des centaines d’années à des arbres nouvellement plantés pour retrouver ces fonctions uniques. Autant de très bonnes raisons de réfléchir à deux fois avant de couper les plus gros des arbres de nos forêts.

L’article de Futura Planète est ici.

Commentaire :

Aujourd’hui, grâce aux chercheurs cité plus haut, nous apprenons que les arbres les plus gros stockent des quantités disproportionnellement massives de carbone. De sorte que lorsqu’on coupe ces vieux arbres, le bilan carbone ne peut pas être neutre, comme le clament les industriels du bois. En septembre 2015, j’ai publié un article sur le même sujet en y ajoutant un commentaire qui concerne l’ex-usine à pellets de Jeferco et qui est repris ci-dessous car il est toujours d’actualité :

 » La société Jeferco, comme la majorité des promoteurs de la filière bois-énergie, nous explique dans son étude d’impact, Chapitre 4 – page 117 : « Par ailleurs, le projet aura un impact indirect positif sur le climat, car il permet de consommer des bois de second choix et de rajeunir les plantations. En effet, les bois jeunes, à volume et surface égale, une forêt jeune stocke beaucoup plus de CO2, qu’une âgée avec de vieux arbres. » Outre le fait que cette phrase soit très mal construite et écrite, cet article nous explique au contraire que « plus un arbre est vieux, plus il absorbe du CO2, et plus il grandit vite. » Une jeune forêt que l’on couperait tous les 25 ans, comme le préconise Jeferco, ne remplirait pas son rôle de producteur d’humus, qui est le plus grand piège à carbone de la planète, et de stockage efficient du CO2. La forêt ne serait plus un piège à carbone mais un émetteur de dioxyde de carbone !

Il  semble d’ailleurs que la réponse aux propos péremptoires de Jeferco soit intuitivement simple, et les manières de l’expliquer nombreuses :

  • pour autant qu’un vieil arbre ne perde pas le CO2 stocké depuis l’origine, il gardera toujours plus de carbone que le jeune arbre qui commence seulement à stocker !

Ou encore :

  • le vieil arbre contient tout ce qu’il a stocké étant jeune (beaucoup selon Jeferco) plus tout ce qu’il a stocké étant adulte et étant vieux !

Ou encore :

  • les vieux arbres étant plus gros que les jeunes stockent plus de CO2 !

Ou encore :

  • les jeunes arbres stockent moins vite que les vieux et depuis moins longtemps !

De quoi battre en brèche les idées reçues, propagées et entretenues par Jeferco, sur le bois qui serait une énergie renouvelable. « 

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Inondations dans la vallée de la Roya : les habitants tentent de surmonter le traumatisme

Reporterre  Un article de Reporterre, par Bénédicte Saussol, le 13/11/2020.

Bénédicte Saussol est institutrice dans la haute-vallée de la Roya. Son texte est le fruit d’un échange avec Lorène Lavocat, journaliste à Reporterre.


Il y a un peu plus d’un mois, des pluies diluviennes dévastaient les vallées de la Roya, de la Vésubie et de la Tinée, dans les Alpes-Maritimes. Aujourd’hui, le ballet des hélicoptères a cessé et l’État semble avoir déserté les lieux. Dans la vallée de la Roya, comme en témoigne l’autrice de cette tribune, les habitants s’unissent pour reconstruire et ne pas se laisser abattre par le traumatisme de la catastrophe.

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Plus d’un mois après le passage dévastateur de la tempête Alex, la vallée de la Roya panse toujours ses plaies. Les 2 et 3 octobre, plus de 500 litres d’eau se déversaient sur chaque mètre carré de cette zone montagneuse, nichée à la frontière italienne. « Les dégâts sont encore énormes, les gens sont toujours sous le choc, beaucoup se sentent abandonnés par les pouvoirs publics et certains pensent à partir car ils ne voient pas quel avenir construire ici », nous raconte Bénédicte Saussol, enseignante dans le haut de la vallée.

« Si le bas de la vallée est désormais à peu près désenclavé par la route, le haut de la vallée est toujours complètement coupé, raconte l’institutrice. Et ce n’est pas prêt de s’améliorer. » La route est coupée, et les trains ne circulent qu’au ralenti, à raison de deux allers-retours quotidiens, assurant la seule voie de connexion et de ravitaillement pour la zone. « Les locomotives ne vont pas à plus de 10 km/h par endroit, car certains ponts sont très abîmés », poursuit-elle.

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Un pont de voie ferrée fragilisé entre Fontan et Saint-Dalmas.

Lors d’assemblées collectives, les habitants décrivent également le désastre : « Les champs au sud de Tende sont dévastés, et la rivière à complètement changé de lit, peut-on lire sur un compte-rendu du 29 octobre dernier. Beaucoup de logements en bord de rivière sont sinistrés et les habitants évacués. Après un mois, l’eau potable n’est toujours pas installée à Tende et Saorge. À Tende, l’eau courante non potable est accessible de 7h à 22 h. »

Face à l’ampleur des dommages, certains se sentent délaissés par l’État. « À Tende, on manque de communication et d’information pour savoir où ça en est, dit Bénédicte Saussol. On ressent un sentiment d’abandon, quand on voit que la métropole de Nice débloque un milliard d’euros pour la Vésubie et la Tinée, tandis que nous ne voyons rien arriver. » « Au début, on voyait un défilé d’hélicoptères (plus de mille trajets en une semaine), donnant un bourdonnement permanent, témoignent des habitants lors d’une réunion. L’État a déployé militaires et génie civil, s’activant sur la route. Puis, ils sont repartis, laissant nos villages seuls face à des travaux colossaux. » Fin octobre, l’État a envoyé des inspecteurs chargés d’évaluer les dégâts et d’estimer le montant des subventions qui seront allouées à la vallée pour la reconstruction des équipements publics et des infrastructures (routes, ponts, berges, etc.).

« Faire en sorte que la vallée ne se vide pas » 

Moins palpables, les dommages sont aussi psychologiques et émotionnels. « C’est un vrai choc traumatique, qui n’a pas suffisamment été pris en compte, dit Mme Saussol. Les enfants sont angoissés, parlent d’images de guerre, les adultes aussi. Il faut imaginer : en une nuit, des paysages qu’on connaissait intimement depuis des années ont été irrémédiablement transformés, certains paysages sont devenus des champs de cailloux, des dunes de caillasses. » Désormais, l’institutrice organise ses déplacements « pour éviter de voir les endroits détruits, car c’est trop violent ».

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Des habitants ont réparé une portion de route.

Beaucoup de personnes s’interrogent, à l’instar de Bénédicte : « Est-ce qu’on va pouvoir continuer à vivre ici ? Énormément de gens du haut de la vallée sont déjà partis, inquiets de l’avenir. Au niveau des écoles, on a peur que des classes soient fermées. Ça veut dire des postes d’enseignants en moins. » En parallèle cependant, les gens s’organisent « pour faire en sorte que la vallée ne se vide pas ».

« Après un mois intense, nous sommes usés, parfois déprimés face à l’ampleur des dégâts, mais portés par cette énergie collective, cette volonté de continuer de vivre ici, de construire notre avenir », écrit Thibaud Duffey, accompagnateur en montagne, dans le compte-rendu de la réunion du 29 octobre. Les groupes de discussion en ligne foisonnent, des associations renaissent, des collectifs se créent, les réunions et assemblées diverses s’enchaînent. « On organise des chantiers collectifs, pour refaire des pistes afin de désenclaver succinctement, refaire une portion de l’adduction d’eau dans le village, déblayer des sentiers, couper du bois pour se chauffer », liste Mme Saussol. Ces chantiers se créent souvent sous l’impulsion des habitants, parfois en coordination avec les mairies.

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La piscine municipale de Tende, avant/après.

« Il est important de s’organiser avec, et sans les municipalités, car celles-ci sont évidemment débordées par la situation exceptionnelle que nous traversons et communiquent parfois très mal, entre elles, et avec nous », observent des habitants lors d’une réunion. La solidarité s’organise à tous les niveaux, pour dégager des véhicules embourbés, nettoyer des terrains couverts de graviers, arbres et roches, déblayer des constructions écroulées, continuer leurs projets, nourrir les animaux, obtenir des outils pour effectuer des travaux de restauration, sortir de ce merdier… Des bénévoles arrivent également dans la vallée, plus ou moins bien aiguillés par des municipalités débordées. Le temps est encore à l’urgence de la reconstruction, mais les habitants de la Roya pensent aussi à l’avenir :

« Il nous apparaît également urgent d’unir nos forces pour surveiller les projets de reconstruction de la Roya. Nous souhaitons influer ou du moins faire force de proposition auprès des puissances publiques afin de projeter ensemble une nouvelle Roya respectueuse de son fleuve et vertueuse en matière environnementale afin d’éviter une nouvelle catastrophe. »

L’article de Reporterre est ici.

 

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Dans les Deux-Sèvres, au moins un million de faisans et de perdrix élevés pour être chassés

M  Un article du journal Le Monde, par Perrine Mouterde, le 24/09/2020.

L’association L214, qui publie des images tournées sur l’un des sites de la société Gibovendée, appelle à l’interdiction de l’élevage d’animaux pour la chasse.

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Doit-on continuer à élever des millions d’animaux uniquement destinés à la chasse ? C’est la question que pose l’enquête publiée jeudi 24 septembre par L214. L’association de défense des animaux diffuse des images obtenues dans un élevage situé à Missé (Deux-Sèvres) de la société Gibovendée, l’un des leaders du marché. Des dizaines de rangées de cages qui s’étendent sur des centaines de mètres, avec à l’intérieur des dizaines de milliers de faisans et de perdrix reproducteurs… « Ces images confirment ce que j’ai vu dans de nombreux élevages plus petits, affirme le naturaliste et militant anti-chasse Pierre Rigaux, qui travaille de longue date sur ce sujet et s’est associé à L214 pour cette enquête. Mais Gibovendée a une ampleur tout à fait différente. »

L’entreprise, qui n’avait pas souhaité réagir mercredi soir, affirme élever chaque année au moins un million d’oiseaux et produire près de 20 millions d’œufs à couver. Au total, selon le Syndicat national des producteurs de gibiers de chasse (SNPGC), ce sont quelque 10 millions de faisans et près de 5 millions de perdrix rouges et grises qui sont produits annuellement en France. A titre de comparaison, les faisans sauvages seraient entre 8 et 11 millions en Europe.

Lâchés quelques heures avant les tirs

L’association L214, qui appelle à l’interdiction de ces élevages, dénonce les conditions dans lesquelles vivent ces oiseaux reproducteurs, et notamment le fait qu’ils soient placés dans de petites cages grillagées. « Ces oiseaux restent génétiquement un peu plus sauvages que des animaux strictement domestiques et sont donc très nerveux, précise Pierre Rigaux. Les éleveurs leur mettent des ustensiles en plastique dans le bec pour éviter qu’ils s’entre-tuent à cause de la proximité, ce qui provoque des dégâts physiques. »

Jean-Christophe Chastang, le président du SNPGC, qui dénonce une méthode d’intrusion de L214 dans l’élevage « illégale et ignoble », dément fermement ces accusations. « Nous avons une activité saine, encadrée, réglementée et extrêmement contrôlée », assure-t-il.

L’article du Monde est ici.

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Le gouvernement augmente l’autorisation de tirs sur les loups, menaçant la survie de l’espèce

  Un article de La Relève et La Peste, par Laurie Debove, le 06/11/2020.

Fin octobre, les Ministères de l’Environnement et de l’Agriculture ont publié un arrêté permettant d’augmenter les tirs sur les loups : jusqu’à 21% des effectifs de loups pourront dorénavant être tués chaque année ! Les associations de protection de la nature dénoncent un rehaussement dangereux pour la pérennité de l’espèce, et une politique de tir systématique inefficace pour protéger les troupeaux.

De 12% en 2018 à 21% en 2020

Publié le 23 octobre 2020 par les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture, l’arrêté fixe le nombre maximum de loups dont la destruction pourra être autorisée chaque année. Si le seuil de 19% de loups abattus est atteint avant la fin de l’année 2020, le taux de destruction de l’espèce pourra aller jusqu’à 21% de la population totale.

Sur une population estimée à 580 individus sur tout le territoire français, ce sont donc 121 loups qui peuvent être abattus cette année. En 2020, 97 loups ont déjà été tués. Ce seuil de 21% est le plus élevé à être autorisé depuis le retour depuis le retour de l’espèce en France, dans les années 1990. Comme le précise l’association 30 millions d’amis, l’arrêté du 19 février 2018 fixait ainsi le nombre maximum de spécimens de loups « à détruire » à 10% de leur population, avec une destruction supplémentaire de 2% prévue une fois ce plafond atteint.

« Et si l’arrêté de 2019, en tant qu’expérimentation, valait seulement pour l’année civile 2020, en revanche, le nouvel arrêté s’appliquera chaque année ! » s’alarme l’association de protection des animaux. Derrière les chiffres, c’est une tendance très concrète qui se dégage : alors que la population de loups stagne de façon inquiétante sur le territoire, le nombre de tirs lui ne fait qu’augmenter.

« La population de loups augmente moins que ce qu’elle devrait être car on a encore beaucoup d’habitats favorables au loup où aucune reproduction, ou famille installée, n’est constatée : Massif Central, Vosges, Pyrénées, et de nombreuses forêts de plaine. Le grand noyau de production des loups est situé dans le grand quart Sud Est de la France, et cette population est passée de 22% à seulement 9% de croissance en un an ! Même si les loups sont une espèce plus dynamique que les ours, cette politique de tirs intensive menace leur conservation ! Ce ralentissement de la croissance de leur population devrait amener les pouvoirs publics à la prudence au lieu d’augmenter le plafond de loups pouvant être abattus… » explique Sandrine Andrieux, Chargée de Communication pour Ferus, à La Relève et La Peste

Une louve et ses petits – Crédit : Bildagentur Zoonar GmbH

En effet, pour fixer ces taux, l’État s’appuie sur le seuil le plus drastique d’une expertise de l’ONCFS et du MNHN selon laquelle 500 individus matures est le minimum absolu pour la conservation de l’espèce. Or, cette même étude précise surtout qu’il faut une taille minimale de 2500 à 5000 individus pour obtenir une population vraiment viable chez les loups.

Le tir systématique inefficace pour la protection des troupeaux

Cette augmentation du seuil autorisé de la destruction des loups fait du « tir de défense simple » une réponse systématique à la proximité des loups près des troupeaux. Pourtant, l’augmentation des tirs s’est accompagnée d’une hausse des attaques sur les troupeaux : la méthode est donc un échec patent pour protéger les animaux des éleveurs. Cette corrélation peut s’expliquer par le phénomène de dispersion des meutes lorsqu’un mâle alpha est abattu. Les loups, qui se retrouvent seuls et affaiblis, privilégient alors les proies les plus vulnérables et faciles que sont les troupeaux domestiques.

« En France, on tire avant de réfléchir ! Or, les tirs ne devraient intervenir que si aucune autre solution n’a fonctionné : mais les moyens de protection des troupeaux mis en place ne sont pas contrôlés sur le terrain. Pire, on a des retours de terrain d’éleveurs qui se voient envoyés la brigade loups plutôt qu’avoir à disposition de vrais moyens de protection. Contrairement à ce qu’une minorité bruyante veut faire croire, de nombreux éleveurs ne sont pas pour l’abattage systématique des loups. Ils veulent juste pouvoir exercer leur activité dans de bonnes conditions », confie Sandrine Andrieux, Chargée de Communication pour Ferus, à La Relève et La Peste.

De fait, des tirs sont ainsi réalisés près de troupeaux peu ou pas protégés. L’association Ferus cite en exemple la hauteur des clôtures électriques d’à peine 80 cm en France alors que l’Allemagne recommande des clôtures d’au moins 1,20 m.

« Résultat, pour un nombre quasi identique de loups par mouton, il y a presque 5 fois plus d’attaques en France (régions PACA et AURA) qu’en Espagne (province de Castille et León), et 10 fois plus de victimes ! » précise l’ASPAS

Plusieurs études scientifiques vont dans le même sens : les pays qui favorisent de bons outils de protection des troupeaux au lieu de tirer à vue subissent moins de prédation, et s’accommodent mieux de la présence des grands prédateurs.

Certaines études ont même des résultats surprenants, comme celle parue dans la revue Science Direct dont l’un des résultats stipule que les clôtures avec des cordes sur lesquelles sont suspendus des drapeaux colorés, qui se balancent dans le vent et fournissent un signal d’avertissement visuel, sont bien plus efficaces que des chiens de garde.

De plus, ainsi que le stipule la Directive européenne Habit-Faune-Flore, les moyens de protection des troupeaux doivent rester un préalable aux tirs de loups dont l’espèce est strictement protégée au niveau européen grâce à la convention de Berne.

L’association Ferus, accompagnée d’autres ONG, a donc décidé de lancer une action en justice prouvant que la Directive Habitats n’est pas respectée en France, et cela malgré l’opposition unanime aux tirs de loups du Conseil National de Protection de la Nature et de la société civile qui s’est exprimée dans de nombreuses consultations publiques, toutes ignorées.

« Partout en France, les arrêtés préfectoraux se multiplient et sont de mieux en mieux ficelés, ce qui fait qu’on n’arrête pas de perdre devant les tribunaux. A présent, notre solution est de passer au niveau européen. Nous ne sommes pas pour l’arrêt de l’élevage, même si certaines pratiques sont à revoir ! Mais il faut apprendre à avoir des relations pacifiées avec l’espèce : on est pour la cohabitation, essayons de vivre ensemble intelligemment », plaide Sandrine Andrieux, Chargée de Communication pour Ferus, à La Relève et La Peste.

Ce nouveau camouflet pour la protection de la nature est intervenu juste avant les dérogations accordées aux chasseurs pour « réguler les espèces » durant cette nouvelle période de confinement. Parmi toutes les leçons que pourrait nous enseigner cette crise sanitaire, notre rapport aux autres animaux et aux plus précaires est sans aucun doute une de celles que le gouvernement est en train de rater.

L’article de La Relève et La Peste est ici.

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Alors que l’Arctique est de plus en plus en danger, la France n’a plus d’ambassadeur des pôles

Novethic  Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 06/11/2020.

La France semble avoir abandonné une des zones les plus impactées par le changement climatique : l’Arctique. Le gouvernement n’a en effet pas renouvelé le poste d’ambassadeur des pôles autrefois occupé par Ségolène Royal. La France perd son influence et sa voix dans cette zone de plus en plus convoitée pour ses ressources naturelles.

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Le poste d’ambassadrice des pôles était occupé par l’ancienne ministre de l’environnement Ségolène Royal jusqu’en janvier 2020. CC0

Avec son célèbre « Make our planet great again », le Président français s’est positionné en artisan de la lutte contre le changement climatique. L’Hexagone, dont la voix compte sur le plan environnemental, semble pourtant avoir oublié une des sentinelles du changement climatique : l’Arctique. Dans un nouveau rapport d’information publié fin septembre par le Sénat, on apprend ainsi que la France a « supprimé au cours de l’année 2020 » le poste d’ambassadeur chargé de la négociation pour les pôles Arctique et Antarctique.

Ce poste était jusqu’en janvier 2020 occupé par Ségolène Royal. Mais le gouvernement l’a remerciée alors que celle-ci prenait de plus en plus position contre le gouvernement sur divers sujets de politique intérieure. Sans compter que l’ancienne ministre de l’Environnement avait été critiquée par des députés en raison de son absence répétée à des sommets dédiés aux pôles. En tant qu’ambassadrice, elle pouvait siéger au Conseil de l’Arctique, dont la France fait partie en tant que pays observateur. Son rôle était notamment d’assurer la protection de cette zone particulièrement impactée par le changement climatique.

Entre la fonte des glaces, la hausse des températures, l’augmentation du niveau des eaux, les scientifiques estiment que l’Arctique a déjà basculé dans une nouvelle ère climatique.  Par ailleurs, susceptible de receler 13 % des réserves de pétrole et 30 % du gaz naturel non découvert dans le monde, l’Arctique attire les États riverains comme la Russie, la Norvège, les États-Unis mais aussi des pays plus éloignés comme la Chine. Selon les informations de Capital, le député Christophe Naegelen (UDI) a alerté le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian de la situation, soulignant « qu’au vu de l’importance écologique, économique et géopolitique des Pôles, il faut ne pas que le poste d’ambassadeur reste vacant afin que la voix de la France soit portée et entendue ».

Une position ambivalente

Pour l’expert, le spécialiste des pôles, le professeur de géopolitique Mikaa Mered, la position de la France concernant l’Arctique est de plus en plus paradoxale. « Pourtant dépositaire de l’Accord de Paris sur le climat (…) la France n’a quasiment rien contribué à l’expédition MOSAiC », ces expéditions scientifiques qui visent à étudier le système climatique arctique. « Même les déclarations du Président de la République lors du G7 de Biarritz affirmant qu’il ne fallait pas utiliser les routes maritimes de l’Arctique ont été perçues comme incohérentes avec le soutien affiché par ailleurs aux entreprises françaises dans la zone. Dès lors, difficile pour une nation arctique de comprendre où se positionne réellement la France », conclut dans Eurasia Prospective, Mikaa Mered.

En attendant que la France retrouve sa voix, la Russie, qui voit comme une priorité le développement des ressources naturelles de l’Arctique, vient de lancer un deuxième méga-projet gazier en Sibérie. La Norvège compte également sur les ressources du Grand Nord, la mer de Barents recelant 65 % des réserves pétrolières du pays. Le gouvernement de Donald Trump a de son côté approuvé en août un programme ouvrant la voie à des forages d’hydrocarbures dans la plus grande zone naturelle protégée des États-Unis, en Alaska. Dans cette optique, la course aux revendications territoriales s’accélère. Moscou, Washington, Ottawa, Oslo et Copenhague ont réclamé l’extension de leur « plateau continental » au-delà de leur zone économique exclusive de 200 milles marins.

L’article de Novethic est ici.

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L’accès restreint à la nature pendant le confinement est néfaste pour la santé et injuste

Reporterre  Un article de Reporterre, par Gaspard d’Allens, le 31/10/2020.

Lors du premier confinement, l’interdiction d’accéder aux espaces naturels a été vivement contesté. Avec le reconfinement, les mêmes restrictions s’imposent, sans considération des bénéfices pour la santé des promenades dans la nature.

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Avec le reconfinement commencé vendredi 30 octobre, la question de l’accès aux espaces naturels se pose à nouveau. Au printemps dernier, l’enjeu avait suscité de vifs débats dans la société française. Une pétition lancée sur Reporterre « pour un accès responsable à la nature » avait récolté plus de 160.000 signatures. De nombreux parlementaires, dont l’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho, s’en étaient faits les défenseurs. Ils soulignaient que la privation de nature pouvait avoir des conséquences néfastes sur le moral et la santé des Français et qu’une promenade solitaire, en plein air, ne risquait en aucun cas de propager le virus.

Jeudi 29 octobre, au cours de sa conférence de presse, le Premier ministre, Jean Castex, a assuré que « les modalités et les contours de ce nouveau confinement ne seront pas ceux de mars ». Les parcs et les jardins resteront, en effet, ouverts. La population urbaine, habitant à proximité d’un espace vert pourra bénéficier d’un bol d’air et échapper, un temps, à l’enfermement dans des habitats parfois exigus et étouffants. Le Premier ministre a ajouté que « les forêts et les plages ne seront pas fermées ». Localement, les préfets ne pourront donc plus alimenter la surenchère qui avait frappé la France en mars dernier, où une vingtaine de départements avaient interdit l’accès aux bois, aux chemins de randonnée, aux pistes cyclables ou même aux berges de canaux.

Lors de son discours, Jean Castex a cependant rappelé que certaines règles restaient identiques. Pour pouvoir sortir, les Français doivent se munir d’une attestation. Ils ne peuvent pas dépasser pour leur loisir un rayon d’un kilomètre autour de leur domicile et une durée d’une heure. L’annonce a créé de nouvelles polémiques. À quoi bon ouvrir les forêts, les montagnes et les plages si c’est pour en limiter l’accès aux seuls riverains et avec autant de contraintes ? Qui sera véritablement concerné ?

« On continue à ouvrir les lieux scolaires qui sont potentiellement des foyers de contamination mais on interdit de s’éloigner à plus d’un kilomètre de chez soi »

« Encore une fois, le gouvernement est dans une forme de précipitation et d’improvisation. Comme il n’a pas suffisamment écouté le conseil scientifique sur le risque et l’ampleur d’une seconde vague, il privilégie des mesures simples et rapides mais dépourvues de logique sanitaire et inégalitaires », analyse Billy Fernandez. Ce guide de haute montagne est à l’initiative de la pétition publiée par Reporterre au printemps. « Nous sommes déçus et en colère, nos arguments n’ont pas été entendus, regrette-t-il. En cette période de pandémie, il serait pourtant logique de pouvoir se disperser dans les espaces de nature plutôt que de se concentrer dans les lieux à forte densité. »

Dans une lettre écrite en début de semaine à Jean Castex, il demandait à l’exécutif « de tirer les leçons du confinement du mois de mars », et rappelait « les effets délétères d’un confinement sans sortie possible dans la nature », contribuant à augmenter les dépressions, la sédentarité et les comportements d’addiction. De nombreux scientifiques et médecins ont également démontré l’apport bénéfique d’un contact avec la nature pour renforcer notre système immunitaire, diminuer le stress et l’anxiété. Certains chercheurs affirment même qu’une dose quotidienne de nature peut prévenir et traiter de nombreux troubles médicaux.

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Patrouille de gendarmes dans les Hautes-Alpes lors du premier confinement.

« Il est surprenant que les lycées et leurs cantines soient ouverts mais qu’on n’ait pas le droit d’aller se balader dans la nature à plus d’un kilomètre de chez soi. Cela n’a pas de justification d’un point de vue sanitaire », argue l’alpiniste. « Le périmètre aurait pu être moins restrictif. À la campagne, cela n’a strictement aucun sens. Si on habite au centre d’un village, il vaut mieux pouvoir s’en éloigner à quelques kilomètres plutôt que de tous rester sur les trottoirs de la commune. »

Contacté par Reporterre, le philosophe Dominique Bourg ne comprend pas non plus cette logique : « À l’étranger, en Allemagne ou en Suisse, au contraire, on pousse les gens à sortir ! On les encourage à faire du sport sans limitation de distance. On les responsabilise. Les autorités leur demandent simplement de ne pas se promener à plus de cinq personnes et de ne pas faire d’activités dangereuses afin d’éviter de saturer les hôpitaux. »

Au cours des débats parlementaires sur la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, en mai dernier, le gouvernement a justifié ses mesures restrictives en disant ne pas vouloir créer « d’appel d’air » ni de « tentation ». Pour Olivier Veran, le ministre de la Santé, « il fallait à tout prix éviter la circulation du virus » et « réduire les activités non essentielles », « agir de manière simple ». Il reconnaissait aussi que, « même si la forêt de Fontainebleau était restée ouverte pendant la période de confinement, l’interdiction de se déplacer loin de son domicile avait empêché les gens d’y aller » .

« Comment vais-je expliquer à un habitant d’un département rural de la Meuse qu’il sera confiné avec les mêmes restrictions qu’un Parisien ? »

Cette semaine, l’annonce d’un reconfinement avec la même règle du 1 kilomètre a suscité de l’émoi jusque dans l’hémicycle. Jeudi 29 octobre, Bertrand Pancher, le député de la Meuse, coprésident du groupe Libertés et territoires, a fustigé « le manque de concertation » du gouvernement et une politique avant tout pensée par des technocrates urbains :

Les élus locaux et les habitants n’en peuvent plus. Même sur les sujets qui concernent leur territoire, ils sont mis devant le fait accompli. Quand la machine administrative s’en mêle, on aboutit à des décisions que nos concitoyens ne peuvent pas comprendre ! Comment vais-je expliquer à un habitant d’un département rural de la Meuse qu’il sera confiné avec les mêmes restrictions qu’un Parisien, qu’il ne pourra pas aller ramasser les champignons alors qu’il a peu de chance de croiser quelqu’un ? Nous avons prôné une approche territorialisée mais cette demande est restée lettre morte. »

Le député Matthieu Orphelin a également regretté « une règle trop discriminante », soulignant l’inégal accès aux espaces naturels : tout le monde n’a pas la chance d’habiter au bord du littoral ou à la lisière des bois. Le choix de limiter les déplacements à un kilomètre risque de nourrir une forme d’injustice. Les habitants des quartiers populaires du nord de Marseille, par exemple, seront privés pendant un mois de la mer Méditerranée, tandis que les classes aisées profiteront de leur villa sur la Côte d’Azur. Les ouvriers bretons qui vivent majoritairement dans les terres continueront à travailler à l’usine ou dans le BTP pour faire tourner l’économie mais ils ne pourront pas profiter du littoral le week-end, contrairement aux riches retraités de Saint-Malo ou de Dinard dont les manoirs bordent la plage.

Billy Fernandez compte donc repartir à la bataille. « Nous allons relancer la pétition. Elle continue d’ailleurs de circuler. On a eu 4.000 signataires supplémentaires depuis les annonces du reconfinement, précise-t-il. Nous avons besoin de pouvoir respirer et de nous ressourcer dans la nature pour affronter cette période difficile. Il faut autoriser un accès encadré aux espaces naturels de proximité dans le strict respect des gestes barrière », dit-il.

L’article de Reporterre est ici.

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Restaurer un tiers des zones dégradées, solution la plus efficace pour préserver le climat et la biodiversité

  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 31/10/2020.

Et si la solution était la restauration ? Grande oubliée des politiques et des financements climat, la restauration des zones dégradées pourrait pourtant s’avérer comme la solution la plus efficace et la moins coûteuse pour à la fois lutter contre le changement climatique et préserver la biodiversité. Un seuil de 30 % de terres restaurées permettrait d’absorber autant de carbone qu’émis depuis la révolution industrielle et d’éviter 70 % des extinctions d’espèces.

Restaurer 30 % des terres les plus dégradées permettrait d’absorber l’équivalent de la moitié des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle. @RomoloTavani

Chaque minute dans le monde, l’équivalent de 23 hectares de terres sont dégradées. Or, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature, révèle que la restauration de 30 % des terres les plus dégradées, combinée à la préservation des écosystèmes encore intacts, auraient des effets considérables dans la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité. Elle permettrait d’absorber l’équivalent de la moitié des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle, soit environ 465 gigatonnes de CO2, et empêcherait 70 % des extinctions d’espèces.

« Nous avons été surpris par l’ampleur de ce que nous avons trouvé – l’énorme différence que la restauration peut faire », a déclaré Bernardo Strassburg, auteur principal de l’étude. « La plupart des domaines prioritaires sont concentrés dans les pays en développement, ce qui peut être un défi mais signifie également qu’ils sont souvent plus rentables à restaurer. » L’étude démontre que ces solutions fondées sur la nature se révèlent parmi les plus efficaces mais sont aussi quatre fois moins chères que les solutions technologiques.

1 % des financements vont à la restauration

Cette restauration ne doit toutefois pas se faire au détriment de l’agriculture, qui compte parmi l’un des principaux facteurs de dégradation. « Si la restauration est effectuée correctement, elle peut augmenter la productivité agricole, estime au contraire le chercheur. Nous pouvons produire suffisamment de nourriture pour le monde et restaurer 55 % de nos terres agricoles actuelles, grâce à une intensification durable de l’agriculture ».

Autre point de vigilance, la plantation d’arbres, aujourd’hui largement plébiscitée. « Si vous plantez des arbres dans des zones où les forêts n’existaient pas auparavant, cela atténuera le changement climatique, mais au détriment de la biodiversité » alerte encore Bernardo Strassburg. Dans le monde, il y a deux milliards d’hectares de terres potentielles à restaurer qui sont soit légèrement ou sévèrement dégradées, selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Mais environ 1% seulement du financement consacré à la crise climatique mondiale va à la restauration de la nature.

L’enjeu de la prochaine COP15 de la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui se tiendra en mai 2021 à Kunming, en Chine, sera de faire croître ce pourcentage. Dans le projet de cadre mondial, qui doit être adopté au niveau mondial, l’un des objectifs phare vise à placer au moins 30 % de la surface de la Terre (terres et mers) sous statut de conservation d’ici 2030, ce qui ne revient pas explicitement à restaurer 30 % des terres les plus dégradées. En outre, de nombreux scientifiques appellent quant à eux à aller jusqu’à protéger la moitié de la planète.

L’article de Novethic est ici.

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Les raisons d’y croire : malgré le reconfinement, un monde plus responsable est bien en train d’émerger

Novethic  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 30/10/2020.

Le retour du confinement est un coup dur pour tous les Français et les Européens. Au printemps, nous avions cru à un « monde d’après » mais nos espoirs semblent douchés. Relevons la tête ! À la faveur des nombreux appels à changer de modèles, les lignes ont bougé ces derniers mois : La Chine s’engage sur le climat, l’agroalimentaire se fait plus économe, le Mercosur est rejeté… Il y a « des raisons d’y croire » ! Et pendant tout ce confinement, Novethic vous montrera toutes ces bonnes initiatives.

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Le Covid-19 et le confinement ne mettent pas à l’arrêt la transition mondiale. Au contraire, elle l’accélère. @Niserin

La neutralité carbone en Chine, au Japon, en Corée du Sud

Trois des plus grandes économies s’engagent sur le climat. La Chine, le Japon et la Corée du Sud viennent d’annoncer un objectif de neutralité carbone, en 2060 pour la première, en 2050 pour les deux autres. Ce n’est pas un petit engagement pour des pays dont l’économie repose massivement sur le charbon. Le mix électrique de la Chine repose par exemple à 62 % de charbon. L’effort de ces pays motivera aussi les États-Unis de rattraper leur retard pris sous l’ère Trump que ce soit dès 2020 ou plus tard. Du côté de l’Europe, la zone la plus avancée sur le climat, on accroît aussi ses ambitions malgré la brutalité de la crise sanitaire. Dans un discours sur l’État de l’Union en septembre, la Présidente Ursula von der Leyen a défendu un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990, contre 40 % actuellement.

Des pétroliers qui changent de paradigme

La crise pétrolière, engendrée par la crise sanitaire mondiale, a forcé les majors a changé leur fusil d’épaule. Avec une demande en baisse et des prix faibles, plus question d’investir dans des mégaprojets à la rentabilité limité. Le PDG de Total Patrick Pouyanné a ainsi expliqué que la production de pétrole de l’entreprise allait stagner voire même décliner d’ici 2030. Une révolution copernicienne ! Il ajoute : « Nous sommes dans le Top 5 des producteurs de pétrole, nous voulons être dans le Top 5 des énergies renouvelables ». Ce changement de paradigme est aussi endossé par BP. Dans son rapport annuel sur le monde de l’énergie, le groupe assure que, dans un scénario optimiste, la demande de pétrole ne se relèvera jamais de la chute causée par la crise sanitaire.

La France rejette le Mercosur au nom de l’environnement

C’était un symbole du monde d’avant. Depuis 20 ans, l’Europe et le Mercosur, constitué de pays sud-américains, négocient un des plus vastes encore de libre-échange jamais conclu. Et ce dernier pourrait ne pas voir le jour pour des raisons environnementales. La France a annoncé début septembre s’opposer en l’état au projet car la « déforestation met en péril la biodiversité et dérègle le climat », a fait valoir Jean Castex. Un rapport a en effet évalué que la hausse de 2 à 3 % de la production de viande bovine qui résulterait d’une plus grande ouverture des marchés des deux continents devrait conduire à une accélération de la déforestation annuelle de 5 % par an. Ce traité pourrait faire basculer l’Amazonie dans ce que les scientifiques appellent le « point de non-retour »

Vélo : la révolution en roulant

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C’est une des conséquences inattendues du Covid-19. En avril, à la sortie du confinement, des centaines de citoyens ont décidé d’enfourcher leur vélo pour éviter la promiscuité imposée dans les transports en commun. En Île-de-France près de 150 km de pistes cyclables ont été créées en six mois pour faire face à ce nouvel engouement qui a également l’avantage de lutter contre la pollution de l’air. Selon le Club des villes cyclables, sur les 70 collectivités qui ont créé des « coronapistes »  près de 80 % comptent les pérenniser. Le deuxième confinement pourrait asseoir encore plus cette nouvelle pratique dans les nouvelles habitudes de déplacement.

Le second souffle de la lutte contre le gaspillage alimentaire

Plus de 200 géants de l’agroalimentaire se sont engagés fin septembre à réduire de moitié le gaspillage alimentaire d’ici 2030. Parmi eux, des mastodontes comme Unilever, Mondelez, McCain ou encore Kellogg. Chaque grand groupe doit également convaincre 20 de ses fournisseurs de s’engager dans cette démarche. Si aujourd’hui encore, près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde est gaspillée, de nombreuses startups se sont engagées dans cette lutte ces dernières années. En France, Too good to go a ainsi réussi à ce qu’une cinquantaine d’entreprises de l’agroalimentaire révisent l’affichage des dates de péremption. Ces dernières, peu compréhensibles, sont responsables de 20 % du gaspillage alimentaire dans les ménages.

L’Europe oriente clairement les investissements verts

Financer ce qui est vert et s’écarter de ce qui est brun. Tel est l’objet de la taxonomie européenne révélée en décembre dernier. Un travail de titan pour orienter les investisseurs à travers une liste de secteurs favorables au climat et à l’environnement Une première au monde qui fait des émules au Canada, en Russie, en Chine… « L’idée que l’Europe doit être cohérente et se doter des outils nécessaires pour mettre en œuvre la transition progresse. La taxonomie va nous aider à changer les règles du jeu sur les marchés financiers pour une économie réellement alignée avec l’Accord de Paris », assure l’Eurodéputé Pascal Canfin, l’un des artisans de cet outil.

L’article de Novethic est ici.

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Confinement, le retour : quelques idées d’activités à faire en famille