Émissions de CO2 : les constructeurs automobiles européens exposés à des milliards d’euros d’amendes en 2020

Novethic  Un article de Novethic, par Arnaud Dumas, le 17/01/2020.

C’est l’année fatale pour les constructeurs automobiles. Les émissions moyennes de CO2 des véhicules vendus en Union européenne ne peuvent plus dépasser les 95 grammes par kilomètre à partir de 2020, sous peine de fortes amendes. Sous l’effet conjugué des baisses de ventes de véhicules diesel et de l’engouement pour les SUV, presque aucun constructeur n’atteint l’objectif.

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Les émissions moyennes de gaz a effet de serre ont progressé ces dernières années. DR

L’année 2020 s’annonce rude pour les constructeurs automobiles. La réglementation européenne « Clean Air for Europe » leur impose une norme maximale d’émissions de 95 grammes de CO2 par kilomètre en moyenne, faute de quoi ils subiront de lourdes amendes. Un seuil que presqu’aucun constructeur présent sur le marché européen n’a encore réussi à atteindre.

Au contraire, même. Alors que les émissions moyennes des véhicules vendus en Union européenne ne cessaient de baisser jusqu’en 2016 pour atteindre 118 grammes de CO2/km, contre près de 180 grammes en 2000, elles ont entamé une nouvelle ascension à partir de 2017 à 120 grammes de CO2/km. La chute des ventes de véhicules diesels suite au Dieselgate (les moteurs diesel consommant moins de carburant, donc émettant moins de CO2) et l’appétit des automobilistes pour les SUV, plus lourds et plus consommateurs que les autres modèles, en sont la cause.

Sévères amendes en vue

Les constructeurs présents sur le marché européen risquent donc de devoir payer de sévères amendes en 2021, en fonction de leurs ventes de 2020. Le législateur prendra en compte les véhicules effectivement vendus et non les gammes proposées pour calculer ces émissions moyennes. Une précaution importante alors que les industriels ont tendance à promouvoir leurs plus gros véhicules, aux marges plus juteuses, plutôt que les petites citadines moins polluantes. Puis, pour chaque gramme de CO2 dépassant la limite autorisée, une amende de 95 euros par véhicule vendu sera infligée. Multipliée par le nombre de voitures vendues, l’addition grimpe vite.

La firme américaine MSCI a fait les calculs en se basant sur la moyenne d’émissions entre 2015 et 2017. Ainsi, Volkswagen, qui dépasse de 26 grammes de CO2/km ses émissions autorisées, serait exposé à près de six milliards d’euros d’amendes. Renault, Fiat ou Ford à près de 2,5 milliards d’euros. Le groupe PSA (Peugeot-Citroën-Opel) à un peu moins de 1,5 milliard d’euros. Seul Toyota devrait passer entre les gouttes, du fait de son historique dans le véhicule hybride.

Les réactions des constructeurs automobiles, bien que tardive, sont là. Le groupe PSA, par exemple, prévoit de lancer des versions hybrides ou électriques de tous ses nouveaux modèles et atteindre une électrification de 100 % de sa gamme en 2025. Renault, de son côté, prévoit huit modèles électriques et 12 hybrides d’ici 2022.

Convaincre les acheteurs

En attendant, c’est l’automobiliste qu’il faudra convaincre. Les constructeurs l’ont mal habitué ces dernières années, à grands coups de campagnes promotionnelles pour des véhicules très consommateurs. Pour réduire les émissions moyennes de leurs ventes, les constructeurs vont devoir orienter une partie de leur clientèle vers des modèles électriques ou hybrides-rechargeables, dont les émissions moyennes sont bien inférieures à 95 grammes de CO2/km.

Selon une note du centre de recherche de la banque HSBC, la part des ventes de véhicules électriques et hybrides devrait atteindre entre 15 et 20 % des ventes totales pour permettre aux constructeurs d’atteindre les objectifs européens. Bonne nouvelle, la demande pour ces motorisations alternatives est en progression. Mais cette progression est lente… En 2019, la part de marché des véhicules hybrides et électriques n’était que de 9 %.

L’article de Novethic est ici.

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La France parle beaucoup de réchauffement, mais agit-elle vraiment ?

Un article de France Inter, par Mathieu Vidard, le 14/01/2020.

En novembre 2018, le président de la république installait le Haut Conseil pour le Climat, un nouvel organisme indépendant chargé d’évaluer les avancées françaises en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre.

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La France parle beaucoup de réchauffement, mais agit-elle vraiment ?

Invitée du jour

Le Haut Conseil pour le climat est un comité qui rassemble 12 experts (climatologues, économistes, sociologues, ingénieurs, etc.) sous la direction de la climatologue franco-canadienne Corinne Le Quéré. Fin juin 2019, le premier rapport annuel du HCC a pointé les insuffisances de la politique climatique française, soulignant notamment que plusieurs objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre n’ont pas été tenus depuis la loi de transition énergétique de 2015, avec des émissions supérieures de 4% — 62 millions de tonnes-équivalent CO2 de trop en 4 ans— aux objectifs fixés dans la Stratégie Nationale Bas Carbone pour 2015-2018.

Avec deux gros points noirs : le bâtiment et les transports, responsables à eux deux de 50% des émissions françaises de GES sur le territoire français, et dont les émissions cumulées, sur 4 ans, ont dépassé de 100 millions de tonnes-équivalent CO2.

Le HCC a pointé l’insuffisance de prise en compte du climat dans les politiques publiques françaises (confirmée par un autre rapport, mi-décembre, du HCC qui montre que seulement 3% des articles de lois ayant un impact sur la politique climatique française ont été évalués sous cet angle). Le gouvernement s’était engagé à répondre avant Noël au rapport de juin 2019, mais sa réponse n’est toujours pas venue.

Corinne Le Quéré est climatologue à l’Université d’East Anglia (Grande-Bretagne) et présidente du Haut Conseil pour le Climat. Elle est également membre du Comité sur le changement climatique, un organisme qui conseille le gouvernement britannique depuis 2008.

Vos solutions pour la planète

Enrico Fusto a co-fondé l’association Boomforest avec Damien Saraceni, ils plantent des mini-forêts en ville selon la méthode japonaise de Miyawaki.

Tout a commencé avec le Budget participatif de la mairie de Paris, Damien Saraceni et Enrico Fusto ont proposé le projet Boomforest en 2016 pour planter des forêts dans la ville de Paris avec la méthode Miyawaki. Ils ont récolté près de 14 000 votes de citoyens. La mairie de Paris les a donc accompagné pour créer la première forêt à la porte de Montreuil avec des volontaires, en 2018.

En 2017, Enrico Fusto est allé au Japon pour rencontrer l’équipe du Professeur Miyawaki et approfondir la méthode.

Invités découverte 

Manou, chanteur de Elmer Food Beat et Yvan Bourgnon, navigateur, président et fondateur de l’association « The SeaCleaners » sont nos invités découverte et viennent raconter la nouvelle version de la chanson « le plastique, c’est fantastique » dédiée au projet « Manta ».

« Le Plastique, c’est fantastique » est sortie il y a bientôt 30 ans, en 1991. La chanson a été revisitée en « le plastique, c‘est dramatique », complètement réécrite par le guitariste de EFB Lolo et sortie début octobre 2019.

C’est à l’occasion d’une rencontre avec le navigateur Yvan Bourgnon à Pornic en juin dernier, président, fondateur de l’association « The SeaCleaners » qu’ils décident de lancer en 2023 le projet « Manta » un bateau géant nettoyeur, dépollueur des mers.

L’article et le podcast de France inter sont ici.

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La bataille pour les retraites est une bataille écologique

Reporterre  Un article de Reporterre, par François Ruffin, le 12/12/2019.

Dans cette tribune, François Ruffin rappelle l’enjeu de la bataille des retraites : réduire la place du travail dans nos vies. Et comment ce projet d’émancipation est éminemment écologique.

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« J’ai changé », proclamait le président à la rentrée. Lui s’était mis au vert, et tout le gouvernement avec, et le Premier ministre à l’« écologie souriante ». Mais alors, où est-elle, l’écologie, dans la « réforme phare du quinquennat » : les retraites ? Fini, silence, eux n’en parlent plus. Comme si ce projet, de société, ne touchait pas la planète. Comme si c’était juste « technique », et le débat sur les retraites, en effet, avec ses experts, ses économistes, tourne vite au dossier techno.

On se jette à la figure des chiffres, des pourcentages, des rapports du Conseil d’orientation des retraites et de la Cour des comptes, remplis de milliards et de déficits. Mais on entend peu parler du bonheur, ou même de nos peurs. La fin s’efface derrière les moyens. Le « non » à la contre-réforme Macron éclipse tout « oui » à autre chose. On en oublie l’idéal social voulu à la Libération, par Ambroise Croizat et ses camarades, mais surtout l’idéal écologique que nous poursuivons pour demain. Deux idéaux, la protection sociale et la protection de l’environnement, qui vont de pair.

Une évidence, en préalable : nous devons vivre sans croissance. « Produire plus, pour consommer plus, pour produire plus, pour consommer plus », comme le hamster dans sa roue, mène la planète droit dans le mur. Et les hommes à l’usure.

Ce week-end, je me suis replongé dans Prospérité sans croissance, le livre de l’économiste Tim Jackson. Il cite une étude, prospective, réalisée par l’économiste canadien Peter Victor :

« Dans ce scénario, le chômage et la pauvreté sont tous deux réduits de moitié grâce à des politiques sociales et de temps de travail. Et l’on obtient une baisse de 20 % des émissions de gaz à effet de serre au Canada.La réduction du temps de travail est l’intervention politique clé qui empêche le chômage de masse. La productivité du travail est censée augmenter à peu près au même rythme qu’elle l’a fait dans le passé au Canada, ce qui devrait logiquement entraîner une diminution de l’emploi. Mais, dans ce cas-ci, le chômage est évité par un partage du travail disponible plus équitable au sein de la main d’œuvre. Réduire la durée du temps de travail hebdomadaire est la solution la plus simple et la plus souvent citée au défi du maintien du plein emploi sans augmentation de la production. Mais cette réduction du temps de travail ne peut réussir que sous certaines conditions : la distribution stable et relativement équitable des revenus. »

Les retraites, c’est un combat sur le temps de travail

C’est la question clé, depuis le XIXe siècle : la libération du travail. La fin du travail des enfants, le recul à 12 ans, puis 14 ans, puis 16 ans, de leur entrée à la mine ou à l’usine, c’est un combat sur le temps de travail. Le dimanche chômé, puis le « samedi anglais », comme on l’a appelé, c’est un combat sur le temps de travail. Le congé maternité, les congés payés, c’est un combat sur le temps de travail. La loi des « huit heures », huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de loisir, c’est un combat sur le temps de travail. Les heures de formation, ou de délégation, c’est un combat sur le temps de travail. Et bien sûr, les retraites, c’est un combat sur le temps de travail.

1982, en France, est le dernier moment de partielle libération. Par les 39 h à la place de 40. Par la cinquième semaine de congés payés. Et surtout, par la retraite à 60 ans (à la place de 65).

Cette période, entre 1981 et 1983, me passionne, les soubresauts d’une gauche qui « va basculer à droite ». Aussi ai-je épluché la presse de ces deux années : l’âge de la retraite venait donc d’être baissé à 60 ans, et dans un sondage, que pensaient les Français, à l’époque, majoritairement ? Qu’il passerait bientôt à 55 ans ! Tant cela semblait le sens de l’histoire.

D’ailleurs, l’économiste John Maynard Keynes estimait qu’à la fin du XXe siècle, les besoins économiques seraient satisfaits, au moins dans les pays développés, que les humains exploreraient d’autres chemins pour le progrès, et qu’ils consacreraient moins de vingt heures par semaine au travail.

Alors, que s’est-il passé dans les années 1980 ? Pourquoi avons-nous rebroussé chemin ? Pourquoi travaillons-nous plus longtemps ? Le dimanche, à nouveau ? Des semaines de 35 h sur le papier, plus en vérité, et bien au-delà des 20 h prévues par Keynes ? Et pourquoi, depuis près de quarante ans, malgré les machines, l’informatique, Internet, bref, malgré les « gains de productivité », pourquoi n’avons-nous pas libéré une sixième semaine de congés payés ?

D’abord à cause des dividendes des actionnaires, dont la part a plus que triplé : en 1983, on travaillait en moyenne une semaine par an pour les actionnaires. Aujourd’hui plus de trois semaines.

La suite de l’article de François Ruffin pour Reporterre est ici.

François Ruffin est député France insoumise de la 1re circonscription de la Somme. Dans son livre Il est où, le bonheur, (éd. Les Liens qui libèrent, novembre 2019) le député appelle à former un « Front populaire écologique ».

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François Ruffin.

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Quand les chasseurs « régulent » des animaux… d’élevages !

30 millions d'amis  Un article de la Fondation 30 millions d’amis, le 02/09/2019.

Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, a fermement défendu la régulation des sangliers par les chasseurs en France (28/08/2019). Toutefois, la présence sur le territoire de nombreux élevages de petit et gros gibier remet en cause cette « prolifération » agitée comme un chiffon rouge… Un paradoxe dénoncé par la Fondation 30 Millions d’Amis.

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« Il faut tuer des sangliers et pour tuer des sangliers il faut des chasseurs ». Sur le plateau de Cnews (28/08/19), Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, a pris le parti de la chasse (c’est devenu une habitude pour ce gouvernement !) brandissant la menace de dégâts provoqués par l’animal si les chasseurs n’intervenaient pas : « Si nous continuons comme cela, il y aura beaucoup de cultures qui vont être ravagées par des hordes de sangliers. Il y a beaucoup trop de sangliers qui dévastent nos cultures… »

Une véritable hypocrisie

Ce plaidoyer du ministre d’État a fait réagir les associations de protection animale – dont la Fondation 30 Millions d’Amis – qui dénoncent une véritable hypocrisie. « Le ministre agite le chiffon rouge pour alarmer les populations et légitimer l’action des chasseurs. Mais le public doit savoir qu’une partie des sangliers et d’autres petits et gros gibiers proviennent… d’élevages ! On est donc loin d’une action mise en place pour ‘’réguler’’ une expansion ‘’naturelle’’ des populations », s’insurge Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis. « Ce que déclare le ministre de l’Agriculture est un faux prétexte, confirme Madline Reynaud, directrice de l’Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS). L’idée d’une prolifération reprend l’argument des chasseurs depuis des dizaines d’années. Or il n’est pas question de régulation quand des sangliers sont élevés pour être tirés. Les relâchés dans des chasses privées ne sont pas rares et certains s’enfuient. Par ailleurs, plusieurs méthodes comme l’agrainage (ndlr : une pratique consistant à approvisionner les animaux sauvages dans leur environnement) sont utilisées pour maintenir les populations de sangliers. Il y a une manne financière derrière ces élevages... »

« C’est l’histoire du pompier pyromane »

Selon des chiffres de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et du Syndicat national des producteurs de gibier de chasse (SNPGC), au moins 40 000 sangliers sont élevés en France. Didier Guillaume prétend donc réguler une prolifération alimentée par les chasseurs eux-mêmes ! « C’est l’histoire du pompier pyromane, lâche Madline Reynaud. Certes, 80% de ces sangliers sont utilisés pour des chasses en enclos. Mais il existe également des relâchés. La chasse est tellement décriée par les Français que l’on se retrouve dans la situation de devoir conférer un rôle aux chasseurs : celui de ‘’régulateurs’’. Mais s’ils n’entretenaient pas les populations de sangliers en les nourrissant et les abbreuvant, ils n’auraient plus de quoi jouer… »

Des millions d’animaux élevés et relâchés pour être tués

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Faisan d’élevage muni d’un couvre bec. Crédit photo ASPAS

Une enquête de l’ASPAS avait déjà démontré l’étendue de l’élevage des faisans. Sur le territoire, quelque 1 500 structures élèvent du petit et gros gibier : perdrix grises et rouges (5 000 000), les canards colverts (1 000 000), lièvres (40 000), lapins de garennes (100 000), cerfs (15 000), daims (22 000), chevreuils (7 000), mouflons (2 500). Des millions d’animaux élevés et relâchés afin d’être… tués [Source : SNPGC & ONCFS] !

 

Pour rappel, près de 7 Français sur 10 rejettent massivement la chasse et 84% exigent à minima que le dimanche devienne un jour non chassé (sondage IFOP – Fondation 30 Millions d’Amis /2019).

L’article de la Fondation 30 millions d’Amis est ici.

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Les pompiers, des héros fatigués par un État néolibéral

Reporterre  Un entretien de Reporterre avec Romain Pudal, le 16/01/2020.

Romain Pudal est sociologue. Chargé de recherche au CNRS, au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société (IDHES), il s’est engagé en 2002 comme pompier volontaire, après un service militaire à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris en 1999-2000. Il a écrit le livre Retour de flammes — Les pompiers, des héros fatigués (éd. La Découverte, 2016), une enquête qui s’appuie sur quinze années d’engagement.


Incendies de forêts, inondations… « L’État français ne donne pas aux pompiers les moyens d’être à la hauteur des enjeux » nés de la crise climatique, assure le sociologue Romain Pudal. Au contraire, les pompiers, qui répondent « à tout le mal-être de cette société », subissent de plein fouet les politiques de rigueur.

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Liouc (Gard), des stocks d’une usine de granulés de bois sont en feu – 7 août 2017 © SDIS 30

Reporterre — Depuis presque trois mois, des incendies ravagent l’Australie. En tant qu’ancien pompier volontaire, que vous inspire cette catastrophe ?

Romain Pudal — J’imagine que les pompiers australiens ressentent en ce moment un sentiment d’utilité maximal, mais, vu l’ampleur des flammes, ils doivent en même temps traverser des situations de terreur professionnelle. Ces incendies montrent à quel point, face aux conséquences du changement climatique, les pompiers sont en première ligne et toujours plus sollicités, partout dans le monde. Il n’est plus possible d’ignorer les risques de voir subvenir des catastrophes majeures, et il est nécessaire de développer des services extrêmement équipés, puissants et avec beaucoup de personnel pour pouvoir lutter efficacement.

En France, à l’horizon 2050, la moitié des forêts françaises sera soumise au risque d’incendie, avec des feux plus réguliers et plus violents du fait des sécheresses et de la hausse des températures. D’autres situations d’urgence, comme les inondations ou des vagues de chaleur, vont se multiplier. Les pompiers français sont-ils prêts à y faire face ?

L’État français ne donne pas aux pompiers les moyens d’être à la hauteur de ces enjeux : les effectifs ne sont pas suffisants, et ils doivent assumer de plus en plus d’interventions avec la fermeture de certains services publics. Ils ne peuvent régulièrement pas répondre à tous les appels. Récemment, un pompier m’a confié : « Pas plus tard que la semaine dernière, on a laissé brûler un pavillon à 200 mètres de la caserne. » Les victimes ne comprenaient pas, les pompiers étaient désolés, mais ils étaient tous en intervention, il n’y avait plus personne pour éteindre.

Les bouleversements écologiques croissants posent une question majeure : est-ce que le gouvernement décide de soutenir sérieusement les services publics, notamment les services d’incendie et de secours, de telle sorte qu’ils puissent faire face ? Pour l’instant, ce n’est pas le cas. En témoignent les urgences où, quand les pompiers débarquent à certaines heures, c’est le chaos : il y a des ambulances partout, des brancards qui débordent, des infirmières qui n’en peuvent plus.

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Il faut mettre suffisamment de moyens, même si une catastrophe n’arrive pas pendant des semaines voire des mois. Photo d’illustration.

Les sapeurs-pompiers disent parfois qu’ils sont payés « au cas où ». Effectivement, dans la majorité des gardes, le Concorde ne se crashe pas, Notre-Dame de Paris ne prend pas feu. Mais le jour où ça arrive, il faut suffisamment de pompiers formés, disponibles, prêts à aller jusqu’au bout. Cette logique du « au cas où » s’oppose totalement à la logique « économique », « financière », « budgétaire » qu’on nous met à toutes les sauces, parce qu’elle suppose de mettre suffisamment de moyens, de mobiliser suffisamment de personnel, formé en amont, même si une catastrophe n’arrive pas pendant des semaines voire des mois.

Depuis quelques mois, des milliers de pompiers manifestent leur mécontentement. Quelles sont leurs revendications ?

Ils demandent plus de recrutement au concours professionnel, estiment que leurs conditions de travail se sont dégradées, que leurs salaires ne sont pas assez élevés. Ils n’ont pas l’impression d’être assez reconnus pour ce qu’ils font. Les primes de feux, un peu équivalentes à des primes de risque, n’ont pas été revalorisées depuis des années. L’avancement dans les carrières se fait au compte-gouttes, des professionnels sont démoralisés parce qu’ils n’arrivent plus à monter en grade. Les pompiers sont aussi très inquiets pour leurs retraites. Ils ne savent pas trop à quel sauce ils vont être mangés. Ils craignent de voir leurs pensions baisser. Ils ne comptent pas, non plus, continuer à monter sur une échelle, à 60 ans, pour aller sauver quelqu’un.

Dans votre livre, vous avancez que, depuis une vingtaine d’années, les conditions de travail des pompiers se sont dégradées sous l’effet des politiques de rigueur. Concrètement, comment se sont manifestées ces politiques ?

Le déséquilibre entre le nombre de professionnels disponibles et le nombre croissant d’interventions pèse beaucoup sur les pompiers volontaires, dont précisément ce n’est pas le métier. On leur demande toujours plus [1]. C’est l’une des spécificités de ce milieu : 80 % des effectifs sont des pompiers volontaires, une main-d’œuvre qu’on peut aller chercher « facilement », utiliser, exploiter voire surexploiter s’il n’y a pas les professionnels qu’il faut sous la main. On leur fait faire plus de gardes, et les jeunes n’attendent que ça. Ils ont besoin d’argent ou ils sont au chômage, ils ne disent pas non et dépendent souvent de ces maigres revenus – de 5 à 7 euros l’heure, en vacation, dans les meilleurs cas. Ils échappent au droit du travail. J’ai connu des gens qui faisaient jusqu’à 48, 72 voire 96 heures de garde d’affilée, dans un état de fatigue inimaginable, pour gagner plus d’argent. Comme il manque des professionnels, les services ferment les yeux sur leurs heures. Nombre de volontaires espèrent réussir le concours professionnel et devenir fonctionnaires, mais n’y parviennent pas [2].

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Les pompiers mobilisés lors de la manifestation du 5 décembre contre les retraites.

Quand j’étais moi-même volontaire, j’ai aussi vu arriver des contrôleurs de gestion, avec tout un tas d’exigences budgétaires qui ont été très mal vécues, faisant fi du confort des victimes et du jugement des pompiers lors des interventions. Ces contrôleurs se sont focalisés sur le coût du matériel, dont les pompiers doivent désormais justifier l’emploi après chaque intervention. J’avais reçu une note hallucinante où il était demandé de ne pas utiliser de compresses Burn Free [des compresses de premiers secours pour brûlures 1er à 3e degrés, coupures et éraflures] pour les personnes brûlées, si un point d’eau de type robinet était à disposition. Je me souviens d’un vieil adjudant-chef qui avait rétorqué, un jour, au contrôleur : « Vous n’avez qu’à nous donner un bout de bois que la victime mordra jusqu’à l’hôpital, ça ne vous coûtera rien. » Nous nous étions bien marrés. Le contrôleur de gestion, lui, avait ri jaune.

On a aussi sommé les pompiers de facturer certaines prestations, pour décourager des sollicitations considérées comme abusives, et il y a eu des tentatives de définir la durée de chaque type d’intervention pour ne pas dépasser un temps moyen. Il y a eu une fronde assez forte. Quand il est noté « malaise », sans précision, ça va du gros rhume au malaise cardiaque. Impossible de définir, à l’avance, le temps nécessaire. Sans parler de tous les problèmes psychologiques : en cas de tentative de suicide par défenestration, comment prévoir s’il faudra trois minutes, une demi-heure ou en une heure pour convaincre ?

Vous montrez également que les conditions de travail des pompiers sont intrinsèquement liées aux conditions de vie de celles et ceux auxquelles ils portent secours…

Les pompiers n’éteignent pas seulement des incendies, ne secourent pas forcément des victimes et ne sont pas uniquement là pour des urgences. Après s’être engagés, on s’aperçoit vite que les pompiers répondent à tous les types de détresse, à tout le mal-être de cette société. Très souvent, des pompiers rentrent sans avoir utilisé de matériel. Ils ont passé la journée à rassurer, à convaincre des gens de ne pas faire de bêtises, à gérer des rixes, parce que les policiers ne sont pas arrivés à temps. Ils contribuent à maintenir un peu de cohésion sociale, mais cela a un coût psychologique élevé. Ces tâches sont plus ou moins bien supportées. Après dix ans de bottes, si vous êtes un peu fatigués et qu’à 3 h du matin vous négociez avec une personne qui a perdu son boulot et se sent esseulée, ça peut être très usant. On se sent vite impuissants dans ce genre de cas. J’ai souvent entendu : « C’est pas notre boulot, on ne devrait pas faire ça. » Et en même temps, cet engagement auprès de toutes les détresses possibles est l’une des vraies noblesses de ce métier.

En France, 80 % des pompiers sont des volontaires. L’amélioration de ce service public — notamment pour faire face aux conséquences du changement climatique et à la détresse sociale des citoyens — passe-t-elle par sa professionnalisation ?

Ça me semble évident. Il faut professionnaliser dans le bon sens : c’est-à-dire offrir de vraies formations avec de vraies carrières et de vraies rémunérations, la sécurité de l’emploi, du bon « matos » et ne pas compter systématiquement sur la bonne volonté, le dévouement. Malheureusement, ce n’est pas dans l’air du temps. Les ministres et les présidents vantent toujours le dévouement sans faille des pompiers mais, je suis désolé, ça ne suffit pas à faire un bon professionnel sur le terrain. Ces métiers ne s’improvisent pas. Les enjeux sont lourds, il y a des vies en jeu tant du côté des victimes que des intervenants. Y appliquer la logique gestionnaire, qui consiste à toujours dépenser moins, c’est effarant et totalement dangereux.

L’entretien de Reporterre avec Romain Pudal est ici.

[1] L’augmentation globale du nombre d’interventions assurées par les pompiers est confirmée par ce rapport de 2018 du ministère de l’Intérieur, p.8 : moins de 4 millions en 2007, plus de 4.6 millions en 2017.

 

[2] En 2017 — derniers chiffres en date — il y avait 248.000 sapeurs-pompiers en France, et ils avaient effectué plus de 4.600.000 interventions.

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Agrocarburants : le gouvernement ne ferme pas complètement la porte à l’huile de palme

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 13/01/2020.

Plusieurs ONG déposent un recours pour excès de pouvoir au Conseil d’État. En cause, une note des Douanes qui maintient l’avantage fiscal pour un sous-produit de l’huile de palme, les PFAD (Palm Fatty Acid Distillate), alors que les députés ont acté la fin de cet avantage pour tous les produits à base d’huile de palme. Les ONG dénoncent un nouveau cadeau fait par le gouvernement à Total pour sa bioraffinerie de La Mède.

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La bataille fait rage pour classer les PFAD, des distillats d’acide gras de palme, en résidus et leur permettre de bénéficier de l’avantage fiscal offert aux agro-carburants. @CC0

C’est une note des Douanes, publiée très discrètement à la veille des vacances de Noël, qui a réveillé la colère des opposants à la bioraffinerie de Total à La Mède. En novembre, l’exécutif avait tenté de repousser la fin de l’avantage fiscal pour les biocarburants à base d’huile de palme à 2026, au lieu de 2020, suscitant un tollé dans l’hémicycle et au sein de l’opinion publique. Il aura fallu un second vote pour acter la sortie de « tous les produits à base d’huile de palme » de la liste des biocarburants au 1er janvier 2020.

On croyait alors l’affaire terminée. Mais le 19 décembre, cette note des Douanes, diffusée par l’association Canopée, affirme que les PFAD (Palm Fatty Acid Distillate), des distillats d’acide gras de palme issus de la production d’huile de palme alimentaire, pourront bénéficier du régime fiscal incitatif à l’incorporation des agrocarburants. « Ils ne peuvent pas être considérés comme des produits à base d’huile de palme », assurent les autorités.

Une aubaine pour Total, qui prévoit d’en utiliser à La Mède, « dans une quantité très limitée », nous assure un porte-parole. Celle-ci serait tout de même de l’ordre de 100 000 tonnes par an (pour 300 000 tonnes d’huile de palme brute), en provenance majoritairement de Malaisie et d’Indonésie, selon des documents officiels.

Une hausse de la déforestation

« Le gouvernement considère que la question se pose différemment pour les PFAD : ces produits ne sont pas de l’huile de palme mais des résidus acides », explique le ministère de la Transition écologique. « Il n’y aura pas de décision en catimini », promet Elisabeth Borne et « une concertation large et transparente se tiendra début janvier avec les acteurs économiques les parlementaires et les associations environnementales », assure-t-elle.

« Le gouvernement tente de jouer sur les mots. Techniquement, les PFAD ne sont pas des déchets mais bien des co-produits d’huile de palme […] séparés de l’huile de palme brute par distillation lors de l’extraction », explique Canopée. « Le prix des PFAD est ainsi très proche de celui de l’huile de palme brute et ils sont déjà valorisés à 100 % sur le marché. Plusieurs études montrent qu’une demande additionnelle de ce produit entraîne mécaniquement une demande additionnelle en huile de palme brute, ce qui se traduirait inévitablement par une hausse de la déforestation. »

La position du gouvernement sur les PFAD entre en contradiction avec sa stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, adoptée en 2018. Elle excluait de les classer comme résidus. Une directive européenne ne classe pas non plus les PFAD comme résidus. Exception notable : la Finlande, qui abrite Neste, l’un des plus gros producteurs de biodiesel.

Vers une utilisation massive des PFAD ?

Fin novembre, Patrick Pouyanné, le PDG de Total exprimait son mécontentement. « Je souhaite maintenant qu’on trouve le cadre économique parce que sinon, c’est la survie économique de cette usine qui sera en jeu. On nous change les règles quand l’investissement est fait, ce qui d’un point de vue de gouvernance collective n’est pas très attractif pour les investisseurs. » Le groupe, qui assure que les PFAD correspondent à la définition européenne du résidu dans les directives énergies renouvelables, dit attendre « la clarification des règles du jeu pour éventuellement modifier [son] plan d’approvisionnement ».

Les ONG, quant à elles, dénoncent le lobbying intensif du groupe auprès du gouvernement. « Après lui avoir enlevé la grosse part du gâteau, il fallait bien lui laisser quelque chose », ironise un conseiller technique tout en déplorant l’improvisation due à des décisions venues « d’en haut ». « Si la France prenait cette voie, elle enverrait un très mauvais signal au marché et aux décideurs européens car la question in fine est de savoir si nous voulons vraiment de ce carburant alternatif, aussi néfaste pour la planète que le diesel ? », résume Laura Buffet, directrice Energie au sein de l’ONG Transport & Environment.

L’article de Novethic est ici.

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La préfecture du Nord prolonge l’alerte sécheresse dans le département

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Un article de La Voix du Nord, par Déborah Adoh, le 31/12/2019.

En place depuis neuf mois, l’état d’alerte sécheresse qui devait se terminer le 31 décembre dans le Nord vient d’être prolongé par la préfecture jusqu’au 15 janvier 2020. Malgré un automne pluvieux, les nappes phréatiques n’ont pas retrouvé un niveau suffisant.

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Photo d’illustration, Valérie Farine

Nouvelle année mais situation identique. La préfecture du Nord a décidé de maintenir le département en alerte sécheresse jusqu’au 15 janvier 2020. Cela fera donc plus de neuf mois consécutifs que le Nord est dans cette situation. Du jamais-vu.

Déclenché le 9 avril 2019 suite à un hiver particulièrement doux et sec, l’état d’alerte a été reconduit par la préfecture tout au long de l’année. Les faibles pluies du printemps et les épisodes de canicules du mois de juillet n’ont fait qu’aggraver la sécheresse. Durant l’été, le déficit de pluie était en moyenne de 45 % dans le Nord et le Pas-de-Calais.

Les fortes pluies de cet automne ont permis au niveau des nappes phréatiques de la région d’augmenter, mais il reste « modérément bas » selon la banque d’accès aux données sur les eaux souterraines. Le dernier arrêté de la préfecture datait du 29 novembre 2019 et prolongeait le niveau d’alerte jusqu’à ce mardi 31 décembre.

« La situation de la ressource en eau est toujours fortement dégradée sur l’ensemble des bassins versants du département, indique la préfecture dans son communiqué de presse. Si les précipitations récentes ont permis le retour à un fonctionnement normal du réseau hydrographique superficiel, la recharge des nappes peine à démarrer. Par ailleurs, le déficit accumulé sur les trois dernières années de sécheresse a fragilisé la ressource. »

Si l’alerte sécheresse est prolongée, elle descend tout de même d’un cran, passant d’« alerte renforcée » à « alerte ». Les restrictions restent cependant quasiment les mêmes :

  • Les industriels doivent réduire leur consommation en eau de l’ordre de 10 % a minima, sauf dérogation spécifique ;
  • Il est interdit de remplir toutes les piscines privées d’une capacité supérieure à 20m3  ;
  • Le lavage des voieries est limité au strict nécessaire pour assurer l’hygiène et la salubrité publique ;
  • L’utilisation de l’eau pour le lavage des véhicules est interdit hors des stations professionnelles, sauf pour les véhicules ayant une obligation réglementaire ;
  • Tout prélèvement entraînant un assèchement d’une voie d’eau est proscrit.

Dans le Pas-de-Calais, la préfecture a décidé de ne pas prolonger le niveau de vigilance sécheresse. En vigueur jusqu’au 31 décembre 2019, il avait été décrété le 9 avril 2019. « Pour autant, la recharge effective des nappes a tout juste démarré et il conviendra de demeurer attentif à cette situation et particulièrement au niveau de recharge dans les semaines qui vont suivre », a précisé la préfecture.

En temps normal, les nappes phréatiques remontent en effet entre octobre et avril. Il faudra donc passer l’hiver pour savoir si la sécheresse de 2019 va se poursuivre et s’installer durablement en 2020.

L’article de La Voix du Nord.

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