Neutralité carbone : TotalEnergies accusé de « greenwashing » et de « pratiques commerciales trompeuses »

Un article e Novethic, par Marina Fabre Soundron, le 03/03/2022.

Trois ONG assignent TotalEnergies en justice. Les Amis de la Terre, Greenpeace et Notre Affaire à tous ont déposé un recours contre le pétrolier pour pratiques commerciales trompeuses. Elles jugent que la multinationale induit les consommateurs en erreur concernant son engagement de neutralité carbone. Des accusations de greenwashing que le groupe réfute.

1321

Contactée par Novethic, TotalEnergies affirme qu’il est « faux de prétendre que notre stratégie serait du « greenwashing ». Istock / HJBC

C’est une action inédite en Europe. Greenpeace, les Amis de la Terre France et Notre Affaire à tous ont assigné le 3 mars TotalEnergies en justice pour « pratiques commerciales trompeuses ». Leur recours, déposé devant le tribunal judiciaire de Paris, vise essentiellement la campagne publicitaire d’ampleur du pétrolier en mai 2021 à la suite de son changement de nom de Total en TotalEnergies. Le groupe avait voulu marquer sa « volonté de se transformer en une compagnie multi-énergies pour répondre au double défi de la transition énergétique : plus d’énergie, moins d’émissions », expliquait alors le PDG de la major, Patrick Pouyanné.

Un symbole que le groupe a diffusé le plus largement possible en s’appuyant sur un plan de communication reposant sur des spots TV, des panneaux d’affichage ou un site web dédié. Lors de la COP26, le groupe a d’ailleurs diffusé des publicités avec le hashtag #PlusdEnergiesMoinsdEmissions. Le but : faire comprendre que TotalEnergies est désormais un « acteur majeur de la transition énergétique ».

« Cette vaste opération de communication est un écran de fumée »

« Cette vaste opération de communication est un écran de fumée derrière lequel TotalEnergies tente de cacher la réalité : les énergies fossiles représentent encore 90% de son activité et 80% de ses investissements », réagit Clara Gonzales, juriste chez Greenpeace France. « Ce ne sont pas les slogans publicitaires qui empêcheront le réchauffement climatique, mais bien les réductions d’émissions. Le droit de la consommation impose une communication honnête et fiable en matière climatique et environnementale pour protéger les consommateurs », ajoute-t-elle.

TotalEnergies a porté deux messages-clés à travers cette campagne publicitaire : « son engagement neutralité carbone d’ici 2050 » et le fait que « le gaz fossile est la moins polluante et la moins émettrice de gaz à effet de serre des énergies fossiles, tout en la présentant comme complémentaire aux énergies renouvelables et bon marché », détaille Greenpeace. « Ce sont ces allégations que l’assignation qualifie de pratiques commerciales trompeuses », ajoute l’ONG qui s’appuie sur une directive européenne interdisant les pratiques déloyales et trompeuses à l’égard des consommateurs.

« Il est « faux de prétendre que notre stratégie serait du « greenwashing »

Contactée par Novethic, TotalEnergies affirme qu’il est « faux de prétendre que notre stratégie serait du « greenwashing ». Le groupe « met sa stratégie en œuvre de manière concrète (investissements, nouveaux métiers, baisse significative des émissions de gaz à effet de serre…) et est en ligne avec les objectifs que la compagnie s’est fixée pour atteindre la neutralité carbone en 2050, ensemble avec la société ». Elle ajoute par ailleurs que ses émissions en Europe ont baissé de 23 % entre 2015 et 2021 « ce qui nous positionne dans la trajectoire du Green Deal européen ». 

Si une décision n’est pas attendue avant l’année prochaine dans cette affaire, ce type de recours risque en tout cas de se multiplier contre les entreprises. Car elles sont de plus en plus nombreuses à abuser de la mention « neutre en carbone ». Une note publiée récemment par l’Agence de la Transition écologique (Ademe) indique que « l’utilisation systématique de l’argument de « neutralité » expose les organisations à des risques de controverses en particulier sur les réseaux sociaux, et bientôt, à des risques juridiques, et contribue à la fragilisation de la relation de confiance déjà particulièrement émoussée entre les publics et les organisations ». L’Ademe recommande de bannir cette formulation.

L’article de Novethic est ici.

Cet article a été publié dans CO² - Ozone, Dérèglement climatique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.