Cordemais : EDF abandonne le projet Ecocombust, fin de la reconversion écologique de la centrale à charbon

Un article de France 3 Pays de Loire, par , le 08/07/2021.

La direction d’EDF a annoncé aux syndicats l’abandon du projet Ecocombust de reconversion de la centrale à charbon en incinérateur de biomasse produisant de l’énergie. Surprise générale mais surtout déception, amertume et colère chez les salariés ainsi que les élus qui avaient soutenu le projet.


La centrale thermique de Cordemais (Loire-Atlantique), combinée charbon et fuel •
© Christophe François, France 3 Pays de la Loire

L’information émane du journal Les Echos : EDF abandonne le projet de reconversion de sa centrale fuel-charbon de Cordemais. « Dans une lettre adressée mercredi aux syndicats du groupe, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Levy, indique mettre un terme au projet dit ‘Ecocombust’. Ce projet visait à convertir la dernière centrale à charbon française située à Cordemais (Loire-Atlantique) à la biomasse afin de réduire ses émissions de C02 et continuer à produire de l’électricité. » Un projet jugé peu rentable par la direction d’EDF.

La décision a bien sûr « secoué » l’ensemble des salariés et des syndicats et la réaction de la CGT ne s’est guère fait attendre. La Direction lâche le projet, selon le syndicat qui s’interroge sur l’idée d’une « vengeance politique face à ce projet Ecocombust porté par la CGT dans le cadre de sa lutte pour un Service Public de l’Énergie ». Et le syndicat de poursuivre : « dans son sinistre courrier du 7 juillet 2021, EDF reconnait la performance technique et environnementale du projet Ecocombust mais justifie son renoncement par des critères uniquement financiers. Et donc la centrale de Cordemais va poursuivre sa production électrique 100% charbon jusqu’à 2026 sans aucune perspective de transition écologique ». (l’alimentation de la centrale au fuel est stoppée depuis plusieurs années, seul restait le charbon, dont Emmanuel Macron a décidé l’arrêt de la consommation en 2026).

A la centrale de Cordemais (Loire-Atlantique), EDF souhaitais produire, dès 2022, de l’électricité en mixant 20 % de charbon et 80 % de biomasse. @EDF

Nul doute que l’annonce de l’arrêt du projet Ecocombust va faire l’effet d’une bombe à plusieurs cercles de déflagration. La décision met en effet un écran de brouillard au-delà de l’horizon 2026. Quid de l’outil industriel et de ses infrastructures fluviales et ferroviaires qui pouvaient pourtant être un argument de poids quant à l’approvisionnement de la centrale en biomasse et autres déchets bois? Et surtout, quid des salariés et de l’emploi de demain sur Cordemais et tout le bassin industriel ?

La surprise des élus

La nouvelle a pris de court également des élus, car nombre d’entre eux avaient soutenu ce projet, mené par les syndicats mais aussi par la direction d’EDF, jusqu’à la décision d’abandon.

À commencer par la députée locale, Anne-France Brunet, qui s’était engagée, durant son mandat, à accompagner la transition écologique de la centrale de Cordemais. La députée a tenu a marquer sa surprise. « Je ne comprends pas. Une occasion ratée de mettre en place une filière qui permettait de maintenir des emplois directs et indirects, de proposer une vision à long terme et de continuer à faire vivre la centrale de Cordemais après 2026, voilà ce que m’inspire la décision de la direction d’EDF de ne pas poursuivre le projet Ecocombust. »

Depuis 2017, Anne-France Brunet déclare n’avoir jamais cessé de discuter avec les syndicats, la direction de la centrale et les ministres pour porter ce projet synonyme de maintien d’emplois et d’activité économique sur le territoire.

« Aujourd’hui, rien n’est envisagé pour la transformation des centrales charbon, ni à Cordemais, ni même au niveau européen alors qu’Écocombust était une proposition constructive et innovante en France, c’est déplorable. Je suis déçue et amère, je vais m’entretenir, comme je l’ai toujours fait, avec les syndicats. Ma priorité ? Le maintien de l’emploi. »

On se souvient aussi que François De Rugy, dans ses différentes fonctions dont celle de ministre de la Transition Ecologique, avait soutenu à plusieurs reprises le projet Ecocombust et en avait rencontré les différents acteurs. Le consensus des élus était d’ailleurs connu de tous et s’affichait même le 17 janvier 2020 alors qu’Emmanuelle Wargon, Secrétaire d’État à la Transition Ecologique et Solidaire était venue signer une convention d’accompagnement des salariés et des sous-traitants.

La région accuse réception et interpelle l’État

La présidente de la Région des Pays de la Loire réagit elle aussi. La Région a soutenu le projet dès ses débuts et pose aujourd’hui la question sur l’avenir du site de Cordemais et demande une réponse rapide au gouvernement. Christelle Morançais a ainsi demandé un rendez-vous à Barbara Pompili pour que soit lancée rapidement une réflexion sur l’avenir du site industriel qu’elle qualifie de « pôle économique de référence pour l’ensemble de l’économie ligérienne ». Elle s’aligne avec les élus locaux et les salariés et se dit déterminée à tout mettre en œuvre pour que Cordemais ait un avenir.

La centrale à charbon EDF de Cordemais.

Le combat des salariés

Les salariés et les syndicats se battent depuis des années pour que le projet Ecocombust soit accepté, suivi, financé, validé et viabilisé. Les encouragements ont été nombreux, mais il restait toujours une part de doute. Les acteurs du projet n’ont jamais molli et savaient que leur avenir dépendait de la réussite de ce projet. Ces premières conditions sont remplies, mais il restait la part financière et la rentabilité. EDF a coupé court à ce projet. D’autres technologies comme l’EPR ont plus de chance et sont maintenues par l’opérateur, malgré les milliards de déficit.

En Bretagne nord, à St Malo, d’autres salariés se battent pour demander les moyens humains d’entretenir l’usine marémotrice de la Rance, dont la production d’énergie est basée sur la dynamique des marées. Là aussi, changement de cap. À la direction, on ne parle plus de production d’énergie, mais de « stratégie patrimoniale ». EDF gagnerait à expliquer sa stratégie quant à la transition écologique et à l’avenir de ses salariés. C’est l’attente de tous, salariés, élu(e)s, citoyen(ne)s.

L’article et la vidéo de France 3 Pays de Loire sont ici.

Commentaire

Depuis que Jeferco a sortie son histoire de fabriquer du pellet avec des bois pollués de classe ‘B’ nous disons haut et fort que ça ne fonctionne pas. Et il y a plusieurs années que nous parlons ici du projet Ecocombust, consistant aussi à fabriquer du pellet à partir de bois pollué de classe ‘B’, autrement appelé granulés noir ou black pellet.  En janvier 2019, nous avons relayé un article assez long des « Amis de la Terre » qui expliquait pourquoi ce projet était une « entourloupe d’EDF », pourquoi les finlandais puis les américains, les norvégiens et les canadiens avaient abandonné cette technologie. Considéré comme « farfelu » par le ministère de la Transition écologique et solidaire, ce projet Ecocombust est devenu en quelques semaines « intéressant » pour la transition énergétique locale après l’arrivée de François De Rugy. Il suffit de relire l’avis défavorable donné par l’autorité environnementale des pays de Loire lors de l’instruction du dossier pour comprendre que ce projet non abouti d’usine expérimentale comporte beaucoup trop d’incertitudes et d’inquiétudes. D’ailleurs, si ce projet était réellement une « performance technique et environnementale », le promoteur l’aurait revendu plutôt que de l’abandonner purement et simplement.

Ni EDF ni les politiques locaux et nationaux ne veulent l’avouer mais il est clair que fabriquer du black pellet est impossible car techniquement ça ne fonctionne pas. Sauf peut être à Anor ou Jeferco, plus fort que la terre entière, pourrait y arriver. Ou pas !

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