Les géants Bayer et Nufarm attaqués en justice par la Ligue de protection des oiseaux

Un article de Novethic, par Pauline Fricot, le 06/06/2021.

Si les néonicotinoïdes sont réputés pour être des « tueurs d’abeilles », leur effet toxique sur les oiseaux est cependant moins connu. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) a porté plainte le 25 mai contre Bayer et Nufarm, pour faire reconnaître le rôle des géants de l’agrochimie dans le déclin de 30 % de l’avifaune dans les espaces agricoles en France. La ligue espère faire cesser la commercialisation des produits concernés et obtenir réparation.

En France, la population de Bruants jaunes a chuté de 33 % entre 2004 et 2017.
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Un tiers. C’est la proportion colossale d’oiseaux qui a disparu des champs de l’Hexagone ces deux dernières décennies. La ligue de protection des oiseaux (LPO) n’entend pas laisser les campagnes sombrer dans le silence. Aux côtés du Fonds de dotation et association « Intérêt à Agir », la Ligue a attaqué en justice Bayer et Nufarm, les deux plus gros producteurs en France d’imidaclopride, le néonicotinoïde le plus utilisé dans l’agriculture depuis les années 1990. Quatre sociétés importatrices de l’insecticide sont également visées. La LPO accuse les géants de l’agrochimie d’être en partie responsable « du déclin des populations d’oiseaux des milieux agricoles ».

La LPO souhaite faire reconnaître la responsabilité des géants de l’agrochimie pour obtenir réparation. Elle demande au Tribunal de « faire cesser immédiatement toute commercialisation de produits contenant de l’imidaclopride ». La demande vise notamment l’adoption de la loi de décembre 2020, permettant de déroger à l’interdiction d’utilisation en vigueur depuis 2018, en cas de danger sanitaire pour les betteraves sucrières, suite à l’épisode de jaunisse qui avait dévasté les cultures françaises.

« Les néonicotinoïdes symbolisent un modèle agricole productiviste qui a conduit nos paysans dans une impasse économique et fait disparaître les oiseaux de nos campagnes [ …], détaille le président de la LPO, Allain Bougrain Dubourg, dans un communiqué. Les responsables de ce désastre doivent rendre des comptes. »

« Une hécatombe »

L’imidaclopride a deux effets sur les oiseaux. Le premier est direct : l’ingestion de graines enrobées de la substance intoxique les animaux. « Six graines suffisent à tuer instantanément une Perdrix grise », alerte l’association dans un communiqué. Le second est indirect : avec le déclin des insectes induit par le recours aux néonicotinoïdes, les oiseaux peinent à se nourrir et à alimenter les oisillons.

Sur l’ensemble du territoire, les populations d’oiseaux des villes et des champs s’effondrent. Le 31 mai, la LPO, aux côtés du Muséum national d’histoire naturel (MNHN) et l’Office français de la biodiversité (OFB) alertaient sur le phénomène. « 36 % des espèces évaluées sont en déclin », détaillait Caroline Moussy, de la Ligue. Dans le milieu agricole, « c’est une hécatombe », estimait Benoit Fontaine, scientifique au MNHN, qui pointe du doigt l’intensification de l’agriculture, les grandes parcelles et la disparition des haies, la mécanisation, et l’usage de pesticides, « en particulier les néonicotinoïdes ». Début mai, l’Union européenne a définitivement interdit trois insecticides néonicotinoïdes, dont l’imidaclopride.

L’article de Novethic est ici.

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