Risques industriels : face à la défiance, faire confiance à l’intelligence des habitants

Un article de France Nature Environnement, le 20/04/2021.

En matière de risques technologiques majeurs, l’information du public est un droit, surtout pour les riverains d’une installation classée. Mais la population a très souvent l’impression que les acteurs concernés ne jouent pas le jeu de la transparence. Ce que réfutent bien sûr les pouvoirs publics et les industriels. Alors, qu’en est-il véritablement ? À la lumière d’un accident comme celui de Lubrizol, que nous apprennent les faits sur cet enjeu de transparence ? Et d’ailleurs, de quoi parle-t-on quand on utilise ce terme ? Être transparent, c’est dire la vérité, ne rien cacher. Mais de quelle vérité parle-t-on ? Celle de l’industriel, de l’État, de l’expert ou du riverain ? Avant-goût d’un débat co-organisé par France Nature Environnement le 20 mai prochain, dans le cadre des Rendez-vous majeurs.

Photo d’illustration – ER /Capucine CARDOT

Avant tout, il faut dissocier ce que l’on appellera la période normale, hors incident, du moment où un événement survient. En termes de relation à la population, on distinguera donc l’information des habitants, de ce qui relève de la communication de crise. Si, en temps normal, la population est parfois peu intéressée par l’information sur les risques, à l’occasion d’un accident, ce besoin devient impérieux. Il est de surcroit accentué par des angoisses, légitimes, concernant les conséquences sur sa santé et celle de ses proches.

En temps normal, une opacité systémique

Objectivement, il devient de plus en plus difficile d’obtenir des informations de la part des industriels et de l’État. Suite à l’accident d’AZF, des instances de dialogues avec les habitants avaient été mises en place. À l’époque, elles fonctionnaient bien. Mais petit à petit, le système s’est grippé. En 2017, FNE a engagé une enquête auprès de ses structures locales, pour évaluer le travail de ces lieux de concertation. Résultat : ce ne sont désormais plus que des chambres d’enregistrement de décisions prises ailleurs. Et elles ne permettent plus d’obtenir de réelles informations. Les restrictions prises après les actes de malveillance de 2015 n’ont pas arrangées les choses. Désormais, les rapports sont noircis dès qu’une information est jugée sensible.

En temps de crise, une incompréhension sur les attentes

À la suite d’un accident, la situation n’est pas du tout la même. L’émotion et les enjeux sont tels que les acteurs ne peuvent pas ne pas communiquer. Mais, cette fois, c’est le type d’informations transmises qui posent problème aux habitants. Pour l’accident de Lubrizol, le Préfet a transmis toutes les informations dont il disposait sur le site de Préfecture. Mais il s’agissait d’éléments factuels et techniques, qui, s’ils étaient publiés, avaient été vérifiés et validés. L’État ne diffuse rien dont il ne soit pas sûr. Résultat, les riverains se sont retrouvés avec des informations qu’ils ne comprenaient pas, des questions sans réponse, et surtout le sentiment d’être relativement incompris. Eux parlaient de leurs angoisses et le Préfet répondait par des chiffres et de listes de composants chimiques. C’est de cette incompréhension que naît l’idée d’une absence de transparence.

Le manque de transparence, un soupçon très ancré

Cette défiance est très forte dans la population. Et certaines réalités peuvent venir la renforcer. Ainsi, la double casquette du Préfet, à la fois garant de la sécurité des habitants et en charge du développement économique de sa région, pose problème. Sur un territoire où le chômage est important, on peut vite le soupçonner d’être conciliant avec les industriels. Il reste également dans l’inconscient collectif des traces d’anciens mensonges, comme pour Tchernobyl, qui induisent la méfiance envers la parole publique en temps de crises. Le tout dans une période où la parole des politiques, des médias comme des experts est très souvent mise en cause, avec l’amplificateur des réseaux sociaux. Lesquels sont devenus le principal espace d’information pour une grande partie de la population.

Et maintenant, que faire ?

Pour essayer de dépasser ces difficultés, et surtout pour mieux accompagner la population pendant et après un accident, certaines pistes mériteraient d’être explorées.

  • Travailler avec des associations relais. Il conviendrait de contourner le manque de crédibilité des émetteurs institutionnels. Peut-être faudrait envisager de travailler avec des associations d’habitants, des syndicats ou autres, qui seraient en charge de transmettre les informations.
  • Affiner les messages en fonction du destinataire. On ne s’adresse pas de la même façon à des personnes âgées ou fragiles, qu’à des jeunes ou à des actifs. Un travail serait à mener, en amont de l’accident bien sûr, pour réfléchir aux différentes façons de s’adresser à ces publics.
  • Investir les réseaux sociaux. Ces espaces d’informations ne peuvent rester le lieu exclusif des rumeurs et fausses informations. Les acteurs publics doivent les utiliser massivement en cas d’accident.
  • Faire plus confiance à l’intelligence des habitants. Peut-être faudrait-il être capable de dire ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas en cas d’accident, être moins paternaliste et faire confiance dans la capacité de compréhension des habitants ?

Pour prolonger cette réflexion, France Nature Environnement vous donne rendez-vous le 20 mai 2021 dans le cadre des Rendez-vous majeurs, le nouvel événement 100% numérique sur les risques technologiques en France. Organisé par l’association Amaris, avec l’appui de l’INERIS et le soutien du Ministère de la transition écologique, il permettra aux acteurs du secteur de se rencontrer et d’échanger sur des thématiques en phase avec les enjeux actuels de la prévention et la gestion des risques. Dans ce cadre, France Nature Environnement co-organise à 14 heures le débat [T5 – Suivi post accident] Communication ou information, quel est l’enjeu de la transparence ?

L’article de FNE est ici.

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Un commentaire pour Risques industriels : face à la défiance, faire confiance à l’intelligence des habitants

  1. Claude Choppin dit :

    Excellent article qui repose sur la sagesse collective de ceux qui sont appelés à supporter les risques ou les dommages collatéraux d’une installation. Il y a une règle toute simple à respecter qui est celle du « small is careful « . C’est la stratégie gagnant-gagnant. Elle permet de faire des expériences à petite échelle et d’imaginer ce que le vécu aurait été à plus grande échelle. C’est ainsi que l’on gagne la confiance des riverains sans l’adhésion desquels rien n’est possible. Nous proposons des installations de gazéïfication des déchets de biomasse ou déchets urbains en commençant à 300 kg/h, voire encore moins si nécessaire, pour espérer pouvoir monter en phase finale à 2 à 3T/h. But: production d’energie locale sous toutes ses formes. voir notre site http://www.edda-energie.com.
    Bien cdt

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