Déforestation, climat : l’hypocrisie gouvernementale à son sommet

Un article de Greenpeace, le 12/03/2021.

La France, par ses importations de matières premières et de produits transformés, contribue à la déforestation dans le monde. Plutôt que de s’attaquer frontalement à ce problème, le gouvernement préfère se livrer à des opérations de communication comme celle d’aujourd’hui.

Ce 12 mars, Emmanuel Macron parraine le Global Forest Summit, un sommet international visant à “mettre la forêt en haut de l’agenda international”. Barbara Pompili interviendra même directement pour conclure la journée. Une bonne initiative ? Absolument pas.

Le Global Forest Summit, un sommet de greenwashing

Le programme et les intervenant·es du Global Forest Summit laissent présager que des solutions simplistes ou dangereuses seront à l’honneur. Parmi elles, la compensation carbone et la plantation d’arbres auront une place de choix. Ce sommet est en effet organisé par Reforest’Action, une entreprise qui promeut et pratique la compensation carbone via des projets de plantations d’arbres. Concrètement, ses services permettent à des entreprises qui commercialisent ou financent des énergies fossiles, comme ENI, ENGIE ou encore BNP Paribas, de verdir leur image.

Reforest’Action permet donc à des entreprises climaticides de communiquer sur une pseudo-contribution positive pour le climat. C’est une hypocrisie et une imposture auxquelles nous nous opposons vertement.

Planter plus pour polluer plus, la solution du Global Forest Summit ?

Les projets massifs de plantations d’arbres présentent en effet de nombreux risques environnementaux et sociaux. L’idée selon laquelle planter des milliards d’arbres serait la solution la plus rapide et la plus efficace pour lutter contre les changements climatiques a été sérieusement remise en cause scientifiquement. De plus, ce type de projets pose des problèmes évidents d’accaparement des terres dans des pays où les conflits fonciers sont importants.

Les conclusions des expert·es du GIEC sont claires. Pour atténuer les changements climatiques, il faut à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre et augmenter les capacités de séquestration de carbone, en particulier des forêts. Or la compensation carbone prise isolément véhicule l’illusion qu’aucun effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre ne serait nécessaire pour protéger le climat.

Loi climat : une loi de compensation ?

En participant à ce sommet, le gouvernement donne une caution à ces fausses solutions et tente de verdir son image. Cette opération de communication fait écho au projet de loi “Climat et résilience” qui fait lui aussi la part belle à la compensation carbone, notamment pour le secteur aérien. Là encore, la compensation carbone sert de prétexte pour ne pas s’attaquer à la question cruciale et délicate de la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre.

En effet, en l’état, ce projet de loi est vide de toute mesure suffisamment ambitieuse pour permettre une diminution des émissions de gaz à effet de serre des différents secteurs de l’économie française. Le gouvernement s’attèle au contraire à vider de leur substance les mesures proposées par les citoyen-nes de la Convention citoyenne pour le climat. Il va même jusqu’à museler le débat parlementaire et démocratique sur le niveau d’ambition nécessaire pour répondre à l’urgence climatique.

Une absence totale de courage et d’ambition politiques

L’urgence climatique est pressante et la déforestation dans le monde atteint des niveaux alarmants. Il est inacceptable qu’Emmanuel Macron et son gouvernement contribuent ainsi à la promotion de fausses solutions à l’échelle internationale et nationale. En se livrant à de telles opérations de communication, l’exécutif contourne les vrais problèmes. Il élude ainsi sa responsabilité pour se ranger aux côtés des lobbies industriels.

La Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée, publiée en novembre 2018, est toujours une coquille vide. Les importations françaises continuent en effet de contribuer à la déforestation. C’est le cas du soja sud-américain importé par la France par millions de tonnes chaque année pour alimenter ses élevages industriels.

Le projet de loi climat, quant à lui, est en totale inadéquation avec le nouvel objectif européen de réduction des émissions des gaz à effet de serre (-55 % d’ici à 2030, contre -40 % visés par le projet de loi). Comme de nombreux autres organismes, le Haut Conseil pour le climat qui est chargé d’évaluer la stratégie climatique de la France a souligné les nombreuses lacunes du projet et enjoint au gouvernement de relever son niveau d’ambition.

L’article de Greenpeace est ici.

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