Le combat d’Amandine pour sauver la Pouplie, un peuplier géant multi-centenaire

  Un article de La Relève et La Peste, par Laurie Debove, le 29/01/2021

Amandine est allée jusqu’au bout des choses : en s’intéressant au cas de la Pouplie, elle a découvert le monde fabuleux des Arbres Remarquables en France et en Europe, notamment grâce à l’association A.R.B.R.E.S qui porte la déclaration des droits de l’arbre pour mieux les protéger.

Crédit photo : Emmanuel Boitier

Il y a des histoires qui nous effraient et d’autres qui nous enchantent. Le combat d’Amandine pour sauver la Pouplie, un peuplier noir géant multi-centenaire, fait partie de ces dernières. Alors que cet arbre incroyable était menacé de destruction pour viabiliser le terrain sur lequel il se situe, Amandine a convaincu le propriétaire de l’épargner le temps de l’inscrire au concours de l’arbre de l’année. Son histoire et sa passion ont gagné le cœur du public qui lui ont décerné son prix, et fini de persuader la mairie de Boult-sur-Suippe (Marne) de l’importance de sauver cet Arbre Remarquable. Cette jolie histoire est l’occasion de (ré)interroger notre rapport au monde végétal, et rappelle le rôle inestimable des arbres au sein des écosystèmes.

L’un des peupliers noirs les plus remarquables d’Europe

A Boult-sur-Suippe, village de 1710 habitant.es, impossible de louper la Pouplie : situé en plein cœur du village, « on le voit de presque toutes les fenêtres ». Son surnom vient du patois local avec lequel peuplier se dit « pouplier ». Cet arbre de près de 40 mètres de haut et 10 mètres de circonférence est donc étroitement lié à l’histoire du village, et est même dessiné sur le blason de la commune.

Nul ne connaît son âge précis. Les villageois.es ont l’habitude de dire qu’il a entre 300 et 400 ans, le petit panneau d’information indique « plus de deux siècles ». Originaire du village, Amandine a grandi près de la Pouplie et a développé un amour profond pour ce géant végétal. Ses parents habitant toujours le village, elle revient régulièrement saluer son compagnon d’enfance et suit au plus près ses aventures.

« En 2018, les feux d’artifices du 14 juillet ont bien failli brûler la Pouplie en déclenchant un incendie à l’intérieur de son tronc. A ce moment-là, le maire et le propriétaire ont voulu le couper pour des raisons de santé et sécurité, mais des citoyens se sont emparé de la presse et demandé un bilan de santé/expertise. Financé par la commune et l’association A.R.B.R.E.S, le verdict est positif : la Pouplie est en bonne santé et avait simplement besoin d’un élagage. » se souvient Amandine Polet pour La Relève et La Peste.

La Pouplie n’est pas définitivement sauvée pour autant. Située sur une parcelle privée d’environ 1400m2 en vente depuis des années (pour un coût supérieur à 100 000 euros), le propriétaire a besoin de couper l’arbre pour rendre le terrain constructible. La Mairie n’ayant pas les fonds propres pour le racheter, ses jours étaient donc comptés. Jusqu’à cet instant de mars 2020, pendant le premier confinement, où Amandine découvre le Concours de l’Arbre de l’Année du magazine Terre Sauvage et de l’ONF, via le compte Instagram de la LPO.

« C’était une évidence d’inscrire la Pouplie. C’est vraiment un Arbre Remarquable, le seul peuplier de cette taille en France et l’un des peupliers noirs les grands d’Europe, je l’ai appris par la suite ! Je trouvais ça tellement dommage que la Pouplie ne soit pas mis en valeur dans le village, situé sur ce terrain privé constructible avec pour seul compagnon un compteur électrique. Je voulais braquer les projecteurs sur elle pour qu’elle soit reconnue et sauvée. » raconte Amandine pour La Relève et La Peste.

Concours Arbre de l’Année 2020 Peuplier noir (Populus nigra), dit « La Pouplie », dans le village de Boult-sur-Suippe (51) Région Grand Est Amandine Polet, qui a proposé la candidature. Crédit photo : Emmanuel Boitier

Pour l’inscrire au concours, il faut l’autorisation du propriétaire que ce dernier a donné avec curiosité. La Pouplie a été retenue parmi 300 compétiteurs. En lice parmi 14 lauréats, la jeune femme commence alors une véritable campagne de communication : mailing aux journalistes, sollicitation aux riverains amoureux eux aussi de l’arbre, interpellation des élus et des associations.

« Il est assez clair que l’inscription au concours a changé la donné. Assez vite, il y a eu énormément de soutien de la part des habitants et de la mairie. Les bouquins et les bouquines ont voté et se sont saisi du concours, même l’école l’a affiché. Le collectif Boult Environnement m’a beaucoup aidée pour la venue du photographe, ils ont nettoyé le terrain. Cela a créé beaucoup de liens et un réel engouement. » sourit Amandine Polet pour La Relève et La Peste

Et la mobilisation générale a payé : avec 6344 votes, la Pouplie a remporté le Vote du public et va représenter la France au concours européen (ouverture des votes en février pour une durée d’1 mois, résultats le 17 mars).

A tel point que la mairie veut maintenant faire un échange de terrains avec le propriétaire, une étape quasi-terminée, pour transformer la parcelle où se situe La Pouplie en arboretum et protéger définitivement cet Arbre Remarquable.

« Un vieil arbre a une valeur esthétique, c’est une fierté locale pour les habitants, mais c’est surtout un pilier écologique. Climatiseur naturel, il absorbe énormément de CO2, a des racines dépolluantes, abrite de nombreuses espèces : écureuils, éperviers, fourmis, oiseaux sur la cime. Je pense qu’il est important qu’on se reconnecte aux espèces vivantes car un arbre n’est pas juste un décor, mais bien une espèce qui mérite d’être protégée. Les gens ont voté car ils étaient touchés par la démarche, plus que par l’arbre en lui-même. D’autres arbres du concours sont un peu comme la Pouplie, soutenus par des associations et des personnes qui veulent les sauver. Certaines personnes m’ont félicité en me disant qu’elles n’oseraient pas faire la même chose, de peur de s’exposer. Mais ça m’a seulement pris le temps d’envoyer un texte et des photos. Cette victoire n’est que le résultat de mon initiative individuelle, mais bien du poids de tout le monde. » raconte Amandine Polet pour La Relève et La Peste

Amandine est allée jusqu’au bout des choses : en s’intéressant au cas de la Pouplie, elle a découvert le monde fabuleux des Arbres Remarquables en France et en Europe, notamment grâce à l’association A.R.B.R.E.S qui porte la déclaration des droits de l’arbre pour mieux les protéger.

La suite de l’article de La Relève et La Peste est ici.

Plus d’infos sur le concours ici et sur l’association A.R.B.R.E.S ici

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