Les plus gros arbres d’une forêt stockent beaucoup plus de carbone que les petits

Futura Planète  Un article de Futura Planète, par Nathalie Mayer, le 07/11/2020.

Stocker du carbone dans nos forêts apparait aujourd’hui crucial pour atténuer le réchauffement climatique anthropique. Et pour éclairer les politiques en la matière, les chercheurs nous apprennent que les arbres les plus gros stockent des quantités disproportionnellement massives de carbone.

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Selon les travaux des chercheurs de l’Eastern Oregon Legacy Lands, les arbres dont le diamètre dépasse les 76 centimètres ne représentent que 0,6 % des arbres du nord-ouest du Pacifique, mais ils stockent plus de 16 % du carbone. © David Mildrexler, Eastern Oregon Legacy Lands

Que ce soit dans la végétation ou dans les sols, les forêts du monde stockent quelque 862 gigatonnes de carbone. Entre 2009 et 2018, elles ont ainsi permis, chaque année, d’éliminer 30 % des émissions de carbone. Si nous pouvions nous douter que les arbres les plus gros capturent le plus de carbone, des chercheurs de l’Eastern Oregon Legacy Lands (États-Unis) montrent aujourd’hui qu’ils stockent même des quantités de carbone disproportionnellement massives.

Ils ont travaillé sur les forêts du nord-ouest du Pacifique. Et estimer la quantité de carbone stockée grâce à des équations spécifiques aux espèces et reliant le diamètre et la hauteur de l’arbre à la biomasse contenue dans le tronc et les branches. Sachant que la moitié de cette biomasse est constituée de carbone. Leur conclusion : les arbres dont le diamètre dépasse les 53 centimètres représentent 3 % de la population, mais ils stockent à eux seuls, 42 % du total de carbone stocké.

D’autres avantages écologiques

« Laisser les gros arbres pousser est important. Cela maintient les réserves de carbone dans les arbres et capture plus de carbone à un coût extrêmement faible », remarque David Mildrexler, auteur principal de l’étude dans un communiqué de Frontiers.

Mais les grands arbres se posent également en pierres angulaires de la diversité et de la résilience de nos forêts. Ils abritent de riches communautés de plantes, d’oiseaux, de mammifères, d’insectes ou encore de micro-organismes. Ils exploitent les ressources en eau souterraine, aidant ainsi à lutter contre les incendies. Ils rafraîchissent le climat de la planète par évaporation. Il faudrait des centaines d’années à des arbres nouvellement plantés pour retrouver ces fonctions uniques. Autant de très bonnes raisons de réfléchir à deux fois avant de couper les plus gros des arbres de nos forêts.

L’article de Futura Planète est ici.

Commentaire :

Aujourd’hui, grâce aux chercheurs cité plus haut, nous apprenons que les arbres les plus gros stockent des quantités disproportionnellement massives de carbone. De sorte que lorsqu’on coupe ces vieux arbres, le bilan carbone ne peut pas être neutre, comme le clament les industriels du bois. En septembre 2015, j’ai publié un article sur le même sujet en y ajoutant un commentaire qui concerne l’ex-usine à pellets de Jeferco et qui est repris ci-dessous car il est toujours d’actualité :

 » La société Jeferco, comme la majorité des promoteurs de la filière bois-énergie, nous explique dans son étude d’impact, Chapitre 4 – page 117 : « Par ailleurs, le projet aura un impact indirect positif sur le climat, car il permet de consommer des bois de second choix et de rajeunir les plantations. En effet, les bois jeunes, à volume et surface égale, une forêt jeune stocke beaucoup plus de CO2, qu’une âgée avec de vieux arbres. » Outre le fait que cette phrase soit très mal construite et écrite, cet article nous explique au contraire que « plus un arbre est vieux, plus il absorbe du CO2, et plus il grandit vite. » Une jeune forêt que l’on couperait tous les 25 ans, comme le préconise Jeferco, ne remplirait pas son rôle de producteur d’humus, qui est le plus grand piège à carbone de la planète, et de stockage efficient du CO2. La forêt ne serait plus un piège à carbone mais un émetteur de dioxyde de carbone !

Il  semble d’ailleurs que la réponse aux propos péremptoires de Jeferco soit intuitivement simple, et les manières de l’expliquer nombreuses :

  • pour autant qu’un vieil arbre ne perde pas le CO2 stocké depuis l’origine, il gardera toujours plus de carbone que le jeune arbre qui commence seulement à stocker !

Ou encore :

  • le vieil arbre contient tout ce qu’il a stocké étant jeune (beaucoup selon Jeferco) plus tout ce qu’il a stocké étant adulte et étant vieux !

Ou encore :

  • les vieux arbres étant plus gros que les jeunes stockent plus de CO2 !

Ou encore :

  • les jeunes arbres stockent moins vite que les vieux et depuis moins longtemps !

De quoi battre en brèche les idées reçues, propagées et entretenues par Jeferco, sur le bois qui serait une énergie renouvelable. « 

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