Alors que l’Arctique est de plus en plus en danger, la France n’a plus d’ambassadeur des pôles

Novethic  Un article de Novethic, par Marina Fabre, le 06/11/2020.

La France semble avoir abandonné une des zones les plus impactées par le changement climatique : l’Arctique. Le gouvernement n’a en effet pas renouvelé le poste d’ambassadeur des pôles autrefois occupé par Ségolène Royal. La France perd son influence et sa voix dans cette zone de plus en plus convoitée pour ses ressources naturelles.

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Le poste d’ambassadrice des pôles était occupé par l’ancienne ministre de l’environnement Ségolène Royal jusqu’en janvier 2020. CC0

Avec son célèbre « Make our planet great again », le Président français s’est positionné en artisan de la lutte contre le changement climatique. L’Hexagone, dont la voix compte sur le plan environnemental, semble pourtant avoir oublié une des sentinelles du changement climatique : l’Arctique. Dans un nouveau rapport d’information publié fin septembre par le Sénat, on apprend ainsi que la France a « supprimé au cours de l’année 2020 » le poste d’ambassadeur chargé de la négociation pour les pôles Arctique et Antarctique.

Ce poste était jusqu’en janvier 2020 occupé par Ségolène Royal. Mais le gouvernement l’a remerciée alors que celle-ci prenait de plus en plus position contre le gouvernement sur divers sujets de politique intérieure. Sans compter que l’ancienne ministre de l’Environnement avait été critiquée par des députés en raison de son absence répétée à des sommets dédiés aux pôles. En tant qu’ambassadrice, elle pouvait siéger au Conseil de l’Arctique, dont la France fait partie en tant que pays observateur. Son rôle était notamment d’assurer la protection de cette zone particulièrement impactée par le changement climatique.

Entre la fonte des glaces, la hausse des températures, l’augmentation du niveau des eaux, les scientifiques estiment que l’Arctique a déjà basculé dans une nouvelle ère climatique.  Par ailleurs, susceptible de receler 13 % des réserves de pétrole et 30 % du gaz naturel non découvert dans le monde, l’Arctique attire les États riverains comme la Russie, la Norvège, les États-Unis mais aussi des pays plus éloignés comme la Chine. Selon les informations de Capital, le député Christophe Naegelen (UDI) a alerté le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian de la situation, soulignant « qu’au vu de l’importance écologique, économique et géopolitique des Pôles, il faut ne pas que le poste d’ambassadeur reste vacant afin que la voix de la France soit portée et entendue ».

Une position ambivalente

Pour l’expert, le spécialiste des pôles, le professeur de géopolitique Mikaa Mered, la position de la France concernant l’Arctique est de plus en plus paradoxale. « Pourtant dépositaire de l’Accord de Paris sur le climat (…) la France n’a quasiment rien contribué à l’expédition MOSAiC », ces expéditions scientifiques qui visent à étudier le système climatique arctique. « Même les déclarations du Président de la République lors du G7 de Biarritz affirmant qu’il ne fallait pas utiliser les routes maritimes de l’Arctique ont été perçues comme incohérentes avec le soutien affiché par ailleurs aux entreprises françaises dans la zone. Dès lors, difficile pour une nation arctique de comprendre où se positionne réellement la France », conclut dans Eurasia Prospective, Mikaa Mered.

En attendant que la France retrouve sa voix, la Russie, qui voit comme une priorité le développement des ressources naturelles de l’Arctique, vient de lancer un deuxième méga-projet gazier en Sibérie. La Norvège compte également sur les ressources du Grand Nord, la mer de Barents recelant 65 % des réserves pétrolières du pays. Le gouvernement de Donald Trump a de son côté approuvé en août un programme ouvrant la voie à des forages d’hydrocarbures dans la plus grande zone naturelle protégée des États-Unis, en Alaska. Dans cette optique, la course aux revendications territoriales s’accélère. Moscou, Washington, Ottawa, Oslo et Copenhague ont réclamé l’extension de leur « plateau continental » au-delà de leur zone économique exclusive de 200 milles marins.

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