57 % de l’empreinte carbone de la France provient de ses importations

  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 07/07/2020.

La crise du Coronavirus a montré les défaillances de chaînes d’approvisionnement hyper-mondialisées. Depuis, Emmanuel Macron n’a eu de cesse d’appeler à la relocalisation pour réduire la dépendance de la France. Outre l’intérêt pour la souveraineté nationale, l’impact serait également positif sur le climat. Le commerce international représente un quart des émissions mondiales et 57 % de l’empreinte carbone de la France.

Le commerce international représente un quart des émissions mondiales de CO2.
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L’équilibre s’est peu à peu inversé. Alors que les émissions importées étaient encore minoritaires au milieu des années 90, comparées aux émissions nationales, elles représentent désormais 57 % de l’empreinte carbone de la France, selon les données les plus récentes publiées en début d’année par le Ministère de la Transition écologique et solidaire (1).

En volume, la demande intérieure a progressé de 50 % depuis 1995 et une part croissante de celle-ci est désormais satisfaite par les importations (pétrole, automobile, textile, électronique, informatique, pharmacie…). Les émissions associées aux importations ont ainsi doublé sur la période, alors que les émissions intérieures ont baissé de 21 % dans le même temps, grâce notamment à la diminution de l’intensité carbone de l’énergie en France.

À l’inverse, les émissions de CO2 importées pèsent particulièrement lourd dans la facture climatique puisqu’elles proviennent de pays où le mix énergétique est fortement carboné. On estime ainsi que si la Chine employait des technologies de production dont l’efficacité égalait la moyenne mondiale, les émissions dans ses exportations seraient presque deux fois moins importantes. Or, la Chine est à l’origine de plus de la moitié de la hausse des émissions de CO2 entre 2005 et 2015 liées aux échanges commerciaux.

Les États-Unis, plus gros importateurs de CO2

Selon une étude de la Banque de France (2), publiée au printemps dernier, la Chine présentait en 2015 une balance commerciale excédentaire carbone de 1,1 milliard de tonnes de CO2, ce qui traduit la part significative du CO2 émis par le pays pour répondre à la demande étrangère. Parmi les autres pays exportateurs de CO2, on trouve aussi la Russie, l’Inde et l’Afrique du Sud. À l’autre bout de la chaîne, les États-Unis sont quant à eux les plus gros importateurs de CO2, avec un déficit commercial de près de 700 millions de tonnes, bien loin devant le Royaume-Uni, le Japon ou la France.

« Les grands pays avancés apparaissent comme de grands centres consommateurs nets de CO2. Ils consomment plus de CO2 qu’ils n’en produisent et dégagent par conséquent un déficit commercial en CO2. Leur empreinte globale est ainsi supérieure à leurs émissions effectives. Inversement, les pays émergents ou producteurs de matières premières apparaissent comme des exportateurs nets, avec une empreinte inférieure à leurs émissions effectives », concluent les auteurs du rapport.

Au total, le commerce international représente un quart des émissions mondiales de CO2. Pour réduire cette empreinte, de nombreux experts appellent à inclure des clauses de suspension dans les accords commerciaux en cas de non-respect des engagements climatiques internationaux. La mise en place d’une taxe carbone aux frontières, telle qu’envisagée par la Commission européenne, constitue un autre levier pour inciter les États à réduire l’intensité énergétique de leurs appareils productifs. Enfin, du côté des consommateurs, l’instauration d’un CO2score pourrait également permettre de mieux orienter leurs achats vers des produits locaux généralement moins impactants pour la planète.

(1) Voir l’étude sur l’empreinte carbone des Français du MTES

(2) Voir l’étude de la Banque de France sur les émissions de CO2 dans le commerce international

L’article de Novethic est ici.

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