Glyphosate : soupçons de conflits d’intérêts au sein de l’Anses

  Un article de GoodPlanet, le 18/06/2020.

Dans une enquête publiée mardi 16 juin, Le Monde révèle les conditions, sujettes à caution, d’attribution d’un appel d’offre pour une étude sur le glyphosate par l’Anses (Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Photo d’illustration. Jean-François Monier/AFP

L’agence est chargée de délivrer les autorisations de mise sur le marché des pesticides et aussi de surveiller leur impact sanitaire ou environnemental. Or, un collectif de scientifiques alerte le journal en mettant en cause la procédure de sélection de laboratoires chargées de réaliser des études sur le glyphosate. Ils s’interrogent ainsi sur l’indépendance et la déontologie dont a fait preuve l’Anses.

L’Anses avait lancé un appel d’offre pour mener une étude sur le potentiel cancérogène du glyphosate. Un consortium de sept laboratoires a donc été retenus par l’agence, fin avril. Sa composition est cependant dénoncée par la députée Delphine Batho, qui a interpellé le gouvernement sur le sujet, ainsi que par un collectif de lanceurs d’alerte dans un rapport remis au Monde.

En effet, le consortium sélectionné est coordonné par l’IPL (Institut Pasteur de Lille), dirigé par Fabrice Nesslany. Or, cette même personne est à la tête du groupe d’expertise collective d’urgence (GECU) de l’Anses. C’est ce groupe qui a participé à la rédaction du cahier des charges l’appel d’offre selon Mme Batho, citée par le Monde.

Selon le collectif, « conflits d’intérêts et favoritisme ‘minent la réponse scientifique attendue par les autorités’ ». Le rapport du collectif lanceur d’alerte révèle de plus que deux autres laboratoires sélectionnés présentaient aussi des chercheurs qui avaient pris part à l’élaboration de l’appel d’offre. Les lanceurs d’alertes remettent aussi en cause le choix du GECU pour établir le cahier des charges.

En 2016, M. Nessany avait par ailleurs pris part à la rédaction d’un rapport d’expertise ayant conduit l’Anses à émettre un avis plutôt favorable au glyphosate, a soulevé Delphine Batho, créant selon elle un « risque d’un manquement à l’impartialité ».

Glyphosate et fongicides SDHI, mêmes enjeux ?

Ces révélations iraient donc à l’encontre de la déontologie de l’Anses. « Cela peut faire naître le soupçon que le cahier des charges a été constitué de manière à favoriser sa propre candidature », selon Marie-Angèle Hermitte, directrice de recherche au CNRS et membre du Comité de déontologie et de prévention des conflits d’intérêts de l’Anses (CDPCI), s’exprimant à titre personnel dans Le Monde.

Un doute renforcé par les exigences sur les tests contenus dans le cahier des charges pour lesquels l’IPL est le seul laboratoire en France homologué. Or, le CDPCI de l’Anses ne peut être saisi actuellement car inactif en raison de nombreuses démissions. Le collectif lanceur d’alerte souligne d’autres lacunes dans l’appel d’offre et le cahier des charges, comme notamment le fait que seul le principe actif soit étudié et non les produits commercialisés.

Suite à ces révélations, le Mouvement des Coquelicots a considéré que ces informations pouvaient renforcer leurs craintes concernant les autorisations d’épandages de SDHI délivrées par l’Anses, une « nouvelle famille de pesticides toxiques » au sujet desquels « l’agence favorise systématiquement les intérêts industriels au détriment de la santé publique ». Alors qu’au moment de ces révélations, leurs questions à l’Anses étaient demeurées sans réponses, le Mouvement des Coquelicots a demandé à être reçu à l’Anses, ce mercredi.

L’article de GoodPlanet Mag’ est ici.

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