Changer notre alimentation pour éviter d’autres crises comme le coronavirus

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 23/04/2020.

La perte de biodiversité favorise l’émergence de virus comme le Covid-19. Or, la production de viande en est l’une des principales causes entraînant déforestation et destruction d’habitats naturels. De nombreux chercheurs appellent à réduire notre consommation carnée en la remplaçant par des protéines végétales.

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Notre alimentation de viande devrait encore augmenter de 76 % d’ici 2050. @CC0

Une nouvelle étude pointe la responsabilité de l’activité humaine et de la destruction de la biodiversité dans l’apparition de nouveaux virus venus du monde animal, tel le coronavirus. Les chercheurs de l’école vétérinaire de l’Université de Californie ont étudié 142 cas de « zoonoses » virales (maladies transmises de l’animal à l’humain) et ont identifié les rongeurs, primates et chauve-souris comme hôtes de la majorité des virus transmis à l’Homme (75,8 %) et les animaux domestiques comme porteurs de 50 % des zoonoses identifiées.

Parmi les espèces sauvages menacées, « celles dont les populations sont en baisse en raison de l’exploitation et de la perte d’habitat partagent plus de virus avec les humains », notent les chercheurs. « Nos données illustrent la manière dont l’exploitation de la faune sauvage et la destruction de l’habitat naturel sous-tendent les transferts de maladies, nous confrontant au risque de maladies infectieuses émergentes », a déclaré à l’AFP Christine Johnson, qui a dirigé l’étude. Selon les experts biodiversité de l’ONU (IPBES), 60% des maladies infectieuses et 75% des maladies émergentes chez l’Homme étaient d’origine animale.

Or, « la première cause de perte de biodiversité est le changement d’usage des sols au profit d’une agriculture de plus en plus industrialisée, pour satisfaire un régime alimentaire de plus en plus mondialisé, de plus en plus carné, gras et sucré », constate Yann Laurans, directeur du programme Biodiversité et écosystèmes à l’Iddri. Pour éviter d’autres crises comme le coronavirus, il est donc impératif de revoir nos régimes alimentaires et nos modes de production afin de réduire notre consommation de viande et les élevages intensifs.

Transmission des virus et antibiorésistance

Afin de répondre à la croissance démographique et à l’apparition de nouvelles classes moyennes, notre consommation de produits animaliers est depuis des dizaines d’années une cause majeure de l’effondrement de la biodiversité en contribuant à la déforestation et en réduisant ainsi la surface disponible pour les espèces sauvages. Celles-ci se trouvent davantage en contact avec les humains et les animaux d’élevage. Or, l’élevage, qui utilise 80 % des terres agricoles, ne fournit que 18 % des calories que nous consommons. En outre, notre consommation de viande mobilise un tiers des cultures via les céréales uniquement pour l’alimentation des animaux.

Les élevages intensifs sont également pointés du doigt car ils nécessitent d’importantes quantités de soja dont la culture contribue à la déforestation au Brésil et en Argentine et qu’ils favorisent la transmission des virus et la sur-utilisation d’antibiotiques. 38 % des antibiotiques consommés en France et 73 % des produits antimicrobiens dans le monde sont destinés aux animaux d’élevage, selon Greenpeace. Et l’OMS estime que l’antibiorésistance pourrait tuer 10 millions d’humains tous les ans si rien n’est fait d’ici 2050 alors qu’elle cause déjà 12 500 morts par an en France.

« Faire le choix collectif d’une alimentation ne contenant plus de produits d’origine animale serait un changement bien moins contraignant que celui que nous subissons actuellement », estiment des scientifiques et militants de la cause animale dans une tribune publiée dans Libération. « La préservation des habitats naturels, la diminution de la consommation carnée, la réduction de la taille des élevages intensifs et l’arrêt de la commercialisation (légale ou non) de la viande d’animaux sauvages constitueraient autant de mesures cohérentes et efficaces pour les politiques de santé publique de demain », plaident également trois chercheurs dans un autre appel paru dans Le Monde.

L’article de Novethic est ici.

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