Confinement : la chasse (finalement) suspendue… contre l’avis des chasseurs !

30 millions d'amis  Un article de la Fondation 30 Millions d’amis, le 21/03/2020.

Malgré l’urgence du confinement et la gravité de la crise sanitaire, le Président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) Willy Schraen annonçait, en concertation avec le ministère de la Transition écologique, des mesures… dérogatoires pour les chasseurs ! Un laisser-passer finalement désavoué moins de 48 heures plus tard. 30millionsdamis.fr fait le point.

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Depuis le 19 mars et jusqu’à nouvel ordre, sont effectivement suspendues « toute action de régulation ou de chasse », mais aussi « le piégeage et le gardiennage » ainsi que « l’agrainage (1) du petit gibier ou des sangliers ». Les chasseurs pourront continuer de nourrir – individuellement et accompagnés de leur attestation et de leur permis de chasser – leurs animaux qui ne se trouvent pas sur leur lieu de résidence, comme les chiens, les chevaux et les appelants, à savoir les oiseaux captifs utilisés pour attirer d’autres congénères afin de les tuer…

Les chasseurs désavoués

Un véritable revirement, donc. Car à l’annonce du confinement, seules les chasses collectives avaient été déclarées interdites, à l’instar des battues aux sangliers et des battues administratives impliquant un lieutenant de louveterie. La saison de la chasse à courre, quant à elle, avait été clôturée avec deux semaines d’avance.

En revanche, certaines pratiques désastreuses pour la faune sauvage restaient possibles : chasse individuelle des corvidés, chasse individuelle du sanglier à l’approche, mais aussi, piégeage, remplissage des agrainoirs et nourrissage des appelants (seule cette dernière pratique reste aujourd’hui autorisée). Le 18 mars 2020, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) s’était indignée contre ces « garanties scandaleuses qui semblaient avoir été obtenues par le patron de la FNC auprès du ministère de la Transition écologique, pour permettre aux chasseurs et piégeurs de continuer leurs macabres acivités à l’égard de la faune sauvage, et ce, malgré l’état d’urgence sanitaire en vigueur ». Sur Twitter, Willy Schraen avait alors tenté de justifier la poursuite de la chasse par « la nécessité de protéger les cultures, pour que demain tout le monde puisse se nourrir, même les technos de l’écologie »

Un peu de répit pour la faune sauvage

La suspension de la chasse devrait donc profiter à la faune sauvage : « une aubaine pour la biodiversité », selon l’Aspas. « Le printemps arrive à grand pas, et avec lui, la période fragile des naissances. L’association avait dénoncé avec force la décision de l’État de prolonger au niveau national la chasse des sangliers jusqu’à fin mars, à cause justement du risque important de dérangement pour toute la faune en cette période critique de reproduction ».

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Sanglier avec ses marcassins en train de chercher de la nourriture. © Luc souret

 « Cette période est un temps de pause pour les animaux sauvages qui profitent d’une accalmie  très passagère », confirme Benoît Thomé, Président d’Animal Cross, à 30millionsdamis.fr.  Des animaux habituellement chassés pourraient même réadapter leurs habitudes. Ainsi, le sanglier – qui n’est naturellement pas un animal nocturne – s’est habitué à sortir la nuit pour échapper aux chasseurs. « Si les chasseurs restent confinés, il est donc possible que les sangliers se ré-adaptent et sortent en journée, ajoute Xavier Japiot, naturaliste et auteur de « Sauvages et urbains – à la découverte des animaux dans la ville » (éd. Arthaud). Il en est de même pour le chevreuil ».

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui expriment déjà leur difficultés à vivre enfermés, loin de la nature. A l’inverse, certains animaux sauvages profitent de l’éloignement des humains. « Confiné chez lui, l’Homme ne se rend que trop compte combien il est difficile de vivre éloigné de la nature ; car, sans elle, il est déséquilibré, note B. Thomé. Loin des arbres et des animaux sauvages, il titube. Souhaitons que, lorsqu’il  retrouvera cette nature – c’est vrai aussi du chasseur – l’Homme comprenne enfin tout ce qu’il lui doit, tout ce qu’elle lui apporte et qu’il n’a pas le droit d’y porter atteinte ».

L’article de 30 Millions d’Amis est ici.

(1) Agrainage : Fait d’attirer le gibier en répandant du grain sur un terrain de chasse

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