Après des années de suppression de postes, les parcs nationaux s’interrogent sur leur avenir

286  Un reportage de France Culture, le 04/03/2020.

Alors que l’extension des aires naturelles protégées est au cœur des ambitions gouvernementales, les employés des parcs nationaux se plaignent de ne plus pouvoir remplir leurs missions correctement, faute de moyens humains. Mais la situation pourrait changer, veulent croire certains.

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Les montagnes du parc national des Écrins. • Crédits : Damien Mestre – Radio France

A cette période de l’année, c’est généralement avec des skis de randonnées ou une paire de raquettes que Michel Bouche part travailler. La neige tombe, épaisse, et le garde moniteur du parc national des Écrins (Hautes Alpes) se démène pour installer un « piège photographique ». Son hiver, il le passera sur les traces du loup. Cette période de l’année, où la montagne est plus calme et beaucoup moins fréquentée, est en effet propice à l’observation de canis lupus. Ses données alimentent un recensement national. « Hum, on a du blaireau un peu de renard… mais rien d’autres ce matin », marmonne-t-il en inspectant les images capturées la nuit précédente.

Cela fait 24 ans que Michel Bouche est garde moniteur et qu’il travaille tous les jours sur le terrain. Au siège du parc, il a également été « chargé de mission éducation« , durant trois ans. Un poste aujourd’hui disparu au Parcs des Écrins. « J’étais en relation avec l’éducation nationale : je menais des projets pédagogiques, des classes découvertes… Tout cela a été redistribué sur un certains nombre de personnes qui avaient déjà leurs propres missions », explique-t-il. « Alors forcément, chacun se retrouve avec une charge de travail un peu plus importante ».

Surtout qu’ici, comme dans les onze parcs nationaux français, ce n’est pas le seul poste à avoir été supprimé. En 10 ans les Écrins a perdu un cinquième de ses effectifs. Alors qu’ils étaient 109 employés, ils sont désormais 85. Des baisses continues d’effectifs demandées chez l’ensemble des opérateurs de l’environnement pour réduire la dépense publique.

« Des financements à court terme »

Aujourd’hui, le manque de financement est tel qu’il rend difficile le suivi scientifique selon Frédéric Goulet, garde moniteur, élu au syndicat national de l’environnement. « Les espèces, végétales ou animales réagissent sur des décennies. Quand on veut voir l’évolution d’un milieu, on a besoin de travailler sur le temps long », analyse-t-il. « Or, aujourd’hui, on nous demande d’aller chercher au cas par cas des sous à l’Europe, à la région… Ce sont à chaque fois des programmes financés sur trois ans qu’il faut en permanence renouveler. Cela nous amène une grosse charge administrative en plus ». Le tout, sans même être sûr de continuer à toucher cet argent une fois le programme terminé.

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Frédéric Goulet et Michel Bouche.• Crédits : Damien Mestre – Radio France

Face à ce constat, certaines voix se veulent plus rassurantes. « Le parc a 50 ans, et il y a déjà eu des années similaires à maintenant en terme de personnels », relativise Pierre Commenville, le directeur du parc des Écrins. « Nous restons dans la norme de ce qui se fait en Europe… Les Italiens sont généralement moins bien dotés que nous par exemple ». Le directeur, qui est arrivé aux responsabilités en 2016, concède cependant que les quatre années écoulées n’ont pas été de tout repos. « Ce qui a été compliqué dans cette période c’est le manque de visibilité… Impossible de prévoir d’une année sur l’autre », détaille-t-il. Une situation qui pourrait être selon lui de l’histoire ancienne.

L’irruption du dérèglement climatique

Huit nouveaux postes devaient disparaître aux Écrins d’ici 2022, mais l’assemblée nationale a voté un amendement qui suspend les suppressions dans l’ensemble des parcs pour l’année en cours. Pierre Commenville veut y voir un signe que les choses sont en train de bouger. En 10 ans, « beaucoup de facteurs ont changé », confie-t-on effectivement au Ministère de la transition écologique. L’opinion publique est devenue plus sensible aux enjeux environnementaux. Et puis surtout : le dérèglement climatique est désormais mesurable concrètement dans les Parcs. Aux Écrins, les glaciers fondent et l’habitat du lièvre variable se fait de plus en plus étroit.

Alors le ministère laisse entendre qu’il pourrait y avoir un changement de politique à l’avenir. Est-ce à dire que la baisse continue des effectifs est sur le point d’être enrayée ? « Des ambitions élevées ne vont pas sans les moyens adéquats », conclut-on au ministère. Référence aux engagements d’Emmanuel Macron qui souhaite élargir la surface d’aire naturelle protégée en France.

Coincé entre deux vallées, Michel Bouche relève le dernier « piège » de la matinée. Toujours rien. Un peu déçu, il dégaine son téléphone portable pour nous faire voir les fruits d’une précédente mission. Sur le petit écran, dans le creux de sa main, l’on distingue alors parfaitement huit loups qui passent et repassent devant l’objectif. Après plusieurs heures à crapahuter, on a le souffle coupé. Lui continue, facile. « Je crois qu’on aime trop ça », sourit-il avant d’entamer la redescente.

Le reportage de France Culture est ici.

A propos Jazz Man

Clarinettiste amateur, j'aime le jazz.
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