Ohain ne loue plus ses prairies qu’avec un bail environnemental

487

Un article de La Voix du Nord, par Lionel Maréchal, le 11/03/2020.

Après avoir pris un arrêté anti-pesticides, le maire d’Ohain, Alain Rattez, a changé la donne pour les 30 hectares de terres proposés par la collectivité. Neuf locataires – dont des agriculteurs – ont donc signé des baux environnementaux. Ils s’engagent, entre autres, à ne pas : retourner les prairies, arracher les haies, épandre des boues…

1010

Le maire d’Ohain, Alain Rattez, et des bénéficiaires du bail environnemental, mardi.

Le maire d’Ohain, Alain Rattez, avait réuni les agriculteurs (et autres bénéficiaires) du village, mardi soir. Avant de céder sa place – il ne se représente pas aux élections municipales –, il a tenu à signer, avec eux, les nouveaux baux communaux arrivés à terme, et ce pour une durée de neuf ans. En effet, sur les quelque 800 hectares de prairies, 30 sont la propriété de la collectivité. Sauf que, depuis que le premier magistrat a pris un arrêté anti-pesticides (1), les clauses de la location ont changé.

« Il faut aller au bout du raisonnement, insiste M. Rattez. Et trouver des solutions ensemble ». Ainsi, les nouveaux baux sont devenus environnementaux et incessibles : « Pour résumer, il y a désormais des conditions particulières (lire ci-dessous), comme l’interdiction de retourner les prairies si l’exploitation n’est pas en culture bio, d’arracher des haies, d’utiliser des pesticides de synthèse et des boues d’épandage ». Sur les dix locataires, neuf se sont engagés à jouer le jeu. « Il y en a encore un qui pose problème, précise le maire. Il cultive des pommes de terre… et c’est 31 traitements annuels ». Et si le premier magistrat ne désespère pas de trouver un accord, en attendant ce sont quatre qui n’ont pas été attribués et qui resteront en jachère.

Avec les agriculteurs

Du côté des agriculteurs locaux, à l’heure où la profession est décriée, certains n’ont pas hésité à parapher le document – un acte administratif validé par la perception. Après avoir déjà fait des efforts pour échanger des parcelles nécessitant traitements, de l’intérieur vers l’extérieur du village. C’est le cas de Christophe Destailleurs, producteur de lait bio à partir de vaches rustiques : « C’est une bonne initiative. Ce bail va permettre de valoriser les prairies et de prendre le temps de faire les choses. A ne plus démolir le paysage ».

Même si, rappelons-le, l’agriculture  » industrielle  » n’est pas hors la loi et qu’elle a beaucoup à perdre : par exemple, avec la nouvelle loi sur les distances réglementaires d’épandage de pesticides 5 à 10 mètres, dans le département du Nord, ce sont quelques 6 000 hectares qui ne seront plus cultivables, soit l’équivalent de cent exploitations. « La plupart des agriculteurs cherchent à travailler proprement, ajoute M. Destailleurs. Il ne faut pas opposer les modèles. Mais simplement leur laisser le temps de s’adapter ».

(1) L’arrêté anti-pesticides interdit les produits phytosanitaires à moins de 100 mètres des habitations et des bâtiments publics. Il reste toujours valide, à ce jour, puisque l’État ne l’a pas attaqué au tribunal administratif.


Ce qui dit le document

Selon le décret du 8 mars 2007 relatif aux clauses visant au respect de pratiques culturales pouvant être incluses dans les baux ruraux, bailleur et preneur s’obligent respectivement à respecter les dispositions suivantes :

  • Le retournement des prairies est autorisé pour le bio ;
  • La création, le maintien et les modalités de gestion des surfaces en herbes ;
  • L’interdiction de l’irrigation, du drainage et de toutes formes d’assainissement sans autorisation du bailleur ;
  • La création, le maintien et les modalités d’entretien des haies, talus, bosquets, arbres isolés, mares, fossés, terrasses, murets ;
  • L’interdiction d’arracher ou d’araser les haies sauf autorisation et sous conditions de compensation ;
  • L’interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse et des boues d’épandage ;
  • Seules les préparations naturelles peu préoccupantes et les produits bio sont autorisés.

En chiffres : 8 000

C’est actuellement l’inflation en matière de foncier agricole dans le sud du département du Nord. Et pour cause. A trois heures de route de chez nous, les terres cultivables deviennent rares aux Pays-Bas (dont une partie est sous le niveau de la mer) ; elles peuvent se négocier jusqu’à 120 000 € l’hectare à la vente.

En Belgique, dans les Flandres, on évoque désormais un hectare à 30 000 €. Et quand, dans l’Avesnois, il y a trois ans, on était à environ 5 000 €, le montant peut aujourd’hui dépasser les 8000 €.

L’article de La Voix du Nord est ici (abonnés).

Commentaire.

0844

Cette initiative va permettre de respecter de bonnes distances entre les pesticides et les habitations, en valorisant les prairies communales. Bravo Monsieur le maire pour cette très belle idée. Vos concitoyens vont pouvoir « Bien vivre à Ohain ».

Cet article a été publié dans Agriculture chimique, Bocage de l'Avesnois. Ajoutez ce permalien à vos favoris.