Méga-feux en Australie : chronique d’un suicide climatique

Novethic  Un article de Novethic, par Concepcion Alvarez, le 22/01/2020.

17 millions d’hectares brûlés, près de 3 000 maisons détruites, 28 personnes mortes, plus d’un milliard d’animaux tués… Les méga-feux en Australie auraient même émis en quelques mois autant de CO2 que le pays n’en émet chaque année. Alors que les pluies tombent depuis quelques jours, les autorités craignent un regain des températures et des vents attisant de nouveau les feux. Une situation exacerbée par le changement climatique dont l’Australie est l’un des principaux responsables.

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Des milliers d’habitants ont été contraints de quitter leur domicile et de trouver refuge sur la plage pour échapper aux feux.

Au niveau de l’OCDE, l’Australie est le premier pays émetteur de CO2 par habitant, devant le Canada et les États-Unis. Il faut dire que l’île-continent est riche en minerais. Elle détient les principales réserves mondiales en or, en nickel ou encore en zinc dont l’extraction nécessite beaucoup d’énergie. Or, le mix énergétique national est à 93 % composé d’énergies fossiles, et à 75 % dépendant du charbon.

Mais pour les gouvernements successifs, difficile de renoncer à une telle manne financière. En pleine crise, le Premier ministre australien a ainsi continué à défendre cette industrie. Ce qui pousse l’écrivain australien Richard Flanagan à parler de « suicide climatique » dans une récente tribune parue dans le New York Times. « Les gouvernements conservateurs qui se sont succédé depuis 1996 se sont battus pour renverser les accords internationaux sur le changement climatique au nom de la défense de l’industrie fossile nationale », fustige-t-il.

Tony Abbott, premier ministre australien de 2013 à 2015, climatosceptique avéré, avait enterré la taxe carbone aussitôt élu. Scott Morrison, l’actuel Premier ministre, a martelé qu’il serait irresponsable de tourner le dos au charbon, alors que le pays était ravagé par les flammes. En 2017, alors ministre de l’Économie, il avait frappé les esprits en faisant circuler un morceau de charbon dans l’assemblée parlementaire, invitant à « ne pas en avoir peur ». Le pays a également renoncé à inscrire dans la loi les objectifs de réduction d’émissions pris en amont de l’Accord de Paris.

À la COP25 de Madrid, en décembre dernier, l’Australie a même fait partie des pays accusés d’avoir fait capoter les négociations notamment sur les marchés carbone. Pour Greenpeace Australie, le gouvernement « est incapable de faire passer la sécurité des familles australiennes avant son obsession pour l’industrie des combustibles fossiles ».

Or, des scientifiques australiens et britanniques, dans une note publiée dans ScienceBrief, préviennent que les feux en Australie ne font que préfigurer de ce que pourraient être les conditions normales dans un monde futur qui se réchaufferait de 3°C. À l’échelle mondiale, entre 1979 et 2013, les saisons des incendies se sont globalement allongées. De plus, selon eux, les situations extrêmes comme celles que connaît l’Australie se reproduiront désormais à chaque fois que des événements naturels combineront leurs effets avec ceux du réchauffement climatique.

Seule solution, limiter au maximum le réchauffement sous la barre des 1,5°C. Une position de plus en plus défendue par les citoyens du monde entier y compris en Australie où le fossé se creuse de jour en jour avec le gouvernement conservateur. Selon un sondage réalisé en novembre, 81 % des Australiens redoutent que le réchauffement n’entraîne davantage de sécheresses et d’inondations, et 64% souhaitent que le gouvernement se fixe un objectif de zéro émission en 2050.

L’article et l’infographie de Novethic sont ici.

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