EDF tente de préparer l’après-charbon

193  Un article du Point, par Michel Revol, le 22/03/2019.

L’électricien teste un procédé qui remplace le charbon par de la biomasse à base de bois. Objectif : réduire sa pollution et sauver ses centrales.

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La centrale à charbon EDF de Cordemais.

Sanglé dans son costume, Lionel Olivier, le patron de la centrale de Cordemais, située non loin de Nantes, est plutôt fier de faire visiter sa salle de commande toute neuve. C’est de là qu’est pilotée l’une des deux dernières centrales à charbon d’EDF. Avec le sourire, il montre en hauteur les splendides écrans géants où s’affichent les courbes de production. L’immense salle vient d’être rénovée, à coups de millions d’euros. Elle est prévue pour être aux normes jusqu’en 2035, au moins. L’ennui, c’est que la centrale pourrait fermer bien avant. Emmanuel Macron l’a promis : le pays devra se passer du charbon en 2022. Depuis, le gouvernement a mis un peu d’eau dans son vin. Il n’avait pas prévu qu’en France le charbon est nécessaire lorsque la demande grimpe en flèche. Les deux centrales à charbon d’EDF (Cordemais et Le Havre) pourront sauver leur peau si elles trouvent le moyen de brûler un combustible moins polluant. Lionel Olivier, comme les pontes d’EDF, mise donc sur des granulés tout noirs pour sauver sa centrale et ses 370 salariés : des pellets, sorte de combustible constitué de résidus de bois. Ils pourraient, très vite, remplacer le charbon pour faire tourner les turbines de Cordemais et du Havre.

Ce projet s’appelle Ecocombust. Il a été lancé à Cordemais en 2015. À l’époque, le gouvernement commence à s’attaquer sérieusement au charbon et aux autres énergies polluantes. Chez EDF, on réfléchit. Pas question de laisser fermer sans réagir cet outil industriel rémunérateur, mis en service vers la fin de l’âge d’or du charbon, en 1970. La biomasse s’impose assez vite. Composée de résidus de bois (ceux des élagages, par exemple), elle peut être brûlée de la même façon que le charbon dans les chaudières, avec presque la même capacité calorifique (80 % du charbon environ). Autre avantage de poids en ces temps écologiques : son bilan carbone est neutre, promet-on à EDF.

Prometteur

Pour remplacer le charbon, il faut donc fabriquer ces fameux pellets, de fins bâtonnets noirs à la vague odeur de réglisse. D’autres pays en produisent déjà, à base de résidus ligneux (ceux du bois brut). EDF veut aller plus loin en y ajoutant du bois de classe B. Dans cette catégorie figurent notamment les rebuts de l’ameublement, tels que les panneaux d’agglomérés truffés de colle et de peinture. L’intérêt, c’est d’utiliser des déchets qui sont en général enfouis dans le sol ou envoyés à l’étranger. Ce choix évite aussi à EDF de faire main basse sur tous les déchets de bois de la région. Plusieurs centaines de scientifiques se sont en effet élevés, il y a peu, contre l’effet pervers de la biomasse, dont l’utilisation intensive pourrait déséquilibrer la biodiversité.

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Pour l’heure, on en est encore au stade des essais. Au cœur de la centrale bretonne, un assemblage de chaudières et de tuyaux d’une dizaine de mètres de hauteur recrache de temps un temps une sorte de vomis noirâtre, qui sera ensuite compacté en pellets. Le procédé, assure Éric Bret, le patron du thermique à EDF, est déjà prometteur : en août, un mélange composé de 80 % de cette biomasse et de 20 % de charbon a permis la production d’électricité durant quatre heures.

« Farfelu »

Ce premier résultat probant ne semble pas convaincre les associations écologiques. En janvier, Les Amis de la terre et le Réseau Action Climat ont publié un rapport dénonçant « l’entourloupe d’EDF ». Selon ces associations, l’entreprise publique ne cherche qu’à gagner du temps afin de retarder la fermeture des centrales de Cordemais (située à proximité des terres de François de Rugy, ministre de la Transition écologique) et du Havre (dont le Premier ministre fut maire). Elles notent par ailleurs que nulle part dans le monde ce procédé n’a fonctionné. Le gouvernement lui-même n’y croyait d’ailleurs pas beaucoup, qualifiant, selon Le Monde, le projet Ecocombust de « farfelu », avant de rétropédaler.

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Chez EDF, on assure toucher au but. « Si RTE le demande, on peut le faire  ! » assure Éric Bret. RTE, c’est le gestionnaire du réseau électrique. C’est lui qui avait averti le gouvernement que Cordemais et Le Havre étaient indispensables si on ne voulait pas plonger l’ouest de la France dans le noir en cas de pic de consommation. C’est aussi lui qui dira si le réseau a besoin des deux centrales et de leur électricité verte après 2022. Celle de Cordemais pourrait alors fonctionner environ 800 heures dans l’année, en appoint, avec une pollution en CO2 vingt-cinq fois moindre que la situation actuelle, promet EDF. Si c’est le cas, Lionel Olivier, le patron de la centrale, pourra se dire qu’il n’a pas investi des millions d’euros dans sa salle de commande pour rien…

L’article du Point est ici.

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