Forêts : des députés lancent une commission d’enquête citoyenne

241  Un article de Libération, par Aurélie Delmas, le 25/09/2019.

Derrière la députée LFI Mathilde Panot, plusieurs parlementaires ont annoncé le lancement d’une commission d’enquête citoyenne pour une gestion alternative des forêts. Ils entendent présenter une proposition de loi sur le sujet dans les mois qui viennent.

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Extrait du film « le Temps des forêts ». (ATELIER DOCUMENTAIRE)

Libération en parlait cet été dans un numéro spécial : la forêt, gravement mise en danger cet été par la sécheresse, devrait être au cœur des débats cet automne. Mardi, plusieurs parlementaires de divers partis de gauche, des membres d’associations, de syndicats, et le journaliste Gaspard d’Allens (1) ont en effet donné le coup d’envoi devant la presse d’une commission d’enquête dite «citoyenne». Intitulée «Forêts, bien commun», elle entend lutter contre la «malforestation» et promouvoir une gestion alternative des forêts dans le débat public. La discussion devrait ensuite être portée à l’Assemblée nationale, puisque l’objectif est d’aboutir à une proposition de loi autour de la fin de l’année.

«On a beaucoup parlé de l’Amazonie qui brûle, mais il est maintenant urgent de s’intéresser aux forêts françaises» soumises «au même modèle qui a prévalu pour l’agriculture [intensive]», a introduit la députée Mathilde Panot (FI), cheffe de file du groupe de travail. «C’est un modèle d’industrialisation avec l’épandage de pesticides, les coupes rases qui se multiplient, un effondrement de la biodiversité, un gaspillage d’énergie, un démantèlement du service public forestier […] et des conditions de travail insoutenables pour les ouvriers forestiers aujourd’hui», a listé l’élue.

«On a un enjeu majeur d’anticipation et d’adaptation au changement climatique que nous sommes en train de subir et qui n’est pas une « crise » mais bien un changement lourd, violent et rapide des conditions géophysiques dans lesquelles les forêts ont pu se développer», a de son côté pointé la députée Delphine Batho (Génération écologie). L’ex-ministre de l’Écologie en a appelé à «un État stratège qui comprenne que ces questions relèvent des « communs », de la souveraineté démocratique et n’ont pas à être abandonnées à tel ou tel intérêt privé».

Centrale de Gardanne_06

La centrale thermique de Provence, à Gardanne.

Parmi les axes principaux qui devraient figurer dans la proposition de loi selon un communiqué transmis par le groupe de travail : l’arrêt des coupes rases, l’interdiction des pesticides et des arbres génétiquement modifiés, la limitation de la mécanisation, l’arrêt des grandes centrales à biomasse mais aussi le renforcement du service public forestier et l’amélioration des conditions de travail des ouvriers forestiers et bûcherons.

Un travail en «co-construction»

Étaient également présents autour de la table les députés Ugo Bernalicis (LFI), Loïc Prud’homme (LFI), et Dominique Potier (socialiste), des porte-parole des associations Canopée, des collectifs SOS Forêts et Autun Morvan Ecologie ainsi que de l’intersyndicale de l’Office national des forêts (ONF). D’autres associations font partie du groupe de travail (France Nature Environnement, Humanité et Biodiversité) ainsi que les parlementaires Bénédicte Taurine (LFI), Sébastien Jumel (communiste), Hubert Wulfranc (communiste), Guillaume Garot (socialiste) et le sénateur Guillaume Gontard (communiste).

Pour élaborer le cadre d’un contre-modèle forestier, le groupe entend travailler en «co-construction», à savoir en étroite collaboration avec des citoyens et des experts qui seront entendus lors de quatre séances d’auditions. Autrement dit «des gens qu’on n’entend pas d’habitude à l’Assemblée nationale ou au sein des ministères», contrairement au directeur de l’ONF ou aux représentants des coopératives forestières privées, dixit Gaspard d’Allens. «Il est grand temps que sur ces questions, comme sur d’autres, le gouvernement écoute les associations, scientifiques et personnalités qui sont spécialistes et rompe définitivement avec le lobby agroforestier», réclame le groupe de travail dans un communiqué.

Autres temps forts de l’édification de ce travail législatif, des Assises des forêts seront organisées du 23 au 25 octobre et une marche citoyenne aura lieu à Fontainebleau le 26. Il y a un an, les forestiers de l’ONF avaient organisé une grande marche à l’issue de laquelle ils avaient signé avec de grandes associations écologistes le Manifeste de Tronçais qui affirmait notamment que «la forêt n’est pas un objet de spéculation financière de court terme.»

L’article de Libération est ici.

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