Glyphosate : un afflux de plaintes au parquet de Paris

241  Un article de Libération, par David Pargamin, le 29/08/2019.

D’après le dernier chiffre révélé mercredi par «le Monde», la justice recense désormais 1 505 plaintes liées à l’herbicide dans toute la France. Une vaste campagne de dépistage est à l’origine de cette augmentation constante du nombre de dossiers.

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Des moissonneurs de l’Ariège avec leur avocat Guillaume Tumerelle à Foix, le 17 août 2017. Photo Remy Gabalda. AFP

Après avoir contaminé les jardins, le glyphosate serait-il sur le point d’envahir les tribunaux ? Alors que le tribunal administratif suspendait mardi l’arrêté anti-pesticide du maire de Langouët, Daniel Cueff, le risque de nombreux procès liés à l’herbicide pointe à l’horizon. Le parquet de Paris a révélé au Monde qu’au 21 août, 1505 plaintes étaient déposées en France pour «mise en danger de la vie d’autrui», «tromperie aggravée» et «atteinte à l’environnement». Contacté par Libération, il confirme que ce chiffre est toujours identique aujourd’hui. Ces plaintes sont centralisées au pôle santé publique du parquet de Paris, qui a automatiquement été saisi du dossier vu la «complexité de l’affaire».

A l’origine de cet afflux, une «simple prise de conscience», explique Dominique Masset. Ce militant écologiste de 66 ans est membre du collectif des Faucheurs volontaires et initiateur d’une campagne menée à l’échelle nationale pour évaluer l’exposition des Français au glyphosate. «Au départ, nous avions proposé aux habitants de l’Ariège de faire tester leur urine pour constater la présence du produit dans leur organisme. Puis, au fil du temps, le mouvement a pris des dimensions qui nous dépassaient complètement», détaille-t-il. Pour faire le test, il suffit de se munir d’un tube, d’une enveloppe et d’une centaine d’euros. «Ce prix comprend les analyses du laboratoire mais nous avons aussi proposé des frais d’huissier car nous tenions à ce qu’un représentant de la justice puisse assister au test dans le cas où la personne souhaiterait par la suite porter plainte.» Depuis le 17 avril 2018, plus de 5 500 «pisseurs» ont ainsi découvert la présence de glyphosate dans leurs urines à des taux supérieurs à la moyenne autorisée dans l’eau potable, qui est de 0,1 na/ml. «Seuls trois participants ont eu des résultats en dessous de cette moyenne», assure Dominique Masset.

En ligne de mire : Bayer, Barclay Chemicals ou des membres de l’Efsa

Un «scandale» suffisant pour motiver une action collective, explique l’avocat de plusieurs plaignants, Me Guillaume Tumerelle, du barreau de Montélimar.

«Ce sont des dossiers individuels mais la plainte qui est rédigée reste la même pour tout le monde et vise toutes les personnes impliquées dans la distribution et la large diffusion dans l’environnement de molécules probablement cancérigène de glyphosate.» 

En ligne de mire donc, les groupes Bayer, Barclay Chemicals ou encore des membres de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). C’est une «action de groupe à la française», résume l’avocat qui s’inquiète du manque de moyens consacrés à la question : «Cette enquête de santé publique, ce sont les autorités qui auraient dû la mener. Dans cette affaire, la justice doit faire le travail à la place du ministère de la Santé.» Le collectif des Faucheurs volontaires estime que 3 000 «pisseurs» qui sont porteurs d’un taux élevé de glyphosate n’ont pas encore porté plainte. Le parquet de Paris se prépare donc à un afflux encore plus massif de dossiers. Une enquête préliminaire a déjà été ouverte en février.

L’article de Libération est ici.

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