Le mouvement des Coquelicots, un «lobby heureux» pour un monde débarrassé des pesticides

498 Un article de Bastamag, par Nolwenn Weiler et Sophie Chapelle, le 05/07/2019.

Pour eux, c’en est fini des appels sans lendemain et des rassemblements sans autre horizon qu’une indignation symbolique. Comme des dizaines de milliers d’autres, Anne, Christian, Emmanuelle, Nathan, ou Pauline, veulent en finir avec les pesticides qui, lentement, distillent leur poison, des paysans retraités jusqu’aux générations futures. Des Alpes-Maritimes au Finistère, ils se sont fédérés au sein du mouvement des Coquelicots. Partout, ils et elles sèment pour l’avenir.

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« Un lobby heureux qui permet de lutter concrètement contre la crise écologique. » C’est ainsi que Emmanuelle, Christian et Pauline résument le mouvement des Coquelicots qu’ils ont rejoint, à Besançon, dès son lancement aux premiers jours de l’automne. « Mi-septembre, j’ai entendu Fabrice Nicolino (co-initiateur de l’appel, ndlr) à la radio, décrit Emmanuelle, 52 ans. Nicolas Hulot venait de démissionner, je me posais beaucoup de questions sur ce qu’on allait bien pouvoir faire. La proposition de se mobiliser sur la question des pesticides, j’ai trouvé cela très concret, possible à faire. Je suis allée voir le site et j’ai déclaré le premier rassemblement de Besançon. » Soutenu par des personnalités publiques et signé, à ce jour, par plus de 740 000 personnes, l’appel « Nous voulons des coquelicots » exige « l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France ».

Armée de la vieille sono d’un copain, et d’un texte qu’elle avait elle-même rédigé, Emmanuelle s’est rendue sur la place de la mairie. Elle y a retrouvé des membres de France nature environnement (FNE) et du mouvement sur le climat Alternatiba. Depuis, ils sont entre 150 et 200 chaque semaine, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, dans une ville qui compte un peu plus de 100 000 habitants. « A chaque fois, on a un tiers de nouveaux à peu près. Ça se renouvelle beaucoup », constate Emmanuelle. « Il y a des personnes de tous les âges, ajoutent Pauline et Christian. C’est réjouissant de discuter ensemble, d’imaginer un autre monde. »

Plus de 600 rassemblements chaque mois

Lancé le 12 septembre 2018, l’appel des coquelicots n’a pas été lancé dans le vide, loin de là. Des groupes locaux ont fleuri, partout. Les rassemblements du premier vendredi de chaque mois, à 18h30 devant les mairies ou sur les places principales des communes, ont essaimé. Le collectif en recensait 530 en octobre 2018, 647 en novembre, 830 en décembre. Entre janvier et juin, de 600 à 750 rassemblements se sont tenus chaque mois.

A Neuville-sur-Saône, 8000 habitants, au nord de la région lyonnaise, le premier rassemblement s’est tenu à l’initiative de Anne D., ingénieure informatique de 53 ans. Comme beaucoup d’autres, Anne s’est sentie touchée par cet appel « pour les générations futures » et pour sa fille âgée de 15 ans. « Je ne peux pas, moralement, lui laisser ce monde là. » En plus des rassemblements mensuels, les « coquelicots » arpentent les marchés et vont rencontrer les élus pour leur demander de soutenir l’interdiction des pesticides.

Pesticides

Après trente ans de militantisme, Anne D. était un peu désabusée. Mais elle sourit à l’évocation « des jeunes qui reprennent le flambeau, comme Nathan ». Tout juste sorti des épreuves du bac, Nathan Gil, 17 ans, a impulsé le collectif à Mouans-Sartoux, commune des Alpes-Maritimes, connue pour sa cantine scolaire 100 % bio. C’est en participant au festival du livre de la ville en septembre 2018 qu’il découvre les coquelicots. « Edgar Morin était devant 300 personnes pour présenter l’appel et il y avait une ambiance assez incroyable », se remémore le lycéen qui aspire à travailler dans la préservation de la faune sauvage. Ils seront une trentaine pour le premier rassemblement. Depuis, le quotidien de Nathan est rythmé par les tenues de stands, les réunions de préparation et les collectes de signatures.

« Les gens sont plutôt réceptifs. On est empoisonnés et on ne peut pas continuer comme ça. Il faut se bouger un max pour soutenir l’élan lancé ! »

« Il y a six ans, la question des pesticides était plus identifiée à gauche. Aujourd’hui, elle dépasse le clivage gauche-droite »

L’impact du mouvement se mesure aux prises de position de municipalités. Une cinquantaine ont manifesté leur soutien au mouvement. Certaines, comme Villeurbanne ou Brest, ont voté des délibérations demandant l’interdiction au plus vite des pesticides de synthèse. D’autres comme Langoüet en Ille-et-Vilaine ont pris des arrêtés interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres des habitations ou locaux professionnels.

« Cela répond à l’exigence de protection des populations, et est en phase avec ce que l’on demande » souligne Anne, la coordinatrice nationale des coquelicots. En mai, le maire de la commune bretonne de Tréguier (2500 habitants) est venu nous trouver sur le rassemblement et nous a demandé de lui remettre un dossier d’informations sur le mouvement. Depuis, son conseil municipal a voté pour signer l’appel », décrit Nathalie.

A Paris, la ville a offert au mouvement des milliers de mètres-carrés pour semer des graines de coquelicots et d’orge. Une initiative similaire a été organisée du côté de Mouans-Sartoux, où plusieurs membres de l’équipe municipale sont très régulièrement présents lors des rassemblements. « On a vraiment aucun souci avec la mairie», confirme Anne D., à Neuville-sur-Saône. «Il y a six ans, la question des pesticides était plus identifiée à gauche. Aujourd’hui, elle dépasse le clivage gauche-droite. » Inspiré par l’initiative prise par le maire de Langoüet, son collectif a décidé de rencontrer tous les maires du canton pour leur proposer de signer des arrêtés anti-pesticides.

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Mariage symbolique de la môme Coquelicot et du gars Climat, le 7 juin à Toulouse. © Nous voulons des coquelicots Toulouse

La suite de l’article de Bastamag est ici.

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