Anor : Eaux et forêt, reconquête en beauté

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Un article de La Voix du Nord, par Yannick Boucher, le 11/05/2019.

Autrefois un mignon parc d’attractions, à présent l’un des plus beaux sanctuaires naturels de la région. Sauvage, lointain, dissimulé dans son étonnante pureté au cœur de la fagne Avesnois. Déserté par l’homme, ce site de la Galoperie est redevenu une perle de nature dont nous avons perçu l’éclat.

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Benoît Gallet, naturaliste au conservatoire d’espaces naturels devant l’étang artificiel de la Galoperie à Anor.

La prairie humide respire, elle n’est pas retournée comme encore trop souvent, hélas, à la frontière du Nord – Pas-de-Calais, sacrifiée parfois par des agriculteurs belges qui s’en emparent en sous-location illégale pour faire pousser de la patate chimique. Mais c’est ici, sur le plateau d’Anor qui annonce les premières Ardennes, c’est ici que l’on imagine encore un état de nature originel, celui d’avant la colonisation par l’homme industriel.

1 – Renaturation complète

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La cascade de la Galoperie, à Anor.

En voici un, justement. M. Galopin avait érigé au XVIe siècle un petit barrage sur un étang de sept hectares au milieu de chênes dont certains plantés sous Saint-Louis. On est frappé, aujourd’hui à la Galoperie, par la noblesse persistante d’un bois sans âge, où surgissent les troncs ancestraux dans un site entièrement renaturé. La forêt y est puissante et magnétique, l’eau omniprésente. Une cascade qui alimente le ruisseau des Anorelles traversant le village. L’étang lui-même et sa roselière avec ses tritons alpestres, ponctué ou palmé (il ne manque que le crêté). Autant d’espèces heureuses, sans chasseurs, sans pesticides, sans touristes.

2 – Vestiges du parc

Le parc d’attractions de la Galoperie a fait le bonheur des familles avesnoises et axonaises jusqu’à sa fermeture dans les années quatre-vingts mais « depuis la nature a repris ses droits », témoigne Benoît Gallet, notre guide du conservatoire d’espaces naturels (CEN) qui racheta une grande partie des 60 hectares en 2013 pour en faire une réserve naturelle régionale avec la complicité bienveillante de la commune. Du parc populaire ne demeurent que quelques vestiges. Des résineux, des espèces exotiques comme le Solidage du Canada ou ces Asters américaines plus familières dans les parterres fleuris des cités.

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Il aura fallu ouvrir des espaces au pâturage de moutons ou de Bazadaises, les belles vaches claires de Benoit Justice, l’agriculteur (bio) partenaire local. Les massifs de ronciers ont été cantonnés pour que le temps fasse revenir une flore plus patrimoniale, celle qui assure l’équilibre avec la faune locale.

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Des charmes têtard bien alignés pour héberger les espèces cavernicoles, on pense aux petites chouettes hulottes. Des genêts à balais de la famille des fabacées (les petits pois) pour fixer l’azote de l’air et nourrir le sol et servir le bleuet comme le poirier sauvage, le père de celui que l’on plante dans nos jardins.

 

3 – La cigogne et le castor

Le sanctuaire couve à présent près de 300 espèces végétales, dont la plupart sont raréfiées ailleurs dans la région, offrant un habitat naturel exceptionnel. Le sol d’Anor n’est pas calcaire, c’est un grès spécial, imperméable, idéal pour rendre la prairie humide, avec son cortège d’espèces associées. L’une des plus emblématiques est la cigogne noire, quatre couples seulement dans la région, toutes en Avesnois. Elle a besoin de forêts massives et très anciennes, sous la protection sylvestre des mémoires conservées. À l’abri ici, dans l’attente impatiente du castor qui nous remonte de l’Ardenne. Là, tout près.


Et le cingle plongeur

Il faut avoir de la chance pour dénicher, près de la cascade, à l’entrée du site, ce petit oiseau à gorge blanche, qui file au ras des eaux vives, chasseur craintif d’insectes aquatiques et seulement présent en région ici. Dans l’eau, on peut chercher le chabot, un poisson lui aussi emblématique, si bien dissimulé dans les gravier de la petite rivière.

Dans l’étang voisin se devinent le brochet et le silure imposant, comme on voit le populage des marais, plus fréquent en baies d’Authie ou de Canche qu’en Haut-Avesnois. Sa présence rare, témoigne de la bonne qualité de l’eau … Rassurant comme la vision, pour la même raison d’un milieu préservé, de la couleuvre, des tritons ou de la cordulie à deux taches, cette magnifique grosse libellule, une véritable machine à tuer.

Mais entrons dans la forêt. On trouvera la fouine, la martre, le renard et la coronelle, un petit serpent qui ressemble à la vipère. Inoffensif. Ou l’aurore, petit papillon orange et blanc inféodé à la cardamine des prés, également hôte des papillons blancs piérides. On trouve la grande digitale pourpre, également appelée « gant de Notre-Dame » ou « pet de loup » pour éloigner les enfants (elle est très toxique).

On entend le pouillot siffleur ou la pie-grièche écorcheur, qui se nourrit de gros insectes ou de mulots qu’elle empale sur des piques ou des barbelés. Sadique ! Au sol, la jacinthe des bois (muguet bleu), l’anémone Sylvie aux petites fleurs blanches (ou anémone des bois) qui n’aime que les vieilles forêts. Et la luzule champêtre, une petite graminée de la famille des carex, dédiée aux milieux humides et bien conservés.

 


Comment s’y rendre

Anor est le dernier village du Nord vers l’Est. Depuis Avesnes-sur-Helpe, prendre la direction de Fourmies, puis Anor. Le site n’est accessible que lors de visites guidées . Il est ouvert depuis le sentier transfrontalier des gabelous qui longe l’étang en sa partie nord sur 1,2 km.

L’article de La Voix du Nord est ici (abonnés)

Commentaire

Pour être complet sur ce sujet et relativiser la « complicité bienveillante de la commune », il faut signaler ici que le maire d’Anor, Jean-Luc Pérat, souhaite développer un projet immobilier sur le site de La Galoperie. Pour ce « projet de requalification touristique » le maire recherchait en 2018 « un investisseur privé pour construire, au cœur du parc de la Galoperie, un nouveau village vacances de très haute qualité environnementale ». Il parlait « de yourte, de cabanes dans les arbres, d’habitat qui fait rêver les gens ». Il va encore dire que nous sommes « des contre-tout », mais l’usine expérimentale de pellets industriels et les champs de patates chimiques qui s’installent à Anor ne vont surement pas faire rêver qui que ce soit, même avec « un aménagement structurant de l’espace » !

Voir l’article d’octobre 2018 de la radio Canal Fm avec l’interview du maire d’Anor.

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