Biodiversité : L’effondrement des espèces s’accélère dans le Nord – Pas-de-Calais

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Un article de La Voix du Nord, par Yannick Boucher, le 07/05/2019.

La publication fracassante, ce lundi, du rapport mondial sur l’état du vivant s’illustre en région par le déclin accéléré d’espèces de plus en plus nombreuses. Flinguée la vie sauvage ? Mammifères, papillons, oiseaux, batraciens, le pessimisme est de rigueur pour toute une faune en survie.

Ecureuil roux

On le voit de moins en moins dans les jardins. L’écureuil roux est l’animal préféré des Nordistes. Photo Christophe LEFEBVRE – VDN

L’effondrement de la nature ordinaire est depuis longtemps une réalité dans le Nord – Pas-de-Calais. Moins de 4 % de son territoire fait l’objet de mesures de protection et de gestion de l’environnement. Pour la « protection forte », c’est 0,35 %. Oui, le nombre de réserves régionales – elles sont 23 – c’est un record. Mais en surfaces, c’est la dixième place sur les treize régions de France.

Commençons par là pour bien comprendre la situation : la nature bat franchement de l’aile un peu partout, sauf dans quelques sanctuaires où la protection est un succès sur le mode du « sauve ce qu’on peut ». Ces petits endroits préservés sont gérés par le conservatoire d’espaces naturels (CEN) à Lillers, près de Béthune. Une dizaine de naturalistes affûtés arpentent toute l’année les réserves et les petits confettis de nature sauvegardée pour dresser des inventaires d’espèces, observer la faune, évaluer son évolution.

Le ciel se vide

Quelles sont les remontées du terrain ? « Si toutes les espèces ne sont pas en déclin, on voit clairement aujourd’hui que la dynamique globale se dégrade », estime Cédric Vanappelghem, responsable scientifique du CEN.

Pire, la dégradation s’accélère, les naturalistes experts du Groupe Ornithologique et Naturaliste (GON) l’ont pour leur part bien montré dans un travail remarquable, unique en France, publié l’an passé sur une période d’étude de vingt ans. « Attention notre ciel se vide », avions-nous titré. La moitié des espèces nicheuses des milieux agricoles a disparu, c’est la petite alouette des champs qui tente de survivre (- 63 % entre 1995 et 2014), ou la linotte mélodieuse (- 82 %), le bruant jaune ou la tourterelle des bois (- 72 %), le petit Pipit farlouse (- 76 %) ou la bergeronnette (-61 %).

 

Les petites ailes ? Une sur quatre en moins depuis 1989 ! Une espèce peut être encore courante, ce qui ne l’empêche pas d’être en fort déclin : une hirondelle ou un corbeau freux sur trois ont disparu en vingt ans. On voit encore des écureuils (l’animal préféré des Nordistes) ou des hérissons mais ils sont clairement menacés. Comme le lérot, la belette, e putois ou le blaireau, pas classé « nuisible » mais « chassable ». Le renard, lui, est littéralement traqué – environ 20 000 pertes par an, mais il survit. Un mammifère sur trois est sous pression et en moins de trente ans avons-nous perdu dix espèces de chauve-souris sur 22 (comme le grand rhinolope) ou six batraciens sur dix.

La région comme le monde

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D’après le rapport mondial, un quart des espèces sont menacées à moyen terme, le temps de deux générations. C’est aussi le cas dans la région. « Quand j’étais gamin, on comptait les papillons en balade, raconte Cédric Vanappelghem. J’ai voulu refaire l’exercice avec mes enfants, dans une campagne entre Arras et Cambrai, je n’en ai pas vu un seul ». Près de 40 % des papillons de jour sont menacés d’après le GON, ils sont pourtant superbes, ces précieux pollinisateurs. La Mélitée noirâtre, le Damier de la succise, la Virgule, la Belle Dame (notre photo), l’Hespérie…

Les Flamands ont fait leurs comptes dans un document marqué au fer rouge. Son titre : «Le pire des scénarios». L’Europe a perdu 80 % de ses insectes depuis la guerre, cela vaut pour notre région. Moins d’insectes, donc moins d’oiseaux et moins de prédateurs, comme les rapaces qui, comme le renard, régulent les populations de rongeurs. À présent, même les espèces estimées les plus communes ne rassurent plus.

Moineau domestique

 

« Le moineau domestique est classé «presque menacé», mais il est en fort déclin, explique Cédric Vanappelghem. Il se nourrit de peu, peut vivre partout, nicher dans un trou de mur. Alors si même lui nous le perdons, c’est qu’on aura vraiment échoué… ».

L’alarme à l’œil

On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas. La biodiversité est en péril et la disparition accélérée de la vie sauvage menace l’humanité. Un rapport mondial diffusé ce 6 mai par la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité (IPBES) publie la première évaluation mondiale de l’état du vivant depuis 2015 et sonne l’alarme sur l’effondrement du vivant à l’échelle planétaire, à brève échéance.

Un million d’espèces animales et végétales (soit une sur huit !) sont en danger d’extinction d’après le document de 1 700 pages de ce « GIEC de la biodiversité ».

Éviter le pire serait encore possible à condition, en substance, de ne plus surexploiter les ressources naturelles. Car c’est la cause de l’effondrement : 75 % des milieux terrestres et 66  % des milieux marins sont « altérés de façon significative » alors que plus de 85 % des zones humides « ont été perdues ».

L’article et la vidéo de La Voix du Nord sont ici.

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