Explosion du nombre de vols : l’aviation aura-t-elle raison du climat ?

717  Un article de Mr Mondialisation, le 22/04/2019.

La controverse à propos de la privation d’Aéroport de Paris a mis en lumière, entre autres, les importants enjeux financiers en cause. Car le secteur aérien ne connaît pas la crise. Au contraire, tant au niveau national qu’international, le nombre de vols et de passagers ne cesse d’augmenter, décuplant les nuisances locales et globales. Un décalage total avec l’urgence écologique.

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En 2013, le nombre de passagers aériens avait franchi la barre symbolique des trois milliards sur l’ensemble des liaisons mondiales. Quatre ans plus tard, en 2017, c’est la barre des 4 milliards qui était dépassée. Un milliard de plus en 48 mois. La fuite en avant est manifeste. Quand bien même la croissance du secteur a ralenti en 2018 par rapport aux années précédentes, le nombre d’avions qui sillonnent le ciel ne cesse de progresser d’année en année de manière spectaculaire. Et ce n’est pas fini : les experts du secteur misent sur une importante augmentation du trafic au cours de la décennie à venir. Les chiffres et les principales tendances plaident en leur faveur.

Or, selon le Réseau Action Climat, « l’aviation est, de tous les modes de transport, le plus émetteur de gaz à effet de serre. Le transport aérien émet 14 à 40 fois plus de CO2 que le train par km parcouru et personne transportée. Un vol aller-retour Paris-Pékin émet 1 239 kg d’émissions de CO2 par passager, soit l’équivalent des émissions d’une famille pour se chauffer pendant un an en France. » N’oublions pas que le fret aérien est lui aussi en hausse : 4,5 % pour l’année 2018.

Une bonne partie de la croissance mondiale est entretenue par les marchés émergents où croissance démographique, économique et multiplication des métropoles ne cessent d’alimenter le phénomène. À titre d’exemple, la Chine vient d’acheter 300 avions à Airbus. Mais il serait réducteur de rester obnubilé par ce qui se passe en Asie ou de l’Afrique. Avec une hausse du trafic de passager qui dépasse régulièrement les 8 %, la France n’est en effet pas en reste. Faut-il s’étonner que l’Aéroport de Roissy envisage de construire un nouveau terminal d’ici 2028 afin de pouvoir accueillir 40 millions de voyageurs supplémentaires par an, en plus des 70 millions qui transitent d’ores et déjà par ce lieu chaque année ? Avec un nombre de voyageurs qui a presque triplé entre 2003 et 2018, l’adaptation des infrastructures s’impose. L’écologie attendra.

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Nombre d’avions en l’air à l’instant T.

Défi écologique de l’impossible

Mais qu’en est-il des conséquences sur le climat ? Les émissions de gaz à effet de serre provoquées par l’aviation ont fait l’objet de longs débats. Car si l’aviation est responsable de 2 à 3 % des émissions globales de gaz à effet de serre, le secteur est source de bon nombre d’autres rejets qui participent aux pollutions globales et à la hausse des températures moyennes. Il s’agit notamment des émissions d’oxydes d’azote (NOx), qui accroissent l’effet de serre, ainsi que des traînées de condensation. Ces secondes joueraient un rôle aussi important que les émissions de gaz à effet de serre elles-mêmes.

Au total, l’aviation pourrait être « responsable de 4 % du « forçage radiatif anthropogénique », c’est-à-dire du déséquilibre d’origine humaine entre l’énergie entrante et sortante dans l’atmosphère terrestre », note Le Monde. Enfin, si le nombre de vols explose, c’est parce que le secteur du tourisme low-cost est lui aussi en hausse. Or ce dernier est responsable au total de 8 % des émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, il existe une forte synergie entre ces deux phénomènes, qui s’alimentent entre eux. Il est donc très difficile de pointer du doigt un secteur sans en faire tomber d’autres avec lui, les activités humaines étant interconnectées.

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Cette situation ne doit bien évidemment pas occulter le fait que l’aviation reste paradoxalement bien loin derrière les pollutions provoquées par les voitures. Si l’on s’intéresse au secteur des transports dans sa globalité en France, les voyages en avion représentent moins de 5 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle du pays, contre 53,2 % pour le trafic routier des particuliers. Soit un rapport de 10. Mais avec la croissance vertigineuse du secteur de l’aviation, certains s’affolent déjà : « Si on ne les réduit pas (et que tous les autres secteurs réduisent sérieusement les leurs), dans trente ans, environ la moitié de l’énergie mondiale ne servira qu’à des touristes qui partent en avion ! », analyse auprès d’ « Usbek & Rica » Laurent Castaignède, ingénieur centralien et fondateur du bureau d’études BCO2 ingénierie.

Pas de solution miracle : la décroissance ou l’effondrement

À ce défi, les principales organisations de représentants du secteur misent sur les gains d’efficacité. C’est à dire, le mythe de la fuite en avant technologique. L’Association internationale du transport aérien s’est engagée à une amélioration annuelle de 2 % de l’efficacité par an. Mais quand bien même les techniques devraient s’améliorer, face à une augmentation constante des vols, cet objectif ne permet pas de faire baisser les émissions qui ne cessent de progresser. Les promesses mirobolantes, parsemées de green-washing, ne suffisent pas face à la réalité des faits. L’effet rebond ou paradoxe de Jevons tranche définitivement le débat et se résume comme ceci : l’économie énergétique générée par une nouvelle efficacité technologique est généralement surpassée par l’augmentation totale des consommations dans un système économique de croissance.

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Alors que faire ? Certains appellent à taxer plus fermement le secteur afin de décourager ce mode de transport. Mais alors que le tourisme représente 10 % du PIB mondial, qui osera entraver l’aviation au risque de menacer les emplois qui vont avec ? Par ailleurs, étant donné que l’accès à l’avion s’est fortement démocratisé ces dernières années à la faveur d’une baisse des prix des billets, la mesure pourrait s’avérer extrêmement impopulaire, à l’image de la hausse de la taxe sur le prix des carburants. En Suède, ce sont donc les consommateurs eux-mêmes qui ont pris les devants : par « honte de prendre l’avion » face aux conséquences environnementales, certains boycottent ce mode de transport au profit du train. Mais il serait certainement tout aussi utopique de croire que cette attitude puisse se transformer en mouvement de masse capable d’inverser la tendance. De toute évidence, l’aviation a encore de beaux jours devant elle, du moins tant que le pétrole coule à flots.

L’article de Mr Mondialisation est ici.

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 200 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel mais le préfet abandonne. Le 15 juin 2017, il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie un rapport de 400 pages, ses conclusions et son avis : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco, sans tenir compte de l'avis défavorable de l'enquête publique. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter, ne tenant aucun compte de l'avis défavorable émis par le commissaire enquêteur. Et au même moment, nous découvrons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter à Damblain : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la société Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais "un acte de régularisation du premier projet ayant un caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en demande de non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Le 20 juin 2019, la Cour d'appel de Douai prend un arrêté selon lequel "il n’y a pas lieu de statuer sur la requête de la société Jeferco". Le 26 aout 2019, la société Jeferco dépose un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État qui a 3 mois pour examiner et admettre ou refuser cette demande. Le second projet est en cours d'instruction au Tribunal Administratif de Lille. Une clôture de l'instruction est annoncée pour le 30 septembre 2019. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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