En privatisant ses barrages hydroélectriques, la France prend un énorme risque

548  Un article de Novethic, par Ludovic Dupin, le 12/04/2019.

Mise sous pression par Bruxelles, la France est mise en demeure d’ouvrir une partie de ses barrages hydroélectriques en concurrence. Aujourd’hui, ils sont exploités par EDF et Engie. Pour plusieurs députés et élus locaux, cette privatisation risque de rendre le système électrique national moins efficace et de déstabiliser la coordination entre les différents usagers des cours d’eau.

Barrage EDF de Saint-Cassien

Barrage EDF de Saint-Cassien (Var)

Les barrages hydroélectriques sont un bien précieux pour la France. Ils sont la première source d’énergie renouvelable, produisent l’électricité la moins chère, stabilisent le réseau électrique, sont amortis depuis des années et…sont très rentables. Ces petits bijoux aux mains d’EDF et d’Engie, regroupent 25 000 salariés et génèrent 1,5 milliard de recettes fiscales par an.

Un système hydroélectrique moins optimisé

Les barrages resteront des propriétés de l’État mais leur concession reviendrait à de multiples acteurs étrangers, très attirés par ces monstres de rentabilité. Cela pose plusieurs problèmes nous alertent les experts. Une gestion globale et centralisée permet d’optimiser les services rendus au réseau électrique tout en prenant en compte les autres usages de l’eau : irrigation, tourisme, pêche…

Sans compter la gestion des périodes de crue ou de sécheresse. Autant d’enjeux majeurs qui se gèrent à l’échelle de vallée, voire de bassins hydrauliques.

Des risques économiques, environnementaux et sociaux 

100 députés français, de tous bords, appellent le gouvernement à résister à ce projet, comme d’autres pays veulent le faire : l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, le Portugal ou la Suède. Ces parlementaires, largement soutenus par des élus locaux, jugent l’ouverture à la concurrence « dangereuse et irrationnelle aux plans économique, social, environnemental ».

Alors pourquoi le gouvernement envisage cette privatisation ? La France a déjà sanctuarisé, pour des raisons stratégiques et sécuritaires évidentes, ses réacteurs nucléaires. Bruxelles les aurait pourtant, eux aussi, bien ouverts à d’autres acteurs qu’EDF. Paris n’est peut-être plus en mesure de protéger ses barrages aujourd’hui… ce qui est regrettable, car ils sont le plus grand atout pour réussir une transition énergétique sûre et raisonnable économiquement.

Pourtant, à l’heure où les privatisations d’Aéroport de Paris (ADP) et de la Française des Jeux (FDJ) font débat, la France s’apprête à faire de même avec 150 de ses installations hydrauliques. Ce n’est pas un choix politique, mais la réponse à une injonction de Bruxelles qui a mis Paris deux fois en demeure d’ouvrir les barrages à la concurrence.

L’article et la vidéo de Novethic sont ici.

 

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 200 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel mais le préfet abandonne. Le 15 juin 2017, il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie un rapport de 400 pages, ses conclusions et son avis : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco, sans tenir compte de l'avis défavorable de l'enquête publique. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter, ne tenant aucun compte de l'avis défavorable émis par le commissaire enquêteur. Et au même moment, nous découvrons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter à Damblain : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la société Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais "un acte de régularisation du premier projet ayant un caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en demande de non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Le 20 juin 2019, la Cour d'appel de Douai prend un arrêté selon lequel "il n’y a pas lieu de statuer sur la requête de la société Jeferco". Le 26 aout 2019, la société Jeferco dépose un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État qui a 3 mois pour examiner et admettre ou refuser cette demande. Le second projet est en cours d'instruction au Tribunal Administratif de Lille. Une clôture de l'instruction est annoncée pour le 30 septembre 2019. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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