Le changement climatique bouleverse la forêt française

325  Un article de Sciences et Avenir, par

Les effets du changement climatique sur les massifs forestiers sont difficiles à quantifier car les arbres poussent lentement. Créé en 2009, le réseau scientifique AFORCE expose ce 1er avril 2019 son premier bilan décennal.

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La forêt française s’étend sur 16,9 millions d’hectares.

PIN SYLVESTRE. Quel aspect aura la forêt française à la fin du siècle ? Quelles essences vont péricliter, quelles sont celles qui vont s’étendre ? Difficile de répondre tant les 16,9 millions d’hectares d’arbres de l’Hexagone s’étendent sous des climats et sur des sols et des reliefs différents. « Pourtant, les forestiers doivent savoir parce que lorsqu’ils plantent aujourd’hui, c’est pour récolter au XXIIe siècle ! « , assène Olivier Picard, directeur de recherche et développement du Centre national de la propriété forestière (CNPF). Depuis dix ans, le réseau mixte technologique (RMT) Adaptation des forêts au changement climatique (AFORCE) déploie deux outils, l’un portant sur l’observation des évolutions de la forêt actuelle, l’autre sur la recherche de solution pour préserver la production de bois et donc une filière tout entière. Par ailleurs, l’arbre stocke du CO2 et donc la pérennité des forêts est un enjeu majeur de lutte contre le changement climatique.

Des branches sommitales de chênes qui s’assèchent, des pins sylvestres qui meurent de soif, des hêtres qui ont du mal à supporter des températures élevées : pour les forestiers, les signes du réchauffement climatique sont déjà là. Le colloque de restitution d’Aforce va ainsi se pencher en priorité sur leur perception des phénomènes en cours, ce qui n’est pas simple vu la diversité des situations climatiques et bio-géologiques mais aussi des conditions économiques d’exploitation des forêts.

« Les chercheurs doivent en priorité recueillir par des enquêtes ce que constatent les professionnels pour pouvoir ensuite mieux les conseiller », poursuit Olivier Picard.

Les arbres subissent déjà les effets d’une hausse des températures

CHÊNE VERT. La hausse des températures a déjà des effets très visibles. Les pins sylvestres du sud des Alpes dépérissent à grande vitesse. Les chênes sessiles et pédonculés montrent des signes de dépérissements jusque sur les bords de Loire. Le hêtre, essence qui craint les fortes chaleurs, voit ses spécimens les plus au sud de son aire de répartition, dans le Poitou, subir de plus en plus les canicules estivales. À l’inverse, le chêne vert a quitté la garrigue méditerranéenne pour coloniser les côtes atlantiques, remontant jusqu’à la Vendée alors qu’il était absent de ces régions au début du XXIème siècle.

« Ce qu’on peut anticiper, c’est un retrait du chêne sessile et pédonculé d’un tiers de son aire de répartition la plus au sud, le repli du hêtre vers le nord-est de la France, la remontée en altitude du sapin qui perdrait 60% des espaces qu’il occupe aujourd’hui à basse altitude », suppute Olivier Picard.

La forêt landaise de pin maritime pourrait par ailleurs s’installer dans le nord de la France et gagner en productivité. Mais le massif est aussi menacé par l’arrivée du nématode du pin, un insecte ravageur. Car les forestiers doivent aussi anticiper l’arrivée de nouveaux pathogènes des arbres qui profitent de la montée des températures pour gagner de nouvelles conditions favorables de vie.

Le secteur forestier devra s’adapter et peut-être changer d’essences

Le Réseau infrastructure de recherche pour le suivi et l’adaptation des forêts au changement climatique (REINFFORCE) qui regroupe 11 instituts de recherche a planté à travers l’Europe 41 sites de démonstrations où sont testées de nouvelles variétés d’arbres qui pourraient supplanter les espèces devenues inadaptées. La France compte 17 de ces sites où l’on teste le cèdre du Liban, le liquidambar, le robinier ou le séquoia. Les chercheurs suivent l’évolution de la production de ces espèces pour mieux caractériser leur intérêt économique mais étudient aussi leur santé, leur résistance face aux ravageurs et les étapes annuelles de leur vie, de la formation des feuilles et fleurs au printemps à la dormance hivernale. Les associations d’espèces sont aussi étudiées car il semble que les parcelles en mélange résistent mieux aux aléas climatiques. « Les associations entre mélèze et érable, entre pin douglas et épicéa, entre chêne et pin donnent des résultats prometteurs« , assure Olivier Picard.

Il faut donc s’attendre à de grands changements dans les forêts. Or, ces milieux sont aussi patrimoniaux. Ils comptent beaucoup dans l’imaginaire des hommes. Lieux de promenade, mais aussi paysages culturels, les forêts sont considérées comme immuables et tout changement est très mal ressenti par ses usagers.

« Nous devons d’ores et déjà nous interroger sur l’acceptabilité sociale des évolutions de la sylviculture si nous devions effectivement modifier les espèces à exploiter », prévient Olivier Picard.

L’article de Sciences et Avenir est ici.

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 200 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel mais le préfet abandonne. Le 15 juin 2017, il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie un rapport de 400 pages, ses conclusions et son avis : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco, sans tenir compte de l'avis défavorable de l'enquête publique. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter, ne tenant aucun compte de l'avis défavorable émis par le commissaire enquêteur. Et au même moment, nous découvrons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter à Damblain : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la société Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais "un acte de régularisation du premier projet ayant un caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en demande de non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Le 20 juin 2019, la Cour d'appel de Douai prend un arrêté selon lequel "il n’y a pas lieu de statuer sur la requête de la société Jeferco". Le 26 aout 2019, la société Jeferco dépose un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État qui a 3 mois pour examiner et admettre ou refuser cette demande. Le second projet est en cours d'instruction au Tribunal Administratif de Lille. Une clôture de l'instruction est annoncée pour le 30 septembre 2019. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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Un commentaire pour Le changement climatique bouleverse la forêt française

  1. claude choppin dit :

    Je lis dans cet article: « « Pourtant, les forestiers doivent savoir parce que lorsqu’ils plantent aujourd’hui, c’est pour récolter au XXIIe siècle ! « , assène Olivier Picard, directeur de recherche et développement du Centre national de la propriété forestière (CNPF). Depuis dix ans, le réseau mixte technologique (RMT) Adaptation des forêts au changement climatique (AFORCE) déploie deux outils, l’un portant sur l’observation des évolutions de la forêt actuelle, l’autre sur la recherche de solution pour préserver la production de bois et donc une filière tout entière. Par ailleurs, l’arbre stocke du CO2 et donc la pérennité des forêts est un enjeu majeur de lutte contre le changement climatique ».
    Bien, pas de discussion c’est clair. Cela veut dire que :
    – soit on stoppe pendant 1 siècle toute l’exploitation de la foret à des fins énergétiques. Dramatique pour la filière, mais sans doute la moins mauvaise solution eut égard aux dégâts épouvantables constatés par cette utilisation massive et à des fins purement mercantiles;
    – cela veut dire au minimum stopper l’abattage d’un bois qui va parcourir des centaines de kms pour être valorisé quelque soit ce mode de valorisation, ce qui ajoute du malheur au malheur
    – soit on substitue à une exploitation intensive une exploitation qualitative, ce qui veut dire fin des énormes chaufferie bois qui dévorent de la plaquette forestière sous des rendements mauvais et qui polluent joyeusement (surtout qu’elles peuvent maintenant bouffer du bois de classe B), enterrement des projets stupides de conversion des centrales charbon à la biomasse et peut être enfin, et là j’ai des solutions à proposer, promouvoir la construction d’une multitude de petites centrales fonctionnant en cogénération (mode de production d’électricité pilotable au passage) , et réparties dans les territoires ou se trouve le combustible (pas fatalement du bois) et qui peuvent absorber la chaleur récupérée notamment pour alimenter des réseaux de chaleur. Si vous voulez savoir comment, à votre disposition là: claude.choppin@edda-energie.com

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