Anor/Mariembourg (B) : nous avons visité une usine à pellets suite au projet d’implantation dans l’Avesnois

487

Un article de La Voix du Nord, par Lionel Maréchal, le 17/03/2019.

Qu’est-ce qu’une usine à pellets à l’heure où un projet d’implantation – ce serait la plus grande d’Europe – est en cours sur la commune d’Anor ? Réponse : nous sommes allés visiter celle de Mariembourg en Belgique près de Couvin. Où nous avons découvert le procédé (et c’est le même pour tous) de fabrication du granulé de bois.

0779

Nous sommes allés visiter l’usine à pellets de Mariembourg en Belgique. Photo La VDN

Alors que le projet de construction de la plus grande usine à pellets d’Europe pour 20 M € est à l’étude depuis 2014 sur Anor, la communauté de communes Sud Avesnois – collectivité qui le porte – aurait dû commencer par là : en visiter une. Cinq ans après, c’est la démarche qu’a entreprise son vice-président à l’environnement, Alain Rattez. En Belgique, à Mariembourg près de Couvin.

Nous l’avons accompagné pour savoir à quoi ressemble cette activité économique. Accueillis par un gérant affable, Fernand Platbrood, nous avons fait le tour des lieux : «Construite en 2002 sur deux hectares, l’usine Fagnes Pellets fabrique des granulés de bois de chauffage pour les particuliers, à hauteur de 35 000 tonnes par an, grâce à neuf salariés». Trois fois plus grande, celle d’Anor en produirait, sur 7 hectares, 120 000 pour des industriels – avec la ressource dans un rayon de 200 kilomètres. Mais, particuliers ou industriels, le procédé est le même  : des résidus d’arbres écorcés sont mélangés à des petites plaquettes et le tout est broyé. La «farine» est ensuite asséchée pour devenir compacte avant d’être découpée en pellets. Et comment le site de Mariembourg se ravitaille-t-il ?

«Pour 25 % avec une scierie contigue à l’usine. C’est très important parce que cette dernière fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Et pour 75 %, à raison de 10 camions de 90 m3 par jour, avec un négociant d’import-export de bois local, partenaire de notre coopérative. Nous ne travaillons qu’avec des épicéas de Belgique, de France et d’Allemagne car sa résine sert à agglomérer le granulé (NDLR : pour d’autres essences d’arbres, il peut s’agir d’un additif)».

Coût du transport

Et les ventes ? «Elles se font en direct, sur place, ou maximum à 200 kilomètres et heureusement que nous avons de bonnes voies de communication». À Anor, la première bretelle autoroutière se trouve à 50 bornes et les pellets doivent alimenter les chaudières des industriels de l’Europe du Nord – se raccorder au rail pourrait coûter 1 M €. Et d’un point de vue financier ? L’usine belge est rentable.

Alors, le dirigeant a-t-il convaincu ? Sur le pellet, oui. Mais des questions demeurent quand, pour M. Platbrood, «impossible de fabriquer si on n’a pas une base de matière première à disposition à proximité et si l’approvisionnement et la vente du produit ne s’effectuent pas en circuits courts» – le transport pouvant vite représenter des milliers de kilomètres et autant d’euros. Pour finir, le septuagénaire insiste sur la pollution, principalement sonore (entendue jusqu’à trois kilomètres) des installations. À Anor, il est normalement prévu qu’une partie soit enterrée.

En France, si l’utilisation de bois de classe B (souillés de peinture, de colle, de vernis…) est uniquement autorisée pour les pellets à destination des industriels, il est totalement prohibé en Belgique.


Le Nord, les Vosges, deux usines?

Commencerait-on à s’interroger du côté de la préfecture du Nord et du conseil régional Hauts-de-France, appelés à soutenir (y compris financièrement) le projet de l’usine à pellets sur la commune d’Anor ? Peut-être après que l’on a appris que la société Jerfeco a déposé, en 2017, un projet d’usine à granulés de bois, identique à la virgule près, sur la commune de Damblain – sur une ancienne base aérienne de l’OTAN en reconversion – dans le département des Vosges. Alors même que l’entreprise a déjà été poursuivie en justice pour justifier ses capacités financières dans celui du Nord. Toujours est-il que, semble-t-il après aucune concertation interdépartementale entre les différents services de l’État, en 2018, le préfet du Nord a signé un (nouvel) arrêté d’exploiter en octobre ; celui des Vosges, un arrêté similaire en décembre.

Deux arrêtés pour deux usines ? Plan B pour remplacer le Plan A ? Contacté, Jeferco n’a pas donné suite.


L’État à nouveau devant la justice

En 2016, Anor Environnement avait attaqué le premier arrêté préfectoral. La justice avait donné raison à l’association et avait condamné l’État tout en cassant l’arrêté. Un second a été signé par le préfet en 2018. Rebelote. Ainsi, l’avocat d’Anor Environnement a procédé à la saisine du tribunal administratif de Lille en date du 27 février dernier.

La requête en annulation du nouvel arrêté préfectoral est composée de 35 pages et conteste, notamment, le défaut de consultation des autorités belges, l’insuffisance de l’étude d’impact, l’insuffisance du dossier soumis à enquête publique et l’illégalité interne (erreur d’appréciation).

L’article de La Voix du Nord est ici.

A propos Jazz Man

Clarinettiste amateur, j'aime le jazz.
Cet article a été publié dans L'usine à pellets d'Anor, Les autres usines à pellets. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Anor/Mariembourg (B) : nous avons visité une usine à pellets suite au projet d’implantation dans l’Avesnois

  1. claude choppin dit :

    Fabriquer des pellets avec du bois de classe B à usge domestique, c’est prendre un risque sanitaire insensé. Le seul débouché imaginable avec ce type de déchet n’est à l’évidence pas à l’échelle des particuliers (contrairement aux pellets de bois classe A) pas plus qu’au niveau d’une centrale de chauffe de plus de 5 MW. étroitement surveillée et « surveillable », mais la première chose à faire est de bien examiner la rentabilité des sites de production de pellets existant. Il me semble que l’équilibre économique de la filière n’est pas établi définitivement et ce avec du bois de classe A réputé à peu près « safe ». C’est donc pourquoi il est tentant (mais très risqué) de se tourner vers une source d’appro moins coûteuse. D’où aussi la tentation de faire toujours plus gros pour baisser les coûts. Business is business as usual., le paradigme « fric » a la peau très très dure dure. Il faut être hyper vigilant. Si je n’arrête pas de tirer à boulets rouges sur la PPE (projet mais plus pour longtemps) c’est qu’on sent à plein nez qu’elle est bel et bien orientée dans le même sens. Et en orientant la biomasse vers la seule satisfaction des besoins de chaleur, elle accélère un mouvement déjà devenu fou. Excusez ma grossièreté, mais le premier con venu est capable de faire de la chaleur dés lors qu’il y a un peu de carbone dans l’intrant. Qu’il le fasse bien, et sous le meilleur rendement possible ne semble pas inquiéter les rédacteurs de cette PPE. J’ai la faiblesse de penser que nous sommes très nombreux à nous en inquiéter. faisons du bruit !!! (je n’ai pas dit cassons, mais….)

    J'aime

  2. claude choppin dit :

    Il me vient une image à l’esprit. Autoriser les pellets constituées de bois classe B pour les applications domestiques, c’est à peu près comme autoriser à fumer dans une salle de couveuses pour grands prématurés.

    J'aime

Les commentaires sont fermés.