Le bocage, un milieu qui ne « haie » pas la biodiversité !

Tela botanica Un article de Tela Botanica, par Jérémie Souchet de l’association Ad Naturam, le 07/02/2019.

Le bocage est actuellement une des zones les plus riches de France en terme de biodiversité et il devient urgent de la protéger. Les haies, au delà du rôle biologique, sont aussi indispensables au maintien d’une agriculture durable. Cet article vous est proposé par l’association de vulgarisation scientifique en biologie et en écologie Ad Naturam.

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Aujourd’hui, le bocage est défini comme un paysage anthropique (créé par l’Homme), caractérisé par la présence de haies qui clôturent les prairies ou les cultures. Ces parcelles sont souvent connectées à des boisements. A l’intérieur des prairies, il est fréquent de trouver des mares qui font également parties de la structuration de ce paysage.

Le bocage : histoire et évolution

Le bocage est une structure paysagère ancienne qui a débuté entre le XIème et XIIIème siècle et qui est étroitement associée au développement de l’agriculture. Les cultures céréalières, les élevages ainsi que l’utilisation des arbres pour le bois de chauffage ont entraîné d’important défrichements de forêts. Ce sont ces pratiques qui ont permis de créer les zones ouvertes typiques du bocage. Un peu plus tard, afin de lutter contre les pâtures intempestives du bétail dans les champs de céréales (car les vaches n’ont pas vraiment conscience de la propriété privée !), les cultivateurs commencèrent à planter des haies pour clôturer leurs parcelles et les protéger.

L’évolution du bocage a perduré dans ce sens pendant plusieurs siècles mais l’intensification et la mécanisation des pratiques agricoles du XXème siècle ont grandement changé la dynamique de ce paysage.

Le déclin du bocage

Suite à la seconde guerre mondiale, de nombreux bocages vont être dégradés. A cette époque, une majorité d’agronomes se mettent à penser que l’arbre et la haie limitent le développement de l’agriculture. Malgré de vives contestations de la part des agriculteurs installés depuis plusieurs années, les plus jeunes vont quand à eux y voir l’opportunité d’être reconnus pour leur modernisation.

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Ainsi pendant près de 40 ans, les haies du bocage vont subir des arrachages massifs pour adapter les champs aux nouvelles pratiques agricoles. On estime que 40 à 80% des bocages d’Europe sont perdus depuis les années 1960. En France, les haies ont régressé de 45 000 km par an entre 1960 et 1980 soit près de 1 million de kilomètres en 20 ans. Il reste dans le pays moins d’un tiers des haies et des arbres que l’on pouvait trouver entre 1850 et 1910, à l’apogée du bocage.

Quelles conséquences sur la biodiversité ?

L’évolution des pratiques agricoles et ses impacts sur la structuration des paysages bocagers ne sont pas sans conséquences sur la biodiversité. En effet, l’important développement urbain des zones rurales et l’augmentation du réseau routier ont entraîné un découpage du bocage et une perte de connexion dans le réseau de haies.

Ces modifications de l’habitat sont des causes majeures de la diminution de la biodiversité et de la disparition des espèces. Des déclins catastrophiques ont été décrits dans la plupart des groupes de vertébrés, qui font l’objet d’études approfondies depuis plusieurs décennies. Plus de 40% des espèces d’oiseaux associées aux pratiques agricoles sont en périls. Les effondrements de populations concernent souvent quelques espèces, mais ils entraînent en cascade des perturbations au sein des communautés végétales et animales en provoquant une accélération de la détérioration de l’écosystème.

Le rôle écologique des haies

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Les rôles biologiques des haies sont complexes et leurs intérêts varient pour les différentes espèces présentes. Elles peuvent avoir un rôle de corridor écologique en permettant aux animaux de se déplacer à l’abri des prédateurs. Elles sont aussi de véritables réservoirs de biodiversité pour les insectes ou les mammifères, comme les chauves-souris, qui trouvent des abris dans les arbres creux.

Les reptiles, comme la vipère péliade, utilisent les réseaux linéaires du bocage (c’est-à-dire les continuités de haies) pour se déplacer, s’abriter ou encore chasser. Les mares sont un lieu de vie permanent pour plusieurs espèces mais aussi un lieu de passage pour tous les autres animaux présents, que ce soit pour s’y abreuver, s’y nourrir ou s’y reproduire comme le font un grand nombre d’amphibiens.

Ces différents constats conduisent les politiques, les scientifiques et les naturalistes à mettre en place des travaux de conservation et de mise en valeur de l’importance du bocage pour la biodiversité. Les découvertes scientifiques récentes en écologie permettent de redécouvrir ce patrimoine paysager qui a su associer les activités humaines à un écosystème équilibré et durable.

Loin d’appartenir au passé, le bocage représenterait peut-être notre avenir.

L’article de Tela Botanica est ici.

Sources de l’articles / Pour aller plus loin

• Boissinot A., Braconnier H., Braconnier J.-C., Braconnier N., Morin- Pinaud S. et Grillet P. (2014). Terres de bocage : concilier nature et agriculture (Editions Ouest-France).
• Baudry J. et Jouin A. (2003). De la haie aux bocages: organisation, dynamique et gestion (Editions Quae).
• Lecq S. (2013). Importance de la structure des haies, des lisières, et de la disponibilité en abris sur la biodiversité, implications en termes de gestion. Manuscrit de thèse de l’École Doctorale Gay Lussac, Sciences pour l’environnement de l’université de Poitiers.
• Perichon S. (2004). L’impossible reconstruction des bocages détruits. L’Espace Géographique. tome 33, 175–187.
• Tucker, M., and Heath, M.H. (1994). Birds in Europe: their conservation status. BirdLife International, Cambridge (UK).
• Baudry O., Bourgery C., Guyot G. et Rieux R. (2000). Les haies composites réservoirs d’auxiliaires.
• Verboom, B., and Huitema, H. (1997). The importance of linear landscape elements for the pipistrelle (Pipistrellus pipistrellus) and the serotine bat (Eptesicus serotinus). Landsc. Ecol. 12, 117–125.
• Graitson, E. (2008). Éco-éthologie d’une population de vipères péliades (Vipera b. berus L.) dans une région de bocage du sud-ouest de la Belgique. Bull Soc Herp Fr 128, 3–19.
• Fiorito, S., Cazzanti, P., Rolando, B., Castellano, S., Rolando, A., and Giacoma, C. (1996). Post-breeding dispersal by adult common frog Rana temporaria studied by radio- tracking. Studi Trent. Sci. Nat., Acta Biol., vol 71, 183–189.

 

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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2 commentaires pour Le bocage, un milieu qui ne « haie » pas la biodiversité !

  1. Louise Authier dit :

    Bonjour,
    Merci d’avoir relayé cet article 🙂
    Je voulais juste préciser que ce n’est pas moi qui ai rédigé cet article, mais Jérémie Souchet, de l’association Ad Naturam (https://adnaturam.org/).
    Belle journée,
    Louise Authier

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  2. Jazz Man dit :

    Merci pour cette précision, je corrige. Et merci à Jérémie Souchet pour ce bel article.

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