Chasse : le plomb, un poison pour l’homme et l’environnement

241  Un article de Libération, par Aurore Coulaud, le 14/02/2019.

Chaque année dans l’Union européenne, environ 21 000 tonnes de ce métal lourd sont déversées dans la nature par les adeptes de la chasse.

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Il se répand dans la nature, les sols et les cours d’eau. Dans la carcasse des animaux et même chez l’homme. Le plomb est un poison sournois, déversé à hauteur de 8 000 tonnes chaque année en France par les adeptes de la chasse et du ball-trap, chiffre relayé par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et environ 21 000 tonnes dans toute l’Union européenne (14 000 dans les zones terrestres et 7 000 pour les zones humides), selon un rapport de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa), ici à partir des données 2012 du bureau d’études Amec. C’est sans compter les amateurs de tir sportif qui consomment à eux seuls environ 10 000 à 20 000 tonnes de plomb par an toujours dans l’UE, et les pêcheurs au plomb qui en répandent entre 2 000 et 6 000 tonnes dans la même zone, selon l’Echa.

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Thierry Coste.

La toxicité du métal est documentée depuis longtemps. En attestent les diverses publications plus ou moins récentes de l’Inserm (1999), de l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire, de l’environnement et du travail (Anses – mars 2018) ou encore de l’Echa (septembre 2018). C’est ce qui a conduit petit à petit à le retirer des peintures, des plomberies et de l’essence, rappelle dans un courrier daté de 2015 la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), mais il est toujours présent dans les cartouches des fusils, faute d’avoir trouvé une alternative convenable, selon les principaux intéressés. «Trouver un substitut pas trop cher qui n’ait pas d’autre effet toxique à la fois sur les sols et la venaison, ça prend du temps, se défend Thierry Coste, de la puissante Fédération nationale des chasseurs. On y réfléchit constamment avec les industriels.» 

Avec le risque de saturnisme (intoxication au plomb) des oiseaux, un arrêté ministériel du 9 mai 2005 interdit en France depuis le 1er juin 2006, l’emploi de la grenaille de plomb dans les zones humides mentionnées à l’article L.424-6 du code de l’environnement. En revanche, le tir à balle de plomb du grand gibier demeure autorisé sur ces zones. A l’étranger, la munition au plomb est totalement interdite en Belgique, au Danemark, en Norvège et aux Pays-Bas signale un rapport de The African-Eurasian Migratory Waterbird Agreement réalisé en 2007-2008.

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Autre problème et non des moindres : le grand gibier sauvage comme le petit gibier sauvage, pour lequel les données sont insuffisantes selon le rapport de l’Anses, présentent un risque sanitaire notamment pour les chasseurs et leur entourage qui consomment régulièrement leur viande. Le risque est accru pour les populations considérées comme vulnérables, les femmes en âge de procréer et les enfants. «Quelle que soit la matrice observée, le gibier sauvage présente des concentrations en plomb supérieures à celles observées chez les animaux de boucherie», peut-on lire dans le rapport. Une conséquence d’origine environnementale qui semble surtout liée «au phénomène de fragmentation des munitions et de dissolution des fragments». C’est pourquoi, l’Anses recommande de limiter la consommation à trois fois par an maximum et pour les populations vulnérables d’éviter toute ingestion.

Yves Verilhac, directeur général de la LPO, rappelle que le candidat Emmanuel Macron s’était engagé personnellement par écrit à «étendre l’interdiction des munitions qui contiennent du plomb à l’ensemble du territoire» et qu’à ce jour «et malgré plusieurs relances, il n’a toujours rien fait». Faute de mieux, deux expérimentations de balles sans plomb ont eu lieu en Lozère et en Savoie sur la période 2017-2018, indique l’association en lien avec les fédérations de chasseurs départementales.

L’article de Libération est ici.

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 200 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel mais le préfet abandonne. Le 15 juin 2017, il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie un rapport de 400 pages, ses conclusions et son avis : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco, sans tenir compte de l'avis défavorable de l'enquête publique. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter, ne tenant aucun compte de l'avis défavorable émis par le commissaire enquêteur. Et au même moment, nous découvrons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter à Damblain : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la société Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais "un acte de régularisation du premier projet ayant un caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en demande de non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Le 20 juin 2019, la Cour d'appel de Douai prend un arrêté selon lequel "il n’y a pas lieu de statuer sur la requête de la société Jeferco". Le 26 aout 2019, la société Jeferco dépose un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État qui a 3 mois pour examiner et admettre ou refuser cette demande. Le second projet est en cours d'instruction au Tribunal Administratif de Lille. Une clôture de l'instruction est annoncée pour le 30 septembre 2019. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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