Anor : Les opposants à l’usine à pellets attaquent le second arrêté préfectoral en justice

487  Un article de La Voix du Nord, par Lionel Maréchal, le 01/02/2019.

Les opposants au projet d’usine à pellets sur la commune, réunis au sein du collectif Anor Environnement, ne désarment pas. Ils vont attaquer en justice le second arrêté préfectoral. Le premier avait été annulé et l’État avait été condamné.

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L’usine à pellets va-t-elle finalement s’implanter sur la commune d’Anor ? Photo SAMI BELLOUMI – VDNPQR

« Le mémoire sera déposé avant la date limite d’ester en justice à la suite de la publication de l’arrêté préfectoral, soit le 28 février ». Les opposants au projet d’implantation d’une usine à pellets sur la commune ne désarment pas. Réunis au sein de l’association Anor Environnement, ils rassemblent, actuellement, les documents qu’ils déposeront au tribunal administratif. « Pour démontrer que ce projet datant de 2014 », porté par la société Jeferco et qui prévoit l’installation de l’une des plus grandes usines de fabrication de granulés de bois d’Europe dans le bocage, « n’a pas lieu d’être ». Mais qui a pourtant été relancé, en 2018, par un second arrêté d’exploiter, valable trois ans, pris par le préfet malgré une première condamnation de l’État pour le premier. Et un avis défavorable du commissaire-enquêteur dans le cadre de la deuxième enquête publique qui a eu lieu il y a sept mois – pour laquelle 1 922 personnes se sont prononcées, 1 902 contre et 20 pour.

« Nous allons reprendre des points que nous avions développés lorsque nous avons contesté le premier arrêté préfectoral qui a été annulé : le défaut de consultation des autorités belges ; l’insuffisance de l’étude d’impact sur la faune et la flore et la présentation erronée du réseau hydraulique ; l’erreur d’appréciation du préfet ; etc. », indiquent les opposants.

Jeferco silencieux

Mais plus sur « l’absence de justification des capacités financières de Jeferco » qui a déjà été évoquée en justice. De ce côté-là, les opposants se reposent sur la décision prise par la communauté de communes Sud Avesnois : « Elle a pris une délibération mentionnant qu’elle ne verserait pas sa subvention (NDLR : de 1,8 M €) tant que la société ne lui aurait pas présenté la totalité de son financement ».

Et ce n’est pas tout :

« Nous avons aussi d’autres arguments qui s’ajoutent au dossier comme la découverte de nouvelles espèces protégées de plantes et d’oiseaux sur le futur site de l’usine ; le plan d’aménagement et de développement durable (PADD) local ne permettrait pas d’accueillir une telle entreprise extérieure à la commune ; le projet est en contradiction avec la loi sur le principe de précaution… [1]. »

Contacté par courriel et téléphone, Jeferco reste silencieux.

[1] « L’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement à un coût économiquement acceptable ».


De « l’ingérence » dans le dossier?

On a aussi beaucoup parlé de la future usine à pellets lors des cérémonies de vœux. À Ohain tout d’abord, commune frontalière d’Anor. Avec le maire, Alain Rattez, par ailleurs vice-président de la communauté de communes Sud Avesnois à l’environnement :

« Il ne s’agit pas d’une usine de pellets traditionnels destinés aux particuliers mais composés, aussi, de bois pollués pour des industriels. Même les Américains ont abandonné l’idée d’utiliser des pellets qui contiennent de nombreuses impuretés (NDLR : colle, peinture, vernis, etc.). Mieux encore, aucun exploitant au monde n’a réussi à passer au stade industriel. De plus, le tribunal administratif n’a relevé aucune anomalie dans le rapport du commissaire-enquêteur qui a émis un avis défavorable. N’y aurait-il pas eu ingérence dans ce dossier… ? ».


Ça chauffe à l’intercommunalité

Réponse « du berger à la bergère » ? Le président de la communauté de communes Sud Avesnois (CCSA) et maire d’Anor, Jean-Luc Pérat, a souhaité « pousser un coup de gueule » lors de la cérémonie des vœux de l’intercommunalité :

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L’usine à pellets d’Anor sera identique à celle de Cosne/Loire

« Ce projet d’usine à pellets, ce n’est pas le dossier de Pérat, mais de l’ensemble de la CCSA même si c’est la commune d’Anor qui sera impactée. C’est un investissement privé de 20 M €. Le site va recruter 26 personnes et autant d’emplois indirects. Le bilan carbone est neutre. C’est un dossier soutenu par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Il a reçu un accueil unanime de la filière bois et de ses experts et un avis favorable du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) ».

L’article de La Voix du Nord est ici.

Commentaire

Le maire d’Anor semble encore oublier ou ignorer beaucoup de chose lorsqu’il parle de cette ex-future usine de pellets :

  • Ce n’est pas le dossier de la CCSA, mais bien celui de la mairie d’Anor qui était seule aux commandes lors des premières réunions du printemps 2013.
  • Sur les « 20 M € d’investissement privé », 2,3 M € d’argent publique viendraient de l’ADEME et de la région Hauts-de-France ; 1,5 M € d’argent publique viendrait de la CCSA qui financerait le raccordement à la voie ferrée, la clôture complète du site et l’élargissement des routes. Alors, certes, le promoteur rembourserait l’investissement de la CCSA, mais sur 15 ans. Soit au total 3,8 M € d’argent publique, tout de même !
  • Par ailleurs, une société de négoce de bois, basée dans le Pas-de-Calais, devrait alimenter l’usine en bois vert et en bois de classe A et B, sous forme de plaquettes. On comprend donc que les « autant d’emplois indirects » seraient uniquement les chauffeurs des camions qui envahiraient nos routes avec 72 passages journaliers.
  • Et du coup, on s’interroge sur « l’accueil unanime de la filière bois » locale qui semble ignorer la provenance de la matière première. Que leur a-t-on promis, en contre-partie de cet accueil unanime ?
  • Le bilan carbone ne pourra jamais être neutre puisqu’il faut 80 ans pour remplacer la coupe d’un arbre de … 80 ans.
  • Notre maire parle toujours de « financement » et de « filière-bois » mais jamais des dommages causés à l’environnement et à la forêt, ou encore des désagréments pour les riverains du site de Saint Laurent (ses concitoyens) qui compte 90 habitations dans un rayon de 500 mètres autour de la future usine, soit plus de 300 personnes. Et c’est sans compter un lotissement de 8 logements dont la construction est prévue après 2020, à 300 mètres de l’emplacement de cet usine.

Alors, même si on a maintenant l’habitude de ses prétendus « coups de gueule », Jean-Luc Pérat semble avoir raison sur un point : « C’est la commune d’Anor qui sera impactée ». Mais pas tant que ça, puisque cette usine ne se fera pas.

On lache rien

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