Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky achète deux centrales électriques en France

424  Un article du Monde, par Denis Cosnard, le 24/12/2018.

Daniel Kretinsky poursuit sa campagne de France. Après avoir investi dans la presse, en devenant notamment actionnaire indirect et minoritaire du Monde, le milliardaire tchèque y prend position dans l’énergie, son premier métier. EPH (Energetický a Průmyslový Holding – « Holding énergétique et industrielle », en français), le groupe tchèque qu’il contrôle et préside, a été choisi pour acquérir les actifs français d’Uniper, a annoncé ce groupe allemand lundi 24 décembre.

Centrale de Gardanne_06

La centrale thermique de Provence, à Gardanne.

En France, Uniper possède essentiellement deux centrales électriques fonctionnant au charbon d’une puissance de 600 mégawatts chacune, à Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle). Ce dernier site comporte également deux tranches de production d’électricité à partir de gaz. Uniper détient aussi en France six parcs éoliens et deux centrales solaires. « L’objectif d’EPH est d’acquérir l’ensemble des activités et des actifs d’Uniper en France », précise le communiqué publié par le groupe allemand, mais EPH a déjà conclu un accord pour revendre à Total les deux tranches au gaz.

Uniper avait mis en vente ses actifs français à la suite de la publication de ses résultats du premier semestre 2018. Plusieurs candidats s’étaient intéressés au dossier, notamment des fonds d’investissement. A l’issue de ces négociations, EPH a été retenu pour mener des négociations exclusives, pour un prix qui n’a pas été divulgué. « La prochaine étape est un processus de consultation obligatoire avec les représentants du personnel, prévu par la loi, qui sera lancé en janvier », explique Uniper. La conclusion de la vente nécessite en outre des autorisations administratives.

Des actifs en fin de vie

903.jpg

La centrale à charbon EDF de Cordemais.

Comme il l’a déjà fait hors de France, Daniel Kretinsky mise ici sur des actifs en fin de vie. La France ne compte plus que quatre centrales au charbon en activité. Deux appartiennent à EDF, à Cordemais (Loire-Atlantique) et au Havre (Seine-Maritime), les deux autres à Uniper. Toutes vont en principe devoir fermer à l’horizon 2022, au nom de la lutte contre le dérèglement climatique, le charbon étant le mode de production électrique qui émet le plus de gaz à effet de serre.

Le président Emmanuel Macron a confirmé leur fermeture à la fin de novembre, en présentant les grandes orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). La demande de moratoire formulée par la CGT a été rejetée. « Nous continuons à militer pour l’obtenir, affirme Nicolas Casoni, le secrétaire général de la CGT à la centrale de Gardanne. Nous sommes d’ailleurs en grève reconductible depuis le début décembre. Pas un mégawatt ne sortira de Gardanne sans garantie pour notre avenir ». Le ministère de la transition écologique et solidaire a assuré qu’il mettrait en œuvre l’engagement présidentiel « en accompagnant chaque salarié et chaque territoire concernés ».

Quel est le calcul de Daniel Kretinsky en achetant ces actifs ? Quatre éléments peuvent expliquer son intérêt pour des centrales vouées à la fermeture. D’abord, l’homme d’affaires s’apprête à obtenir Uniper France pour un prix positif mais semble-t-il limité, et la facture finale devrait sensiblement baisser grâce à la revente à Total des tranches fonctionnant au gaz.

Un pari sur la biomasse

Ensuite, EPH peut espérer gagner de l’argent sur les dernières années d’exploitation des centrales, déjà amorties. D’autant que ses dirigeants n’excluent pas que la fermeture soit repoussée au-delà de 2022. « Ces deux unités jouent un rôle significatif dans le système électrique français, et pourraient fonctionner de façon compétitive après 2022, plaide Jan Springl, l’un des responsables d’EPH. Nous allons en discuter avec les autorités françaises ». Le groupe tchèque peut aussi miser sur le développement d’autres modes de production d’énergie, moins polluants, en implantant d’autres parcs éoliens et solaires et surtout en développant l’utilisation de la biomasse.

« Convertir à la biomasse une centrale à charbon, voire les deux, permettrait de garder une production électrique sur ces sites, mais entièrement renouvelable, et de maintenir les emplois », souligne Jan Springl.

Enfin, « le portefeuille de clients d’Uniper en France a une valeur pour un groupe comme EPH qui veut s’implanter dans le pays », relève un de ceux qui ont suivi le dossier. Au bout du compte, récupérer à bas prix des centrales vouées à la fermeture, mais aussi d’autres actifs plus intéressants, pourrait ainsi se révéler une bonne affaire.

L’article du Monde est ici.

Publicités

A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
Cet article a été publié dans Filière bois-énergie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.