Du désastre de la filière bois-énergie pour le climat et la biodiversité au nom de la transition énergétique…

Cet article est paru pour la première fois ici le 12 mars 2017.


DocuclimatUn article du site Docuclimat du 23 février 2017.

La filière bois-énergie (utilisation du bois en tant qu’énergie) connait un développement exponentiel au nom de la transition énergétique. De plus en plus de voix s’élèvent pourtant pour dénoncer ce désastre en cours pour les écosystèmes, la durabilité des sols et le climat.

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Le greenwashing autour de cette fausse énergie « propre » continue malheureusement de fonctionner, or des centaines de milliers d’hectares de forêts tempérées et boréales (déjà surexploitées et malmenées) et de forêts humides (en voie de disparition) sont détruites, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, en Europe et en Amérique du Nord. Pour remplacer les forêts, quand c’est le cas, des plantations à croissance rapide sont plantées et abattues au bout de 25 ans, autant dire un désert biologique, pas de renouvellement de l’humus des sols et quasiment pas le moindre stockage de C02 ! Sans compter le transport du bois déchiqueté, sa fabrication, sa combustion au sein des centrales à biomasse, autant de sources d’émissions de CO2 qui ne font pas de cette énergie une énergie renouvelable !

De nombreuses études récentes indiquent que le développement de cette filière biomasse participe ainsi à autant de dégagement de CO2 que certaines énergies fossiles (même chose pour les bio-carburants). La biodiversité et notre climat sont déjà bien assez menacées par notre soif de croissance illimitée, allons-nous achever le sale boulot au nom de la transition énergétique ? C’est bien l’avenir qui se dessine si nous ne stoppons pas ces filières « vertes » !

Lire cette publication récente à propos du désastre environnemental et climatique que représente la croissance de la filière bois-énergie :

https://www.chathamhouse.org/publication/impacts-demand-woody-biomass-power-and-heat-climate-and-forests

Dans le même temps, la déforestation est également en train de repartir de plus belle dans les forêts tropicales pour le développement des bio-carburants et de l’exportation de produits alimentaires vers les pays Occidentaux, au détriment d’une biodiversité unique et de peuples premiers qui savent comment vivre en relation étroite avec la forêt (et dont d’ailleurs nous aurions beaucoup à apprendre mais qui disparaissent sous le coup de l’expansion du monde « moderne ») …

Accepterons-nous enfin que nous devons nous passer d’énergie quand nous le pouvons, de nous réinsérer au sein de la nature et de cesser de croire au mythe de la croissance illimitée? Les haies, forêts et zones humides remplissent leurs rôles en terme de climat, biodiversité, émerveillement, utilisations diverses et variées, lorsque nous apprenons à les comprendre et les respecter, or ce n’est pas l’industrialisation de la nature qui participera de ce fait !

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Allons-nous continuer de croire aux beaux discours d’entreprises et d’États qui nous vantent chaque année d’avoir trouvé la solution miracle et d’œuvrer pour nos intérêts ?

Allons-nous enfin résister massivement à leurs politiques de destruction et d’exploitation du vivant pour toujours plus de profits ?

Allons-nous enfin mettre en œuvre de manière collective et locale des solutions parfois complexes mais durables et résilientes tel que la permaculture, l’agroécologie, les jardins-forêts et la sylviculture naturelle?

Allons-nous enfin relever le défi majeur pour notre avenir commun de nous mettre à l’égal du reste du vivant et de le protéger? …

L’article complet de Docuclimat est ici.


Commentaire

Beaucoup d’articles ont été publiés sur ce blog afin d’expliquer les désastres que peut occasionner la filière bois-énergie, notamment sur le climat. Cette filière n’est évidemment pas une énergie propre puisque bruler du bois pollue plus que bruler du charbon. Elle n’est pas non plus une énergie renouvelable puisqu’il faut 80 ans pour renouveler un arbre de 80 ans.

Le paradoxe est que sous couvert de développement durable, de COP 21 ou encore de 3eme révolution industrielle, la fabrication de pellets industriels de bois souillé de Jeferco conduirait en réalité à atténuer gravement les actions de lutte contre le dérèglement climatique.

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 200 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel mais le préfet abandonne. Le 15 juin 2017, il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie un rapport de 400 pages, ses conclusions et son avis : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco, sans tenir compte de l'avis défavorable de l'enquête publique. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter, ne tenant aucun compte de l'avis défavorable émis par le commissaire enquêteur. Et au même moment, nous découvrons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter à Damblain : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la société Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais "un acte de régularisation du premier projet ayant un caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en demande de non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Le 20 juin 2019, la Cour d'appel de Douai prend un arrêté selon lequel "il n’y a pas lieu de statuer sur la requête de la société Jeferco". Le 26 aout 2019, la société Jeferco dépose un pourvoi en cassation auprès du Conseil d’État qui a 3 mois pour examiner et admettre ou refuser cette demande. Le second projet est en cours d'instruction au Tribunal Administratif de Lille. Une clôture de l'instruction est annoncée pour le 30 septembre 2019. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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