Anor : Finalement, il y aura peut-être… deux usines à pellets

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Un article de La Voix du Nord, par Lionel Maréchal et Élodie Bartolic (Infographies), le

Bien que l’État ait déjà été condamné pour le premier arrêté d’exploitation du projet d’une usine à pellets sur la commune d’Anor, le préfet en a signé un second. Qui va de nouveau être attaqué en justice. Au moment même où on apprend que le promoteur, Jeferco, a déposé un projet identique en tout point dans les Vosges.

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Usine de pellets à Cosne/Loire.

Décidément, rien n’est simple dans cette construction d’une usine de fabrication de pellets (ou granulés de bois) à destination d’industriels, sur la commune d’Anor. Qui serait l’une des plus grandes d’Europe. Le projet de cette installation classée, présenté par la société Jeferco, a débuté en 2014. S’en est suivie la création d’une association d’opposants, Anor Environnement, qui a porté l’affaire en Justice.

1. L’annulation annulée

Résumons. En février 2017, le tribunal administratif a condamné l’entreprise et l’État, entraînant « l’annulation de l’arrêté préfectoral d’exploiter pour l’absence de justification des garanties financières ». La première a interjeté appel et, en juillet, il lui a été donné raison : « L’insuffisance de justifications des capacités financières ne signifie pas absence de capacités financières ».

2. Un avis défavorable

Jeferco a donc récupéré son droit à exploiter mais le délai pour commencer les travaux était trop juste. D’où la demande d’un nouvel arrêté en juillet de l’an passé. Dont l’autorisation, pourtant après avis défavorable du commissaire-enquêteur lors de l’enquête publique, a été accordée en octobre 2018 par le préfet – bien que l’État ait déjà été condamné définitivement sur l’arrêté initial.

3. La suite ?

Du côté des opposants, ils vont, à nouveau, le contester devant le tribunal. Les bénévoles préparent actuellement un mémoire qu’ils déposeront dans le temps imparti, c’est-à-dire avant fin janvier 2019. Comme pour la première procédure, ils entendent dénoncer un maximum d’arguments du dossier (pollution, loi sur l’eau, menaces sur les espèces protégées et l’environnement…), près de 200 !

Contactée à plusieurs reprises, la société Jeferco n’a pas répondu à nos sollicitations.


Ohain pourrait quitter le Parc naturel régional

La commune d’Ohain, limitrophe d’Anor – et de l’emplacement choisi pour construire l’usine à pellets – s’est prononcée contre cette implantation, dans le cadre de l’enquête publique. Pointant notamment du doigt que, quatre ans après la présentation de cet investissement de 20 M €, « on ne sait toujours pas si le promoteur a les fonds nécessaires tout comme on ne connaît pas ses futurs clients ». Le conseil municipal a également « été surpris que le Parc naturel régional (PNR) de l’Avesnois ait donné un avis consultatif favorable au projet ».

« On s’étonne de cette position, indique le maire, Alain Rattez. Parce que l’une des missions du Parc (qui regroupe 138 communes), c’est de préserver le bocage. D’autant qu’il n’hésite pas à intervenir quand un agriculteur arrache 10 mètres de haies. On ne comprend pas ».

Pas de réponse du parc

D’où la lettre que le premier magistrat a adressée au président du PNR, en juin :

« J’ai envoyé notre motion de défiance et je lui ai posé, simplement, des questions sur les motivations qui ont conduit à prendre cet avis favorable pour une installation classée. À ce jour, je n’ai pas eu de réponse. Si elle n’arrive pas rapidement, la commune d’Ohain va, dans un premier temps, suspendre sa participation financière au Parc. Dans un second, le conseil municipal pourrait même voter la sortie de la commune ».

Animation-La VdN

NDLR : Petite erreur sur l’infographie, c’est 120 000 T de pellets par an et non pas 120 T.

Un projet similaire dans les Vosges

Au moment même où on apprend que le promoteur a déposé, en juin 2017, un projet similaire en tout point à celui d’Anor (l’ensemble des données est parfaitement identique en termes de production, d’investissements, d’emplois, etc.). Mais à Damblain, une commune du département des Vosges. Plus précisément sur une ancienne base aérienne de l’OTAN démantelée et en cours de réaffectation.

« Le Département, qui gère cette ancienne base, nous a expliqué que l’entreprise avait été virée du Nord, souligne Raymond Beulne, le premier adjoint de ce village de 250 habitants. Une enquête publique a eu lieu en juillet et le commissaire-enquêteur devait donner un avis favorable. Mais, pour l’instant, il n’y a pas d’arrêté d’exploiter parce que, à mon avis, tant que Jeferco ne présentera pas les fonds, le conseil départemental ne s’engagera pas ».

Les Vosges, une deuxième usine (c’est-à-dire un investissement de 40 M € alors que, dans le Nord, la société a été attaquée en justice sur ses capacités financières) ? Un plan B ? Mystère.

Jeferco Damblain

Extrait de l’étude d’impact Jeferco – Damblain

L’article de La Voix du Nord est ici.


Commentaire

Alors, comme ça, M. Jean-François Rosado (président de la SAS Jeferco) a affirmé au conseil départemental des Vosges que « l’entreprise a été virée du Nord ».

Et, du coup, comment va-t-il s’y prendre pour nous expliquer que le préfet du Nord a signé l’autorisation d’exploiter une usine de pellets industriels à Anor, dans le NORD. Mentir pour essayer d’obtenir la confiance parait être une bien mauvaise idée. La preuve : « tant que Jeferco ne présentera pas les fonds, le conseil départemental ne s’engagera pas », déclare le premier adjoint au Maire de Damblain. Tel est pris qui croyait prendre !

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