La vérité sur le pellet fabriqué avec des déchets de bois

Dans l’article de Reporterre publié hier, les auteurs constatent qu’EDF connait parfaitement le problème de l’utilisation des déchets de bois dans les centrales électriques et son passage à l’échelle industrielle. Celui ci est impossible puisque les granulés de bois ainsi produits contiennent de nombreuses impuretés et leur utilisation intensive conduirait rapidement à une dégradation des installations. C’est ce que nous ne cessons de dire depuis que Jeferco a décidé d’utiliser des bois souillés pour son premier projet d’usine à pellets industriels d’Anor, en 2014. Les déchets de peintures, de colles et de vernis vont obstruer les presses et provoquer une explosion, comme cela arrive trop souvent avec des usines similaires.

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Explosion puis incendie à l’usine Bretagne Pellets de Mauron, en Bretagne, le 26 février 2018.

Nous voulons ici rappeler quelques vérités  sur le projet Jeferco d’Anor :

  • Les branchages et bois rémanent ne sont pas une ressource « valorisable » et doivent rester sur place car ils sont indispensables à la richesse biologique des sols qui sont déjà trop sollicités par les coupes à blanc.
  • Bruler des arbres ou des billons n’est pas une solution pour lutter contre le dérèglement climatique. De nombreuses études montrent que l’utilisation de la biomasse pour produire de l’énergie génère des rejets plus polluants que les énergies fossiles et accroît l’industrialisation des forêts.
  • Les nuisances de ce projet l’emportent largement sur ces avantages : pollutions directes et indirectes, dégradation des routes, nuisances pour les espèces protégées vivant sur le site et à proximité ou de passage.
  • La création d’une vingtaine d’emplois ne peut pas être une excuse permettant de faire n’importe quoi. Surtout lorsque cette activité met en péril d’autres emplois au sein des filières bois, tourisme ou agriculture biologique.
  • Le projet Jeferco correspond bien à une recherche de profits et non à un prétendu souci de « transition énergétique ». Il profite avant tout de l’opportunité créé par la nouvelle politique énergétique européenne et française permettant d’obtenir plus de subventions. C’est du « Greenwashing » (en français de l’éco-blanchiment).
  • Il est impossible d’obtenir un prêt afin d’acquérir une maison de 200 000 € avec seulement 7000 € d’apport personnel. Vous allez faire rire votre banquier ! C’est pourtant ce que veut faire Jeferco car depuis quatre ans cette société cherche 17 millions d’euros avec seulement 700 000 € d’apport. Et depuis le « plan B », il cherche 34 millions d’euros, mais toujours avec le même apport.

Fumer tue

Les instances régionales et quelques élus zélés sont en train de faire passer en force cette unité expérimentale de fabrication de pellets à partir de déchets de bois unique au monde et dont EDF déclare que ça ne fonctionne pas. Cette unité de production ne sera que la partie visible d’une politique européenne qui prétend répondre au dérèglement climatique en utilisant nos forêts pour produire de l’électricité. Cette nouvelle forme de convoitise sur le bois est une menace majeure pour l’ensemble des milieux forestiers qui devraient rester un de nos atouts dans la lutte contre le dérèglement climatique, car ils sont les usines  à recycler le CO².

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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