L’endroit le plus préservé de la planète ouvert à l’exploration pétrolière

317  Un article de La Relève et La Peste, le 08/06/2018.

L’Arctic National Wildlife Refuge est l’un des endroits les plus préservés de la planète. Les États-Unis ouvrent cette réserve naturelle à l’exploration pétrolière.

833.jpg

Into the wild

«Il n’existe rien de comparable en Europe, même de loin. C’est l’un des derniers paysages authentiquement vierges.»

Ces mots sont du photographe allemand Florian Schulz, à propos du territoire qu’il a exploré durant ces quatre dernières années : l’Arctic National Wildlife Refuge. Les prairies de la chaîne de Brooks et ses escarpements, la taïga du Sud, la toundra et ses vallonnements plongeant en mer de Beaufort.

Une plaine côtière abritant des ours blancs, des rennes par centaines de milliers, une multitude d’oiseaux migrateurs… 78 000 km2 d’un écosystème intact. Comme seule présence humaine, les cabanes éparses des quelques autochtones alaskans. Et la rivière Canning en frontière naturelle.

Sur la rive opposée, un autre monde. 18 km de routes, une pipeline qui court vers l’Ouest. Des quais et une piste d’atterrissage, des bâtiments et des réservoirs en acier. À l’horizon, un brouillard marron suspendu au-dessus du centre industriel du North Slope. Point Thomson, le champ gazier d’ExxonMobil. 120 ha de lits de graviers.

Sous-sol convoité

L’explication d’un tel contraste ? La création en 1980 de la réserve de l’Artique (Arctic National Wildlife Refuge) par le Congrès américain. L’une des plus vastes aires protégées des États-Unis. L’un des endroits les plus sauvages de la Terre aussi. Jusqu’à présent.

Le sous-sol de la réserve recèlerait environ 7,7 milliards de barils de pétrole. Durant les quarante dernières années, les républicains avaient tenté d’ouvrir ce territoire à l’exploration pétrolière une bonne douzaine de fois. L’an passé, la sénatrice de l’Alaska Lisa Murkowski, a glissé dans le projet de loi fiscale voté par son parti un amendement autorisant les forages. Le 20 décembre dernier, le Congrès américain a adopté la loi autorisant le développement pétrolier et gazier de l’ANWR.

Un sacrifice nécessaire ?

Depuis la création de la réserve, le débat sur l’exploitation de cette plaine côtière potentiellement riche en pétrole n’avait jamais cessé. L’industrie pétrolière et gazière finance 90 % du budget de l’Alaska. Alors que plus d’un tiers des 300 000 emplois du secteur privé en Alaska dépendent du pétrole et du gaz, la quantité de pétrole qui transite par le pipeline trans-Alaska est en diminution quasi-régulière depuis 1988.

Canada China Nexen

Une exploitation pétrolière de Fort Mac Murray.

La chute des cours du pétrole de 2014 a creusé le déficit budgétaire de cet État qui ne prélève ni TVA ni impôt sur le revenu. Il atteint aujourd’hui plusieurs milliards de dollars. D’où l’empressement de l’Alaska et du gouvernement fédéral à vouloir vendre ces deux concessions. La recette est estimée à 2,2 milliards — de manière très optimiste — par le bureau du Budget du Congrès des États-Unis.

Mais dans ce pays inondé de pétrole et de gaz de schiste, la légitimité des forages ne fait pas l’unanimité. En novembre 2017, le sénateur du Massachusetts Ed Markey s’était insurgé contre cette réforme de l’administration Trump :

«Ils essaient de faire voter une réduction d’impôts de 1,5 trillion de dollars en faveur des super-riches en générant un milliard de revenus à travers l’exploitation de l’ANWR.»

D’autant plus que la réserve nationale de pétrole de l’Alaska (NPR-A) et des terres publiques limitrophes sont déjà ouvertes à l’exploration pétrolière. Cette zone représenterait 8,7 milliards de barils de pétrole récupérable selon de récentes découvertes. 1 milliard de plus que l’Arctic National Wildlife Refuge.

Alors, le sacrifice de ce sanctuaire en vaut-il la peine ? C’est la question que se pose Mouhcine Guettabi, économiste à l’université de l’Alaska :

«Quel bien-être faut-il optimiser ? Faut-il considérer la valeur que chaque citoyen américain accorde à la nature sauvage ? Ou bien le seul intérêt des Alaskans ?»

L’article de La Relève et La Peste est ici.

 

Publicités

A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
Cet article a été publié dans Pollution, Transition énergétique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.