Les vieux arbres sont les alliés de l’environnement.

224  Un article de consoGlobe, le 17 janvier 2014.

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Major Oak, le chêne quasi millénaire de la forêt de Sherwood, dans le Nottinghamshire, en Angleterre.

Une nouvelle étude révèle que plus un arbre est vieux, plus il a tendance à absorber du CO2. Nous étions déjà tous convaincus que la forêt est un trésor : de la beauté des paysages jusqu’à l’application très pratique de la sylvothérapie, en passant par l’absorption de CO2, les forêts sont à la fois esthétiques et utiles à la biodiversité. Le postulat de base a cependant été durant de nombreuses années que les vieux arbres contribuent moins à l’absorption de dioxyde de carbone. De la même manière que pour un animal, on partait du principe que la croissance diminue après une première phase très active.

Une analyse historique de multiples espèces

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C’est ce qu’a voulu vérifier Nathan Stephenson, écologiste à la US Geological Survey de Three Rivers, en Californie, aux États-Unis. Ses collègues et lui  viennent de publier le résultat de leur étude dans la revue Nature, afin de déterminer l’impact exact des forêts sur le changement climatique. La quarantaine de chercheurs a analysé des données remontant jusqu’à 80 ans en arrière. Le postulat a été contré : en réalité plus un arbre est vieux, plus il capture de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Un arbre ne cesse jamais de grandir ! L’équipe a étudié 670.000 arbres pour 403 espèces différentes, présentes un peu partout sur le globe. Dans tous les cas, les spécimens les plus grands et les plus vieux de chaque espèce grandissaient le plus vite et absorbaient donc le plus de CO2. Le dioxyde de carbone est ensuite stocké dans le tronc, les branches et les feuilles.

Les vieilles forêts stockent plus de carbone !

Cette réponse vient expliquer le fait que les forêts les plus vieilles stockent plus de CO2, comme l’explique Nathan Stephenson : Nous savions déjà que les forêts anciennes stockaient plus de carbone que des forêts plus jeunes, mais les forêts anciennes ont des arbres de toutes tailles et il n’était pas clair lesquels grandissaient le plus vite, capturant ainsi le plus de dioxyde de carbone“.

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Si les forêts sont de véritables puits de dioxyde de carbone, il reste à déterminer à quel point elles ralentissent le changement climatique. Quoi qu’il en soit, “pour réduire le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère, c’est mieux d’avoir davantage de gros arbres“. L’équipe de chercheurs travaille à présent sur l’interaction entre climat et forêts.

 

L’article de ConsoGlobe est ici.


Pour être encore plus complet sur ce sujet voici plusieurs réactions à cette étude de chercheurs et de professeurs, trouvées sur le blog canadien de Nuage ou l’on peut lire, en bas de page :

Réactions à l’étude

Claude Villeneuve, directeur, chaire d’écoconseil, Université du Québec à Chicoutimi :

«C’est une étude élégante qui répond à une question au sujet de l’arbre. Avec un très grand nombre de données, ils ont fait une démonstration d’un point qui était négligé ou mal compris. On doit intégrer cela dans les modèles. Mais cela ne change pas ce qu’on connaît au sujet de la forêt dans son ensemble.»

Jean-François Boucher, chercheur et responsable scientifique du projet Carbone Boréal:

«On voit que pour 97% des cas, les gros arbres maintiennent leur productivité et même l’augmentent. Et ils rapportent des ajouts de masse extraordinaires: plus de 100 kilos par année en moyenne, et jusqu’à 600 kilos par année. C’est énorme. Par comparaison, une épinette noire à 80 ans va faire 90 kilos en moyenne. Ça nous dit qu’il ne faut pas sous-estimer l’apport des vieux arbres en santé : ils accumulent du carbone de façon significative.»

Werner Kurz, chercheur principal, Budget du carbone en forêt, Ressources naturelles Canada :

«C’est une étude solide et complète. Il peut être étrange, en regardant les très grands arbres, de penser qu’ils poussent plus vite que les jeunes. Mais cela ne change pas ce que nous savons à l’échelle des peuplements forestiers et des forêts, et cela ne devrait pas avoir d’impact sur nos politiques forestières. Même si des arbres vieux et en santé poussent vite, d’autres meurent et, dans l’ensemble, la croissance d’un peuplement forestier atteint un plateau. Peut-être que cela va dans le sens des pratiques forestières traditionnelles en Europe, où on va chercher des tiges mortes ou des arbres sur le point de mourir. Mais je ne vois pas ce type de foresterie s’installer au Canada, du point de vue économique, sauf dans certaines forêts dans l’Est.»

Hank Margolis, professeur à la faculté de foresterie de l’Université Laval :

«Cette étude ne s’applique pas à la forêt boréale. Il y a des cycles de feu trop fréquents et des épidémies d’insectes. Nos arbres n’ont pas la chance d’atteindre ces grandeurs. Mais ça donne un coup de pouce à la conservation des grands arbres dans la forêt tropicale.»


Commentaire

Cet article de 2014 a été publié sur ce blog en décembre 2016. Au moment où Anor Environnement participe aux « Rencontres de la forêt » à Faux-la-Montagne, en Corrèze, il parait important de rappeler que la science apporte enfin la preuve, par une étude sérieuse et d’envergure, que plus un arbre est vieux, plus il stocke du CO2. On a constaté que les sékoïas géants croissent de plus d’un m³ par an.

Pourquoi parler de ça ? Et bien parce que, dans sa nouvelle-ancienne-modifiée-même étude d’impact (celle de 2018), le promoteur de l’ex-future usine à pellets tente de nous expliquer le contraire. Chapitre 3 – page 189/211 : « Il a également été considéré que les bois jeunes, à volume et surface égale, stockent plus de CO2 qu’une âgée avec de vieux arbres.« 

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En lisant ceci, on constate deux choses : d’abord ce promoteur possède une syntaxe plus que douteuse, car lorsqu’il écrit « qu’une âgée » il faut comprendre « qu’une forêt âgée ». Et ensuite il déclare, sans aucune référence scientifique et de façon totalement arbitraire (« Il a également été considéré ») des choses qu’il ignore. En effet, la lecture de cette étude et les réactions des chercheurs et professeurs prouvent de manière indiscutable que les forêts les plus vieilles sont celles qui stockent le plus de CO2. Et de fait, l’exploitation du projet engendrerait un impact indirect négatif, et non pas positif, sur le réchauffement climatique !

C’est assez clair comme ça ?

 

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Extrait de l’étude d’impact 2018 de la SAS Jeferco

 

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