L’arbre, au cœur d’une agriculture performante et résiliente

806.jpg  Un article de Jacques Caplat, le 16/05/2016.

La Journée de la Terre mettait cette année l’arbre à l’honneur. Voilà une occasion d’insister sur le rôle central que peut, et que doit, jouer l’arbre dans l’agriculture de demain.

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Un malentendu européen

Alors que les arbres sont intimement intriqués avec l’agriculture traditionnelle africaine, sud-américaine et asiatique, ils ont longtemps été vus par les agriculteurs européens comme des adversaires. Cet aveuglement et ce contresens sont peut-être des conséquences de la logique des défrichages des 1.000 dernières années, où l’agriculture se concevait comme une victoire sur la forêt. Ils relèvent plus sûrement et de toute façon d’une logique réductionniste, consistant à «réduire» l’agriculture à des modèles simplistes oubliant les interrelations entre les éléments du système.

En effet, à première vue, les arbres font baisser les rendements : ceux-ci sont plus faibles en dessous des branches, tout les agriculteurs le constatent. En revanche, ils n’ont longtemps pas disposé des outils scientifiques pour constater que les rendements sont plus importants au milieu d’une parcelle cernée d’arbres qu’au milieu d’un espace dénudé, ce qui est «perdu» sous l’arbre étant regagné plus loin. Si l’on élargit le regard en intégrant la temporalité, le bénéfice des arbres est encore supérieur puisqu’ils enrichissent les sols à long terme, année après année. Enfin, il ne faut pas oublier que l’arbre lui-même produit de la biomasse utilisable pour l’agriculture (branches servant de fourrage d’appoint), le chauffage, l’alimentation humaine (châtaignes, noix, cerises, pommes, olives…) ou l’artisanat et l’industrie (bois d’œuvre).

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Stabiliser et enrichir les sols

Quoi de plus fertile qu’un sol forestier ? Sans aucune intervention humaine, les forêts construisent des sols stables, riches en matière organique et extrêmement bien structurés. Outre la fertilité durable procurée par la matière organique (débris de feuilles, de brindilles et de végétaux herbacés qui s’incorporent progressivement au sol), les sols forestiers possèdent une structure exceptionnelle, c’est-à-dire qu’ils sont à la fois aérés et souples, ce qui permet la circulation de l’air et de l’eau, et d’une stabilité incomparable (ils ne se délitent pas sous la pluie, ils maintiennent une cohérence même lorsqu’ils sont soumis à des outils mécaniques ou des incidents climatiques). Cet équilibre fécond entre souplesse et solidité hors norme s’explique par plusieurs caractéristiques des arbres.

En protégeant la terre des pluies violentes et des vents, les forêts évitent son érosion et son compactage. Par le bris régulier et épars de brindilles et par la chute saisonnière des feuilles, les forêts apportent au sol une matière organique riche et particulièrement facile à incorporer aux argiles. Par des systèmes racinaires complexes, profonds et denses, les arbres émiettent la roche, aèrent la terre, et évitent la constitution de mottes compactes ou de glacis limoneux. Enfin, les racines denses et profondes permettent littéralement d’irriguer le sol, c’est-à-dire de faciliter l’infiltration des eaux de pluie, ce qui leur évite de stagner ou de ruisseler, et ce qui permet leur stockage dans la matière organique des sols et leur réutilisation en saison sèche.

L’arbre agit donc sur le sol par dessus et par dessous. Par dessus, il l’enrichit et le protège. Par dessous, il l’émiette, le structure, l’aère et l’irrigue. Une vraie merveille agronomique.

Un support de biodiversité

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J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans d’autres billets l’importance de renouer un lien fertile entre agriculture et environnement. Il est urgent, et vital, que les agriculteurs cessent de considérer le milieu naturel et les organismes sauvages comme des adversaires qu’il faudrait contrôler voire éliminer. L’agriculture n’a de sens que lorsqu’elle est inscrite dans son environnement, c’est-à-dire lorsqu’elle s’appuie sur lui au lieu de le combattre. Il ne s’agit pas de lutter contre le milieu naturel, mais de savoir en émerger de façon positive et dynamique.

Dans cette perspective, l’arbre devient incontournable. Je devrais plutôt écrire «les arbres», car une diversité d’essences est hautement souhaitable : il ne faut pas reproduire à l’échelle des arbres l’erreur d’uniformité qui caractérise nos cultures agricoles. Les arbres représentent des milieux de vie et des abris pour toute une flore et une faune exceptionnelle – bien au-delà des insectes et oiseaux auxquels nous pouvons spontanément songer.

En particulier, les arbres jouent un rôle précieux de régulateur agricole. En abritant des insectes prédateurs de certains parasites, en hébergeant des oiseaux, des chauves-souris et des batraciens, les haies et les arbres isolés permettent de limiter les attaques contre les cultures et d’en améliorer les rendements. Dans les fermes céréalières, par exemple, la présence de haies conduit à limiter les dégâts des limaces et à éviter que ces dernières ne détruisent une partie des jeunes pousses. Elles abritent en effet des carabes (sortes de scarabées), dont aussi bien les larves que les adultes se nourrissent de limaces. Même la présence de lierre peut être positive, car ce végétal sert de refuge hivernal pour les coccinelles, qui se nourriront ensuite des pucerons en les régulant.

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À l’heure où certains ministres ou chercheurs exaltent le biocontrôle, c’est-à-dire le remplacement d’une partie des pesticides chimiques par l’achat régulier d’insectes prédateurs d’autres insectes (ce que l’on appelle les auxiliaires des cultures), il convient de rappeler que la véritable agroécologie ne consiste pas à acheter chaque année des insectes exogènes – mais à permettre leur vie permanente et leur reproduction sur la ferme, dans le cadre d’un écosystème cohérent ! Pourquoi acheter sans cesse des coccinelles ou des carabes, alors qu’il suffit de maintenir des haies pour qu’ils s’installent durablement sur place ?

Il ne faut pas oublier enfin que les arbres sont extrêmement utiles aux animaux… domestiques. La santé (et la productivité) d’un troupeau disposant d’ombre en été et d’abris contre le vent sont nettement meilleures que celles d’un troupeau laissé dans un pré nu.

L’article de Changeons d’agriculture est ici.

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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