Menaces sur la biodiversité

792.jpg  Un article du Média Presse, par Rémi-Kenzo Pagès, le 19/06/2018.

L’observatoire national de la biodiversité a publié lundi 18 juin son bilan 2018. Le rapport dresse un tableau critique de la situation, et alerte sur les menaces qui pèsent sur la biodiversité.

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180.000 espèces seraient en danger selon un rapport intitulé « Menaces sur le vivant : quand la nature ne peut plus suivre ». Ce bilan rédigé par l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) et piloté par l’Agence Française pour la biodiversité (AFB) interroge d’emblée : « entendra-t-on encore longtemps le chant des oiseaux dans les campagnes françaises ? » Rien de sûr, tant « le scénario catastrophe de la disparition des oiseaux des paysages ruraux français pourrait à court terme ne plus relever de la science-fiction » introduit-il. Depuis 2015, les données enregistrées par l’observatoire indiquent une « accélération significative » de la chute des populations d’oiseaux des milieux agricoles, y compris parmi les oiseaux généralistes des espaces ruraux.

Une espèce vivante sur trois en danger de disparition

Les oiseaux ne sont pas les seules espèces à décliner. La synthèse de l’ONB note également une diminution des populations de chauves-souris de près de 40% en dix ans. Une perte que l’agence met en perspective avec la perte de 76% de la biomasse en insectes volants.

En outre-mer, le constat est d’autant plus critique que certains territoires se situent dans des points chauds de biodiversité mondiale avec un taux élevé d’endémisme menacé. L’AFB remarque par exemple dans « 29% des stations suivies une diminution du recouvrement corallien » dans les eaux françaises, notant une tendance à la disparition progressive des récifs.

Hausse des températures, pesticides et artificialisation des sols

Premier responsable pointé du doigt dans le document, l’usage agricole des pesticides augmenterait de 18% entre 2009 et 2011 et la période de 2013 et 2015. Ces produits causeraient notamment la hausse de la mortalité des espèces d’oiseaux et des insectes. S’ajoute l’artificialisation du territoire qui « continue de progresser à un rythme élevé (…) plus vite que la population » avec l’étalement urbain. 590 000 hectares de terres agricoles et d’espaces naturels ont été urbanisés, entre 2006 et 2015, dont 48% sous la forme de surfaces goudronnées. Cette modification des sols s’accompagne d’une imperméabilisation qui entraîne des ruissellements, accentuant les crues.

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Par ailleurs, des milieux riches en biodiversité continuent à disparaître. 700.000 hectares de prairies ont disparu entre 2000 et 2010, une tendance qui s’accélère depuis. Les milieux humides sont particulièrement touchés, 91% des habitats humides seraient dans un état de conservation défavorable selon la dernière évaluation disponible des habitats reconnus prioritaires par l’Union européenne.

Autre responsable de la situation, l’augmentation des températures, qui serait par exemple la cause de la disparition des baobabs d’Afrique. Ce phénomène entraîne aussi l’acidification des océans qui fragilise les récifs coralliens. Enfin, le rapport note la présence, particulièrement en outre-mer, des espèces exotiques envahissantes « dont la présence est très préjudiciable à ces milieux insulaires fragiles ». Ces espèces invasives prennent la place des espèces endémiques et indigènes, causant leur disparition définitive.

L’article du Média Presse est ici.

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A propos Jazz Man

Point culminant du département du Nord, Anor (3 300 habitants) se situe à la limite de l’Aisne, de la Belgique et des Ardennes. Notre commune, bocagère et joliment vallonnée, est adhérente au Parc Naturel Régional de l’Avesnois. En juin 2014, un projet "d'unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW, nous intrigue lors de l’enquête publique. Le 18 décembre 2014, le préfet du Nord accorde à la société Jeferco l'autorisation d'exploiter cette usine expérimentale de pellets industriels qui serait destinée à alimenter des centrales électriques utilisant le bois-énergie au Danemark ou en Allemagne. Nous créons un collectif qui devient rapidement l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous déposons un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco, ne trouvant pas suffisamment de bois vert dans le département le moins boisé de France, obtient du préfet un arrêté complémentaire lui permettant d'utiliser des bois de classe B : bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des insecticides, des pesticides, des COV ou des HAP. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter. Début mars 2017, le promoteur fait appel. Le 15 juin 2017, Il obtient un sursis mais ne met pas en œuvre son projet, sans doute consciente des lacunes du dossier. Début juillet 2017, ce promoteur dépose un nouveau projet - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - soumis à enquête publique du 01 au 30 juin 2018. Le 06 août 2018, la commissaire enquêteur publie ses conclusions, son avis et un rapport de 400 pages : AVIS DÉFAVORABLE. En septembre 2018, nous découvrons que le promoteur a déposé en juin 2017 le même projet à Damblain, une commune du département des Vosges. Serait-ce un plan B ? Le 16 octobre 2018, le CoDERST donne un avis favorable au second projet Jeferco. Le 25 octobre 2018, le préfet accorde une autorisation d'exploiter. Et au même moment, nous apprenons que fabriquer du pellet avec du bois de classe 'B', ça ne peut pas fonctionner. Les américains ont abandonné cette technique et aucun exploitant au monde n'a réussi à passer au stade industriel. C'est donc bien une usine expérimentale ! Le 11 décembre 2018, le préfet des Vosges signe l'autorisation d'exploiter : le plan B devient un plan A. Le 28 février 2019, nous déposons une requête en annulation auprès du Tribunal Administratif de Lille pour le second projet. Le 18 mars 2019, à propos du premier projet, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire informe la Cour Administrative d'Appel de Douai de l'obtention, par la Sas Jeferco, d'une nouvelle autorisation préfectorale (qui annulerait la première) pour ce projet d'usine expérimentale de pellets industriels. Le 24 avril 2019, le promoteur dépose un mémoire en maintien d'appel, expliquant que, pour lui, il n'y a pas de second projet mais un acte de régularisation du premier projet ayant un "caractère modificatif ou substitutif". Le 30 mai 2019, nous déposons un mémoire en non-lieu à statuer. Le 06 juin 2019, la Cour Administrative d'Appel de Douai est réunie en audience publique. Le rapporteur public demande le non-lieu à statuer. Ce qui va annuler toute la procédure liée au premier projet. Verdict fin juin, probablement. Ce type d'usine expérimentale et polluante, fonctionnant 24/24, sept jours sur sept, va contribuer à industrialiser nos forêts. Elle n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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