Le passage en force de Linky suscite la révolte

389  Un article de Reporterre, par Moran Kerinec, le 30/05/2018.

  • Cet article est le premier d’une enquête en cinq volets que Reporterre consacre au compteur Linky.

Déploiement accéléré, passages en force, ignorance des questions des usagers… Enedis, le promoteur du compteur communicant Linky, provoque des levées de boucliers dans les communes, des débats au Parlement et une forte opposition. Dans une enquête en cinq volets, Reporterre passe au crible le dossier : méthodes de pose, santé, protection des données, utilité écologique… Premier volet.

Compteur Linky

Qui va payé tout ça ? Nous, évidemment !

« Enedis m’a obligée à barricader mon compteur. Maintenant, il est scellé. » Dans un café d’Oullins, en bordure de Lyon, Sandrine est venue accompagnée d’autres membres du collectif anti-Linky Sud-Ouest lyonnais (SOL). Autour de la table, chacune feuillette son propre dossier pour vérifier les informations qu’elles partagent : extraits de presse, documents d’Enedis, notes et études s’y mélangent. À tour de rôle, elles racontent leur première expérience avec le compteur controversé. « Des installateurs m’ont appelé un jour : ils étaient en bas de chez moi, garés dans la rue. Je n’ai pas voulu les faire entrer. Ils m’ont expliqué que c’était obligatoire, que j’allais devoir payer des frais supplémentaires si je refusais l’installation d’un compteur Linky », raconte Jocelyne en sirotant un thé. « Quand des installateurs viennent chez vous, sans avertissement, poser un Linky, ça peut donner l’impression d’une intrusion dans la vie privée. Ça touche au foyer, à l’intime », ajoute sa voisine Marie-France.

Pourtant, selon ses défenseurs, le Linky serait un bond en avant : véritable outil de la transition énergétique, le compteur communiquant pourrait mieux informer ses usagers de leur consommation électrique, permettre une connaissance plus fine du réseau et de ses besoins pour les fournisseurs d’énergie, raccorder plus facilement les installations d’énergies renouvelables chez les particuliers… Mais nombreux sont ceux qui se méfient du Linky, qui est accusé de tous les maux : « Il enverrait des ondes néfastes pour la santé », « il permettrait à Enedis d’espionner les foyers et d’en revendre les informations », « il serait imposé de force ou par la ruse par des installateurs peu scrupuleux, sans possibilité de le refuser », « il ne servirait pas la transition écologique, mais l’intérêt financier d’Enedis » Des interrogations légitimes, auxquelles Reporterre a cherché les réponses.

Pour comprendre cette défiance, il faut revenir quelques années en arrière. En 2008, une étude comparative internationale réalisée par Capgemini pour le compte de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) poussait la France à déployer chez tous les consommateurs en basse tension un compteur « communicant ». En 2009, une directive européenne soumettait le choix de la généralisation des compteurs communicants à une analyse coût-bénéfice favorable et à une décision souveraine de chaque État membre de l’UE. Les premiers tests ont lieu en France dans la région lyonnaise et en Indre-et-Loire en 2010, et il est alors baptisé « Linky ».

« Enedis menace les personnes qui refusent le Linky d’une procédure au civil »

Si certains pays, telle l’Allemagne, ont choisi un déploiement limité, la France s’est engagée à remplacer les compteurs électriques de tous les foyers français grâce aux efforts d’Enedis, ex-ERDF et filiale à 100 % du groupe EDF. « Aujourd’hui, 11 millions de familles disposent du Linky, précise Enedis à Reporterre, nous en installons 30.000 par jour, pour atteindre les objectifs posés par la Commission européenne et la CRE. » Soit 35 millions de compteurs communicants d’ici 2021. Une opération massive et un calendrier serré… Mais par des opérations de pose à marche forcée sans prendre en considération les doléances des usagers, Linky s’est aliéné la population.

Il faut dire que les méthodes d’installation d’Enedis sont pour le moins expéditives : pour réussir sa mission, l’entreprise incite ses installateurs à poser coûte que coûte les compteurs, même quand les habitants s’y opposent. En témoigne une fiche de conseil distribuée aux techniciens, qui rappelle « qu’Enedis ou l’Entreprise de Pose mandatée est en droit d’accéder au compteur, même situé dans les parties privatives d’une propriété ou copropriété, dans la mesure où il s’agit de l’une de ses missions légales ». Qu’importe alors l’avis des usagers, le remplacement s’effectue parfois sans qu’ils ne soient informés du jour de l’intervention pour peu que le compteur soit positionné sur leur palier ou aux abords de leur propriété, et que la présence des habitants ne soit pas nécessaire pour y accéder.

La même fiche précise les situations pouvant être rencontrées et la conduite à adopter au cas par cas. Dans celui où un cadenas ou des affiches interdisent l’accès au compteur, il est recommandé de « ne pas en tenir compte », de « casser le cadenas si besoin » pour « remplacer les compteurs ». Une « erreur de communication », s’excuse Enedis, qui affirme à Reporterre avoir suspendu la production et l’envoi de ces consignes. Quant aux appareils qui se situent au sein même d’un logement, certains sous-traitants n’hésiteraient pas à user de la ruse pour entrer dans les foyers. « Un installateur est venu un matin, ma colocataire lui a ouvert, et il lui a expliqué que j’avais pris rendez-vous ce jour-là. Ce n’était pas le cas. Quand je suis revenu le soir, le compteur était installé », témoigne Nolwenn, habitante du 19e arrondissement de Paris.

La suite de l’article de Reporterre est ici.

 

A propos Jazz Man

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