Le printemps est là, pas les hirondelles

462  Un article du Parisien, par Emilie Torgemen, le 09/05/2018.

Associations et scientifiques s’inquiètent d’un retard de l’arrivée de ces oiseaux migrateurs ou, pire, d’une chute des populations.

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Sur l’île de Ré, Bernard attend toujours « ses » hirondelles. Quelques oiseaux éclaireurs sont bien arrivés en Charente-Maritime mais en apercevant trois de ces flèches filer au milieu des nuages, le retraité pense que d’habitude, les jolies voyageuses arrivent plus tôt et en plus grand nombre.

Bien vu. « Au niveau national, nous constatons un énorme décalage pour la migration des hirondelles comme d’autres oiseaux, s’inquiète Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Si l’on n’a pas encore de décompte, on espère qu’il ne s’agit que d’un retard. A cette date, les emblématiques oiseaux à queue fendue devraient déjà nicher en France. Or l’on voit seulement les premières vagues se déclencher. »

En effet, les hirondelles françaises passent la saison mauvaise en Afrique de l’Ouest (Cameroun, Congo, Gabon, Centrafrique). Si « une seule hirondelle ne fait pas le printemps » (on doit la formule à Aristote), l’arrivée de milliers de ces nicheurs en France, de mi-mars à début mai, coïncide bel et bien avec la fin de l’hiver. Qu’est-ce qui les retarde ainsi ? « Difficile à dire, répond Allain Bougrain-Dubourg. Pour les cigognes noires, échassiers équipés de balise Argos, on sait que les tempêtes en Espagne sur le chemin du retour au bercail ont fait beaucoup de victimes. Peut-être que la même cause a créé les mêmes effets chez les hirondelles. »

À la campagne et en ville

Plus catégorique, Frédéric Jiguet, chercheur au Centre d’écologie et des sciences de la conservation du Muséum national d’histoire naturelle à Paris, penche, lui, pour l’hypothèse « d’une grosse claque dans les effectifs ». Le muséum vient de publier avec le CNRS une étude montrant qu’un tiers des oiseaux ont disparu dans les campagnes françaises faute de garde-manger d’insectes suffisants.

Pour les oiseaux des villes, le contexte n’est pas plus accueillant : les associations constatent de nombreuses destructions de nids — une pratique par ailleurs illégale ! En cause, les fientes qui s’échappent des nids et salissent les murs rebutent beaucoup leurs voisins humains. « Installer des planchettes sous le nid, choisir des revêtements lisses faciles à nettoyer ou construire des hôtels à hirondelles, il existe pourtant de nombreuses solutions pour cohabiter », pointe Allain Bougrain-Dubourg.

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2018 serait donc une mauvaise année dans une tendance baissière au long cours. Depuis 30 ans, la population a, selon les décomptes du muséum, en effet chuté de 42 % pour les hirondelles rustiques et de 39 % pour leurs cousines hirondelles de fenêtre. « Or ces baisses fonctionnent par à-coups, explique Frédéric Jiguet. Et ne sont pas homogènes sur tout le territoire. » Ainsi, dans le Loiret, l’association Maison de Loire, qui organise des sorties nature avec les scolaires, compte beaucoup de ces oiseaux et parle au contraire d’une « année à hirondelles ».

Effet du réchauffement climatique

On signalait lundi des vols importants au-dessus du cap Corse (Haute-Corse), source d’espoir à la LPO. Mais si ces grandes voyageuses arrivent trop tard, les conséquences pourraient être graves. Entre l’accouplement, la ponte et la couvée, il faudra attendre trois semaines avant que les parents ne commencent à donner la becquée aux jeunes hirondeaux. Ils risquent alors rater la saison des chenilles, leur principale nourriture, car elles se seront déjà transformées en papillons.

D’autant plus que la hausse globale des températures accélère le cycle de vie de ces insectes. « Cette concordance des rythmes, fruit d’une longue évolution, est bien documentée chez les mésanges charbonnières. Pas sûr que ces dernières, tout comme les hirondelles, arrivent à s’adapter au réchauffement climatique très rapide que nous vivons« , pointe Frédéric Jiguet.

L’article du Parisien est ici.

A propos Jazz Man

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