Lui ministre, il ne fait rien pour l’éducation à l’environnement !

634.jpg  Un article d’Agora Vox, par Roland Gérard, le 28/02/2018.

Qui, il y a encore un an aurait pensé que lui ministre, il ne ferait rien pour l’éducation à l’environnement ? Nicolas Hulot a beaucoup fait dans notre pays pour la sensibilisation de la population à la crise écologique et pour l’éducation à l’environnement en général.

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Qu’il le veuille ou non il est devenu un des symboles de cette cause. Un symbole de cette idée que par l’éducation nous pouvons changer les choses. Et pourtant après 9 mois de gouvernement son ministère n’a aucune politique pour l’éducation à l’environnement.

Cette tâche lui incombe

Le décret d’attribution du 25 mai 2017 qui fait de Nicolas Hulot un ministre d’État de la cinquième république française est pourtant clair : « Il (le ministre d’État) contribue au développement de la politique destinée à associer les citoyens à la détermination des choix concernant les projets ayant une incidence importante sur l’environnement, propose toute mesure propre à améliorer la qualité de la vie et contribue au développement de l’éducation, de la formation et de l’information des citoyens en matière d’environnement. ». De la façon la plus naturelle et la plus légitime un grand nombre d’acteurs de l’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD) ont vu naître en eux des espérances.

Refus de dialoguer

Dés le mois de mai une demande de rendez-vous a été envoyée au ministre par les représentants de la société civile organisés depuis 20 ans au sein du Collectif français pour l’éducation à l’environnement vers un développement durable (CFEEDD) qui regroupe les grandes associations nationales d’environnement et d’éducation populaire, et regroupe aussi les syndicats d’enseignants. Le CFEEDD a entre autres à son actif les assises nationales de l’éducation à l’environnement qui ont créé le Plan National d’Action pour l’éducation à l’environnement en 2000. Ce plan d’action créé par les acteurs n’a pas pris une ride. Après des relances nombreuses, il y aura un petit rendez-vous de moins d’une heure en octobre avec une personne de son cabinet, sans suite, le lien ne s’est pas fait, la volonté ministérielle n’était pas là.

Baisse de subvention

Le CFEEDD qui est reconnu en France et à l’étranger et joue un rôle de premier plan dans l’avancée de l’EEDD depuis 20 ans a vu sa subvention passer de 26 000 € à 15 000 en 2017, soit une baisse de 11 000 €. Voilà concrètement la politique du ministère Hulot pour l’EEDD. Ce comportement de Nicolas Hulot est incompréhensible avec les éléments que nous avons. Vu qui il est et d’où il vient, vu le discours de sa fondation, il devait entrer en dialogue avec la société civile organisée. Il ne l’a pas fait, elle a juste le droit à son mépris.

Grande cause nationale

Le CFEEDD qui a organisé les deuxièmes assises de l’éducation à l’environnement en 2009 à Caen, puis les troisièmes qui ont connu 95 évènements de préparation dans les territoires et réuni 1200 personnes dont la ministre de l’environnement Delphine Batho qui disait à Villeurbanne en 2013 « … Je suis venue vous dire, vous pouvez compter sur moi et sur le gouvernement pour faire de l’Éducation à l’environnement une priorité nouvelle de l’action de l’État…  ». Elle avait même parlé d’une « grande cause nationale  » dans son discours. Dommage quelques mois après elle était débarquée du gouvernement ! Pourquoi ne raccroche t-il pas ce wagon là Nicolas Hulot ? Cela semble si simple et si naturel pourtant.

Pourquoi détruire l’ENC ?

Ces assises ont été à chaque fois un véritable succès. L’Espace National de Concertation (ENC) pour l’EEDD qui mobilise six ministères, plusieurs associations d’élus, des associations nationales de l’environnement et de l’éducation, des syndicats, des entreprises… a été créé il y aura bientôt 10 ans. L’ENC est cité dans la circulaire de l’Education nationale du 4 février 2015  : « Ils (les coordonnateurs académiques d’éducation au développement durable) favorisent l’émergence d’une culture commune du développement durable au sein de l’académie, portée avec les acteurs territoriaux dans les instances d’échanges tels que les espaces régionaux de concertation pour l’éducation à l’environnement et au développement durable, inspirés de l’espace national de concertation pour le développement durable dont le ministère est membre. Les «espaces de concertation pour l’EEDD» sont également mentionnés dans la stratégie nationale de la transition écologique et pour le développement durable de 2015 -2020. Pourquoi ne pas respecter la stratégie nationale ? Pourquoi abandonner tous ces acquis qui ont demandé beaucoup de travail ?

Il s’assoit sur les recommandations de l’UNESCO

Dans sa feuille de route pour la mise en œuvre du programme d’action global pour l’éducation en vue du développement durable de 2014 l’UNESCO dit : « Le changement systémique ne se produira que si les ministères élaborent des politiques pertinentes et cohérentes, en faisant appel au secteur privé, aux communautés locales, aux universitaires et à la société civile et en coopérant avec eux » Nicolas Hulot fait le contraire. On trouve plus loin dans le même programme d’action de l’UNESCO : « Il est indispensable de renforcer les moyens de la société civile pour qu’elle devienne le principal moteur du changement au sein de la communauté ». Alors pourquoi lui couper les vivres ? Nous lisons plus loin : « Chaque État membre est encouragé à établir un mécanisme de coordination de l’EDD approprié et à désigner un point focal national pour l’EDD ». L’ENC était ce point focal, Nicolas Hulot le détruit !

Sa fondation est membre du CFEEDD

La Fondation Nicolas Hulot aujourd’hui dénommée « Fondation pour la nature et l’homme » (FNH) créée par Nicolas Hulot  repose sur les mots, « métamorphose », « changement de comportements », « pédagogie », « information », « éducation »… Dans l’esprit de toutes et tous Nicolas Hulot est un des grands de l’éducation à l’environnement de notre pays et sans doute du monde n’ayons pas peur de le dire. Alors forcément, comment aurait-il pu en être autrement, les militants de l’EEDD attendent quelque chose de lui. Sa Fondation est membre du Collectif Français pour l’Éducation à l’Environnement vers un développement durable depuis de nombreuses années.

Un mystère

Roland Gérard

Cette absence de politique du ministre ne peut-être vue comme une négligence, en réalité elle constitue en elle-même une politique. Dans quel but Nicolas Hulot refuse t-il de construire une politique de l’EEDD pour la France alors qu’il a en main toutes les clés pour le faire ? On nous dit qu’il a rencontré Jean-Michel Blanquer pour parler d’éducation à l’environnement, c’est très bien, mais personne ne sait ce qui s’est dit dans ces discussions, c’est dommage. L’incompréhension règne, il n’y a aucune transparence dans tout cela et nous perdons encore du temps pour faire face à la crise écologique. On aura du mal à dire merci monsieur le ministre, celui-là qui disait pourtant lors du Thematic day éducation à la COP 21 en 2015 : « oui la crise est d’abord culturelle et c’est aussi une crise de civilisation. Nous traversons une profonde crise de sens. Il faut redéfinir une vision, replacer l’homme dans sa dimension d’homme. L’homme fait partie de la nature, il en est la partie consciente. Nous devons donner aux enfants cette conscience… » Les aurait-il oublié les enfants ?

Roland Gérard

Expert indépendant en éducation pour la transition

L’article d’Agora Vox est ici.

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