Forêts françaises : un grand gâchis

286  Un article de France Culture, par Marie Viennot, le 10/02/2018.

En France, on a pas de pétrole, mais on a des forêts! 4ème surface forestière d’Europe, la France regorge d’essences diverses et précieuses qu’elle exporte de plus en plus, ce qui met toute la filière industrielle en aval en danger. Colbert, qu’ont-ils fait de tes bois ?

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Ceux qui travaillent dans cette filière, l’appellent l’or vert français. 400 000 emplois sont liés directement ou indirectement aux bois français. Les forêts, privées ou publiques recouvrent un tiers du territoire national. 4ème surface forestière d’Europe derrière la Suède, l’Espagne et la Finlande, la France se distingue par la diversité de ses essences, Chêne If saule pin maritime, et pourtant rien ne va dans la filière du bois français.

« C’est l’un des plus grands scandales économiques que je connaisse« , aurait même dit Emmanuel Macron pendant sa campagne. Cette semaine, la Fédération Nationale du Bois qui défend les intérêts des scieries, et des industriels de la filière a lancé un SOS au Président français.

« S’il vous appelle, donnez lui mon numéro », me glisse un représentant de la Fédération pendant la conférence de presse, « dites au président qu’il doit me rappeler ».

Des atouts et pourtant…

La situation n’est pas merveilleuse pour le bois Français, alors qu’elle pourrait l’être. C’est la qu’il y a un problème. L’État est partie prenante de la gestion des forêts depuis la fin du 17ème siècle. C’est Colbert, ministre de Louis XIV qui a eu l’idée de planifier les plantations et les coupes, notamment de chêne, dans le but de construire des navires militaires.

Nos riches forêts, nous les devons à nos arrière arrière arrière arrière aïeux, qui ont su nous léguer un écosystème et une ressource économique de valeur. Or qu’en faisons nous? Nous l’exportons de plus en plus.

Cela dépend des essences, mais entre 10 et 15% de la production de bois part vers l’étranger, ce qui prive la filière en aval de matière première.  Le volume de grumes (c’est à dire d’arbres coupés) sciés en France a été divisé par 2 depuis 10 ans et le personnel employé dans les scieries a diminué de 20%. Or en parallèle, nous importons, des produits issus du bois, meubles parquet, pâte à papier…. pour plus de 6 milliards d’euros par an.

Comme si on exportait du raisin pour importer du vin

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Un peu comme si la France exportait son raisin, et se mettait à importer de plus en plus de vin comme le résume un scieur interrogé par Libération en 2016. Comme pour beaucoup de choses, les produits en bois non faits en France sont souvent moins chers, mais ce n’est pas la seule explication. Le problème de la filière bois est aussi lié à son morcellement.

Dans le bois, il y a ceux qui possèdent, et ceux qui transforment. En aval de la coupe, il y a des milliers d’entreprises (2000), et en amont, des millions de propriétaires forestiers. Des propriétaires publics (l’État, et les communes possèdent un quart de la forêt française), 3 millions 500 000 propriétaires privés, la Caisse des dépôts, des banques… Autant de professionnels, qui comme le note un rapport de la Cour des Comptes défendent des intérêts et des priorités éparses, parfois peu compatibles, ce qui renforce la dispersion des moyens que l’État peut y consacrer.

Car l’État ne se désintéresse pas du sujet. Oh que non! En 30 ans, il y a eu 250 rapports officiels sur le bois français, 50 depuis 2006. Souvent les recommandations de ces rapports sont suivi d’effets quelque mois plus tard….

Sur le plan financier, déductions fiscales et aides diverses pèsent presque un milliard d’euros par an dans le budget annuel de l’État, soit autant que les moyens consacrés à la mission (ministère)  jeunesse, sport et vie associative.

Ambiance… massacre à la tronçonneuse

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Entre propriétaires forestiers privés et industriels du bois, la colère monte. Les industriels reprochent aux propriétaires d’exporter trop de chênes vers la Chine, ce qui les prive de matière première, et menace disent-ils de 6000 à 10 000 emplois. Ils demandent au pouvoir public d’étendre les mesures existantes, notamment le Label UE, qui réserve la totalité des ventes de chênes de l’Office National des Forêts à la filière française, et de s’aligner sur les 180 pays qui ont déjà limité leurs exportations vers la Chine.

Le syndicat de la filière bois qui représente les propriétaires privés dénonce dans un communiqué de plus de 10 pages (que l’on peut trouver ici) publié au lendemain de la conférence de presse de la FNB à laquelle j’ai assisté, une campagne de désinformation et affirme que les chênes exportés vers la Chine sont de moindre qualité, et n’intéressent pas les scieries françaises.

« Les mesures protectionnistes réclamées par la FNB au gouvernement français dénotent une profonde méconnaissance par la FNB de la forêt française, visent à défendre les seuls intérêts des gros transformateurs au détriment des petites scieries dont elle accélère la disparition en le privant de bois« . Syndicat de la filière bois.

Une fois de plus, l’État est appelé à la rescousse. Cette semaine encore, le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert a été interpellé lors des questions au parlement (comme il l’avait déjà été deux mois plus tôt au Sénat sous forme écrite).

Une fois de plus, l’État a promis d’agir. Le ministre de l’Agriculture a nommé Jean Yves Caullet, président du conseil d’administration de l’ONF pour réunir les acteurs de la filière, clarifier le problème et établir un plan forêt-bois « solide et robuste« .

Pour le moment, il n’est pas encore temps de faire appel à la Fée Fagot !

L’article de France Culture est ici.

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