A Fos-sur-Mer, la santé menacée par la pollution industrielle


126  Un article de Reporterre, par Pierre Isnard-Dupuy, le 14/02/2018.

Le golfe de Fos, entre le delta du Rhône et l’étang de Berre, concentre de nombreuses industries lourdes. Des études menées par la société civile ont mis en évidence le lien entre la pollution environnementale et la santé des riverains. Devant l’absence de réaction de la part de l’État, les habitants ont décidé de saisir la justice.

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« C’est bien dommage d’aller en justice, mais il n’y a plus d’autres moyens pour essayer de faire entendre raison. Nous ne sommes plus à l’époque des mines, nous n’acceptons plus d’être de la chair à canon », dit avec tristesse René Raimondi, maire (PS) de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), à une assemblée de près de 400 personnes réunies au théâtre de la ville. La réunion publique est organisée, ce lundi 12 février, par l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF). Elle a pour objet d’informer sur les procédures judiciaires qui vont s’engager pour inciter, enfin, les autorités à réagir sérieusement aux dangers sanitaires que subit la population locale au voisinage de l’un des plus grands complexes portuaires et industriels d’Europe.

La zone industrialo-portuaire (ZIP) concentre 40.000 emplois, la majorité des habitants de Fos-sur-Mer y travaillent. « On tremble tous quand une industrie menace de s’arrêter, mais au fond de nous, on est très inquiets pour notre santé », poursuit le maire. « Nous ne demandons aucune fermeture de site. Nous voulons simplement que l’inégalité environnementale et sanitaire soit prise en compte et que les services de l’État agissent pour faire limiter les pollutions », précise Daniel Moutet, le président de l’ADPLGF.

Avec ses plages et son spot de windsurf, le golfe de Fos aurait pu rester un petit coin de paradis. À une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest de Marseille, il s’étire de l’étang de Berre à l’embouchure du Rhône. Le village médiéval de Fos domine cette partie sud de la plaine de la Crau. Dans les étangs, les flamants roses paradent au soleil. Sauf que la carte postale s’est dégradée depuis le début des années 1970.

« Pourquoi a-t-il fallu qu’on aille chercher les preuves nous-même ? » 

Dès cette époque, le port autonome de Marseille projetait son agrandissement. Les bassins ouest furent créés de Lavéra (commune de Martigues) à Port-Saint-Louis-du-Rhône, avec leurs terminaux pétroliers, minéraliers et conteneurs. Avec eux furent installées des industries lourdes, classées Seveso : raffineries, pétrochimies, cimenteries et sidérurgies. En 2010, l’incinérateur des déchets de l’aire urbaine de Marseille s’est ajouté au paysage. Les baigneurs sont désormais encadrés par les cargos en attente d’accostage et les cheminées d’usine. PCB, métaux lourds, dioxine, particules fines… les 100.000 habitants de la zone sont exposés à des pollutions dangereuses.

Les études qui mettent en évidence le lien entre la pollution environnementale et la santé des habitants émanent de la société civile. « Pourquoi a-t-il fallu qu’on aille chercher les preuves nous-même ? » interroge Daniel Moutet. Financée par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), l’étude Fos-Epseal est « la première “étude participative en santé environnement ancrée localement” menée en Europe », expose, lors de la réunion publique, Yolaine Ferrier anthropologue au CNRS, qui a fait partie des chercheuses impliquées.

« La science est un enjeu de pouvoir. Les 37 études menées par les pouvoirs publics et les industriels ont affirmé qu’il n’y avait pas problème sanitaire. Jusqu’à Fos-Epseal, les citoyens ne bénéficiaient d’aucune étude qui partait de leurs questionnements », dit Yolaine Ferrier. L’étude propose une approche croisée entre épidémiologie, biostatistique, sociologie et anthropologie. Elle est sortie en janvier 2017 et ses résultats révèlent des éléments préoccupants : deux fois plus de cancers par rapport à la moyenne nationale (11,8 % pour le golfe de Fos contre 6 % en France), l’asthme (15 % contre 10 %) et le diabète (12,9 % contre 5,2 %) sont également plus importants ici qu’ailleurs.

Le 26 janvier 2018, Air Paca rendait les conclusions de son étude Scénarii, menée sur l’atmosphère de 66 villes du pourtour de l’étang de Berre. L’association a pris en compte 40 substances dangereuses pour la santé dans ses mesures. Son étude met en évidence « l’effet de risques » à Fos, Martigues et Berre pour trois substances qui se cumulent et sont directement liées à l’activité industrielle : benzène, 1,2-dichloroéthane et 1,3-butadiène. Et pour toute la zone, « l’ensemble de la population […] est concernée par des dépassements du seuil de conformité ». (…..)

La suite de l’article de Reporterre est ici.

 

A propos Jazz Man

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