Les métaux rares, le visage sale des technologies « vertes »

389  Un article de Reporterre, par Ernest London, le 10/02/2018.

La transition énergétique vers les « technologies vertes » dépend de l’exploitation de matériaux indispensables au fonctionnement des éoliennes, panneaux solaires ou autres batteries électriques. Dans « La guerre des métaux rares », le journaliste Guillaume Pitron révèle l’envers de cette « révolution ».

579

Alors que jusqu’à la Renaissance, les hommes n’ont exploité que sept métaux, c’est désormais la quasi-totalité des 86 éléments de la classification périodique de Mendeleïev qui est utilisée. Depuis les années 1970, leurs propriétés magnétiques exceptionnelles sont exploitées pour fabriquer des aimants ultra puissants utilisés dans les moteurs électriques. Ils servent aussi dans les batteries qui les alimentent, les pots catalytiques, les ampoules basse consommation, les composants des appareils numériques… toutes les technologies vertes (green tech) qui utilisent donc une énergie sans charbon ni pétrole. Mais l’extraction et le raffinage de ces métaux sont extrêmement polluants.

L’industrialisation d’une voiture électrique consomme trois à quatre fois plus d’énergie que celle d’un véhicule conventionnel et sur l’ensemble d’un cycle de vie, leurs consommations énergétiques sont globalement proches. La fabrication d’une puce électronique de deux grammes implique le rejet de deux kilos de matériaux. Un courriel avec une pièce jointe consomme autant d’électricité qu’une ampoule basse consommation de forte puissance pendant une heure. « La prétendue marche heureuse vers l’âge de la dématérialisation n’est donc qu’une vaste tromperie, puisqu’elle génère, en réalité, un impact physique toujours plus considérable. »

Le recyclage des métaux rares à grande échelle représente actuellement un coût supérieur à leur valeur. Et malgré la convention de Bâle adoptée en 1989, qui contraint les industriels à traiter dans le pays où ils sont collectés les déchets électroniques, recélant souvent des métaux lourds et toxiques, beaucoup se retrouvent en Asie ou en Afrique. Les États-Unis, qui n’ont pas signé la convention, exportent 80 % de leurs déchets électroniques.

« La plus fantastique opération de “greenwashing” de l’histoire »

Le double dumping, social et environnemental, pratiqué par la Chine lui a permis de réduire considérablement ses prix de revient de production des métaux rares. Ce qui a poussé l’Occident à délocaliser sa pollution : le monde s’est organisé entre « ceux qui sont sales et ceux qui font semblant d’être propres ». « Dissimuler en Chine l’origine douteuse des métaux a permis de décerner aux technologies vertes et numériques un certificat de bonne réputation. C’est certainement la plus fantastique opération de greenwashing de l’histoire », écrit Guillaume Pitron.

Tous les grands industriels aujourd’hui appliquent les deux méthodes de gestion et de production instituées dès 1962 au sein du groupe japonais Toyota : just in time et zero stock. Cette logistique a débarrassé les entreprises de la « peur de manquer » sauf que les pays occidentaux n’ont pas appliqué aux métaux rares les règles élémentaires de toute stratégie d’indépendance énergétique : garantir des livraisons pérennes ou exploiter ses propres ressources.

531

La fabrication d’une puce électronique de deux grammes implique le rejet de deux kilos de matériaux.

La Chine a su se jouer de cette insouciance du monde occidental pour l’approvisionnement en métaux rares. En produisant 44 % de l’indium consommé, 55 % du vanadium, 65 % du spath fluor et du graphite naturel, 71 % du germanium, 77 % de l’antimoine, 84 % du tungstène et 95 % des terres rares, elle est devenue une actrice incontournable de leur approvisionnement. Tout ce qui se décide à Pékin a désormais des effets sur le reste du monde. Entre 2006 et 2008, une brusque hausse de la consommation chinoise de titane, un minerai dont elle fournit 50 % de la production mondiale, a entraîné une multiplication du cours par dix. De plus, la Chine est accusée de mettre en œuvre une politique systématique de restriction des minerais rares.

Guillaume Pitron explique encore comment la Chine a favorisé la délocalisation des outils de productions des entreprises concurrentes en les attirant avec ses avantages compétitifs (main-d’œuvre bon marché, faible coût du capital grâce à une politique de dévaluation du yuan, taille du marché domestique qui permet d’importantes économies d’échelle). En développant des partenariats, les joint ventures, fondées sur le partage de savoir-faire technologique et donc de brevets, baptisé « innovation indigène », la Chine a absorbé des technologies étrangères.  (…..)

La suite de l’article de Reporterre est ici.

Cet article a été publié dans Pollution, Transition énergétique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.