Lobbying : Monsanto exclu du Parlement européen.

458  Un article de Courrier International, par Claire Gounon, le 29 septembre 2017.

Les députés européens ont retiré aux lobbyistes de Monsanto leur droit d’accès au Parlement. Un coup dur pour l’entreprise américaine, en pleine campagne pour défendre la commercialisation du glyphosate.

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Des manifestants protestent contre la firme Monsanto à l’extérieur de la Commission européenne, à Bruxelles (Belgique), le 19 juillet 2017. (Alexandros Michailidis / AFP)

Monsanto n’est plus le bienvenu à Bruxelles et à Strasbourg : jeudi 29 septembre, les députés européens ont retiré aux lobbyistes du géant américain de l’agrochimie leur droit d’accès au Parlement. Cette décision fait suite au refus de Monsanto de participer à une audience qui devait se tenir le 11 octobre dernier. Organisée par les commissions de l’agriculture et de l’environnement, cette séance devait être l’occasion de revenir sur les soupçons qui pèsent sur l’entreprise américaine de vouloir influencer les recherches autour du glyphosate, composant déterminant du désherbant Roundup, son produit phare.

Monsanto dans l’embarras.

“C’est la première fois que les députés utilisent les nouvelles règles [entrées en vigueur en janvier 2017] de retrait du droit d’accès au Parlement aux entreprises qui ignorent une convocation à une audience parlementaire”, souligne The Guardian. Le quotidien britannique note que cet évincement est un coup dur pour la firme américaine, qui était en pleine campagne pour la défense du glyphosate : en octobre prochain, les députés doivent se prononcer sur la commercialisation du pesticide le plus utilisé dans le monde, par ailleurs classé comme “cancérogène probable” par l’Organisation Mondiale de la Santé.

“Nous avons observé, avec inquiétude, la politisation de la question du glyphosate dans les instances européennes, une question qui devrait être traitée de façon scientifique, mais qui a été détournée par bien des égards par le populisme”, a réagi Philip Miller, vice-président de Monsanto.

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Une manifestation devant la Commission européenne alertant sur les dangers des produits de Monsanto, le 19 juillet 2017, à Bruxelles. (Yves Herman / Reuters).

Le coprésident du groupe des Verts, Philippe Lamberts, a de son côté déclaré que ceux qui ignorent les règles de la démocratie perdent aussi leurs droits en tant que lobbyistes au sein du Parlement européen.

Si les questeurs de Bruxelles confirment, mardi 3 octobre, la décision des députés, Monsanto – qui dépense jusqu’à 400 000 euros par an pour ses activités de lobby – ne pourra plus rencontrer les parlementaires ni assister aux commissions. Mais pour Le Soir, “les meilleurs lobbyistes le savent : l’accès au PE [Parlement européen], c’est surfait. Il leur suffit d’attendre la transhumance du jeudi soir. Sur quelques mètres : directement du Parlement vers les bars”, ironise le quotidien belge, en référence aux réunions informelles du Tout-Bruxelles les jeudis soir sur la place du Luxembourg, en face du Parlement euroen.

L’article de Courrier International est ici.


Commentaire

En octobre 2016, à La Haye, victimes et experts témoignent devant un tribunal populaire (le Tribunal international Monsanto) au fil d’un édifiant procès symbolique contre le Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde, et sa très toxique molécule active, le glyphosate. Un film retrace ce réquisitoire accablant, paroles de victimes et d’experts à l’appui. Intitulé « Le roundup face à ses juges », il sera diffusé sur la chaine ARTE le mardi 17 octobre à 20h50. En octobre l’Union européenne doit décider de prolonger ou non l’autorisation du glyphosate sur le marché. Déclaré en mars 2015 « cancérigène probable » par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l’ OMS, et reconnu comme tel par des études scientifiques secrètes commanditées par Monsanto, l’herbicide, omniprésent dans l’eau, l’air, la terre et les aliments, est aussi un perturbateur endocrinien, un antibiotique et un chélateur de métaux (il séquestre les minéraux). Face au silence coupable des agences de santé et à l’inertie des gouvernements, le film, à travers ce procès, montre également la mobilisation à l’œuvre de la société civile mondiale pour faire reconnaître l’écocide. L’enjeu ? La poursuite au pénal des multinationales dont les activités menacent la sûreté de la planète et la santé de ses occupants.

 

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