L’absurde retard de la France dans l’énergie solaire.


126  Un article de Reporterre, par Jean-Louis Gaby, le 22 mai 2017.

La France produit moins d’électricité solaire que… l’Angleterre. Pire encore, la puissance raccordée stagne. L’auteur de cette tribune explique les raisons de ce retard français : une politique tarifaire inadaptée et des subventions qui favorisent les gros projets, alors qu’il faudrait soutenir les petites installations.

Jean-Louis Gaby est ingénieur, ancien artisan solaire.

351

Artisan solaire à la retraite, je suis effaré de constater en France le faible développement de l’électricité renouvelable et la réduction du nombre d’installations solaires, alors que ce devrait être le contraire. Ainsi en 2016, l’électricité renouvelable a couvert 38,7 % de la consommation en Espagne, 33,8 % en Allemagne, 33,4 % en Italie, et seulement 19,6 % en France.

Alors que l’Allemagne possède une puissance installée de 50 gigawatts (GW) en éolien et de 40 GW en photovoltaïque, la France possède 11,7 GW en éolien et 6,8 GW en photovoltaïque, soit 4,3 et 5,9 fois moins… bien que nous possédions des gisements supérieurs en vent et en soleil. En solaire, avec 360.000 installations, nous sommes moins bien placés que l’Italie (20 GW), et même que le Royaume-Uni (11 GW, avec 900.000  installations), ce qui semble franchement paradoxal. Enfin, si l’éolien représente 4,3 % de notre consommation d’électricité, le photovoltaïque n’en représente que 1,7 %.

Bien que notre retard soit considérable avec les quatre grands pays moteurs en Europe, nous constatons sur le graphe « Évolution de la puissance raccordée » ci-dessous notre stagnation, car en 2016 nous retrouvons le niveau de 2010.

352

Le créneau des toitures photovoltaïques résidentielles de 0 à 9 kWc n’a cessé de se contracter, passant de 28.900 installations en 2012 à 14.500, en 2015.

 

353

Ce recul s’explique par la dégressivité des tarifs d’achat de l’électricité photovoltaïque depuis 2011, par la sortie de ces installations du dispositif du crédit d’impôt en 2013, mais aussi par l’action d’écodélinquants proposant à des prix très élevés des installations souvent défectueuses.

C’est le consommateur final qui est obligé de payer.

Nouvelle inquiétude pour le développement de la filière, EDF ENR, dans sa campagne Mon soleil & moi, promeut l’autoconsommation pour les particuliers. En 2016, elle représentait 20 % des nouvelles installations de 0 et 3 kWc. Cette campagne, sans augmenter visiblement le nombre d’installations, conduit à réduire d’un facteur 3 les puissances installées, car, en 2015, leur puissance moyenne était de l’ordre de seulement 1,2 kWc. Cette faible puissance s’explique par le fait que la vente de l’excédent de production étant exclue, une puissance standard de 3 kWc est bien trop importante lorsque le soleil est présent et que le logement consomme peu, ce qui est très souvent le cas.

Autre déconvenue, bien que depuis le 20 septembre 2016 Enercoop soit désormais éligible à l’obligation d’achat solaire, ne sont autorisés que 75 contrats pour une puissance installée totale de 100 MW. Les particuliers souhaitant vendre leur électricité à Enercoop sont donc majoritairement exclus.

En réalité, le marché du photovoltaïque est dominé par les installations de plus d’un mégawatt, qui représentent dix fois plus de puissance raccordée que pour le résidentiel. Ces grandes installations rentrent dans le cadre d’appels d’offres du ministère de l’Environnement portant en particulier sur le prix d’achat de l’électricité fixé par les candidats de chaque projet. Si les appels d’offres permettent officiellement de faire jouer la concurrence, la corruption et la fraude, régulièrement dénoncées, comme le favoritisme, les ententes, et les pactes de corruption ne sont pas exclus.

354

Ces projets très rentables assurent un revenu garanti, aussi les établissements financiers se sont engouffrés dans ce marché sans risque. C’est le consommateur final qui est obligé de payer. Ainsi, par exemple, la Caisse des dépôts et consignations a financé des dizaines d’installations en France, et non des moindres, comme celle des ombrières des parkings de l’usine Renault, à Cléon. Parallèlement, l’autoconsommation crée des marchés subventionnés permettant ainsi de boucler les projets.

« Privatisation » de la production d’électricité.

Plus préoccupant : le niveau du prix d’achat par EDF de l’électricité varie beaucoup selon le type d’installation. Ainsi, dans le dernier appel d’offres lancé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), pour les installations de plusieurs mégawatts, le prix moyen d’achat était de 68,1 €/MWh, et on ne peut que se féliciter de ce niveau bas. Pour les installations sur ombrières de parking, il était de 105,6 €/MWh, aussi, l’augmentation est sensible. Mais le prix d’achat est parfois bien plus élevé, comme pour Fonroche énergie et la Caisse des dépôts de la région Aquitaine, qui ont réussi à décrocher 202 €/MWh pour 27 hectares de serres photovoltaïques. Le record est finalement détenu par la géothermie à haute température, qui est en moyenne à 260 €/MWh.

Le financement des installations hors standard satisfait nos politiques, qui peuvent s’enorgueillir d’inaugurer des installations « remarquables ». Par contre, nous produisons une électricité chère qui, à investissement égal, produit jusqu’à 4 fois moins d’électricité verte, ce qui va à l’opposé du but initial. En outre, si cette « privatisation » de la production d’électricité ne représente aucun effort financier de l’État, il se traduit par un surcoût pour les consommateurs par le biais de la CSPE, qui croît sans cesse, et on comprend aisément pourquoi.

Ce n’est pas en aidant fortement les installations les moins rentables que l’on va développer en France un photovoltaïque peu cher qui, selon Philippe Boisseau, le numéro deux de Total, serait deux fois moins onéreux en Allemagne.

L’article de Reporterre est ici.

Publicités

A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels - qui sont destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique, en Angleterre ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une usine de fabrication de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient de la préfecture une autorisation complémentaire permettant d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides ou des pesticides) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue pour le début de l’année 2018. Mais ce même promoteur prépare déjà un nouveau projet - probablement le même, la loi ayant changé pour lui être plus favorable - qui est en cours de finalisation. Si ce second projet obtient une autorisation, nous l'attaquerons aussi en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
Cet article a été publié dans Energie renouvelable. Ajoutez ce permalien à vos favoris.