Coupes abusives : l’ONF pris la main dans le sac à Mormal (Nord).


338  Un article de la Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France, par Benoit Tomsen, Président de l’association «Mormal Forêt Agir» le 03 mai 2017.

La forêt de Mormal, plus grand massif forestier du département du Nord, est vaste de 9163 hectares. Il s’agit d’une forêt domaniale gérée par l’Office national des forêts (ONF) sous la tutelle du ministère de l’agriculture. Ce massif constitue, pour le Nord de la France, un élément particulièrement important du réseau Natura 2000 et de la Trame verte régionale.

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L’association Mormal Forêt Agir, luttant pour la protection du massif, a demandé à l’ONF l’annulation de la vente du bois d’une parcelle « test », la parcelle 807, représentative de la situation de la forêt et située en zone de sensibilité paysagère dite « modérée ». L’association demande, en conséquence, à la modification du martelage des arbres qu’elle contient.

 

Le 26 mars 2017, une nouvelle action a été organisée : les arbres devant être abattus sur la parcelle ont été symboliquement ceinturés d’une rubalise rouge et blanche, dispositif évidemment réversible. Cette parcelle test montre, une nouvelle fois, comme nous allons le montrer, que l’ONF surexploite la forêt de Mormal, compromettant ainsi sa biodiversité et son attrait paysager.

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La production attendue en 2016 sur la parcelle par le Plan d’aménagement forestier de la forêt de Mormal pour 2014/2033 est en effet de 64 mètres cubes par hectare (voir son chapitre 2.5.2, p. 63 reproduit ci-dessous), soit 827.52 mètres cubes au total. Ce chiffre, bien que précis, « est donné à titre indicatif, d’après les résultats quantitatifs des descriptions ». Une erreur, à la marge, est ainsi possible et compréhensible.

Cependant, suivant la Fiche de vente (reproduite ci-dessous) et le marquage des arbres, l’ONF prévoit de vendre 1 492 mètres cubes de bois sur cette même parcelle, vaste de 12.93 hectares. Le volume de coupe est donc de 115.39 mètres cubes par hectare, chiffre correspondant à l’abattage de 362 chênes, 76 hêtres, 6 merisiers…

 

Le calcul du dépassement réalisé par rapport au Plan d’aménagement est donc de 80.29 %, soit presque du simple au double, et, en tous les cas, très loin de la marge d’erreur intégrée par le Plan !

La surexploitation de cette parcelle correspondrait en définitive précisément à 145 chênes, 30 hêtres et 3 merisiers, soit 597 mètres cubes de bois qui seront spoliés à la forêt de Mormal.

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L’excès est ainsi évident et ne pourra qu’entraver durablement la régénération de cette zone de la forêt. Ainsi, on peut estimer que la parcelle mettra plus de 31 ans à se régénérer à l’identique. Malgré ce constat, une autre coupe est prévue sur la parcelle 807 durant les 19 ans de la période de gestion du plan d’aménagement 2014-2033. Ainsi, en 2026, l’ONF prévoit de passer en coupe « d’amélioration », soit un prélèvement supplémentaire de 59 mètres cubes par hectare, représentant 762.87 nouveaux mètres cubes de bois. Finalement, dans 10 ans, la régénération naturelle ne devrait pas dépasser 459 mètres cubes.

D’après nos vérifications, la parcelle 807 ne subit pas un traitement particulier, la majorité de celles composant la forêt étant surexploitées. Avec des dépassements de prélèvements aussi significatifs, il est finalement impossible de considérer que la forêt de Mormal fait l’objet d’une gestion pérenne.

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Le Plan d’aménagement forestier de la forêt de Mormal pour 2014/2033 affirme pourtant le « rôle multifonctionnel de la forêt » et sa volonté de protéger la « biodiversité forestière ordinaire et remarquable (engagement n°77 du Grenelle de l’environnement) », tandis que, sur son site Internet, l’ONF explique « Assurer la gestion durable des forêts publiques », « Agir pour augmenter la ‘valeur biodiversité’ des forêts » et « Agir au service des populations pour offrir une forêt accueillante ». Dont acte !

L’article de la SPPEF est ici.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par ce projet d’usine de pellets industriels - pellets destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis du conseil municipal d'Anor, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis consultatif du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une "unité de fabrication" de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco a obtenu du préfet un arrêté complémentaire qui lui permet d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides, des pesticides ou des composés organiques volatiles non naturels) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter qui avait été accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue en 2018. Début 2018, ce même promoteur dépose en préfecture un nouveau projet qu'il dit être le même - la loi ayant changé pour lui être plus favorable - mais qui est en fait différent à 50% du premier projet. En effet, le premier projet a été modifié pour incorporer des bois de classe B. Le permis de construire a été modifié. Tout l'approvisionnement arrivera sous forme de plaquettes, ce qui implique la suppression de l'écorçage, du broyeur-déchiqueteur et du parc à bois. Un brevet a été obtenu en 2017. Le système de filtres de la cheminée a complètement changé pour passer du filtre cyclonique à l'électro-filtre dont les boues seront rejetées dans l'assainissement collectif. Il n'y aura pas de réunion public, ce qui va priver la population d'une information correcte que la loi exige ! Si ce second projet obtenait une autorisation, nous l'attaquerions immédiatement en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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