Comment les Chinois pillent les forêts wallonnes.

116  Un article de RTBF Info, par la rédaction, le 30 avril 2013.

Commentaire : cet article aura bientôt quatre ans, mais il est toujours d’actualité. Car rien n’a changé et les portes-containers sont encore et toujours dans nos forêts pour charger les hêtres et les chênes qui partent vers la chine.

La Belgique, l’Europe face à la mondialisation, les forêts wallonnes aussi. Le phénomène n’est pas neuf, mais il s’amplifie. Comment faire face à l’ogre chinois? Comment ne pas appauvrir nos activités et nos ressources? Comment éviter la disparition d’un secteur porteur d’emplois? Nos bois intéressent la Chine, pour le pire et certainement pas pour le meilleur.

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Le phénomène existe depuis le début des années 2000. Nos forêts, nos bois nobles, nos feuillus intéressent fortement l’Asie et singulièrement la Chine. Les forêts wallonnes, mais aussi françaises, allemandes, polonaises, tchèques… Bref, une vraie razzia sur les ressources forestières européennes. Une véritable technique de l’étranglement. Et ça marche! Le secteur est à bout, les entreprises trinquent et les emplois disparaissent.

Une stratégie bien établie

C’est d’abord le hêtre qui a été la cible des acheteurs asiatiques. Le hêtre est parfait pour fabriquer du parquet. Les Chinois en sont friands et ils peuvent surtout transformer à bas prix le bois acheté sur pied en Europe pour le réexporter ensuite sur les marchés occidentaux , à des prix défiants toute concurrence.

Pour mettre la main sur le bois européen, il a juste fallu mettre le prix, faire gonfler les prix. En 2000, un mètre cube de hêtre se vendait moins de 45 euros. Quatre ans plus tard, il se vendait 200 voire 250 euros le mètre cube. Une aubaine, pour les vendeurs, une catastrophe pour le secteur de la transformation du bois. Les bûcherons ou les exploitants forestiers ne vendent plus qu’à la Chine et maintenant à l’Inde qui a appliqué exactement la même technique. En chiffres, on comprend mieux. De 2010 à 2011, la Belgique a augmenté ses exportations dans le secteur du bois de 130% vers la Chine et de 1700 % vers l’Inde.

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Les chênes de Mormal partent en Chine.

Une catastrophe pour le secteur de la transformation du bois car il est devenu impossible pour les scieurs belges et wallons de suivre cette politique de la hausse des prix. Les scieurs locaux sont asphyxiés, incapables d’acheter le bois qui a poussé au fond de leurs jardins. C’est une ressource locale qui leur échappe complètement. Beaucoup font faillite, la plupart des scieries spécialisées dans le hêtre ont disparu: il en reste une seule aujourd’hui, il y en avait une vingtaine en 2000. Le secteur est mort, il a été étouffé et étonnamment les prix du hêtre ont retrouvé ces dernières années des cours normaux, plus ou moins 55 euros le mètre cube.

Après le hêtre, le chêne.

Le hêtre belge, français, allemand, polonais a fait son temps: la ressource et le secteur sont presque épuisés. Il est temps maintenant de s’attaquer aux chênes. Selon la même technique, la même stratégie de l’étranglement. Des prix qui montent, des scieurs locaux qui ne parviennent pas à suivre la hausse des prix, et des faillites qui succèdent aux faillites. Et c’est une mauvaise scène qui se rejoue.

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Forêt de Fourmies, mars 2017. Ces containers vont-ils en chine par Anvers ou par Rotterdam ?

La Chine, un si grand pays?

Mais qu’est-ce qui pousse la Chine à envahir les marchés européens alors que le pays lui même regorge de forêts et de terres inexploitées? Il y a en Chine 220 millions d’hectares de forêts diversifiées, gérées et chaque année on en replante 10 à 15 millions. A titre de comparaison , il y a 700 000 hectares en Belgique. Selon la fédération des scieurs belges, la technique chinoise ou indienne vise à organiser la pénurie chez nous et à se garder une réserve pour les années de disette.

Que faire?

Que faire pour contrer ces assauts financiers? Que faire pour soutenir un secteur aux abois? Que faire pour éviter que l’industrie de transformation de ne disparaisse chez nous? L’Office économique wallon du bois se penche sur la question. La Wallonie et la Belgique sont impuissantes. Elles doivent respecter les règles édictées par l’Europe et le protectionnisme n’est pas de mise chez nous. En Afrique pourtant, en Asie aussi et même en Chine, les bois ne sont pas exportés qu’à condition qu’ils aient déjà été transformé. Alors qu’attend-on ?

L’article est ici.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en mai 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets dans la zone d’activité Saint-Laurent à Anor (à 150 m de chez moi) , je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact, avis de l’autorité environnementale, avis de la commissaire enquêteur, avis du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une unité de fabrication de granulés de bois et une centrale biomasse. J'ai été atterrés par ce que j'y ai lu. Plusieurs riverains étaient du même avis, nous avons donc créé un collectif. Au bout de quelques mois ce collectif est devenu une association : Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. Et en janvier 2016, la société Jeferco obtient une autorisation complémentaire permettant d'utiliser du bois de classe B (bois peints, collés, vernis) dans le process de fabrication de son pellet industriel.
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