A Ungersheim, la transition est belle, mais ne règle pas tout.

126  Un article de Reporterre, par Baptiste Giraud, le 10 décembre 2016.

Qu’est-ce qu’on attend ?, le nouveau documentaire de Marie-Monique Robin, est sorti mercredi 23 novembre au cinéma. Il décrit Ungersheim, un village alsacien engagé dans une démarche de transition.

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C’est le village modèle de la transition écologique. Le plus avancé au monde. Même Rob Hopkins, le père anglais de l’idée de « ville en transition », l’assure. Alors oui, Ungersheim valait bien un film. Pour montrer au plus grand nombre ce qu’il s’y fait, que ça rend les gens heureux, en bref, que la transition, c’est possible, ça marche ! Voilà à quoi s’est attelée la documentariste Marie-Monique Robin. D’abord connue pour ses enquêtes d’investigation (Le Monde selon Monsanto), elle cherche depuis plusieurs années à mettre en avant les alternatives (Les Moissons du futur, Sacrée croissance !). Pour marcher sur « deux jambes : les lanceurs d’alerte et les lanceurs d’avenir ».

Ungersheim, ce village alsacien de 2.200 habitants, Marie-Monique Robin l’a découvert par son maire, Jean-Claude Mensch, venu lui parler à la fin d’une projection de Sacrée croissance ! : « Il m’a dit que tout ce que je présentais dans le film se faisait déjà dans la commune. Sacrée croissance ! montrait les plus belles histoires dans le monde entier et, à Ungersheim, toutes ces dynamiques étaient à l’œuvre dans un seul et unique territoire », explique-t-elle à Reporterre. Soit un programme global, cohérent, couvrant toutes les facettes de ce qu’est la transition écologique. La renommée grandissante du village était même parvenue aux oreilles de Reporterre, qui s’y est rendu voici un an.

« L’histoire minière résonne encore aujourd’hui, avec ses valeurs de solidarité »

La réalisatrice a donc installé ses caméras sur place pendant six semaines en tout, échelonnées sur une petite année, afin de capter cette « dynamique vertueuse ». « Je n’ai jamais vu ça ailleurs. C’est impressionnant de voir le plaisir qu’ils ont à faire ce qu’ils font », s’enthousiasme Marie-Monique Robin. Ils, ce sont les habitants d’Ungersheim qu’elle met à l’image tels des personnages : Jean-Sébastien, le jeune responsable de la régie communale agricole, Christophe et Lili, les paysans-boulangers, Alice, la retraitée, Bertrand, le père de famille, Sébastien et Ayat, les amoureux, Sophie, la jeune enseignante, etc. Chacun raconte la manière dont il participe à l’aventure de la transition, tous témoignent du bonheur qu’il y a à s’engager dans une telle démarche.

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Mais, pourquoi est-ce que ça marche si bien là-bas, se demande-t-on en les entendant ? « Le terrain était favorable, avance humblement le maire. L’histoire minière résonne encore aujourd’hui, avec ses valeurs de solidarité, et puis le dynamisme associatif est vigoureux depuis plus de 50 ans. » C’est notamment sur ce monde associatif que Mensch s’est appuyé lors de son arrivée à la mairie en 1989, en développant une MJC.

Marie-Monique Robin souligne surtout l’importance de l’élu, qu’elle qualifie de « héros local » : « Sa vertu est de savoir rassembler, d’aller chercher les gens de valeur », explique-t-elle. Et d’encourager le lien : « Être connecté à ceux avec qui on vit, prendre soin d’eux, de la nourriture, etc. ». La figure de Jean-Claude Mensch ressort particulièrement du film. À la mairie, ceint de son écharpe tricolore, animant des réunions, face aux enfants, à vélo dans le village, ou avec ses bottes pour venir aider aux champs : tout vient de lui. « Il a une idée par seconde. On a parfois du mal à le suivre. Il peut déraper », en dit Aimé, céréalier conventionnel, parfois sceptique, et adjoint de Mensch à la mairie. Un moteur donc, mais « qui sait être patient et ravaler son ego », comme le montre le film et l’assure sa réalisatrice.

« On a besoin des élus locaux si l’on veut passer à la vitesse supérieure »

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Des milliers de m2 de panneaux photovoltaïque.

« Donner l’exemple : c’est la seule chose que nous pouvons faire en tant qu’élus. Si les citoyens ne s’engagent pas, la collectivité est isolée. Mais les citoyens seuls n’ont pas tous les leviers à leur disposition pour opérer le changement concrètement et efficacement », analyse-t-il. « On a besoin des élus locaux si l’on veut passer à la vitesse supérieure » : c’est un des principaux apports du film et de l’expérience ungersheimoise aux mouvements de transition. La réalisatrice tient à rendre « hommage aux élus locaux. C’est rare d’en trouver qui soient à la fois éclairés et courageux. Mais ils ne sont pas encouragés », déplore-t-elle. Un oubli dont elle et Rob Hopkins se sont rendus compte et qu’ils espèrent combler. Marie-Monique Robin a ainsi récemment rencontré le cabinet de Ségolène Royal, qui lui a assuré vouloir promouvoir le film auprès des communes du programme « Territoires à énergie positive ». Car le modèle Ungersheim a des arguments de poids : 120.000 € d’économies depuis 2005, pas d’augmentation des impôts locaux, une centaine d’emplois créés, et la réduction de 600 tonnes par an des émissions de gaz à effet de serre.

« Ce pour quoi nous sommes élus, c’est d’abord améliorer le bien-être des gens, trouver de nouvelles parcelles de bonheur, dit Jean-Claude Mensch à ses collègues. C’est le plus difficile, il faut être au contact des gens, partager, cultiver les valeurs de la fraternité. Et écouter, car tous ont leur propre expertise, les considérer, montrer que leur contribution aboutit à des résultats. »

La suite de cet article est ici.

La bande annonce du film est sur le site de la fondation Nicolas Hulot.

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L’écomusé d’Ungersheim.

Le site de l’écomusée est ici.


Commentaire :

Cet article, un peu trop politisé, ne précise pas qu’Ungersheim est aussi un écomusée. En effet, dès 1971, face à la dégradation du patrimoine architectural alsacien, un groupe de jeunes gens très motivés décide de mettre en œuvre un projet de sauvegarde. En 1980, une première maison est sauvée de la démolition et reconstruite sur un terrain en friche de la commune d’Ungersheim ; c’est le début de l’Écomusée d’Alsace. Le musée accueille ses premiers visiteurs le 1er juin 1984. En 2014, le site a célébré son trentenaire. Les écoles et les collèges d’Alsace y font des sorties scolaires. Il faut dire qu’ils sont partis avec un avantage : les maisons alsaciennes à colombage ont été conçus pour être démontable et déplaçable. L’écomusée est un vrai village, avec des dizaines de maisons et des artisans tels que barbier, boulanger, charron, cordonnier, forgeron, pécheur, potier, sellier-bourrelier, tonnelier et vannier. Mais aussi des naturalistes ayant réalisé un inventaire du patrimoine naturel. C’est le plus grand musée vivant à ciel ouvert de France, organisé comme un village du début du XXème siècle.

 

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