La forêt de Sherwood, future ZAD de « Robin des bois » écolos ?


241  Un article de Libération, par Alexandre Hervaud, le 2 janvier 2017.

En Angleterre, les opposants à l’extraction du gaz de schiste se mobilisent pour sauvegarder la forêt de Sherwood et son arbre quasi millénaire, menacés par un groupe pétrochimique.

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Major Oak, le chêne quasi millénaire de la forêt de Sherwood, dans le Nottinghamshire, en Angleterre.

Encouragée outre-Manche par les gouvernements conservateurs successifs, l’exploitation du gaz de schiste pourrait viser un lieu symbolique et s’attirer de nombreux détracteurs : la forêt de Sherwood, dans le comté de Nottinghamshire, à jamais liée au folklore de Robin de Bois. La branche anglaise des Amis de la Terre, ONG engagée dans la protection environnementale, a annoncé dimanche que le groupe pétrochimique britannique Ineos compte lancer des mesures de prospection sismique, soit l’analyse des échos d’ondes sismiques créées par des camions vibreurs pour visualiser en profondeur les structures géologiques. Ces études préparatoires constituent une première étape avant la fracturation hydraulique, méthode controversée qui consiste à injecter en profondeur et à forte pression un mélange d’eau et produits chimiques additionnés de sable pour libérer du gaz contenu dans de la roche de schiste.

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L’une des «nombreuses zones» concernées selon l’ONG, qui a récupéré des documents via une requête officielle auprès de la Commission des forêts du Royaume-Uni, est la forêt de Sherwood, une réserve naturelle nationale. Pour les Amis de la Terre, « si ces plans sont maintenus, la prospection sismique d’Ineos aurait lieu à quelques centaines de mètres du Major Oak [«grand chêne, ndlr], un arbre de plus de huit cents ans qui aurait abrité Robin des Bois et ses joyeux compagnons », selon le folklore local qui a irrigué la littérature puis la culture populaire depuis la fin du Moyen Age. L’arbre, fragilisé, a déjà plusieurs de ses branches soutenues par des tuteurs afin d’éviter qu’elles ne s’affaissent sous leur poids.

Dès le mois d’août, l’existence de ces études préparatoires était connue – des riverains avaient été prévenus par des courriers envoyés par l’entreprise missionnée par Ineos pour effectuer ces mesures. Les révélations de l’ONG précisent cependant le périmètre concerné, qui devrait par son caractère symbolique raviver l’opposition au gaz de schiste dans la région des Midlands de l’Est, voire au-delà : le quasi-millénaire Major Oak était distingué en 2014 comme «arbre de l’année» en Angleterre. Le fait qu’il aurait protégé Robin des Bois du shérif de Nottingham « aux desseins belliqueux » donne aux militants écologistes un angle d’attaque tout trouvé : « Est-ce que rien n’est sacré ? […] Ineos semble avoir retenu de Robin des Bois un message différent de nous », estime Guy Shrubsole, des Amis de la Terre. Une pétition mise en ligne ce week-end demande à Andrea Leadsom, la ministre de l’énergie de Theresa May, de « de pas autoriser l’exploration du gaz de schiste dans la forêt de Sherwood ou toute autre forêt publique ».

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Prévu samedi aux abords de la forêt, un rassemblement d’opposants, comme la pétition, se sert d’un logo avec une flèche décochée sur un arbre. « Le public veut protéger la campagne anglaise et préfère les énergies renouvelables au gaz de schiste pollueur, qui ne fait qu’empirer le changement climatique », déclare Shrubsole sur le site des Amis de la Terre.

Menace contre l’eau potable

Son de cloche évidemment différent du côté du groupe Ineos : Tom Pickering, directeur opérationnel de la branche dédiée à l’exploration de gaz de schiste, estime qu’il s’agit au contraire d’une « alternative respectueuse de l’environnement » et qu’il serait « tout simplement fou de ne pas exploiter cette ressource naturelle ». Au Telegraph, il assure qu’aucune décision d’exploiter via fracturation hydraulique (ou fracking) pour la forêt de Sherwood n’a encore été prise et que « toute décision de construire un puits prendra en compte des caractéristiques environnementales comme le Major Oak ». Dans un communiqué triomphaliste publié après l’obtention d’une licence donné par le gouvernement pour explorer le gaz de schiste au Royaume-Uni, Ineos – après avoir longtemps été basé en Suisse pour raisons fiscales, le groupe a ouvert un nouveau siège en Angleterre début décembre – se disait « engagé à consulter pleinement l’ensemble des communautés locales, et redistribuera 6 % de ses recettes aux propriétaires immobiliers et fonciers, ainsi qu’aux communautés installées à proximité de ces puits de gaz de schiste » (4 % pour les propriétaires immobiliers et fonciers situés directement au-dessus des puits et 2 % pour les communautés). Quelques jours plus tard, un rapport de plus de 1000 pages concocté par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) avançait que l’extraction des gaz de schiste par fracturation hydraulique pouvait avoir un impact néfaste sur la qualité et la disponibilité des ressources en eau potable aux États-Unis.

En France, cette pratique a été interdite en 2011, une décision confirmée par le Conseil constitutionnel en 2013.

L’article de Libération est ici.

Et une pétition, pour sauver la forêt de sherwood, peut être signée ici.

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A propos Jazz Man

Alerté lors de l’enquête publique en juin 2014 et intrigué par le projet d’usine de pellets industriels - qui sont destinés à alimenter des centrales électriques au charbon migrant vers le bois-énergie, en Belgique, en Angleterre ou en Allemagne - dans le bocage de Saint-Laurent à Anor, je me suis procuré l’ensemble des documents du dossier : étude d’impact et ses annexes, avis de l’autorité environnementale, avis consultatif du commissaire enquêteur, avis consultatif du Parc Naturel Régional de l’Avesnois, rapport de l’inspection des installations classées, avis du CODERST et arrêté préfectoral accordant l’autorisation d’exploiter une usine de fabrication de granulés de bois (120 000 T/an) et une centrale biomasse sans cogénération de 15 MW. J'ai été atterré par ce que j'y ai lu. Beaucoup de riverains étant du même avis, nous avons créé un collectif qui, au bout de quelques mois, est devenu l'association Anor Environnement. Le 20 novembre 2015, nous avons déposé un recours au Tribunal Administratif de Lille. En janvier 2016, la société Jeferco obtient de la préfecture une autorisation complémentaire permettant d'utiliser des bois de classe B (bois peints, collés, vernis et pouvant contenir des métaux lourds, des fongicides ou des pesticides) dans le processus de fabrication de son pellet pour l’industrie. Le 28 février 2017, le Tribunal Administratif de Lille annule l'autorisation d'exploiter accordée par le préfet du Nord à la société Jeferco. Début mars 2017, le promoteur fait appel. La décision de la Cour Administrative d’Appel de Douai est attendue pour le début de l’année 2018. Mais ce même promoteur prépare déjà un nouveau projet - probablement le même, la loi ayant changé pour lui être plus favorable - qui est en cours de finalisation. Si ce second projet obtient une autorisation, nous l'attaquerons aussi en justice. Car ce type d'usine polluante du monde d'avant, fonctionnant 24/24 et sept jours sur sept, n'a sa place ni ici, ni ailleurs !
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